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jadis attribués 4 Kanaoka, que nous avons déja mentionnés (fig. 29). :
Cest de la méme tradition aussi, bien que chronologiquement postérieur, que reléve ’ Amida du Konkaiké-my6oj1i de Kyoto, se montrant a mi-corps dans le ciel entre Kannon et Seishi, derriére le mont Hieizan (fig. 47); — « apparition, écrit M.. Kimmel, d’une grandeur supra-terrestre, brillante dor, d’un éclat surnaturel : Amida se dresse derriére la montagne sacrée. Il vient chercher l’Ame fidéle pour 1a conduire dans le royaume celeste... » (I).
L/art piétiste eut ses délassements, récréations monastiques qui se manifestérent par la peinture de Toba-Sd6j6 (1053-1114). Cet évéque bouddhiste créa le genre humoristique et la caricature, souvent pratiqués depuis. En des tableautins d’une légéreté de pinceau et d’une verve étonnantes il campe des lapins, des grenouilles, des singes parcdiant les faits et gestes des hommes (fig. 36), parodiant sur-
tout les occupations des bons moines parmi lesquels vivaient .
Toba S6j6 et ses émules (fig. 37). Art plein de finesse et de fraicheur, évoquant par la malice de sa psychologie, par la vivacité avec laquelle est ici saisie la vie de lespéce, par la délicatesse de touche du cadre champétre l’esprit de notre La Fontaine.
(1) L’ensemble du triptyque, dont nous ne donnons que la figure centrale, —
est reproduit par M. KumMet, L’Art de l’Extvéme-Orient, pl. 40.
Cliché Laniepce.
FIG. 93. — Paysage, par Kano Naonobu. Fic. 94. — Paysage, par.Kano Naonobu. Collection Henri Riviére. Collection Henri Riviére.
L’époque de Kamakura (1192-1333). |
Yoritomo, vainqueur des Taira qu'il avait exterminés, avait, on se le rappelle (1), supprimé les derniéres compétitions dans sa propre famille en se débarrassant de son frére Yoshitsune (1189). Dans cette situation hors de pair, il se révéla comme un des plus grands hommes d’Etat de I’histoire japonaise (fig. 44). Esprit réaliste, il sut mettre a profit lexpérience de ses prédécesseurs et de ses adversaires. Plus profond politique que Kiyomori, aussi implacable mais plus dissimulé et plus prudent, ce grand taciturne ne sacrifiait rien a la vanité. Mais il réorganisa l’Etat de fond en comble. Il commenga par asseoir la puissance de sa maison sur une base territoriale solide; le Kanto, le fief de ses aieux, qui avait assuré la victoire des Minamoto, participa a leur triomphe. Ce fut au Kant6, 4 Kamakura qu'il établit sa résidence, avec le titre de shdgun, ou chef militaire supréme, a lui décerné par ’empereur (1192). Le gouvernement qu'il y organisa fut désigné sous le nom de bakufu, « le gouvernement de la tente, ou du camp », terme qui lopposait au régime « civil » de la Cour impériale de Kydto. Dans chaque province le shégun eut, a coté de l’ancien gouverneur civil annihilé, son représentant militaire, sa garnison permanente et son agent fiscal, |
Le Japon japonisant du Kant6 mit ainsi en tutelle le Japon chinoisé du Gokinai. Toutefois le premier ne détruisit pas le second : on ne détruit pas le Gosho ; le dictateur Kiyomori avait fait mine de le tenter; il s’était installé 4 Kydto, aux cotées de l’Empereur qu'il traitait en figurant inutile —, sacrilége analogue a celui de César annihilant le Sénat et briguant la couronne : les Taira étaient tombés comme César sous les coups de l’aristocratie indignée. Yoritomo jugea l’expérience suffsante. Aprés l’assassinat de César, Auguste, son héritier,
(1) Voir plus haut, p. 94.
avait comblé le Sénat de prévenances, seffagant devant lui, lui laissant l’administration des provinces civiles. Yoritomo qui rappelait Auguste par sa prudence, sa simplicité de vie, ses talents administratifs, et aussi par sa dissimulation, son
Cliché Lamepce.
Fic. 95. — Singe, par S6tatsu. Collection Odin. (Editions Van Oest.)
hypocrisie et sa perfidie, adopta la méme attitude que lui envers les autorités traditionnelles : l’Empereur n’eut pas de sujet plus respectueux. Il n’y eut méme rien de changé-dans
Yadministration civile du Japon. Elle continua a subsister a coté du régime du Bakufu, comme les institutions de la République Romaine avaient subsisté dans | Empire. Yoritomo ne toucha pas aux privileges de la classe des kuge, l’ancienne
Cliché Laniepce.
FIG. 96. — Evocations d’automne, par Sdtatsu. Collection Odin. (Cf. éditions Van Oest.)
noblesse impériale, devenue, depuis le développement du régime militaire, une simple noblesse civile. Sans doute, il installa prés de Kyéto une garnison 4 lui, placée sous les ~rdres de son beau-pére H6j6 Tokimasa, sire d’Izu. Mais il
LE JAPON IIg
prit soin de dissimuler cette garnison dans le faubourg de Rokuhara et affecta de laisser aux fonctionnaires impériaux l'administration de la capitale et des provinces du Gokinai. Il wétait, lui, qu'un simple capitaine, vivant de peu, sobre et frugal autant que le dernier de ses samurai, modeste de ton, modeste d’allure. Ky6to resta le siége du Gosho, la capitale des Empereurs de droit divin. Yoritomo se garda bien de venir
e Cliché Laniepee.
FIG. 97. — Pins, par Korin. Collection Ulrich Odin. Par la courtoisie de MM. Odin et Van Oest.
y tivaliser avec la dynastie solaire. Sa capitale a lui fut Kamakura, au Kanto, a entrée du Golfe de Tdky6. La colonie militaire du Kanté joua ainsi un peu le méme role que la Macédoine dans la Gréce antique, la Prusse en Allemagne ou
Les Civilisations de VOrient. — Ais. Ve 9
le Piémont en Italie. Il y eut un chef militaire des samurai a Kamakura et un souverain civil et religieux des kuge a Kydto. De la sorte, en dépit de toutes les protestations de loyalisme de Yoritomo, la séparation des deux pouvoirs fut bien nette, leur importance respective aussi : Kamakura fut tout, Kyoto ne fut plus rien.
Fondée sur ces bases, la construction politique de Voritomo, — le Bakufu et le Shédgunat —, dura six siécles, le double de celle d’Octave Auguste. Mais si Voeuvre du grand Minamoto lui survécut si longtemps, ce ne fut pas au profit de sa propre famille. Vingt ans aprés sa mort, celle-ci sombra dans une nouvelle révolution de palais.
Yoritomo mourut en 1199. Sa veuve, l’énergique Masa-ko, qui appartenait a la Maison des H6j6, lui avait donné deux fils, Yoriie et Sanetomo. Ces deux princes étaient encore mineurs a la mort de leur pére. Yortie, l’ainé, n’en fut pas moins proclamé shdgun, sous la tutelle de son grand-pére maternel, H6j6 Tokimasa, sire d’Izu.
Les H6j6, qui apparaissaient ainsi pour la premiére fois sur le theatre de la grande politique, étaient d’assez petits barons, originaires du Kanté, et qui ne s’étaient. élevés que dans la clientéle des Minamoto. Intrigant, pratique et peu scrupuleux, H6j6 Tokimasa, leur chef, avait tout ce quwil fallait pour arriver au premier reng, a condition toutefois de perdre ses propres petits-fils, les enfants du grand shégun Yoritomo. Nul mieux que le H6j6 ne connaissait les rouages du Bakufu, quwil avait tant contribué a établir. Yoritomo une fois disparu, pourquoi ne pas s’approprier sa succession ? Certes, l’armée du Nord restait attachée a la famille shogunale, au blason des Minamoto. Mais le Japon tout entier n’était-il pas fanatiquement dévoué a ses empereurs de race divine? Or, a la condition de conserver aux empereurs leurs titres,
honneurs et priviléges, le shogun Yoritomo avait pu, sans soulever de protestation, les dépouiller de tout leur pouvoir. Le procédé que Yoritomo avait employé envers la dynastie impériale, les H6j6 résolurent de l’appliquer aux héritiers de Yoritomo : il n’y avait qu’a reléguer les shdgun a cdté des
Cliché Laniepce.
Fic. 98. — Laque de KG6rin. Collection Vever.
empereurs, dans les pompes de la Cour. Le Japon aurait ainsi deux souverains honoraires, — l’empereur, souverain spirituel, et le sh6gun, chef nominal des armées, — et un seul maitre réel : le petit baron H6j6. —
A Vécole de Yoritomo, Tokimasa avait appris tous les secrets du machiavélisme nippon. Justement Yortie, le shogun titulaire, était un jeune homme voluptueux et frivole
qui ne comprenait rien a la subtile politique de son grand- —
pére maternel. A linstigation des H6j6, ses conseillers lui persuadérent de céder une partie de ses domaines 4 son frére cadet, Sanetomo, et la puissance des Minamoto se trouva brisée. Quand Yoriie s’apercut de la faute qu’on lui avait fait commettre, il parla de massacrer les Hojo. Ce fut lui qui fut déposé, tonsuré, enfermé dans un cloitre, et, avant d’avoir pu apprécier les douceurs de l'état monastique, assassiné (1204). Son frére, Sanetomo, fut proclamé shégun a sa place par les tout-puissants H6jé. Ce nouveau shogun était un peintre de gout (fig. 48), un poéte charmant qui faisait des vers a décourager les empereurs eux- mémes. « Du chemin de Hakone, écrivait-il un jour, le golfe dIzu m ‘apparait, et, plus loin, la pleine mer, les petites iles, les vagues qui semblent se pousser. Si ce monde si beau pouvait ne pas changer! » — Cétaient la passe-temps inoffensifs. Les H6j6 le laissérent réver a son aise dans ses villas du golfe de Sagami, et se firent nommer eux-mémes shikken ou « régents » avec tout le pouvoir effectif.
Quelques années aprés, Sanetomo périssait dans une échau- |
fourée, sous les coups de son propre neveu. Il n’y avait plus |
de Minamoto (1210).
Les .H6j6 résistérent a la tentation de se proclamer eux- | mémes shogun. Prudemment ils conférérent cette dignité
A un membre de la famille Fujiwara, déclaré pour la circonstance descendant des Minamoto, et depuis ils conserverent a la téte du gouvernement de Kamakura cette lignée de shogun-fantémes. En réalité, sous le nom modeste de
shikken (maire du palais ou régent), les H6j6 étaient les seuls | chefs du bakufu. Le fils de Tokimasa, H6j6 Yoshitoki, qui |
lui succéda (1205-1224), affermit davantage encore sa maison. Un empereur énergique, Go-Toba, ayant voulu profiter des circonstances pour tenter une restauration légitimiste, fut vaineu et exilé par les H6j6 (1221). Le pouvoir de ces
Cliché Lantepce.
Fic. 99. — Laque du xvlle siécle. Collection Vever.
derniers ne fut dés lors plus contesté dans l’archipel. De leur chateau de Kamakura, ils purent gouverner le Japon en maitres absolus durant cent trente ans.
Quelque jugement que les historiens japonais aient porté sur lespéce d’escamotage du shogunat de Minamoto par Tokimasa, il s’en faut que le gouvernement des H6j6 ait été sans bienfaits pour le pays. Le sixiéme des shikken, H6j6 Tokimune (1256-1284) eut la gloire de sauver le Japon de linvasion mongole.
Cetait en effet ’époque ou les Mongols, ayant conquis la Chine, jetaient leurs vues sur les pays voisins, considérés par eux: comme les dépendances naturelles du Céleste-Empire (1). L/empereur mongol de Chine Kubilai, petit-fils de Gengis-Khan, somma les Japonais de se soumettre, et, sur leur refus, envoya une expédition contre eux.
Jamais le Japon n’avait couru un tel péril. De toutes les nations asiatiques lui seul avait échappé jusque-la aux invasions turco-mongoles. Et maintenant que ces invasions avaient triomphé du reste de l’Aste, c’était le choc de Il’ Asie entiére qu il lui fallait subir, car accepter le joug, nul n’y songea. Pour repousser la demande insultante de Kubilai, tout le pays fut debout. H6jo Tokimune, « le grand chevalier de Kamakura », comme on le surnomma depuis ce jour, appela le peuple aux armes. Le Japon traversa alors quelques journées analogues a celles qui précédérent l’arrivée de lescadre de la Baltique en 1905. Ou plutdt ce fut pour lui une heure aussi tragique que jadis pour l’hellénisme les journées de Marathon et de Salamine. D’un cdté les « conquérants du monde » — comme les Mongols se nommaient eux-mémes —, de l’autre Vinsularité japonaise.
Le premier corps expéditionnaire sino-mongol essaya de débarquer en 1274 sur la cote de Chikuzen, 4 Kytisht. Malgré la surprise caus¢e par les armes a feu chinoises, l’attaque échoua et les Mongols durent se rembarquer. Ils revinrent
(1) Cf. tome TI, p. 328.
Fic. 100. — Laque, fin du xvul@ siécle. Collection Doucet.
avec une armada formidable — 100.000 hommes, dit-on — en 1281. Mais depuis la derniére tentative les Japonais avaient eu le temps de fortifier les c6tes du Hizen et du Chikuzen, maintenant gatnies de défenseurs. Un peuple frémissant se pressait dans les sanctuaires d’Ise, et du fond du Gosho VYempereur demandait lintercession de ses aieux divins. Amaterasu et les kami pouvaient-ils permettre aux barbares de profaner le saint archipel? Les dieux entendirent ces priéres. Tandis que l’armée des Mongols était repoussée des cotes de Kytisht, leur flotte fut détruite par un effroyable typhon (14-15 aotit 1281).
De l Armada formidable, venue de tous les ports de Corée et de Chine pour asservir la Terre des Dieux, il ne restait plus de trace sur la mer apaisée. L’insularité japonatse avait vaincu les Conquérants du Monde.
H6j6 Tokimune, le Grand Bush de Kamakura, recueillit les bénéfices de cette victoire. Aprés l’expulsion des Mongols, le Japon l’acclama comme son libérateur. Son fils H6j6.Sadatoki, qui lui succéda comme shikken (1284-1311), se montra, lui aussi, digne de la dictature. Mais en 1311, la dignité de shitkken passa a un prince incapable, H6j6 Takatoki, dont la faiblesse laissa en quelques années péricliter l’ceuvre de ses aleux.
Il y avait longtemps que la dignité de shdégun, entre les mains de la famille Minamoto, n’était plus qu’un vain titre. Si la fonction de shikken, du fait de incapable Takatoki, devenait aussi une dignité sans pouvoir, sur qui reposerait donc la charge du gouvernement? I/Etat japonais tombait en déshérence. Ou plutot, les agents chargés les uns aprés les autres d’en assurer la gestion faisant successivement défaut, c’était au propriétaire lui-méme, au maitre véritable du domaine d’en reprendre la direction. Les droits de l’empereur
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sur l’empire étaient imprescriptibles. L’empereur avait pu laisser a d’autres le soin de gérer son bien, leur confier une délégation de plusieurs années ou de plusieurs siécles, se désintéresser presque complétement en apparence des questions politiques. La dynastie issue d’Amaterasu, la dynastie fille du Soleil, avait pu depuis les jours de Nara et de Heian disparaitre dans le mystére du Gosho, comme une divinité, aprés avoir terminé sa vie terrestre, remonte au ciel. Elle ne devait pas moins reparaitre aux yeux des hommes et se manifester a son peuple lorsque, les temps étant révolus, le salut de ce peuple l’exigerait. C'est ce que pensa, au commencement du xiv® siécle, un souverain remarquable, l’empereur Go- Daigo, ou Daigo II, qui monta sur le tréne du Soleil Levant en I3IQ.
Ce qui semble avoir dominé chez Go-Daigo, c’est le sentiment de la dignité, de la sainteté de sa mission. Peu de souverains japonais eurent a ce point conscience de leur origine divine, de leur rayonnement solaire. Descendant~ d’une lignée d’empereurs vieille de dix siécles, descendant d’Amaterasu, fils authentique des dieux, dieu lui-méme, grand-prétre d'une religion millénaire, baignant encore de tout son étre dans le passé mythique et fabuleux de sa race, Go-Daigo jugea que l’heure était venue de jeter bas tous les pouvoirs intermédiaires que ses ancétres avaient laissé s’établir entre eux ‘et leur peuple, et de parler 4 ce peuple face a face. ;
Le fils de Go-Daigo, l’héroique prince impérial Morinaga (1308-1335), partageait ses vues avec ardeur. Il obtint, pour Voeuvre de restauration projetée, le concours de la seconde grande puissance morale de ce temps, — de léglise bouddhique. Les riches monastéres de Hieizan et de Nara se ralliérent au parti légitimiste. Avec l’appui des moines de Hieizan, et des kuge, il s’'agissait de chasser de Kydto la garnison du Bakufu, de délivrer le Gokinai, et d'appeler aux armes les samurai du Midi. L’empereur posséda bientdt une petite armée a la téte de laquelle se placérent son fils
Morinaga et le digne émule de celuici, le chevaleresque Kusunoki Masashige, « le Bayard du Japon » (1331).
Cependant le Bakufu était trop solide pour étre abattu d'un seul coup. Les samurai du Kanté et en général tous les. clans du Nord ne pouvaient accepter une restauration impériale dont le premier acte serait d’abattre leur hégémonie. Ils se ralliérent autour des H6jé et descendirent en masse sur Kydto. Cette fois encore le Nord l’emporta sur le Midi.
Go-Daigo fut pris, déposé et exilé dans Pilot d’Okishima, au large, pres des cotes de Corée. Mais ?Idée impériale, une fois répandue dans les masses, y faisait son chemin et suscitait des dévouements contagieux. Morinaga et Masashige se maintinrent dans les montagnes du Yamato, au sud de Kyoto et d’Osaka. Ils mirent en état de défense les grands monastéres de la région, déjouérent plusieurs tentatives dirigées contre eux par le gouvernement de Kamakura. La nouvelle de leur fidélité parvint a lempereur Go-Daigo qui séchappa de son ilot, et, a la suite d’une romanesque odyssée, débarqua sur la cote du Sanindd ot l’armée de Morinaga vint le chercher. Les malheurs et Vexil du souverain avaient provoqué une émotion intense dans tout le peuple. Son retour prit les allures d’un triomphe. Ie monarque divin,
Cliché Laniepce,
FIG. 102. — Daims, par Sosen.
Collection Vever.
dont les H6j6 avaient presque fait un martyr et dont le retour semblait di 4 un miracle, fut regu par des foules en délire. Il profita de sa popularité pour abattre ses ennemis. Rétabli sur le tréne de ses péres et agissant comme souverain pontife du Shint6 traditionnel, il déclara les H6j6 rebelles et sacriléges. Les chefs des deux principaux clans du Nord, Yoshisada, chef du clan Nitta, et Takauji, chef du clan Ashikaga, se ralliérent a lui. Takauji livra 4 Go-Daigo la derniére forteresse du Bakufu a Kyoto, Vimprenable Rokuhara. Les Nitta se chargérent d’enlever 4 H6j6 Takatoki luiméme son chateau de Kamakura. En 1333, les fortifications de Kamakura furent prises d’assaut par Nitta Yoshisada, et le clan des H6j6 fut exterminé.
Pour la premiére fois depuis cinq siécles le Japon n’avait d’autre maitre que son empereur. Les masses populaires pour lesquelles ?empereur restait le descendant d’Amaterasu et le grand-prétre de la religion indigéne, les lettrés confucianistes, attachés A Vidée d’un Fils du Ciel 4 la maniére chi- FIG. oh — Singes, par Sosen. noise, tous voyaient enfin leurs ollection H. Riviére. ; ; veeux réalisés. Le maitre légitime de empire ayant daigné reprendre possession de son patrimoine, l’ére des grandes guerres civiles parut a jamais close. Aprés quatre siécles de gouvernements illégitimes, le pays rentrait dans la légalité. « Il y eut dans les masses populaires une heure d’espérances sans limite. »
Mais la féodalité, abolie dans la loi, subsistait dans les meoeurs. « La caste militaire, bien que privée de son chef, restait toute-puissante. » Pour la détourner de nouvelles
Cliché Laniepce.
Fic. 104. — Singes, par
Sosen. Collection Vever.
Cliché Giraudon.
révolutions, Go-Daigo aurait dai faire ce que fit cinq siécles plus tard l’empereur Mutsuhito : se proclamer lui-méme chef des samurai, transporter hardiment au Kanté le siége de l’empire. Malheureusement l'éducation factice du Gosho n’avait pas permis au monarque de prendre un contact réel avec le monde extérieur. Aprés son héroique équipée de 1333, il se laissa ressaisir par la vie de Cour, persuadé que sa victoire était définitive et qu il n’avait plus désormais qu’a en jouir. Il ne voulut connaitre que l’administration civile et se conduisit en tout comme si le gouvernement du Bakufu n’avait jamais existé. Son hérédité et son éducation reprenant le dessus, il en vint 4 délaisser ses compagnons de lutte pour ses amis nouveaux. Les samurai qui avaient verse leur sang pour lui, se virent préférer des lettrés de Cour, des kuge inutiles. Sans doute son fils Morinaga recut-il le titre de shogun; sans doute aussi ses principaux lieutenants furent-ils gratifiés de vastes fiefs, Masashige dans la région d’Osaka et Nitta Yoshisada sur la cote occidentale. Cependant ces deux bons serviteurs ne recurent pas la moitié des fiefs accordés aux Ashikaga, gens de fidélité infiniment moins site, mais plus adroits et mieux en cour.
Le domaine patrimonial des Ashikaga était situé dansla province de Shimozuke, au sud de Nikko. Cest dans cette région qu’ Ashikaga Takauji travailla a accroitre sa puissance. Il se fit donner par Go-Daigo la majeure partie du Kanto, plus, sur la céte du Tokaido, la province de Totomi dont la possession lui livrait la route de Kyéto. En créant cet énorme fief au profit du moins fidéle de ses vassaux, Go-Daigo annihila tous les bénéfices de sa victoire. Circonvenu par les Ashikaga, il ne s’apercut point qu il reconstituait en leur faveur le principat militaire des H6j6 : le maitre du Kant6 devait, par la force des choses, étre amené tdt ou tard a se mettre a la téte des clans du Nord pour ressusciter le Bakuju.
Le fils de Go-Daigo, Morinaga, plus clairvoyant que lui, apercut le péril et voulut réagir, fit-ce au prix d’une révolte contre l’autorité paternelle. Comprenant ot l’aveuglement
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