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ARCHITECTURE HINDO-THIBÉTAINE

Le Népal est, comme on le sait, un État compris entre des chaînes parallèles de l'Himalaya séparant l'Inde du Thibet. Son isolement et son indépendance lui ont permis de conserver intacts d'anciens usages. Son architecture, qui n'avait pu être étudiée encore, est extrêmement intéressante à observer. On y voit distinctement, sur beaucoup de monuments, la combinaison des éléments hindous et chinois; mais, sur

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d'autres, la fusion est si intime qu'on se croirait volontiers en présence d'un style nouveau spécial.

Fig. 229. — Bijapour. Le Mehturi Mabal (seizième siècle). {Hauteur du minaret : environ 20m.)

Les temples du Népal sont extrêmement nombreux. Il en existe

certainement plus de deux mille. Leurs styles se rattachent à trois types essentiellement différents que nous allons décrire.

Le premier de ces types, par ordre d'ancienneté, est formé par de grandes constructions hémisphériques bâties en terre et briques, analogues aux topes de l'Inde centrale, celui de Sanchi notamment; mais elles ne sont pas entourées, comme ces derniers, d'une balustrade de pierre chargée de sculptures ; cette balustrade est remplacée par une petite plinthe circulaire entourant la base du monument et appliquée contre lui. À chacun des quatre points cardinaux se trouve un petit sanctuaire formé par une niche contenant des statues. L'hémisphère est surmonté d'une tour carrée, couronnée elle-même par une pyramide ou un cône. Autour du temple se trouve un nombre variable de petits édifices religieux, sanctuaires, statues, etc.

Cette classe de temples est exclusivement consacrée au culte bouddhique; mais, au Népal, le brahmanisme et le bouddhisme sont tellement mélangés , que les emblèmes des deux cultes se rencontrent indifféremment dans tous les temples, quelle que soit la religion à laquelle ils sont consacrés. Dans les temples bouddhiques, les statues représentées le plus souvent sont Bouddha, ses incarnations antérieures, et la Trinité bouddhique (Bouddha, Dharma, Sanga), mais les dieux brahmaniques, Vishnou, Ganésa, etc., y figurent également.

C'est en voyant au Népal comment le bouddhisme arrive à se fondre graduellement avec le brahmanisme, que nous avons compris que le même phénomène dut se passer, vers le septième siècle de notre ère, dans le reste de l'Inde.

La catégorie de monuments que nous venons de décrire est la plus ancienne, mais non la plus nombreuse : l'immense majorité des temples népalais est constituée par des édifices en briques et bois, bâtis d'après un type absolument caractéristique, beaucoup plus thibétain et chinois qu'hindou. Ils comprennent plusieurs étages rectangulaires en retrait l'un sur l'autre, couverts chacun d'un toit. Chaque toit est légèrement relevé à ses angles, comme dans les édifices chinois, et orné d'innombrables clochettes. L'ensemble du monument présente ainsi une forme pyramidale caractéristique.

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La partie du toit qui se projette en avant est reliée au reste de l'édifice par des poutres de bois couvertes de sculptures.

Chaque temple est entouré d'une vérandali supportée par des piliers de bois finement sculptés.

Tout l'édifice est placé sur un soubassement en pierre à plusieurs étages également en retrait l'un sur l'autre. Sur une de ses faces se trouve un escalier donnant accès au temple. Cet escalier est garni sur

Fig. 230. — Bijapour. Mausolée du sultan Mahmoud (commencement du dix-septième siècle).

Ce mausolée, un des plus gigantesques monuments du monde, est beaucoup plus remarquable par ses énormes dimensions que par la beauté de son ornementation. Il a la forme d'un carré de 60 m. de côté, flanqué de quatre minarets et recouvert d'an dôme de 38 m. do largeur s'élevant à 60 m. au dessus du sol, c'est-à-dire plus haut que la mosquée de Sainte-Sophie, à Constantinople.

chacun de ses côtés de statues représentant des monstres, des divinités ou des hommes.

La troisième catégorie des temples du Népal comprend des monuments en pierre absolument différents, par leur forme, de ceux qui précèdent. Ils présentent un cachet d'originalité évidente. L'influence chinoise y est presque nulle, l'influence hindoue sensible, mais pas assez cependant pour leur ôter leur cachet spécial. Ce sont les seuls dans lesquels on puisse observer quelquefois des traces d'influence musulmane par la présence accidentelle de dômes.

Il est impossible, comme on le verra par nos gravures, de rattacher ces derniers temples à un type unique. Leur seul caractère commun est d'être construits sur des soubassements en pierre à plusieurs étages, dont l'escalier est, comme dans les temples précédents, flanqué d'animaux ou de personnages.

Les temples en pierre ne présentent, dans leur construction, rien qui rappelle l'aspect un peu barbare des temples en briques à toits superposés, dont nous avons parlé plus haut. Celui qui se trouve en face du palais du roi, à Patan (voir p. 619); peut être rangé par sa forme parmi les plus remarquables monuments de l'Inde. Ses étages en retrait l'un sur l'autre — ce qui semble le principe dominant de l'architecture du Népal — sont ornés de pavillons de l'aspect le plus gracieux, et ce n'est guère que dans la pyramide à faces curvilignes qui surmonte l'édifice que l'influence de l'architecture hindoue du nord de l'Inde se manifeste.

Il serait fort difficile de déterminer, même d'une façon approximative, l'âge des divers temples du Népal. D'une façon générale, on peut dire des topes hémisphériques, qu'ils sont très anciens, c'est-à-dire contemporains sans doute du second siècle de notre ère ; et des pagodes en briques et bois qu'elles sont relativement modernes , c'est-àdire postérieures au quinzième siècle ; mais l'âge des édifices qui pourraient occuper une place intermédiaire, en admettant qu'il en existe, ce qui me paraît extrêmement douteux, reste indéterminé.

Temples, maisons, palais des grandes villes du Népal, sont couverts de sculptures et de peintures aux tons éclatants. Les portes des palais sont formées de lames de bronze finement ciselées. Devant elles s'élèvent des monolithes surmontés de statues. Tous ces monuments sont le plus souvent concentrés dans un très petit espace et forment un ensemble des plus pittoresques. J'ai eu occasion, dans le cours de mes voyages, de visiter les plus célèbres cités de l'Orient, et je dois dire que je n'en ai trouvé aucune produisant autant d'impression que certaines villes du Népal, Patan, notamment. Les détails sont parfois barbares , bien que les sculptures des colonnes soient à l'abri des critiques de l'artiste le plus exigeant; mais, l'ensemble a, je le répète, un cachet d'originalité fantastique très frappant.

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On trouvera représentés dans cet ouvrage les plus célèbres monuments du Népal, ceux de Katmandou, Bhatgaon, Patan, Pashpatti, etc. (voir pages 617 et suivantes), exécutées d'après nos photographies.

Fig. 231. — Bijapour. Kuines du palais des sept étages (commencement du dix-septième siècle). § 7. — ARCHITECTURE HINDOUE MODERNE.

Depuis l'achèvement de la conquête anglaise, c'est-à-dire depuis un

siècle à peine, l'architecture, de même d'ailleurs que la plupart des arts hindous, a décliné de la façon la plus rapide. Deux causes ont contribué à cette prompte décadence : la première résulte de la pauvreté croissante des princes et seigneurs indigènes. Dépouillés pour la plupart de leurs revenus, il leur a fallu renoncer à construire ces temples et ces palais merveilleux qui représentent d'immenses fortunes, mais forment souvent le plus précieux trésor d'un pays. Un petit nombre d'entre eux, assez riches encore pour pouvoir élever des palais, s'imaginent que l'écrasante supériorité que les Européens possèdent dans les armes ils doivent aussi la posséder dans les arts , et croient faire preuve de goût en copiant pour leurs palais les affreuses bâtisses que les Anglais construisent pour leurs services publics. C'est ainsi, par exemple, que l'un des plus puissants souverains indigènes, le Rajah de Gwalior, bien qu'ayant sous les yeux un des plus beaux édifices de l'Inde, s'est fait élever un palais calqué sur un des plus vilains monuments de Londres. Le souverain qui règne à Indore s'est fait également construire un palais à l'européenne, qui constitue une des plus laides choses que j'aie eu occasion d'observer dans l'Inde, mais qu'il considère certainement comme le plus bel ornement de sa capitale.

Les riches particuliers imitent naturellement cet exemple, s'imaginent faire ainsi preuve d'un haut degré de civilisation et s'élever beaucoup au-dessus de leurs compatriotes. Ils font maintenant construire leurs maisons dans un style européen bâtard, mélangé d'ornementations musulmanes qui s'y adaptent fort mal.

Il devait résulter naturellement d'un tel état de choses une décadence rapide et complète de l'architecture hindoue ; cet art, ne se perpétuant dans l'Inde que par la tradition, disparaît aussitôt qu'il n'a plus occasion de s'exercer et il n'est pas besoin d'être prophète pour prédire que, dans deux ou trois générations au plus , il n'y aura plus dans l'Inde un artiste capable de reproduire un de ces anciens monuments dont elle est couverte encore, mais dont les ruines disparaissent aujourd'hui.

Cette décadence de l'art hindou est due simplement aux causes que je viens de mentionner, et je n'en connais pas d'autres. Les derniers mo-

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rmments hindous édifiés dans l'Inde avant que l'influence anglaise fût devenue prépondérante, montrent que l'architecture n'était nullement en décadence.

Fig. 232. — Gaur. Milirab de la mosquée Adinali (quatorzième siècle).

Gaur est comme Bijanagar,Khajurao et Bijapour, une ancienne capitale abandonnée. Ses monuments sont aujourd'hui entièrement envahis par les jungles. Il en reste fort peu présentant quelque importance. Les deux fragments que nous donnons ici ont été exécutés d'après des photographies de M. Henry Earenshaw.

Afin de permettre au lecteur de se rendre compte de la valeur des derniers monuments de l'Inde, j'ai reproduit dans cet ouvrage plusieurs édifices élevés depuis un siècle. Les plus remarquables sont le temple

de Durga à Bénarès, le temple d'Or à Amritsir, le temple d'Huttising, à Ahmedabad. Ils sont de styles fort différents, mais présentent, le premier et le dernier surtout, une perfection de travail qui serait difficilement surpassée en Europe. Le plus récent, celui d'Huttising, à Ahmedabad, a quarante ans déjà d'existence, etje ne suis pas bien convaincu qu'on trouverait aisément encore dans l'Inde des artistes capables de le recommencer.

Ici se termine ce que nous avions à dire de l'architecture de l'Inde.

J'ai dû, faute de place, résumer bien brièvement mes explorations dans un monde de temples et de palais fantastiques, évocation splendide d'un âge évanoui. Ce peuple de dieux, de monstres, de déesses aux formes gracieuses, menaçantes ou terribles qui remplit les ténébreuses profondeurs des pagodes, ces épopées gigantesques de rois et

de héros, qui se déroulent dans de mystérieux sanctuaires, sont les derniers témoins d'un passé que nous ne pourrions reconstituer sans eux.

Fig. 233. — Gaur. Détails de sculpture de la mosquée d'Or (xvie siècle).

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