‹ Les Civilisations De L'Orient: Tome IV. - Le JaponChapitre 6 sur 18 · UO4IA · texte numérisé non relu

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le menton laissent déja deviner le squelette; il égréne un chapelet et doit marmotter quelque oraison; expression sénile, fixe, au premier aspect presque stupide. Mais regardez mieux. Sous ce pativre masque, ici encore, une personnalité puissante qui vous suit des yeux, qui ne vous quitte plus, jusqu’a l’obsession.

La peinture de Kamakura est de méme inspiration.

La vieille école nationale du Yamato-ryi ou. Yamato-e avait déja, vers la fin de l’époque Fujiwara, dans la seconde moitié du xir® siécle, produit deux maitres pleins de personnalité, Fujiwara Mitsunaga et Fujiwara Takanobu. On attribue a Mitsunaga quelques makimonos avec des scénes historiques. Telle, 4 la collection Sakai 4 Toky6, V’histoire de Tomo no Dainagon, sa scéne d’incendie et ses femmes se lamentant, morceaux d’une prodigieuse intensité dramatique, avec leurs mouvements de foule, leurs poignantes expressions de terreur ou de douleur (1). Ce sont la, de toute évidence, des ceuvres spécifiquement japonaises, qui ne doivent plus rien a l’inspiration chinoise. De la méme veine les trois célébres rouleaux illustrant le Heijimonogatari, c est-a-dire une phase de la lutte des Taira et des Minamoto en 1159. Ces rouleaux, mis sous le nom d’un certain Sumiyoshi Keion (1166-1237?), par ailleurs inconnu, et qui datent en tout cas du xur® siécle, se trouvent aujourd’hui, l’un au Musée de Boston, les deux autres dans des collections japonaises (2). Avec ses cavalcades, le galop furieux de ses escadrons, son

(1) Otto KUMMEL, L’Art de l’Extréme-Orient, pl. 45-48.

(2) Les scénes du rouleau de Boston sont reproduites par Fenellosa,traduction MIGEON, pl. LXXXVII-LXXXIX, p. 205-206, par Otto KUMMEL, L’Art de ? Extréme-Orient, pl. 48 a 53 et par Otto KUMMEL encore, Kunst Chinas..., fig. 126, 127. Un des rouleaux de la collection Sakai Tadamichi a été partiellement reproduit par le marquis de TRESSAN, dans La peinture en Orient et en Extréme- Orient, n° d’octobre 1913 de /’Art et les Artistes (p. 23).

Archives Photographiques.

FIG. 131. — Kiyonaga. Courtisanes sur une terrasse (détail de laf figure 130)¢

incendie du palais impérial, ses coups de main, ses bousculades, ses mélées et ses massacres, c’est une saisissante vision d’histoire, une page d’épopée écrite en caractéres de feu et de sang. Tout le moyen Age japonais, tous les vieux siécles féodaux ét farouches revivent dans cette chevalerie bardée de fer. Du reste ces scénes tumultueuses, d’un mouvement furieux, sont traitées par le pinceau le plus précis, le plus froidement élégant qui fut jamais (fig. 42). Remarquer la science profonde des études de chevaux, caracolant au départ ou, aprés le coup de main, lancés en un galop fou; comparer ces bétes élégantes et nerveuses aux petits chevaux bourrus de Mongolie que l’école de T'chao Mong-fou allait populariser en Chine (tome III, fig. 242-249). L’épopée japonaise, l’épopée mongole. .

On aura un autre bon spécimen de cette école dans notre figure 43, représentant un écuyer du palais essayant de maitriser un cheval emballé qui mord cruellement au bras un autre palefrenier. M. Odin, propriétaire de ce beau makimono, écarte l’attribution 4 Nobuzane, mais il s’agit bien d’une ceuvre voisine du He1j1-monogatary. Méme fougue, méme mouvement, méme élégance de dessin.

L’époque de Kamakura vit se développer dans la peinture le portrait laic. Nous reproduisons ici deux des chefs-d’ceuvre de cette veine, le portrait de Minamoto Yoritomo par Fujiwata Takanobu (1141-1204), aujourd’hui au Jingtji de Kydto (fig. 44) et, par la courtoisie de MM. Odin et van Oest, le portrait de Sugawara Michizane attribué 4 Tosa Tsunetaka (vers 1240) (fig. 45). Par Vintensité psychologique, la puissante évocation historique, la noblesse froide du personnage, la largeur du dessin, nous avons la les équivalents japonais des portraits les plus forts de Titien ou de Velasquez. Le méme art, en action, dans les seigneurs assistant au spectacle derriére un paravent, de la collection Odin : jeu des physiono-— mies, surprise des spectateurs, longs yeux attentifs et sourire de la femme (fig. 46). Dans le portrait sacerdotal, image de l’évéque Daité-kokushi (1292-1337), teproduite dans les

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