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LA RICHESSE ET LA PAUVRETÉ

Il serait difficile d'accuser les Hindous d'hypocrisie dans leurs livres ; on ne les voit point proclamer ce mépris des richesses qu'on trouve affiché dans tous les ouvrages occidentaux depuis les temps classiques, mais qui n'a guère jamais existé que dans les livres. En dehors de la science, qu'ils placent au-dessus de tout, l'acquisition de la richesse semble aux sages hindous devoir être le but suprême de la vie. Ils ont pour la pauvreté une horreur invincible et la mort même leur semble préférable. Leurs opinions seraient évidemment exagérées si on les apph-

Fig. 252. — Seoundra. Détails d'ornementation de la ported'entrée des jardins où se trouve le mausolée de l'empereur Akbar. Cette porte est en grès rouge recouvert de mosaïques en marbre de couleur. Elle fut construite en 1613. Sa hauteur est de 22™.

quait à notre civilisation de l'Occident; elles ne le sont guère pour le monde où elles se sont manifestées. Avec leurs conditions d'existence, les peuples de l'Inde n'ont guère connu que l'extrême misère et l'extrême richesse, et le contraste entre ces deux états était trop frappant pour ne pas inspirer un vif désir de se soustraire au premier.

La richesse donne l'indépendance, la pauvreté entraîne la servitude. On verra par les réflexions et les conseils renfermés dans ce paragraphe , que les Hindous, bien qu'ayant toujours été plus ou moins esclaves, ont parfaitement apprécié les inconvénients de la servitude. Ce sont ces inconvénients surtout qui leur ont inspiré une vive horreur de la pauvreté.

^ — Au dire de quelques hommes sensés, le souverain bien consiste dans la vertu et la richesse, ou, suivant d'autres, dans le plaisir et la richesse, ou, suivant d'autres encore, dans la vertu seule, ou, selon d'autres enfin, dans la richesse ; mais c'est la réunion des trois qui constitue le vrai bien. {Manou.)

— Il n'est pas une chose que l'on ne fasse pour la richesse. Aussi l'homme sensé ne doit-il faire des efforts que pour acquérir des richesses. {Pantch.)

— Celui qui est riche a des amis, celui qui est riche a des parents, celui qui est riche est un homme dans le monde, celui qui est riche vit réellement. {Id.)

— Dans ce monde, pour les riches un ennemi même devient un parent ; pour les pauvres, un parent même devient tout de suite un ennemi.

— Celui même qui n'est pas digne de vénération est vénéré, celui même que l'on doit éviter est recherché , celui même qui ne mérite pas d'éloges est vanté, telle est la puissance de la richesse. {Pantch.)

— Les hommes vieux mêmes qui sont riches sont jeunes ; mais ceux qui n'ont point de fortune sont vieux, lors même qu'ils sont jeunes. {Id.)

— Celui qui n'a pas de fortune ici-bas n'est homme que de nom. {Id.)

— Honneur et fierté, connaissance, beauté et grande intelligence, tout disparaît à la fois quand l'homme a perdu sa fortune.

— On a beau dire que les organes des sens sont intacts , ce n'est qu'un mot ; que l'intelligence reste entière, ce n'est encore là qu'un mot : l'homme qui a perdu sa fortune devient tout autre en un instant. {Hit.)

— La pauvreté chez les mortels, c'est la nullité incarnée, c'est la demeure des maux, c'est une sorte de mort. {Pantch.)

— On a besoin quelquefois de faire usage de l'argile même, quand elle est bien pure; mais l'homme pauvre ici-bas n'est utile à rien. {Pantch.)

— Il faut toujours craindre la pauvreté qui est impuissante ; quand même le pauvre vient pour rendre service, on le regarde comme un chien. {Pantch.)

— Chez l'homme de bien, même quand il est pauvre, les autres qualités ne brillent

CONSTITUTION MENTALE DES HINDOUS

pas : la fortune met en lumière les qualités, comme le soleil éclaire tout ce qui existe. (Pantch.)

— Si intelligent que soit l'homme qui possède peu, son intelligence périt par le souci continuel pour la nourriture et le vêtement.

Fig. 253. — Secundra. Mausolée de l'empereur Akbar. Vue d'ensemble.

La disposition de ce monument par terrasses superposées est tout à fait spéciale et doit dériver de quelque type hindou antérieur. On ne rencontre l'analogue que dans le Panchmahal, à Futtehpore.

— Comme un ciel sans étoiles, comme un étang desséché, comme un cimetière affreux, la maison du pauvre, même belle, devient hideuse. (Pantch.)

— Avec la pauvreté, l'homme arrive à la déconsidération ; quand il est déconsidéré, il cesse d'être honnête; une fois qu'il a perdu l'honnêteté, il est méprisé ; méprisé, il se décourage ; au découragement succède chez lui le désespoir ; vaincu par le désespoir, il

perd la raison, et, lorsqu'il a perdu la raison, il marche à sa ruine. Ah ! la pauvreté est la source de tous les maux. (Hit.)

— L'homme sensé meurt sans se plaindre, mais il n'accepte pas la pauvreté ; le feu peut bien s'éteindre, mais il ne peut se refroidir. (Hit.)

— Entre la pauvreté et la mort, on doit, dit-on, préférer la pauvreté. La mort ne nous cause cependant qu'une souffrance légère, tandis que la pauvreté est un tourment insupportable. (Hit.)

— La vie n'est profitable qu'autant que l'on est indépendant; pour ceux qui dépendent des autres, qu'est-ce que la vie, sinon la mort ? (Id.)

— Mieux vaut la forêt, mieux vaut la mendicité, mieux vaut gagner sa vie à porter des fardeaux, mieux vaut la maladie pour les hommes, que la prospérité due à une servitude. (Pantch.)

§ 8. — DE LA CONDUITE A TENIR DANS LES DIVERSES CIRCONSTANCES DE LA VIE.

Nous réunissons dans ce paragraphe en les classant méthodiquement une série de conseils pratiques sur la conduite à tenir dans la vie et notamment sur les effets du vice et des vertus, sur les devoirs envers ses semblables, et les moyens à employer pour se concilier les hommes. Les qualités les plus recommandées comme étant les plus utiles sont : la prudence, la circonspection, la persévérance et la modération dans les désirs. La colère est considérée comme une passion méprisable parce qu'elle est inutile. La dissimulation est au contraire recommandée parce qu'elle peut servir. La morale hindoue est, comme on le voit, extraordinair em eut utilitai re .

Nous faisons précéder les conseils applicables aux diverses circonstances delà vie de principes généraux de morale. Ils sont analogues à ceux que les chrétiens formulent dans leurs livres et notamment celuici de ne faire aux autres que ce que nous ferions à nous-meme; mais nous insisterons peu sur ces conseils : ce qu'il importe de connaître, ce ne sont pas les règles de morale, toutes parfaites, que les livres conseillent, mais celles que les hommes observent; et l'expérience démontre aisément qu'il y a fort loin des premières aux secondes. Les divers extraits contenus dans ce paragraphe donnent des renseignements suffisamment précis sur la morale pratique des Hindous.

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