SIA
Les jades archaiques.
Quelle que soit l’origine du jade (importé de Khotan ou indigéne), les objets de jade remontent a la préhistoire chinoise. Andersson a trouvé des disques de jade dans les sites énéolithiques du Kan-sou. A l’époque Tcheou les jades durent étre assez nombreux. M. Pelliot, quia fait une étude particuliére de la question (1), se montre cependant tres réservé sur la datation absolue des diverses piéces connues en Europe, au Japon et en Amérique, méme sur les séries dites du site de Sin-tcheng (au Ho-nan). Tout ce que nous pottvons avancer, c'est que le décor de ces jades est souvent de theme Tcheou, tout entier en fond de J/ez-wen ou « lignes de foudre » et de dragons trés stylisés a peine distincts du /ei-wen.
Cependant il arrive souvent que les jades ne comportent aucun décor, l’objet ne valant que par la beauté tactile et visuelle de la matiére et par la pureté de la forme : fragments cristallisés de clair de lune, comme le veut la légende khotanaise. Tel est le cas des 1, grands anneaux plats ou disques percés d’un trou médian, dont les collections Gieseler, Cosme et David Weill possédent d’admirables échantillons. Ces disques, de signification rituelle comme tous les jades archaiques, auraient été des emblémes solaires employés soit dans les rites funéraires, soit dans les sacrifices. — Un autre type, le kower, sorte de « couteau de jade» s’emmanchant jadis sur un montant perpendiculaire, est — M. Pelliot l’a établi—la réduction, a titre d’emblémes rituels, des anciennes hallebardes et haches-poignards de l’époque néolithique. Signalons encore le ¢s’ong, défini par M. Sirén (2) « un tube creux, cylindrique a l’intérieur, mais carré 4 lextérieur », qui
(1) Jades archaiques de la Chine appartenant a C. T, Loo, publiés pay M. Pelliot, Van Oest, 1925. Cours de M. Pelliot a l’Institut des Hautes-Etudes chinoises, 28 mars 1927.
(2) Les Arts anciens de la Chine, I, p. 61.
“saUuuvavYyD
PYIUD
nas} Suva] NOM Np joyoy —
oF
‘OIF
aurait symbolisé les quatre points cardinaux, et le hou schematisant le tigre. .
Parmi ces jades, attribués approximativement aux Tcheou, nous rencontrons en effet assez fréquemment des piéces affectant la forme de l’animal indéterminé et schématisé plus ou
Fic. 47. — Estampage Chavannes (159, pl. LXX XV).
moins géométriquement par des zigzags de lignes de force. Cest la un recoupement précieux pour la fixation, 4 travers les différentes matiéres, de ce que nous sommes en droit d’appeler désormais l’esthétique Tcheou. Dans ces découpages
pageare= + ve
Cliché Chavannes.
Fic. 48. — Relief de. Li-hi, 171 A. D.
de jade comme dans les motifs de bronze, les formes de !’animal sont a peine individualisées, a peine.indiquées par un retournement de téte, un enroulement de queue, des repliements et les cassures 4 angles droits de larges stries paralléles, etcependant toute l’énergie virtuelle, toute la force de détente de l’animal se trouvent violemment synthétisées (r). Dragons, tigres ou oiseaux — on ne discerne qu’a peine entre les différentes significations de ces jades, mais quimporte? Par
Fic. 49. -— Cavalerie Han. Estampage Chavannes.
dela les spécifications inutiles ces petits bijoux disent la puissance redoutable des apparitions de terreur, bétes, monstres ou dieux, qui hantaient limagination chinoise. Ici encore, mieux que des étres réels — des menaces et des forces.
(1) PELLIOT, Jades archaiques, Collection Loo, pl. XXIII et XXIX.
L’époque Ts’in.
Ta Chine archaique comprenait essentiellement le bassin du fleuve Jaune, celui du Pei-ho et une partie de celui du fleuve Bleu. Au vue siécle elle était partagée en un certain nombre de principautés ou de royaumes, gouvernés par autant de dynasties guerriéres quise disputaient, au milieu de guerres incessantes, a la fois féroces et chevaleresques, l’hégémonie. Le plus belliqueux de ces « royaumes combattants » était celui
Cliché Chavannes.
Fic. 50. — Relief du Wou Leang tseu.
de Ts’im situé dans la région de l’actuel Si-ngan-fou, au coeur de la province moderne du Chen-si, dans le nord-ouest de la Chine. Marche-frontiére, obligée a une lutte quotidienne pour tenir téte aux Huns et aux autres nomades de Mongolie, Ts’in s’aguerrit encore a leur contact. Ce fut ainsi gqu’au Iv® siécle avant Jésus-Christ on voit les rois de Ts’in (1) ré-
(1) Précédés de peu par les rois, voisins, de Tchao, vers 300 avant Jésus- Christ. Cf. M. Pelliot, cours du 25 avril 1927.
Les Civilisations de VOrient. — T. III. 5
former leur armement et leur stratégie a limitation des -hordes de la steppe, et, 4 cdté des chars de guerre qui constituaient jusque-la la principale force des armées chinoises, créer a l’instar des Huns, leurs voisins, une cavalerie, arme singuliérement plus mobile, qui leur donna tne superiorité marquée dans les combats.
Car si la suzeraineté de la dynastie Tcheou, toujours régnante dans son petit domaine royal du Ho-nan, se perpétue obscurément jusque vers le milieu du mre siécle avant Jésus- Christ (256), les‘rois de Ts’in, depuis l’an 310 avant notre €re, exertcent une hégémonie despotique tant sur ces suzerains fantomes que sur les autres rois féodaux. De 310 a 256 Vhistoire peut conserver la rubrique d’époque Tcheou. En réalité lépoque Ts’in est commencée. L’acte solennel de 221 par lequel le roi de T's’in, tous ses rivaux une fois abattus, se proclama seul maitre de la Chine et premier empereur — Chehouang-ti — ne fit que sanctionner en droit une situation de fait.
Prodigieuse personnalité, d’ailleurs, que celle de ce César chinois, qui en trente-six années de régne, de 246 4 221 comme roi de T's’in, de 221 4 210 comme empereur de la Chine entiére, forgea de ses puissantes mains, pour l’éternité, lunité chinoise, l’Etat chinois, l’empire. Type de surhomme qu'un Carlyle et un Nietzsche eussent pu mettre sur le méme plan que les plus grands parmi leurs « héros » indo-germains ou sémitiques. Mais quelle que fut la surabondance de cette personnalité hors pair, elle n’expliquerait pas seule l’empreinte extraordinaire dont l’époque Ts’in a marqué Jlart. Comment supposer que dans ce bref espace de temps (car la dynastie impériale des T's’in ne survécut que trois ans 4 son fondateur) aient tenu tant d’ceuvres caractéristiques? Force nous est donc d’admettre avec M. Charles Vignier que le style appelé Ts’in correspond non pas seulement a la bréve apothéose impériale de cette maison (221-207), mais aussi a sa longue hégémonie royale dans le nord-ouest, depuis les derniéres années du Ive siécle avant notre ére.
By
*sauupanyg