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Ou’est-ce, au point de vue historique, que le Ts’in? Cest la force chinoise des temps Tcheou rassemblée, concentrée et décuplée par le plus dynamique de ses éléments. Toute cette histoire de violences sans frein, de ruses et de meurtres se surpasse elle-méme dans une dynastie de proie. De méme, au point de vue esthétique, que sera l’art Ts’in (1) ? Ce sera, selon lheureuse formule de M. Charles Vignier, un Tcheou paroxyste et flamboyant, « un style de séisme ». Cest la méme
Cliché Lartigue, Segalen ct de Voisins,
Fic. 52. — Pilier de Chen. L’Oiseau rouge.
multiplicité, la méme surabondance de motifs que dans le [cheou, mais avec « un décalage, un bouleversement constant des plans et un enchevétrement supérieur des thémes ».
(1) Cest-a-dire Vart généralement attribué aux Ts’in, car, ici, aucun repére d’inscription, aucune date. Insistons honnétement sur ce fait.
Cette définition s’applique-t-elle, comme le pense M. Sirén, aux pieces trouvées par lingénieur suédois Karlbeck pré; de Chou-tcheou, dans la vallée de la Houai, au Ngan-houei, région qui fut entre 248 et 221 avant Jésus-Christ le centre de l’ancien royaume de T'’ch’ou, rival malheureux du royaume de ‘I's’in? Ce sont des fragments de vase, des bouterolles, des charniéres, des appliques, avec, pour décor, une danse de spirales, de volutes, de nuages, de rinceaux enchevétrés émettant
Cilché Larvligue, Segalen & de Vorsins.
Fic. 53. — Pilier de Chen. « La Chevauchée funébre ».
des griffes et des écailles. Ces piéces, dont beaucoup ont éte acquises pat la comtesse Hallwyl, ont été étudiées par M. St rén dans le catalogue de son ancienne collection (1). Mais
(1) Documents Wart chinots de la Collection Osvald Sirén, Ars Asiatica, VII,
M. Vignier se demande si les découvertes de la Houai ne se référent pas a une époque un peu plus récente, au « néo-Ts’in » qui marque la période immédiatement post-Han. Quoi qu'il en soit, on trouve de bons spécimens du style Ts’in dans plusieurs objets des collections européennes, comme la serrure a deux pénes de la collection David Weill, déja souvent reproduite, et la garde de sabre en or, non moins célébre, de la collection Eumorfopoulos (1). Sur ces divers objets nous voyons aussi s’enchevétrer, dans une mélée d’une intense ani-
. = a Cliché Lartigue, Segalen et de Voisins.
FIG. 54. — Pilier de Chen. -Sagittaire.
mation et d’une extraordinaire liberté de mouvement, tout un foisonnement de spirales ou « lignes de tonnerre », de méandres et de rubans finissant parfois en fer de lance, en bec, en langues ou en griffes, tout un assemblage de tresses, de grecques tournant au rinceau et de croisements d’algues.
(1) SmREN, Avis anciens de la Chine, I, pl. 92.
Ces motifs géométriques proviennent directement du fond ‘Tcheou, mais ils s’en distinguent a divers égards. Tout d’abord ces décors sont beaucoup plus chargés et travaillés dans le Ts’in que dans le Tcheou; lorsque dans le décor Tcheou on a une double ligne, dans le décor Ts’in espace compris entre
Cliché Lartigue, Segalen et de Voisins.
FIG. 55. — Pilier de Chen. — T’ao-t’ie.
les deux rainures est décoré de stries de biais par rapport aux lignes principales, de sorte qu'il n'y a presque plus aucune portion de bronze qui reste libre. (M. Pelliot.) D’autre part,
selon la remarque déja annoncée de M. Vignier, cette exubérance ‘I's’in est a tendances dissymétriques, procédant par un constant décalage d’axe et de plan. Enfin, les décors Ts’in, bien que de principe géométrique, comme ceux des Tcheou, en différent encore parce qu ils sont plus arrondis, et cette caractéristique s’observe non seulement dans les contours des décors, mais dans les volumes; « les arétes, si nettes, de l’art Tcheou manifestent, dans l’art dit Ts’in, une curieuse tendance a s’arrondir (1) ».
On a rattaché a l'art Ts’in les bronzes découverts au Houangchan, prés de Lji-yu, dans le nord-est du Chan-si, rassemblés dans la collection Wannieck (fig. 26, 27, 28). De fait, la plupart de ces bronzes présentent lenchevétrement de décor propre a lart Tsin. La plupart témoignent du style flamboyant caractéristique de l’époque, mais peut-étre avec atténuation de la dissymétrie signalée. D’autre part les animaux en ronde-bosse qui les surmontent ou les flanquent semblent dépasser la norme ordinaire du Ts’in. Peut-étre y aurait-il quelque raison, comme le suggére M. Vignier, de voir la des pieces de transition entre l’esthétique Ts’in et le début de lesthétique Han, — xéserve qui, d’ailleurs, ne diminuerait en rien le puissant intérét et la beauté de ces pieces.
(1) M. PELLIOT, Cours sur Vart chinois, 25 avril 1927. Comparer dans le méme style quatre jades Ts’in, collection Becker et Newman, et collection Hardt, reproduits par M, Charles Vignier dans son deuxiéme article sur ’ Exposition chinoise de Berlin, in Cahiers d’ Art, 4° année, n° 5, pl. III. De cette « danse vibratoire » qui est la caractéristique du décor Ts’in, on trouvera encore un bon exemple dans le vase de bronze touez de la collection Eumorfopoulos, n° XXXVI-XXXVII, a 48 et 49 du catalogue Yetts.
L’époque des Han : bronzes, miroirs et jades.
Le héros Ts’in, Che-houang-ti, avait fait ceuvre révolutionnaire et niveleuse. Brilant les livres, abolissant la féodalité, supprimant les fiefs, faisant table rase du passé pour construire Etat chinois unitaire, il était sans doute allé trop loin et trop vite pour qu’une réaction ne se produisit point. Elle éclata au lendemain méme de sa mort et balaya sa famille (207). Aprés quelques années de guerre civile, une nouvelle maison, la grande dynastie des Han, rétablit l’unité chinoise. Elle gouverna la Chine pendant quatre siécles, de 202 avant Jésus-Christ a l’an 8 de notre ére, puis, aprés le bref interrégne d’un usurpateur, de 25 a 220 A. D.
Instruits par l’expérience, les Han évitérent la brutalité hative des Ts’in. Ils recommencérent l’ceuvre de ceux-ci mais avec plus de modération, et, de ce fait, la menérent a bien. Leur gouvernement présenta ainsi des caractéres en apparence contradictoires. D’un certain point de vue on put Vinterpréter comme une réaction contre la centralisation et Vabsolutisme radicaux des Ts’in. Ils remirent en honneur les « livres » confucéens, brilés par T's’in Che-houang-ti. Ils semblérent méme rétablir la féodalité. En réalité l unification, la centralisation, l empire, qui n’avaient été sous Che-houang-ti que Vimprovisation géniale d'un surhomme, devinrent, grace a la patiente administration des Han, une réalité. Sous le couvert d’une concession de forme a la réaction contre les improvisations fougueuses des Ts’in, les Han firent triompher patiemment et sfirement tout le programme de ces derniers. Un empereur comme Han Wou-ti (140-87 avant . Jésus- Christ) se révéle A nous comme le fidéle continuateur de Ts’in Che-houang-ti. Bien mieux. Tandis que les Ts’in avaient limité leur ambition 4 l’unification de la Chine, se contentant, au dehors, d’arréter les incursions des Huns par la construction de la Grande Muraille, les Han extériorisérent la force chinoise et entreprirent 4 travers I’ Asie centrale une large poli-
Cliché Lartigue, Segalen et de Voisins,
Fic. 56. — Pilier de Chen.
Clichés Lartigue, Segalen et de Voisins.
Fic. 58. — Pilier de Chen.
FIG. 57. — Pilier de Chen. Le Tigre blanc.
Le Dragon vert.
tique d’expansion qui devait mettre la Chine en contact avec le monde iranien et le monde bouddhique. Nous avons raconté ailleurs (1) le détail de cette épopée. Contentons-nous de rappeler les raids de cavalerie qui, sous Han Wouw-ti, conduisirent les généraux chinois Ho K’iu-ping et Li Kouangli jusqu’au Ferghana, aux portes de l’Iran comme de 1’Inde (121-102). Plus tard, sous les seconds Han, de 73 4 97 de notre ére, un conquérant chinois plus célébre encore, Pan T'ch’ao, écrasa les Huns, soumit les oasis (alors pour la plupart indoeuropéennes) du Gobi, et parvint, lui aussi, jusqu’au Pamir. A travers le sobre récit des Annales des Han, toute cette histoire prend une allure d’épopée. Les escadrons chinois, formés a l’école des Huns, étaient en train de conquérir I’ Asie.
L’évolution de l’art traduit fidélement ce double caractére historique.
D’une part, l’esthétique Han marque, aprés l’exubérance Ts’in, une simplicité, une sévérité, une austérité frappantes. La simplicité Han — selon la remarque de M. Charles Vignier — ne contraste pas seulement avec « le flamboyant Ts’in », mais méme avec toute la complexité Tcheou. « Cette simplification extréme du style raméne tout le décor a l’unité de plan et les thémes 4 un simple graphisme ». Ces caractéres se remarquent notamment dans les vases de bronze et les miroirs.
D’autre part, pour la premiére fois 4 notre connaissance, la ronde-bosse s’affranchit, descend des couvercles, des anses ou des panses de vases, et exige d’étre traitée pour elleméme. Le réalisme apparait, le réalisme animalier notamment, dans les terres cuites et aussi sur les reliefs des chambrettes funéraires. Les themes mythologiques que les bronzes
(1) Histowve de lV’ Extréme-Orient, I, 210-219...
dissimulaient sur leurs flancs s’échappent en une fantastique ronde sur les reliefs du Chan-tong ou grimpent, libérés, sur les colonnes du Sseu-tch’ouan. Réalisme astreint toutefois au graphisme, au classicisme, 4 l’ordre strict qui président a toutes les compositions Han, et, de ce fait, restant tout mouvement et toute liberté, sans rien encore, ou presque, de
Cliché Lartigue, Segalen et dz Voisins.
FIG. 59. — Tombe de Pao.
la plénitude musculaire qui caractérisera le réalisme, plus nourri, des ‘T’ang.
Une des meilleures définitions de l’esthétique Han nous sera donnée dans cet esprit par M. Georges Salles 4 propos
d’une plaque de bronze réecemment entrée au Musée du Louvre et ot, dans un motif formé du foisonnement d’ une demi-spirale, danse le « gnome Han » que les reliefs du Chan-tong vont nous apprendre a connaitre : « La danse du personnage, écrit le consetvateur des collections du Louvre (1), semble exprimer lesprit qui anime chacune des piéces du décor. Tout y est mouvement; un méme élan souléve, lie et emporte les formes cambrées, étirées, rebondies. La symétrie méme, appliquée sans rigueur, avive, au lieu de lentraver, le rythme de 1’ensemble; elle ne fixe pas, elle entraine comme si elle était Veffet dédoublé et concurrent d'une seule impulsion. Cette vivacité est propre au style Han. Le trait qui raye le métal est nerveux, aigu, impulsif. Il se détend avec soudainete. Sil se replie, c’est pour partir en éclair. Il suscite ainsi un monde léger et bondissant ou des étres irréels se mélent 4 des étres vivants, les unset les autres unis par l’ extraordinaire jubilation qui tous les transporte. »
Le premier caractére de l’art Han, simplicité poussée parfois jusqu’a l’appauvrissement, pur graphisme linéaire, stricte symétrie décorative, apparait avec toute la netteté désirable dans lesymiroirs : aucun contraste plus frappant que celui d’un décor de miroir Han aprés un décor de bronze T'’cheou. On dirait par moment lesthétique de deux peuples de tempé-. raments opposés.
La simplicité géomeétrique s’affirme dans les différents types de miroirs. Les bordures qui entourent le bouton central s’ordonnent en zones concentriques réguliéres, avec des themes d’une logique apaisée. Tout d’abord le décor aux « mamelons » ou « tétons » dont le nombre varie d’ailleurs de huit 4 quarante, ces derniers étant dits dans les clauses de
(1) Georges SALLES, in Bulletin des Musées, 11 novembre 1929.
style chinoises « les cent tétons » (fig. 29). Il semble qu il s’agisse en réalité de représentations stellaires, le bouton central au milieu des zones concentriques successives symbolisant peut-étre litle des Immortels. Quoi quwil en soit, les miroirs aux cent tétons sont d’une belle ordonnance, d’une
Fic. 60. — L’Oiseau rouge, brique Han du Musée Guimet. Don Pelliot.
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élégance calme qui plait 4 notre classicisme inné. Autour,du bouton central, dans Vile intérieure qui le sertit, deux cercles successifs de huit et six tétons; puis, aprés une bande sans orne-
ment, un premier cercle orné de festons ou segments de cercle, ou de vagues (seize) dirigées vers l'intérieur; puis, apres la séparation d’une circonférence hachurée, une large zone circulaire avec un élégant motif décoratif comprenant quatre tétons entourés chacun d’une couronne de huit boutons plats de fagon 4 composer chacun une fleurette; ces fleurettes sont entourées et reliées entre elles par de souples rinceaux fleuris, pat espaces, de gros boutons simples ou jumelés; enfin, aprés une zone libre, la bordure extérieure du miroir, décorée des larges festons déja mentionnés.
Un autre type de miroir Han assez fréquent est celui des « huit ares » (fig. 30). Apres le bouton central reposant sur quatre pétales et deux antieaux concentriques cordés ou lisses, régne un cercle festonné en étoile octogone, nettement détaché. Puis des anneaux de bandes paralléles et de hachures, ou de caractéres inscrits, puis le rebord large, non décoré.
Un troisiéme type assez différent, mais non moins « construit » et rigidement symétrique est celui des ailes d’hirondelle (fig. 31). Au centre un gros bouton, enclos dans un solide carré orné au pourtour, en larges caractéres, des signes du bonheur. Sur le rebord, les seize festons habituels, tournés a Vintérieur. Ces festons, a les regarder négativement, découpent une étoile rayonnante a seize pointes; a chaque angle du carré inscrit dans l’étoile, une tige a trois feuilles, séparées par une nervure d'une rare élégance; et, entre ces stylisations végétales, huit motifs non moins géométriques, en ailes, o1 on peut voir le dessin de V/hirondelle filant, ailes rabattues, en plein vol. Ensemble qui, aprés le classicisme reposant des miroirs 4 mamelons ou a arcs, est d’une résonnance aigué digne des élytres de certains coléoptéres ou du géométrisme dentelé de certains radiolaires.
Nommons encore la disposition décorative dite en TLV. Il s’agit en principe de miroirs ou, aprés le bouton central inscrit dans un carré orné de tétons et de caractéres, le champ principal, décoré en général de tétons et d’animaux stylisés (sur lesquels nous allons revenir), est ponctué a intervalles
FORMATION DE L’/ESTHETIQUE CHINOISE a1
réguliers d’un graphisme formant, suivant les cas, nos lettres T, L ou V. Suivent, en allant vers le pourtour, des bandes concentriques ornées de stries en hachures, puis de larges
dentelures, et enfin de lignes spirales doubles formant dessin de nuages.
FIG. 61. — Dragon, brique Han du Musée Guimet. Don, Pelliot.
Les animaux qui apparaissent sur le champ principal de ces miroirs sont en principe les animaux symboliques des quatre directions : dragon vert de l’Orient, tigre blanc de
Les Civilisations de Orient. — T. III. 6
l’Occident, oiseau rouge du Sud, et tortue noire du Nord (1). Il s’agit de formes trés stylisées, mais stylisées en volutes et en spirales, ce qui, sans parler de la simplicité du graphisme, les distingue dés le premier coup d’ceil des dragons a angles droits de l’ornementation Tcheou. Sur certains miroirs, comme les deux admirables piéces de la collection David Weill reproduites par Sirén (2), le dessin de ces formes animales est étroitement apparenté a celui des dalles funéraires du Chantong, dont nous parlerons bientét. De fait, malgré la simplicité géométrique des premiers miroirs Han, nous voyons apparaitre vers la fin de lépoque et au commencement des Six Dynasties des modeéles oti le décor est presque enti¢rement composé de personnages en franc relief qui s’écartent méme du graphisme Han pour revétir les formes déja plus pleines qui nous conduiront au réalisme T’ang. Le caractére taoique de ces miroirs nest pas pour nous surprendre si nous nous rappelons la part considérable jouée a la fin du me siécle de notre ére et au début du mre par le néo-taoisme et par le spiritisme qui s’y rattache dans la révolte des « Bonnets- Jaunes » et les guerres des Trois-Royaumes.
La méme évolution se traduit sur les vases, plats et tambours de bronze Han.
Les vases de bronze Han se font en effet remarquer en principe par une simplicité de décor qui va souvent jusqu’a la nudité (fig. 13 bis). Spécifions bien d’ailleurs que cette régle n’a rien d’exclusif. Non seulement les artistes de l’époque Han ne bannirent pas d’office les modéles antérieurs, mais les Han, ayant affecté, au moins en théorie, de présider, aprés les boule-
(1) Discussion de ces symboles cosmogoniques dans le cours sur l’art chinois de M. Pelliot, 9 mai 1927.
(2) Sirén, Arts anciens, II, pl. 65 B et 66 A.
versements Ts’in, A une trestauration du traditionalisme Tcheou, leurs bronziers continuérent a« faire du Tcheou », comme on devait en faire aprés eux jusqu’en plein Moyen Age. Toutefois, dans la mesure ot les Han innovérent, ce fut, pour les vases et les plats comme pour les miroirs, dans le sens de la simplicité linéaire. Les tripodes ting et les élégantes amphores hou, d’époque Han, des collections Vignier, Kumor-
Cliché Laniepce.
Fic. 62. — Tigre Han, brique de la collection Henri Riviére.
fopoulos (1), Sumitomo, Burchard, Wannieck, ou du musée
(1) Eumorfopoulos Collection, Catalogue of the Chinese and Corean bronzes by PERCEVAL YEVTS, bons spécimens de la simplicité et de la symétrie Han, pl. XXIV, XXVIII, XXVIII, XXIX, LI, Lil.
de Stockholm n’ont souvent d’autre décor que quelques larges bandes cannelées, quelques anneaux trés simples a la base du col ou autour de la panse. Toute l’élégance du vase réside dans la sobriété et la pureté de ses formes. Point n’est besoin, 4 notre avis, d’invoquer, comme on a cru devoir le faire, une inspiration hellénistique. La simplification qui triomphe ici correspondait a une des lois internes de l’esthétique Han et se reliait a tout ce que nous avons vu de cette esthétique.
C’est une tendance analogue qui, lorsque le vase était orné de motifs géométriques, végétaux ou animaux, faisait remplacer le lourd décor en relief puissant des Tcheou par des motifs en bandes larges et plates d’un trés faible relief. La décoration en bande plate est, au méme titre que le graphisme linéaire, une des lois dominantes de l’esthétique Han. Nous reproduisons, comme illustration parlante de cette régle, trois vases caractéristiques, appartenant, le premier a la collection Charles Vignier, dont il constitue lun des joyaux, le deuxiéme a la collection du marquis Hosokawa, le troisiéme a la collection Rutherston (fig. 32-33). Comparer ces trois piéces entre elles puis aux bronzes Tcheou constitue la meilleure lecon sur le sens de l’évolution chinoise aux environs de notre ére. De la méme loi du décor plat, s’appliquant ici a un élégant motif de dragons en rinceaux, reléve le couvercle de vase Han de la collection Henri Riviére, de notre figure 34.
Parfois ces vases de bronze, sans rien perdre de la simplicité de leur décor géométrique général, nous offrent, associées a ce décor, des représentations humaines et animales d’un tout autre caractére. Tel est le cas pour le petit récipient a vin hou, bronze patiné de la collection J. Stonborough (1), avec ses deux frises, lune sur l’épaule, l’autre sur le ventre
(1) Ausstellung Chinesischer Kunst, Berlin 1929, n° 34. Bonne reproduction par M. Charles Vignier, deuxiéme article sur )’Exposition de Berlin, in Cahiers @’ Art, -4® année, n° 5, pl. I.
du vase, représentant, la premiére une chasse au léopard, la seconde une chasse au buffle. Alors que le décor de la gorge et du pied nous montre un graphisme strictement conforme a lidéal de symétrie et de simplicité de l’ornementation Han, les deux chasses nous révélent un sens du mouvement d’une prodigieuse envolée. La charge du buffle encerclé, blessé d’un épieu a lépaule et qui fonce désespérément sur le cercle des chasseurs, a l’élan des tauromachies de Vaphio. Mais, carac-
s&s Cliché C. T. Loo.
Fic. 63. — Tigre, brique Han, ancienne collection Loo.
téristique du Han, le relief est ici absolument plat; les figurations semblent obtenues en réservant le sujet par évidement du fond. Méme cas pour le fragment de vase de la collection David Weill (1) représentant, sur le registre supérieur, des chasseurs ou des chasseresses nus, d’une élégante sveltesse,
(t) Reproduction dans l'article précité de M. Vignier, fig. 1.
la téte surmontée d’une coiffure ou d’une chevelure en trident, transpercant a coups de fléches ou d’épieu des sortes de léopards fantastiques; sur le registre inférieur, des étres mythologiques alternant avec des dragons (?) et des oiseaux (1) : nous touchons ici aux reliefs mythologiques du Chan-tong.
Les « fibules » Han, destinées primitivement a servir d’agrafe de manteau, de boucles de ceinture ou de vétement quelconque, nous offrent d’admirables exemples de cet art. Elles peuvent. se classer au point de vue de la forme en quelques types généraux (2) : fibules (3) ajourées, formées soit d’un dragon trés stylisé, enroulé en §, soit de deux dragons en § dordinaire symétriquement entrelacés en rinceau; — fibules pleines, formées d’une longue plaque de métal avec un corps que décore généralement un théme de dragons entrelacés, traités en demi-relief biseauté, et tournant ici encore plus oi moins att rinceau, et une téte d’agrafe dont le crochet figure une téte de serpent trés simplement indiquée, a peine déterminée (fig. 35, 36); autres fibules pleines 4 corps atrondi, représentant une téte d’ours, de félin ou un masque de ?ao-tie, — fibules longues 4 manche cannelé monté sur masque de ?’ao-t’1e, — fibules en forme d’oiseau héraldique ; — longues fibules nettement zoomorphes, comme la merveilleuse piece de la collection Koechlin que nous reproduisons ict (fig. 37), et qui représente un serpent a4 ailerons, enroulé en 8, bronze dont le mouvement, la torsion vivante, l’élan de plein jet annoncent, avec plus d’élégance, le réalisme animalier des Six Dynasties et des Tang (comparer fig. 38).
(1) Comparer au how de la collection Stoclet, avec frises de chasse au léopard, de chasse au taureau et d’oiseaux, reproduit dans lV.Ausstellung Chinesischer Kunst, Berlin, 1929, n® 35, p. 41. Aussi scénes de chasse du méme style, en creux (primitivement incrustées) sur un grand bassin de bronze de la Freer Gallery a Washington (SIREN, Avis anciens, II, pl. 43).
(2) Bonnes planches résumant ces diverses séries dans SIREN, Avis anciens de la Chine, Il, pl. 7-14.
(3) Je conserve cette dénomination passée dans lusage.
FORMATION DE I) ESTHETIOUE CHINOISE ak
Fic. 64. — Relief de vase Han. Collection Eumorfopoulos. Par la courtoisie de M. Eumorfopoulos.
Les mémes lois qui valent pour l'ensemble des bronzes Han, régissent le décor d’incrustation. Nombreux sont en effet les bronzes Han de nos collections, vases ou fibules, qui sont ou étaient décorés d’or et d’argent; mais toujours les métaux précieux étaient posés « en silhouette plate » sans profondeur ou en filets linéaires plus minces encore. C’est ce qu’on peut constater sur les vases ou les fibules dont l’incrustation a disparu, laissant a vide la place des métaux précieux.
Les fibules Han a incrustations de turquoise, d’or ou d’argent se présentent généralement « avec un corps allongé, un peu incurvé comme un manche de cueiller », d’ordinaire séparé par deux arétes médianes en trois méplats longitudinaux. Le décor, comme on peut le voir par les deux pieces du musée Guimet (salle Pelliot) que nous reproduisons ici (fig. 35-36), est emprunté au géométrisme habituel des Han, avec sa clarté élégante et sa rigoureuse
symétrie. C'est donc l'association connue de losanges, de triangles, de spirales et de rinceaux avec fusées en vrille. Ce que l’on ne peut reproduire, c’est le jeu charmant des bleus de turquoise et de l’or finement serti sur le fond patiné du bronze ancien.
Sur les vases métalliques a incrustations, le décor soit animal, soit géométrique conserve la méme symétrie rigou-
Cliché Gauthier.
Fic. 65. — Habitation, terre cuite Han. Musée Cernuschi.
reuse, la méme élégance un peu froide, la sobriété volontairement presque pauvre de tout le décor Han. Cette ordonnance rigoureuse, ce classicisme strict caractérisent le grand plat circuiaire de la collection du marquis Hosokawa que
la courtoisie de son détenteur et lobligeance de M. C. TT. Loo me permettent de reproduire ici (fig. 39). Comme dans les muroirs contemporains, de larges zones concentriques a ornement de spirales et de losanges, puis a décor dentelé, déterminent Vordonnance générale du disque. Mais sur la face extérieure, au centre, un prodigieux dragon déroule dans un mouvement d’une vibrante élasticité les spirales ocellées de son corps : il suffit de rapprocher des dragons Tcheou cette saisissante apparition, ala fois déja naturaliste
Cliché de V Ecole francaise d’ Extréme-Orient.
Fic. 66. — Forteresse, terre cuite Han trouvée prés de Bac-Ninh.
et encore idéalisée, pour comprendre la distance qui nous sépare désormais de l’esthétique toute en « lignes de force » des Tcheou. Les monstres Tcheou (fig. 14) étaient des énergies virtuelles, des menaces d’énergie. Le dragon du bassin Hosokawa est une force libérée, dont l’envol, respectant d’ailleurs l’ordonnance, la simplicité et la clarté Han, revét, de ce fait, un rare caractére d’élégance. Ce sont les mémes qualités qui s’affirment dans les représentations d’ animaux
qui ornent, sur les deux cotés du plat, la bande principale : des tigres bondissant, au long corps projeté dans une détente d’une observation et d’une élégance singuliéres; attaqué par l'un d’eux, un ours couché s’arc-boute sur le dos, les pattes ouvertes pour 1’étouffer;’ plus loin une sorte de cobra jaillit, de plein fouet, sur un phénix d’une valeur décorative éblouissante. Ailleurs des étres fantastiques, emportés du méme mouvement, comme nous allons les voir sur les reliefs funéraires du Chantong, un félin a téte humaine, des dragons aux sinuosités de tigre ou aux bondissements dantilope, un génie humain empenné. Le tout dans le simple graphisme linéaire que nous signalait M. Vignier et qui, parce qu il limite le monde a deux dimensions, a labri de tout alourdissement musculaire, confére aux €tres représentés un mouvement immédiat, — le mouvement méme des nuages qui galopent autour d’eux.
Nous affivons ainsi a une
: ; oo CLE ee nouvelle notion sur l’esthetique
3 d FiG. 67. — Puits, terre cuite Han. Han. Si Dart des Tcheou, du Musée Cernuschi. fait de sa concentration, était
pure force, l’art des Han, du fait de sa libération et de sa simplicité linéaire, est, le cas échéant, pur mouvement (1).
Cette définition se vérifie sur les jades, comme sur le décor céramique et sur les reliefs sculptés.
(1) Nous verrons la combinaison de ces deux données produire plus tard le réalisme T’ang.
Cliché. Gauthier,
Fic. 68. — Chien, terre cuite Han. Musée Cernuschi.
Dans plusieurs séries de jades attribués a la dynastie Han, nous apercevons en effet les mémes caractéristiques que dans les bronzes contemporains. Les anneaux de jade (#7) des seconds Han rappellent souvent les miroirs que nous avons déja évoqués. Tel est le cas, notamment, pour les kou-f1, « disques a décor de grains », ou « a dessin grenu », si remarquablement représentés dans les collections Gieseler et Loo, ainsi qu’au musée de Séoul : cest le principe du décor « a cent tétons » des miroirs (1). Souvent aussi le décor du #7 est formé dun premier anneau grainé quentoure une bande extérieure ornée de rinceaux de serpents ou de rinceaux de dragons et d’hydres, ces derniers thémes élaborés dans la rigoureuse symétrie et la clarté un peu froide de tout le style Han (2).
D’autres fois les jades grainés Han se présentent sous forme de pieces découpées, en allusion de tigres (how), —tigres encore nullement réalistes, mais au contraire trés stylisés de dessin: un pur schéma décoratif. Malgré les floraisons adventices et les. enroulements terminaux, les replis du félin, au lieu de se multiplier a linfini, A la vieille maniére Tcheou, sont tracés par grandes lignes simples, avec une rigoureuse symétrie. Les caractéristiques du Han s’affrment ici avec d’autant plus de netteté que ces lames de jade, étant purement plates et sans profondeur, convenaient essentiellement au graphisme instinctif de l’époque (voir certains hou de jade de la collection Gieseler).
La simplification Han aboutit ainsi 4 dégager progressivement de la matiére, a individualiser et 4 libérer les formes du dragon, du félin ou de l’oiseau. On arrive alors au dragon qui sert de poignée a la célébre hache rituelle de la collection
(1) PELLIOT, Jades archaiques, pl. XIII.
(2) SIREN, Arts anciens de la Chine, II, pl. 88.
Eumorfopoulos (1). Piéce typique en effet. La longue ondulation du corps de l’animal, avec l’are de 1’échine souple, la reptation de l’avant-train, le retournement menacant de la téte, la longue queue battante, autant de traits ou se révéle le prodigieux sens du mouvement des animaliers Han, mouvement d’autant plus rapide qu'il s’agit toujours, répétons-le, d’un simple graphisme sans sensation d’épaisseur;
Cliché Gauthier.
FIG. 69. — Cheval, terre cuite Han ou Six Dynasties. Musée Cernuschi.
et cette méme rapidité de mouvement, jointe a la persistance de la stylisation décorative (voir le parti tire, pour I enveloppement de l’ensemble, du rythme de la corne, de l’aileron
(1) SmrEN, Arts anciens, II, 92.
et de la triple nervure de l’ondulation caudale) arrive a produire un effet ornemental d’une merveilleuse élégance. Cette méme élégance, faite de la simplicité et de la rapidité du graphisme, se retrouve dans les repliements en demi-cercle ou dans les lignes de vitesse que sont les poissons de jade (houangyu) des collections Gieseler et Loo. Méme lorsque le réalisme animalier apparaitra, comme dans la célébre plaque de jade figurant un tigre véritable (hou) de la collection Gieseler (1) ou dans la charmante petite téte de biche de la collection Koechlin (2), ce réalisme restera toujours d’une impeccable élégance, justement en raison de son parti pris de pur graphisme linéaire, par sa simplicité, sa rapidité de contours, sa douceur et, si je puis dire, sa candeur de dessin. 3
(1) SIREN, Arts anciens, IT, pl: 90.
(2) Jade classé Han par M. Vignier, L’Exposition d'art chinois de Berlin, I1, in Cahiers d’Art, 4° année, n° 5, pl. III.
Cliché V agnier.
Fic. 70. — Terres cuites Han ou Six Dynasties. ‘ Collection Vignier.
Fic. 71. — Figurines de terre cuite, fin des Han ou Six Dynasties. Collection C. T. Loo.
La céramique Han.
Les vases en céramique d’époque Han reproduisent les formes, d’une élégante simplicité, des vases de bronze déja mentionnés : trépieds ting et Men, urnes Jez, surtout les vases hou qu’on ne peut mieux décrire qu’en les appelant, au mépris des définitions, des « amphores sans anses », corps renflé, col étranglé, la panse présentant souvent des anneaux et des bandes historiées (1). Mais anneaux et bandes sont toujours remarquablement sobres, et le vase Han vaut en principe par cette sobriété. La simplicité de la forme, qui est la méme que celle des bronzes correspondants, revét une valeur nouvelle du fait de la matiére : ce qui était force ramassée dans la puissance du bronze devient pure élégance dans la fragilité de la céramique. On s’est plu a comparer, a cet égard, les vases de la céramique Han aux vases grecs, en voulant entrevoir une influence hellénique sur la Chine du deuxiéme siécle. Mais il suffit de se rappeler la simplicité dépouillée du contour des bronzes Tcheou pour s’apercevoir que les principes de cet art sont bien spécifiquement chinois. Traduisons les bronzes en céramique, allégeons-les de leur décor en relief, difficile 4 conserver ici, nous aurons ces hou que nous comparions non sans raison aux amphores grécoromaines.
Nous parlerons quelques pages plus loin, a propos de la sculpture, du décor en relief des bandes historiées qui ornent la retombée de gorge ou la hanche de ces vases.
Sous les Han de Lo-yang (1° et 11® siécles de notre ére) nous voyons apparaitre une céramique vernissée. D’aprés M. Pelliot cette nouvelle technique serait venue de l’Occident. Cest a cette céramique simplement émaillée que s’appliqua
(1) Hopson, Eumorfopoulos Collection, Catalogue of... pottery and porcelain, I, pl. ITI, fig. 10. — MARQUET DE VASSELOT et BALLor, Musée du Louvre, Céramique chinoise, I, pl. I.
d’abord le terme de ¢s’eu, qui devait plus tard désigner la porcelaine. « En partant de cette céramique émaillée on découvrit le kaolin par une série de tatonnements en vitrifiant non seulement 1’émail, mais le corps méme de Vobjet. Lorsqu’on réalisa ce perfectionnement, le nom de ts’ew passa de Vémail de la céramique vernissée a la porcelaine véritable (1) ».
Au point de vue des couleurs, la céramique vernissée Han est, en son fond, d’une argile rougeatre a la cuisson.
FIG\72. FiG. 73. — Petit ours, bronze, Ours, bronze doré. Collection H. J. Oppenheim. (agrandissement). Par la courtoisie de M. Oppenheim. Musée Guimet.
«Le glacis qui, écrit M. Hobson, est a base de silicate de plomb, présente un ton chaud qui, superposé au rouge, donne une
(1) M. Pets1o7, cours sur l’art chinois, 22 mai 1927.
Les Civilisations de ?Orient. — T. III, 7
nuance brune (1). Mais le plus souvent le glacis est coloré d’oxyde de cuivre (d’un jaune grisatre), et il en résulte un beau vert feuille », passant du vert au jaune (2).
Les bas-reliefs Han.
Nous avons a dessein, en parlant des poteries Han, fait abstraction des reliefs et des peintures qui les ornent parfois. Cest que ces reliefs et ces peintures se rattachent a la question plus vaste de la sculpture Han que nous désirions aborder a propos des bas-reliefs funéraires.
Les premiéres piéces de sculpture Han que nous connaissions ne sont pas des reliefs, mais, fait inattendu, de la rondebosse. Il s’agit des animaux érigés en 117 avant Jésus-Christ sur la tombe du général chinois Ho K’iu-ping qui avait battu les Huns et conduit un raid de cavalerie jusqu’aux Tienchan. Au pied du tumulus de ce personnage la mission Segalen et Lartigue (1913), puis la deuxiéme mission Lartigue ont retrouvé notamment une grande statue de cheval écrasant un Barbare et une statue de bovidé couché (fig. 40) (3). Piéces frustes, d’apparence trés primitive et qui semblent jurer avec tout ce que nous savons de l’esthétique Han. En réalité peut-étre, assez maladroite tentative pour traduire un sujet dans une matiére rebelle — la pierre — d’aprés une méthode nouvelle — la ronde-bosse. Initiative du reste qui allait contre la loi générale de l’esthétique Han. Celle-ci était, nous l’avons plusieurs fois établi, une esthétique de graphisme linéaire et de surfaces planes. D’ot l’échec de la sculpture prématurée en ronde-bosse. D’ou, aussi, le succés immeédiat des reliefs funéraires.
Les dalles de chambrettes funéraires ornées de reliefs
(1) Hopson, Eumorfopoulos Collection... pottery and porcelain, I, pl. II, fig. 6, et pl. XII, fig. 80.
(2) Ibtd:,’ pl. II: fig.. 9.
(3) LARTIGUE, Au tombeau de Houo K’iu-ping, Artibus Asiae, 1927, II, 85.
sculptés et les piliers funéraires également ornés de reliefs datent de la seconde dynastie Han, laquelle régna a a Lo-yang (Ho-nan-fou) de 25 a 220 de notre ére. Les principaux groupes sont ceux du Chan-tong et du Ho-nan, étudiés par Chavannes et celui du Sseu-tch’ouan étudié par Segalen et Lartigue, remontant tous trois au 1° siécle de notre ére. Notons en particulier au Ho-nan les piliers de Teng-fong-hien, datés entre 118 et 123 de notre ére, au Chan-tong la chambrette du Hiao-t’ang-chan, antérieure a 129, et le groupe dit de Wou- Leang-ts’eu dont les inscriptions vont de 147 a 167; au Sseutch’ouan le pilier de K’iu-hien daté de 121. La piece la plus ancienne est la dalle de la collection von der Heydt, datée de 114 (fig. 41).
Les procédés employés par le sculpteur sur ces monuments funéraires Han sont de trois sortes. Tantot le contour des personnages est simplement gravé au trait, suivant le graphisme habitueldes Han; tantdt (comme au groupe du Wou Leang-tseu), les figures ont été « réservées »
en évidant la pierre autour du sujet, celui-ci restant par con- FIG. 74. — Brile-parfum. Collection Stoclet.
3 Par la courtoisie de M. Stoclet.
séquent tout en surface plane;
tantot enfin (comme dans la
dalle von der Heydt) les figures réservées, cessant d’étre completement plates, affectent un relief trés légérement arrondi. A cette derniére exception prés, la technique reste fidéle non seulement au graphisme habituel, mais aussi a la prédilection des Han pour les surfaces planes. De relief plat et d’apparence purement graphique, les dalles funéraires Han
go LES CIVILISATIONS DE I/ORIENT
du Ho-nan et du Chan-tong offrent tous les caractéres d’une simple « peinture at ciseat ». :
De fait — les meilleurs connaisseurs de l’archéologie et de l'art chinois, M. Pelliot, M. Vignier, insistent sur cette particularité — tout se présente comme si les reliefs Han parvenus jusqu’a nous (et dont certains étaient d’ailleurs polychromes) n’étaient que la reproduction et la traduction « au ciseau », a l'usage des morts, de peintures qui ornaient les palais ou les habitations des vivants (1)
De la peinture en tant que telle, presque rien (2), pour l’époque Han, ne nous est resté. Mais nous en avons, aux couleurs prés, la reproduction fidéle, éternisée dans la pierre, sur les dalles estampées par Chavannes ou par ses émules.
Ciuvres d’artisan, a-t-on dit de ces copies sur pierre d’originaux perdus. Sans doute, en effet, s’agit-il la plupart du temps de répliques quelconques. Nous n’avons d’ailleurs retrouvé que les tombes de personnages de second ordre, qui ne pouvaient, semble-t-il, donner qu'une faible idée des décorations de sépultures princiéres. Et cependant c’est assez pour imaginer sur ces fresques de pierre ce que durent étre les fresques véritables qui devaient servir de modele, car méme sur les dalles du Ho-nan et du Chan-tong nous trouvons pour l’art animalier, pour les représentations militaires, dans les grandes scénes de chasse ou de bataille, comme dans les compositions empruntées a une mythologie presque entiérement petdue, d’admirables chefs-d’ceuvre. A bien y regarder, les vases grecs seuls nous présenteraient, pour cette époque, de telles scénes de genre ou de pareilles visions d’épopée.
Feuilletons le grand album de Chavannes (3). Nous y ver-
(1) Voir la confirmation de ce fait par le texte que cite CHAVANNES, Mission avchéologique, I, p. 32.
(2) Exception faite, on va le voir, pour les briques peintes de Lin-li, au Honan, acquises par M. C. T. Loo et aujourd’hui entrées (sur Vinitiative de M. Denman Ross) au musée de Boston, ainsi que pour d’autres briques historiées, datées de 69 A. D., trouvées par les Japonais en Corée.
(3) Mission archéologique dans la Chine sepientrionale, premiére partie.
rons le linéarisme Han donner dans ces diverses catégories toute sa mesure.
Tout d’abord, legs d’un passé millénaire, les personnages mythologiques.
La déesse Si-wang-mou, ou Reine-mére d’Occident, avec ou sans son parédre Tong-wang-kong, et accompagnée de
FIG. 75. — Dragon de bronze Ts’in ou plutot Han. Collection Stoclet. Par la courtoisie de M.. Stoclet.
ses animaux habituels : le corbeau solaire a trois pattes, les liévres lunaires pilant 1a drogue d’immortalité (1), le renard A neuf queues, etc. (fig. 42). Ou bien les sept étoiles de la
(1) Cf. PELLIOT, Cours sur Vart chinots, 8 avril 1929.
Grande-Ourse avec les personnages de leur cour. Puis les premiers civilisateurs mythiques, Fou-hi et sa sceur Niukoua, lui tenant l’équerre, elle le-compas et leurs corps se terminant en queties de serpent ou de poisson entrelacées (I) (fig. 43). Puis toute la série des « trois souverains » et des « cing empereurs » légendaires. Puis des monstres fabuleux : des sortes de centaures formés de deux avant-trains accolés, des fauves portant huit tétes humaines soudées au cou par autant de corps de serpents, comme une hydre (cf. fig. 44). Mais ce qu'il y a de plus caractéristique dans cette mythologie, ce sont les personnages ailés (certains un peu semblables 4 nos lutins ou farfadets occidentaux), dont le corps se termine, au lieu de jambes, par une ou plusieurs queues de serpent redressées (fig. 45).
Le mouvement qui emporte ces étres fantastiques est prodigieux. Voyez par exemple sur un pignon appartenant au groupe des chambrettes antérieures du pseudo Wou Leangtseu (2) (fig. 44) cette scéne extraordinaire : autour d’une divinité ailée assise, ailes éployées, tout un peuple de génies s’avance, s’envole ou plonge vers le sol; un‘lutin ailé présente a la divinité un rameau de l’arbre aux trois perles; un autre, agenouillé, lui tend un gobelet; un troisiéme semble danser. Ces petits personnages, coiffés du bonnet a4 double corne ou a longue méche de nos fous médiévaux, sont d’une élégance charmante. Certains d’entre eux voltigent entre les monstres qui entourent la divinité, sortes de sphinges dont le corps de béte porte un double buste 4 tétes humaines, personnages humains a téte de coq ou de cheval, énormes oiseaux « ou harpies », a téte humaine. Remarquons que si, lorsque ces lutins touchent le sol, leurs extrémités se présentent comme des jambes et des pieds humains, leurs membres inférieurs, quand ils s’envolent, se terminent aussi en ailes ou en queues de serpent. Il y a la une liberté, une fantaisie
(1) M. PELLIOT, cours du 18 mars 1929.
(2) CHAVANNES, Mission archéologique, I, pl. LAT, n° 110.
prodigieuses, dont la peinture des vases grecs seule nous donnerait l’équivalent.
Quelques grandes compositions dans la tombe du Wou Leang-tseu représentent les divers royaumes mythologiques, « royaume des eaux », «royaume de l’air », etc. Le royaume des eaux (I) nous transporte dans un monde étrange; une divi-
NIG Osh ee Masque de t’ao-t’ie, bronze Han.
Collection C. T. Loo.
nité s’avance dans un char trainé par des poissons; autour d’elle, s’agite un cortége de grenouilles, de tortues, de rats
(1) CHAVANNES, Mission archéologique, I, pl. LXVI, n° 130.
d’eau, de poissons munis de lances, de hallebardes, d’épées et de boucliers; des hommes chevauchent des poissons; plus loin ce sont des étres bizarres a téte de grenouille ou 4 téte humaine et a corps de poisson; et.toujours les génies ailés, les lutins Han, au corps terminé ici en queue de poisson.
Plus loin le royaume des airs (fig. 45) (1). Des chars attelés de chevaux ailés — curieux Pégases chinois —, au milieu d’enroulements et de déroulements de nuages figurés par des séries de spirales réunies entre elles par de longues trainées et se terminant souvent en tétes d’oiseau; ces nuages animés, ces nuages-oiseaux sont escaladés ou chevauchés par les agiles gnomes ailés habituels, aux jambes tantot humaines, tantot muées en double queue de serpent. Le mouvement de cette ronde aérienne est indicible.
Sur la pierre tombale consacrée aux divinités du tonnerre et de la pluie (2), limpression fantastique est non moins saisissante. Ici les lutins ailés chevauchent ou dirigent en les survolant des dragons lancés en un galop fou. Il nest que de comparer ces bétes de vitesse, mi-tigres, mi-chevaux, aux dragons géométriques des bronzes Tcheou pour comprendre a quel point la période Han marqua la libération des forces latentes concentrées dans l’art Tcheou. Aprés ce tableau de vitesse, le registre immédiatement inférieur nous montre, avec la cour du dieu du tonnerre, tne vision d’une rare puissance. Le dieu du tonnerre, figure de menace, est assis sur son char de nuages que trainent, avec un beau réalisme d’effort, six serviteurs foulant les nuages et stimulés par un lutin ailé. Sous une votite de feu, symbolisée par l’arc d’un dragon bicéphale, un génie, bondissant sur l’échine d’ une victime prosternée, la frappe de la foudre en lui enfoncant: a coups de marteau un ciseau dans la nuque, —le tout au milieu des rubans enroulés des nuages et des génies de la pluie versant leurs urnes. La scéne, malgré la déformation en noir de
(1) CHAVANNES, I, pl. LXVII, n° 131.
(2) Lbid., I, pl WX VIII, n° 132.
lestampage, est d’un dramatique intense. Le registre suivant ne démentira pas cette impression avec ses ogres, ses ours et ses guerriers dévorant des enfants ou brandissant toute sorte d’armes (fig. 46).
Le royaume du vent et de l’orage (1) est d’un emportement plus étonnant encore. En haut le dieu du vent sur son char trainé par des quadrupédes fantastiques 4 queue de serpent
FIG. 77. — Fibules des Six Dynasties. Musée Guimet, don Pelliot. (Passage du style Han au style T’ang.)
et escorté de génies ailés qui chevauchent d’autres bétes analogues lancées en un galop éperdu. Aux registres médians l’Orage; le dieu du tonnerre tient en mains son marteau et
(1) CHAVANNES, I, pl. L-XTX, n° 133.
frappe du tambour; des déesses, lancées a la course, « brandissent les cordes de la pluie qui fouette et cingle ». Plus bas un échevélement de nuages en dérotte. Sous le souffle puissant du dieu du vent les nuages galopent, escadron fantastique d’ou émergent des tétes de dragons, de fauves, d’oiseaux ou des bustes de lutins. Tantdt des oiseaux, ailes éployées, naissent du nuage et semblent le conduire; tantd6t ce sont des lutins, déroulant en pareilles volutes leur envol terminé par une quetie de serpent. Cette animation — animalisation ou » divinisation — du nuage, cette conception du nuage en tant que demeure des génies, génie lui-méme, c’est sans doute un des traits permanents de l’esthétique chinoise. Souvenonsnous des puissantes indéterminations de l’époque Tcheou dans lesquelles les lignes de foudre aboutissaient insensiblement au dragon. Si nous transposons ce langage géométrique dans le graphisme de mouvement des Han, nous obtenons les nuages-oiseaux, les nuages-dragons, les nuages-lutins que nous venons d’évoquer. Quelques étapes encore, et nous aurons le paysage Song ou Yuan et ses lointains vaporeux, ot la brume est tout, ou les écharpes de nuées sont l’'A4me méme des choses, et, par dela le concret, laissent deviner l’essence une et changeante du Divin, comme achévera de nous le prouver, sur telle peinture Yuan, l’apparition soudaine, au sein de la nue, du Dragon lui-méme (fig. 253). A travers ces révolutions d’école et de technique, lesthétique ou plutdt la base intellectuélle de l’esthétique reste la méme.
Sur la pierre suivante (1) la nuée achéve de s’animaliser ou de se diviniser. D’abord un galop volant de quadrupédes ailés a téte d’oiseau et A queue de serpent, de chevaux ailés, de dragons ailés, quelques-uns montés par les lutins ailés habituels. Puis Fou-hi et Niu-koua avec leurs attributs, le corps termine en queues de serpent entrelacées; puis d’autres génies ailés dont les jambes muées aussi en queue de serpent glissent sur le sol en maniére de nuage. Puis une calvacade
(1) CHAVANNES, I, L-XX, n° 134.
de dragons chevalins ailés, d’une remarquable beauté de lignes (ébrouement des tétes, hennissements des naseaux), avec, comme jockeys, nos lutins ailés. Enfin au registre inférieur, dragons, oiseaux et lutins retournent au nuage volant avec leurs corps serpentiformes qui effleurent a4 peine le sol et glissent dans les airs en s’enroulant en spires nébuleuses. La plus libre imagination s’est ici donné cours (fig. 45). Nous connaissons pet de scénes soit dans l’art égyptien, soit dans Part hellénique, qui soient emportées d’un tel mouvement. Et méme, tandis que le dessin égyptien ou grec, étant a réminiscence de plastique, étoffait, c’est-a-dire atténuait l’envol
Cliché C. T. Loo.
Fic. 78. — Garde de sabre Han. Musée du Louvre.
de ses personnages, nous avons ici, grace au graphisme radical des Han, le mouvement pur. Quelle transformation depuis les Tcheou! Mais aussi quel potentiel de forces emprisonnait le dynamisme Tcheou pour que, a peine libérées, elles se soient ainsi élancées en frénésie d’action et en vertige de vitesse!
Aprés le ciel, la terre. Aprés les courses fantastiques des monstres et des génies, les visions d’épopée de l’époque pré- Han et Han. La chasse, la guerre.
Le réalisme animalier sur les scenes de chasse Han n’a pas, a notre sens, été suffisamment remarqué. Dés les premiéres planches de album de Chavannes (I, XV, 26), voici sur les piliers de la mére de K’ai, a Teng-fong-hien (Ho-nan), deux chevaux attachés a un atbre, le premier labourant la terre ‘dimpatience, le second ruant, qui nous montrent l’abime séparant ce graphisme élégant et précis de la malheureuse tentative de ronde-bosse de Ho K’iu-ping. Un peu plus loin (r) un pilier du Chao-che nous présente une biche au long col replié entre deux cavaliers au galop dont lun lui décoche une fléche en se retournant : scéne d’un mouvement égal a celui des chasses assyriennes et qui nous avertit qu'un grand art animalier vient de naitre en Extréme-Orient. Le dragon qui, a cdté (2),s’ ébroue devant une téte de bélier, longue béte sinueuse et élancée, sorte de tigre au glissement reptilien, le chien lancé en fléche sur un liévre bondissant sont des morceaux d’une élégance et d’une vie merveilleuses. De méme att Hiao-t’ang-chan (partie inférieure de la paroi orientale), ou des chiens bondissant sur une harde de cerfs comptent parmi les plus beaux morceaux de l’art animalier de tous les temps (voir le chien mordant la biche au jarret) (3). Au Wou Leang-tseu, c'est le réalisme qui domine. La troisiéme pierre des chambrettes postérieures nous offre, sur son registre inférieur, des personnages revenant de la chasse qui rapportent les bétes tuées, un énorme sanglier, deux tigres. La vérité avec laquelle ont été rendues les retombées des cadavres (arriére-train du sanglier, patte de l’un des tigres) et la maniére dont les chasseurs ont chargé leur fardeau sont dignes de lassyrien ou de Taq-i Bostan. Et que dire du pore qu’un paysan retient et tire par une patte de derriére? (fig. 46). Ici le réalisme touche 4 la peinture de genre. Plus loin un cerf senfuit devant un énorme dogue qu’un chasseur s’appréte
(1) CHAVANNES, I, XIX, n° 35.
(2) Ibid., XX, 37-38.
(3) Zbid., pl. XXVIII, fig. 50.
a lacher (1). A Tchao-ts’ieng-ts’ouen (Chan-tong) (2), d’autres cerfs et des liévres, joliment dessinés, qui ne sont que fuite et vitesse, et des lévriers pleins d’élégance, tenus en laisse ou découplés sur les liévres (fig. 42 et 47). Au Chen-si, le bas-relief de Li-hi, daté de 171 de notre ére (3), nous annonce déja les reliefs, d’ailleurs contemporains, du Sseu-tch’ouan. L/art chinois, en effet, a produit peu de dessins d’une élégance aussi parfaite que le fantastique « dragon jaune » et le noble «cerf blanc » que nous reproduisons ici, — sans parler de l’élégance florale des arbustes figurés en bas (fig. 48). De méme l'art chinois postérieur, y compris celui des Song et des Ming,
FIG. 79. — Dragon des Six Dynasties. FIG. 81, — Bronze des Six Dynasties. Collection Sauphar. Collection Sauphar.
ne produira pas d’oiseaux plus ¢legants (faisans, paons, etc.), que ceux d’une des chambrettes du Hiao-t’ang-chan (4). Et que dire, sur cette méme pierre, de la vérité merveilleuse du singe grimpant sur un toit ?
(7) Pe Teva, “ny 146-
(2) Pl. LXXXV, n° 159, LXXXVI, 161.
(3) Pl. LXXXIX, n° 167.
G)\ePE XIV, np? 45.
Enfin les cavalcades princiéres et les combats. Charroierie assez analogue a celle des peintures égyptiennes ou de certains vases grecs. Au Hiao-t’ang-chan, nous voyons passer le char de parade d’un roi entouré d’une brillante escorte de cavalerie. Les chevaux, bétes robustes, 4 la croupe et au pottrail puissants, portent haut la téte et s’avancent en piaffant avec noblesse (fig. 49, 50). Les diverses variétés de trots et de galops sont admirablement observées (absolument aucun rapport avec lart scythe). De méme les cavaliers sont bien campés en selle, la béte et l’homme faisant vraiment corps, avec un trés juste souci des proportions.
Puis la bataille, une bataille de cavaliers armés d’arcs. Un des partis nous est donné comme l’armée du « Hou-wang », c’est-a-dire peut-étre d’un chef barbare que les escadrons chinois seraient en train de mettre en déroute (1). Et rien de monotone ici. Bien que tous les coursiers soient lancés au galop volant, le mouvement de chaque béte est distinct. Un des « barbares », atteint d’une fléche, tombe de cheval, un cadavre, décapité, git sur le sol, tandis que sa monture s’enfuit. A larriére, prés du général vainqueur, des prisonniers, agenouillés, attendent leur sort, des tétes sont déja plantées sur des piques. Peut-étre est-ce 1a, sinon un épisode de l’épopée chinoise en Asie centrale, du moins une scéne mythologique imaginée a linstar des guerres hunniques. En tous cas nul doute que les conquétes des Han en Asie n’aient eu leur retentissément sur l’art. Sur ces mémes pierres du Hiao-t’angchan nous voyons figurer au milieu d’une brillante cavalcade un chameau et un éléphant montés, évidemment venus l’un du Gobi, l'autre de I’Inde ou de Il’ Indochine (2).
Les cavalcades du Wou Leang-tseu ont moins d’élégance et plus de puissance. Les chevaux — chevaux de char ou simples montures — sont des bétes extraordinairement trapues, a l’encolure de taureau, contrastant avec leurs pattes
(i) eave 847., (2) XXVIII, 48.
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FORMATION DE I ESTHETIQUE CHINOISE IOL
gréles, mais bétes bouillantes d’impatience, secouant la téte et rongeant leur frein. De vraies visions d’épopée, dignes dillustrer les conquétes d’un Pan T'’ch’ao a travers I’ Asie centrale (1). Souvent cavaliers et gens de chars se précipitent att combat. Nous remarquerons alors l’extraordinaire variété des attitudes et des épisodes. Que l’on se donne la peine d’étudier, a travers la trahison des estampages, la liberté des mouvements, l’intensité de l’action. Seules, encore une fois, les peintures des vases grecs, qui sont un peu l’équivalent de nos reliefs du Chan-tong, présentent une telle spontanéité (l’assyrien est plus conventionnel). La bataille sur un pont qui est reproduite deux fois au Wou Leang-tseu (2), avec ses divers
Cliché Vignier.
Fic. 80. — Bronze des Six Dynasties. Collection Vignier.
épisodes, charge, mélée, déroute, est un des plus dramatiques spécimens de cet art d’épopée (fig. 44 et 45).
Les reliefs ou plus proprement les dessins sur pierre des dalles funéraires du Ho-nan et du Chan-tong sont donc déja sinon de la peinture, du moins le fidele témoignage de ce que dut étre la peinture Han.