L'INDUSTRIE ET LE COMMERCE AU JAPON
Il y a trois cent vingt ans, en 1542, un navire portugais, parti de Porto en destination de Macao, en Chine, fut jeté hors de sa route par la tempête, et alla s'échouer sur une île que l'obscurité de la nuit ne permit pas d'abord de reconnaître.
Cette île était une des îles du Japon, et ce qui parut aux navigateurs portugais un malheur irréparable contribua puissamment à la prospérité commerciale du Portugal.
Le navire échoué fut relevé, et pour la première fois le drapeau portugais déploya ses couleurs au Japon, dans le port de Bungo, de l'ile Kiou-Siou.
Le Japon était-il connu des anciens? On l’ignore : ce qu'on peut affirmer, c'est que l'Europe n’apprit l'existence du Japon que par les récits de Marco Polo, vers la fin du xrrr° siècle ; mais cette découverte serait peut-être restée longtemps encore stérile pour les nations occidentales sans les Portugais,
qui les premiers y pénétrèrent par la route des Indes orientales.
Les Japonais, qui recurent les naufragés avec beaucoup de bonté, ont conservé les portraits du capitaine et du premier lieutenant du bord, Antonio Mota et Francesco Zeimoto. Ce sont deux très-curieux spécimens de l’art au Japon. Il est certain que le souvenir de ces deux hommes est encore en honneur chez les Japonais. Ils les fêtèrent, consentirent à les laisser circuler librement dans toutes les villes de l'empire, et trafiquèrent avec eux. Mota et Zeimoto retournèrent en Portugal comblés de présents.
Par suite d’un arrangement conclu avec le viceroi ou prince de Bungo, un navirs portugais, chargé de draps, de laïines, d’étoffes de soie, etc., était expédié tous les ans au Japon.
En 1548, c’est-à-dire six ans après la première apparition des Portugais dans l’île de Kiou-Siou, un jeune Japonais s'étant enfui à Goa, sur la côte de Malabar, y rencontra des missionnaires catholiques qui le baptisèrent. Plein de zèle pour la nouvelle religion qu'il avait embrassée, et animé des meilleures intentions pour les Portugais, il s’entretint avec les jésuites sur la possibilité de catéchiser ses compatriotes, et leur donna en outre sur le commerce du Japon de précieux renseignements que le génie essentiellement trafiquant des Portugais sut mettre largement à profit.
En peu de temps les marchés du Japon furent
# [ndes
avec u Catonio s-cun que hontirent villes t Zei-
pré-
vice-
approvisionnés de marchandises portugaises, et l'Europe connut les belles porcelaines de cé pays. Qui sait jusqu'où se serait étendue l'influence du Portugal au Japon sans la Hollande, dont le premier navire aborda dans je ne sais quelle île de cet empire en 1599? D’abordils eurent beaucoupà souffrir des Portugais, qui usèrent de toute leur influence pour faire chasser les audacieux qui se permettaient de venir ainsi exploiter après eux un pays qu’ilsconsidéraient déjà comme leur propriété exclusive. Mais la patience est le génie de la race néerlandaise; ils subirent avec résignation les tracasseries qu’on leur suscitait, sans toutefois lâcher d’une semelle le terrain conquis à leur commerce.
Une bonne occasion ne tarda pas de leur être offerte qui vint étendre leur puissance.
Un jésuite, voyageur au Japon, que l’Église a cene .isé sous le nom de saint François Xavier, comme elle vient d’en canoniser vingt-six autres ces temps derniers, avait rempli l'Occident et l'Orient de l'éclat de ses victoires sur ce qu’il appelait le paganisme japonais. Guidé par le jeune Japonais converti, il s’'embarqua pour aller répandre la foi chrétienne dans les villes et les villages où l’action du chef spirituel du Japon se faisait le moins sentir.
Tout était donc pour le mieux, et le diable allait être vaincu, suivant les propres expressions de saint François Xavier, lorsqu'un fait inattendu rendit le diable maître du champ de bataille.
Qui le croirait! le succès du jésuite porta ombrage
à certains autres religieux appartenant à Gifférents ordres, lesquels s’y prirent maladroïitement, compromirent tout, et par suite devinrent la cause de la disgrâce des commerçants portugais au profit des commerçants hollandais.
Les moines, se croyant tout permis, se mirent en guerre ouverte avec les lois et les usages du pays, ce qui déplut infiniment aux Japonais. Alors le gouvernement temporel crut devoir intervenir en appuyant les prétentions du gouvernement spirituel, qui ordonna des actions de grâces à Bouddha, pour la protect'on visible qu’il accordait à son Église.
Une vurdonnance défendait, sous peine de mort, aux religieux de chercher à convertir les Japonais, en même temps qu'elle défendait, sous la même peine, aux capitaines de navires portugais de prendre à leur bord des moines pour le Japon. Cette mesure porta le coup le plus terrible à la propagande religieuse, et les persécutions contre les catholiques commencèrent; car ceux-ci, ne se tenant pas pour battus, continuèrent de faire des prosélytes.
Les Hollandais, qui ne s'étaient point occupés de propager leurs doctrines religieuses, et dont le seul but était d'agrandir leurs relations commerciales, profitèrent amplement de la situation.
Vingt ans après que le premier navire hollandais eut abordé au Japon, les Hollandais avaient établi une factorerie a Firando.
Cette facturerie prospéra d'autant plus queles Por-
tugais ne cessèrent, par la ruse, de continuer leur propagande catholique, ce qui exaspérait le gouvernement japonais et l’obligeait a lancer contre eux ordonnances sur ordonnances.
Les Portugais ayant été chassés de l'empire, les Hollandais purent concevoir l'espérance de devenir les seuls maîtres du marché japonais.
Mais les Hollandais n’héritèrent point la confiance et la sympathie que les premiers Portugais avaient inspirées aux Japonais, naturellement doux et confiants. Tombant d’un excès dans un autre, les Japonais conçurent pour tout ce qui était étranger de la haïne, de la méfiance et du mépris.
Les Portugais, avant d’être à jamais chassés de l'empire, avaient été parqués comme des pestiférés dans un ilot artificiel appelé Désima.
Voici l’histoire de cet flot, véritable prison qu'une police excessivement tracassière avait rendue à peu près intolérable.
Comme on demandait à l’empereur temporel la forme qu'il fallait donner aux nouvelles constructions affectées aux Po: ais, il se contenta pour toute réponse de déployer son éventail. Cette réponse, d'un caractère essentiellement oriental, fut comprise, et Désima fut disposé en forme d'éventail, ce qui permettait à une seule sentinelle, placée à l’extrémité où toutes les rues venaient aboutir, d'espionner tous les habitants.
Après le départ définitif des Portugais, les Hollandais furent parqués à leur tour dans Désima, et
il est inconcevable qu’ils aient pu s’y maintenir si longtemps.
Cette résidence ne se trouve séparée de Nagasaki que par un pont. Là, comme dans toutes les rues de Désima, un mur très-élevé empêche les passants et les habitants de se voir les uns les autres.
De plus, aucun bateau japonais ne peut approcher de Désima au delà de certaines limites étroites. Pendant plus d'un siècle, le chef de la factorerie hollandaise, à Désima, fut contraint de se rendre chaque année à Yeddo, accompagné d'une nombreuse escorte, afin d'offrir ses hommages à l’empereur, S'il n'y avait eu que des hommages en forme de compliments à lui offrir, le mal n’eût pas été grand ; mais il fallait joindre aux compliments un tribut en
argent qui diminuait de beaucoup le bénéfice des Hollandais.
D'un autre côté, voici en quels termes M. Léon de Rosny parle de Désima dans le Dictionnaire du commerce et de la navigation.
« C'est un flot artificiel situé au fond du port de Nagasaki, et spécialement affecté dans les derniers temps aux Hollandais, qui s’y rendaient tous les ans pour commercer avec les Japonais. C'était une véritable prison, dans laquelle les agens néerlandais étaient gardés à vue, et sans cesse soumis à d’avilissantes formalités. Cependant ils se conformèrent à toutes les exigences des mandarins 2t du gouvernement japonais jusqu’en 1856, époque à laquelle
fut conclu le nouveau traité entre les cours de Yeddo et de la Haye.
» L'importance de cet îlot a considérablement diminué depuis les derniers traités qui ouvrent à la Hollande, à l'Angleterre, à la Russie, aux États Unis d'Amérique et à la France plusieurs ports du Japon, et notamment celui de Nagasaki.… »
L'industrie japonaise a été représentée au palais de l'Exposition, à Londres. Elle était digne d'y figurer avec honneur. Plusieurs de ses produits ont étonné nos fabricants, autant par la matière employée et leur façon originale et charmante, que par le fini de l'exécution. Les Japonais travaillent supérieurement le fer, l'argent, l'or, et quelques mélanges de métaux qui sont encore un secret pour nous. Ils ne se montrent pas moins habiles à faconner les différentes espèces de bois que produit leur pays, et le bambou dont ils tirent un si grand parti.
D’après le témoignage unanime des voyageurs, le Japon, si peu connu et, ce qui pis est, si mal connu en Europe, compte partout des manufactures importantes dans tous les genres.
Mais que de trésors nous sont encore cachés!
On peut le supposer quand on sait que leurs porcelaines, que nous admirons tous et qui ont fourni un mot à notre langue, le verbe japonner, ne sont très-probablement que des produits de second ordre, les lois japonaises ayant longtemps défendu l’exportation des belles porcelaines.
Mais procédons par ordre, et voyons d'abord com-
ment ils travaillent le fer, le plus précieux des métaux assurément, bien qu'il soit le plus commun au Japon.
Nous avons dit, en parlant de l’armée japonaise, que leurs fusils sont imparfaits ; ils possèdent en revanche les pius belles armes blanches du monde entier. En effet, les Japonais paraissent avoir un secret pour la trempe des aciers, qui rend leurs lames supérieures à toutes les autres. Leurs sabres ont le tranchant d’un rasoir, et d’un coup de cette arme redoutable on a vu des soldats japonais pourfendre leurs ennemis de la tête aux pieds.
Pour tous les objets où l'acier trouve sa place, les Japonais excellent, et leur habileté à polir ce métal est incomparable. Ils fabriquent des miroirs en acier qui sont de bien peu inférieurs aux miroirs en verre, et possèdent des fonderies établies sur une large échelle. Leur habileté manuelle est incontestable, et ils imitent nos produits avec une étonnante facilité. Voici un fait qui le prouve.
Lorsque les Américains, jaloux des prérogatives commerciales accordées aux Hollandais, firent leur expédition qui se termina en 1854, par l’utile traité de Kanagava, ils emportèrent au Japon tout ce qui pouvait être de nature à frapper l'imagination de ce peuple et à le disposer à entrer en relations avec les États-Unis. Le commodore Perry embarqua un train entier de chemin de fer : rails, traverses, fils électriques, poteaux, locomotives, etc., etc., avec le personnel nécessaire des employés pour assurer le ser-
acier erre,
large ble, et cilité.
atives t leur traité 2e qui de ce ec les train ectriper- > ser-
vive. La première épreuve de la locomotive au Japon se fit devant les principales autorités et une affluence énorme de curieux appartenant à tous les rangs de la société. Tous admirèrent une si belle invention, et les autorités japonaises remercièrent les officiers américains de leur avoir fait un semblable cadeau.
Très-peu de temps après cette inauguration mémorable, un mécanicien japonais avait construit une locomotive d’après certains procédés de fabrication nouveaux pour les Américains, et qui les combla d'admiration. Ils partirent, convaincus qu’en peu de temps on voyagerait dans l'empire de l'Est comme on voyage dans la république américaine.
Quelle ne fut donc pas la stupéfaction des officiers de l'expédition du commodore Perry, lorsque, trois ans plus tard, un capitaine américain de la marine marchande, de retour de Nagasaki, leur donna les détails suivants :
« J'ai vainement cherché les traces de l'expédition. M'étant enquis de ce qu'était devenu le matériel du chemin de fer, un Japonais me confia bien secrètement que la locomotive et le train avaient été soigneusement enfermés dans un hangar inaccessible où il se trouvaient encore. »
Au départ de l'expédition, les autorités japonaises avaient ordonné la destruction des rails et des fils télégraphiques, et fait défense, sous les peines les plus sévères, de chercher à imiter ces inventions pernicieuses et diaboliques. C’est stupide sans doute,
mais comment condamner sévèrement l'esprit de routine et la superstition chez les Japonais, quand nous avons vu certains de nos prélats français, tout en bénissant les locomotives, exprimer sur les chemins de fer des idées analogues.
Pour bien fabriquer il faut avoir de bons outils. Les Japonais en font ‘d'excellents. Leur coutellerie est très-estimée, même des Anglais, qui se piquent d'exceller dans cette branche de l’industrie, et leurs scies sont si belles, si fines, qu'ils peuvent scier le bois le plus dur, par morceaux d’un millimètre d’épaisseur.
Nous en avons dit assez pour donner une idée de l’habileté des Japonais à travailler le fer et l’acier. Ajoutons qu'ils ne se montrent pas moins habiles à façonner le sawa.e
Le sawa est un amalgame de cuivre et d’or, que les Japonais savent colorer en bleu et en noir au moyen d'une certaine encre dont la composition nous est entièrement inconnue. L'effet de cette coloration est très-joli, et nous signalons à nos bijoutiers, qui cherchent du nouveau, les parures en sawa, qui pourraient bien jouir de la vogue auprès de nos élégantes, forcées de continuer à se couvrir d'or et de diamants, ce qui est monotone, et en outre un peu cher, à ce que disent les maris de ces dames.
Les Japonais connaissent depuis des temps immémoriaux la fabrication du verre, qu'il savent aussi colorer. Autrefois ils ne faisaient point de vitres ; ils
ont appris des Européens les moyens d'en fabriquer. Toutefois, ils ne s’en servent point pour les fenêtres de leurs maisons. Dans toutes les villes de i'empire, le vitrage des fenêtres est remplacé par une sorte de papier huilé d’une transparence remarquable,
C’est ici qu'il convient de dire que la fabrication du papier est au Japon une des branches les plus importantes de l’industrie,
J'ai eu occasion, il y a quelque temps, de voir un échantillon de mouchoirs japonais en papier dans le curieux et riche petit musée que possède, dans sa maison de Neuilly, Mlle Émilie Whately, qui serait une naturaliste et une agronome des plus distinguées si elle n’était avant tout une cantatrice inspirée, comme l’étaient la Pasta et la Malibran. Ce mouchoir en papier avait la dimension d'un mouchoir d'enfant, et, oserais-je le dire? il ne m'a point paru d’une consistance telle qu'il ne présensentât quelque danger pour les gens enrhumés du cerveau. Est-ce que les Japonais ne s’enrhumeraient jamais du cerveau, et le père Ducantal serait-il un mythe pour eux? A voir leurs mouchoirs de poche, on serait tenté de le croire.
I y a dans ce pays étrange du Japon un papier particulier pour tous les usages.
Voici la liste exacte des différentes espèces de papierexposées à Londres par M. Rutherford Alcoock, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique au Japon :
Papier à lettre pour les gens de classe supérieure;
Papier en usage pour envelopper les objets donnés en cadeau;
Papier spécial sur lequel les habitants du Japon se délivrent entre eux des certificats de bonne vie et mœurs quand ils désirent déménager, voyager, etc.;
Papier mouchoir de poche pour les hommes ;
Papier mouchoir de poche pour les femmes ;
Papier imperméable pour vêtements de dessus ;
Papier à l'usage des enfants nobles qui apprennent à écrire l'alphabet ;
Papier dito pour les enfants roturiers ;
Papier transparent pour tapisser des carrés dessinés sur les portes des maisons ;
Papier destiné à renfermer les herbes marines dont il est d'usage qu'on accompagne chaque objet donné en cadeau ;
Papier à l'usage des poëtes (funeste papier) ;
Papier en usage dans le grand monde pour tapisser les portes ;
Papier sur lequel des sentences morales sont écrites et dont on borde les portes de certaines maisons ;
Papier sur lequel les maîtres d'écriture écrivent des modèles pour leurs élèves ;
Papier pour envelopper les joujoux ;
Papier à lettre spécial pour les dames de haute lignée ;
Papier spécial pour écrire les ordonnances de médecins ;
po
LE JAPON. 205 Papier en usage parmi les dames du beau monde pour certains usages de leur toilette; Papier pour la fabrication des lanternes spécialement destinées à éclairer les personnes du grand monde ;
Papier pour garantir le bord des croisées ;
Papier exclusivement employé pour fabriquer les lanternes qui doivent figurer à la fête des Lanternes, laquelle a lieu dans le mois de juillet ;
Papier imitant le cuir et dont on fait des blagues à tabac.
On ne saurait pousser plus loin le culte du papier, et il ne manque aux Japonais, pour être complets sous ce rapport, qu'une fabrique de faux-cols en papier, à l'usage des nations qui ont le bonheur de porter des faux-cols. Cela viendra peut-être.
Les ouvrages en laque du Japon sont grandement estimés partout, et jusqu'en Chine, où pourtant on fabrique de très-jolies laques. Les Siamois eux-mêmes, si renommés pour ce genre de travail, sont surpassés par les Japonais. Pour la fabrication de leurs laques, ces derniers choisissent les meilleurs pins et les meilleurs cèdres, qu'ils recouvrent d'un vernis particulier. Ce vernis, tiré de l'écorce d'un arbre, présente, quandil est frais, la consistance de la crême. En séchant, il devient du plus beau noir et prend une grande transparence. Cette transparence est telle que, lorsqu'il cst étendu, sans aucun mélange, sur des boîtes ou d’autres objets d’ébénis-
terie, chaque ligne, chaque veine du bois est parfaitement visible à travers.
Tous les Parisiens ont pu voir des parasols chinois exposés chez les marchands de curiosités, surtout depuis le retour de nos soldats du Céleste- Empire. Le manche est en bambou, et la carcasse est faite d’un bambou aussi, exactement semblable au manche, mais scié dans toute sa longueur en morceaux très-fins et d’une égalité parfaite entre eux. Le plus gros de ces parasols est, en dépit de son aspect massif, plus léger que la plus légère de nos ombrelles,
L’étoffe, qui chez nous recouvre les parapluies et les ombrelles est remplacée dans les parasols chinois par une espèce de papier huilé, excellent pour garantir des rayons du soleil. Ce papier est collé aux côtes du parasol, en sorte que, lorsque le meuble préservatif se trouve fermé, les différents côtés qui le composent s’assemblent si bien et si étroitement, qu'on croirait voir le bambou tel qu’il était avant d’être scié.
La forme de ces parasols, qu'aucune pointe élégante ne termine, peut ne pas nous plaire, et même prêter à rire, tant elle rous paraît bizarre; mais si on les examine avec soin lorsqu'ils sont ouverts, on ne peut s'empêcher d'admirer la précision du travail, surtout lorsqu'on sait que ces parasols sont extrêmement communs en Chine et qu'ils se vendent pour presque rien, Eh bien! des parasols analogues, et même d'un travail plus fini encore et plus solides,
arfai-
s chi- Surleste- ‘casse able 1r en entre it de re de
ies et
se fabriquent dans tout l'empire du Japon, le parasol (bien que le climat de ce pays scit très-froid en hiver) étant avec l'éventail le meuble indispensable à tout Japonais.
Au reste, la fabrication des Japonais est généralement plus finie et plus solide que celle des Chinois, bien que celle-ci nous étonne souvent par ces deux qualités réunies dans des objets d’un usage vulgaire. Dans la fabrication de leurs produits, comme dans leurs institutions sociales, les Japonais semblent éprouver du mépris pour tout ce qui est provisoire. Les moindres chjets, et jusqu'à leurs caisses d’emballage, sont d’un fini remarquable et d’une solidité à défier nos anciens roulages, ce qui n’est pas peu dire.
Les Japonais, qui doivent aux Portugais l’importation du tabac, absolument inconnu au Japon avant l’arrivée des Portugais dans cet empire, ont depuis longtemps déjà de vastes manufactures de tabac à fumer. J'ai vu, avec le mouchoir en papier, dans le cabinet de curiosités de Mlle Whate:y, un échantillon de tabac à fumer japonais. Il est taiilé par filaments, et présente l'aspect de chanvre effilé très-fin. Sa couleur est d’un brun tirant sur le jaune. J'en ai mâché queiques bribes, et il m'a paru d’une saveur beaucoup moins prononcée que notre tabac français et que le tabac de la Havane.
Le saki, qui est aux Japonais ce que la bière est aux Anglais, ce que le cidre est aux Normands et aux Bretons, ce que le vin est à tous ceux qui ont
le moyen d'en boire, le saki est l’objet d’un commerceconsidérable dans toute cette partie de l'extrême Orient qui nous occupe. Ils ont des brasseries immenses de cette espèce de bière, et les distilleries y sont aussi abondantes. Des ouvriers par centaines de mille sont constamment occupés à fabriquer des nattes, des chapeaux et des souliers de paille. Les ambassadeurs du Japon et leur suite nous ont fait connaître les coiffures de ce genre.
Avec des fabriques de cotonnades et de soieries, les Japonais tissent une étoffe particulière faite de filaments de plantes dont nous ignorons le nom. Cette étoffe a l'aspect d’une toile de crin; mais elle est infiniment plus souple et d’une transparence de gaze. Un Anglais ayant rapporté de Nagasaki un habit et un gilet faits de cette étoffe, on pouvait
compter à travers la poche de son gilet l'argent qui s’y trouvait et voir l'heure à sa montre.
Deux ou trois mille balles de soie étant arrivées dernièrement du Japon à Londres, elle fut reconnue pour surpasser en finesse, en force et en régularité les plus beaux produits de France et d'Italie. *
Jusqu'à présent, la France est obligée, pour ses acha ; de soie du Japon, de Chine et du Bengale, de passer par les facteurs anglais, qui ont su monopoliser ces produits si précieux.
‘ Espérons que l'achèvement de l'isthme de Suez, en modifiant profondément les conditions de notre commerce avec ces différents pays, permettra aux
raie res
Ccroc volu quel voil tiqu sont bois Carr
armateurs de Marseille, comme à ceux du Hâvre et de Bordeaux, d’expédier directement les soies tirées de l'extrême Orient dans les entrepôts de Lyon, où elles trouveront leur emploi immédiat.
Comment! la France, qui est la première nation pour la fabrication des étoffes de soie, la souveraine régulatrice de goût dans cette industrie artistique, ne pourrait pas, sans la permission de l'Angleterre, s’approvisionnér à l'étranger des matières premières qui lui seraient nécessaires! En vérité, cet état de choses est illogique, et nous avons, avec tous les fa. bricants de Lyon, l'espoir de le voir bientôt disparaître.
Autant de maisons, autant de boutiques au Japon, Gans les villes commerçantes de l'empire. Comme &utrefois en France, chaque industrie a son quartier particulier, ce qui dispense les Japonais de se mettre en frais pour décorer leurs magasins, d’une complète uniformité d'aspect et d'ameublement. Une grande caisse pour renfermer les objets fragiles qui pourraient se détériorer à la poussière, quelques étagères sur lesquelles ils placent leur porcelaine, des crochets en fer auxquels sont suspendus les articles volumineux ou pesants, un meuble à tiroir dans lesquels ils mettent la soie en écheveaux ou tissée, voilà tout ce qui constitue l'aménagement d'une boutique japonaise. Il faut ajouter que les enseignes ne sont pas peintes et écrites comme en Europe sur du bois ou sur le mur des maisons, mais sur de grands carrés de papier encadrés avec toutes sortes de des-
sins. Ce papier, d’ailleurs, est très-solide et résiste à la pluie.
Entre la boutique et le logement du commerçant
japonais, il n’y a généralement pas de séparation ;#
par conséquent l'acheteur peut voir d’un seul coup d'œil l'installation toutentière des hommes modestes de cette catégorie de la société. Généralement ils dorment sur une espèce de pliant dont la présente exposition universelle de Londres offre un curieux et très-joli spécimen.
Quand le chaland entre dans une boutique japonaise, il dépose à la porte ses sandales de paille tressée. Les étrangers qui, ignorant cet usage ou nè voulant pas s’y conformer, entrent avec leurs chaussures, passent aux yeux des marchands du pays pour des mal-appris, dont ils se vengent en leur faisant payer la marchandise le plus cher possible.
J’ai trouvé chez un libraire de Londres un curieux petit livre à l'usage des Allemands et des Anglais qui, ne sachant pas le japonais, veulent néanmoins se faire comprendre des marchands du pays. Je traduis quelques questions et quelques réponses, qui donneront une idée de cette langue.
—. Bonjour. — Kon nit siwa.
— Quel est le prix de cela? — Kodo nedan wa ihura simasu ka ?
— Vingt-cinq taels. — Ni hiak gozu me simasu.
— Pouvez-vous me le donner pour vingt taels?— Hyah fatsizu me-ni o makenu ka?
velle par ]
iste à
rçant tion ;# toup lestes nt ils sente rieux
japo-
paille ou nê hauss pour aisant
1rieux glais oins e tras, qui
um wa
— Non, je ne puis pas. — Li ye soo wa makari masenu. |
Pour dire oui, on dit heïi, et, pour parler comme le gendarme Pandore au brigadier, on dit : Go mottomode arimasu. — Vous avez raison.
Les lettres dé l'alphabet japonais ont, pour nous autres Européens, ignorant de cette langue, l'aspect des hiéroglyphes que l'on voit gravés sur l’obélisque de la place de la Concorde, et la première page de leurs livres serait pour nous la dernière. Ajoutons que les lignes de leur écriture sont horizontales. J’ai eu entre les mains une encyclopédie japonaise, formant un volume de huit cents pages, et des contes fantastiques illustrés, qui sont bien la chose la plus curieuse et la plus extravagante qu'on puisse imaginer. Les illustrations, où la perspective n’est point
observée, sont enluminées des couleurs les plus vives i.
De toutes les villes du Japon avec lesquelles les Européens ont pu nouer des relations commerciales, Nagasaki est de beaucoup la plus importante. Jusque dans ces derniers temps, dit M. Léon de Rosny, dans
A ceux de nos lecteurs qui seraient curieux de s’instruire sur la langue japonaise, qu'on dit très-riche et très-euphonique, nous signalerons l’Introduction à l'étude de la langue japonaise, par Léon de Rosny, Paris, 1858, et l’Essai de la grammaire japonaise, composé par M. J.-H. Donker-Curtius, commissaire néerlandais au Japon, enrichi d'éclaircissements et d'additions nombreuses, par J. Hoffmann (publié en 1857 à Leyde), traduit du hollandais, avec de nouvelles notes extraites des grammaires des PP. Rodriguez et Collado, par Léon Pagès. — Paris, 1861.
un intéressant article publié sur cette ville dans le Dictionnaire ducommerce et de lanavigation, Nagasaki était la seule ville de l'empire ouverte à quelques étrangers privilégiés, aux Chinois, aux Coréens etaux Hollandais. L'importance commerciale de Nagasaki, amoindrie par suite de l'ouverture de‘plusieurs autres ports du Nippon, a encore diminué par suite de l'empressement qu'ont mis les Européens et les Américains à établir leurs comptoirs à Yokou-Fama et à Kanagava, localités très-voisines de Yeddo, résidence du grand prince. Néanmoins on peut encore citer Nasagaki parmi les grands centres du commerce japonais, et même la placer, au point de vue européen surtout, immédiatement après Ohosaka et Yeddo.
L'écrivain Siebold porte la population de Nagasaki, pour l’année 1816, à 26,000 habitants, sans compter la milice et sans compter les prêtres et les moines bouddhistes, qui consomment beaucoup et ne produisent rien, et qu’on évalue à 6,000. Aujourd'hui la population de cette ville s'élève à-près de 46,000 habitants, presque tous négociants. On voit que ce n’est point une grande cité, et que son importance estexclusivement commerciale. A l’époque où Kæœmpfer écrivait sur le Japon, il y avait rarement moins de cinquante navires ou jonques dans le port, non compris quelques centaines de bateaux de pêcheurs.
Mais si la ville de Nagasaki est petite, et si le climat en est très-chaud en été et très-froid en hiver,
de } sont grémr voit tits 1 dahs mest L'i d'ord légèr res O1 naise:
servic toutes autre des p inter le ho]
elle paraît néanmoins offrir des agréments, et M. de Rosny en fait une description pittoresque. Bâtie, dit-il, au pied d’une colline, la ville de Nagasaki se fait remarquer tout d’abord par la régularité de ses. rues et par l'aspect pittoresque que donnent à tous les quartiers les jardins qui avoisinent les habitations. Les maisons sont pour la plupart peu élevées et n'ont qu'un étage ; elles sont construites &u bois et en terre mélangée de paille hachée; du papier remplace le vitrage aux fenêtres, dont le nombre est déterminé par des arrêtés municipaux. La hauteur des façades est également soumise à un règlement de police. Les terrains adjacents aux habitations sont également plantés d'arbres et de végétaux d’agrément, et chez les Japonais un peu aisés, on y voit presque toujours des rochers artificiels, des petits lacs ou des chutes d’eau, des pavillons ou verandahs, et même une chapelle pour les divinités domestiques et les ancêtres.
L'intérieur des demeures japonaises se compose d'ordinaire de plusieurs chambres séparées par de légères cloisons recouvertes de papier orné de figures ou de fleurs. La nature des constructions japonaises donne lieu à de fréquents incendies. Aussi un service de secours est-il maintenu jour et nuit dans toutes les parties de la ville. Nasagaki possède entre autres bâtiments et édifices publics les deux palais des princes de Fizen et de Tsikousen, le collége des interprètes pour les langues étrangères (surtout pour le hollandais et le chinois), plusieurs théâtres, un
arsenal, une prison, une maison de santé, et une soixantaine de temples où les voyageurs reçoivent la plus cordiale hospitalité, tant dans l’intérieur qu'aux environs de la ville ; il faut mentionner aussi, avec la factorerie de Désima, la factorerie chinoise de To-sin ou Jariki.
La province de Fizen, dans laquelle se trouve la ville de Nagasaki, est une des plus fertiles de l’empire. Les fiefs ruraux s'étendent sur un espace de 13,426 matsis !. Pour donner une idée de la fertilité de la terre, il suffira de constater que le riz, l'orge et le froment y croissent assez vite pour permettre une seconde récolte chaque année, consistant ordinairement en légumes. Les impositions foncières de ces fiefs s'élèvent annuellement à plus de quatorze millions de notre monnaie (561,437 hocs).
De tous les étrangers qui ont eu la permission , à différentes époques, de faire du commerce avec le Japon, les Chinois ont été généralement les plus favorisés sous tous les rapports. Le prix des marchandises leur était coté par la chambre de commerce japonaise à un taux moins élevé qu'aux Hollandais de Désima, et ils avaient la liberté de résider dans plusieurs villes fermées aux Hollandais. Aujourd'hui, les Européens et les Américains, grâce aux traités de commerce qui ont été passés dans ces derniers
‘ Les mesures linéaires géographiques au Japon sont les suivantes :
Le matsis équivalant à 114 mètres 540.
Le ri ou lieue japonaise, mesurant 4,123 mètres 440.
t une ent la u’aux | Avec se de
ive la
l'em-
ice de
| ferti-
l'orge
mettre
L ordiicières ) qua- 5).
ion , à avec le lus farchanrce jadais de ns plurd'hui, traités erniers
t les sui-
temps, sont à même de lutter avec le Céleste-Empire. Mais d'ici à longtemps encore, probablement, la Hollande et la Chine auront de fait, sinon de droit, le monopole du commerce avec ce riche pays, dont nous ne connaissons encore, pour ainsi dire, que la porte d'entrée et le vestibule.
Nous voyons, dans le tableau des exportations chinoises de Nagasaki, figurer dans le chargement de dix jonques les produits japonais suivants, parmi beaucoup d'autres produits de différentes natures : champignons, balais, houssoirs, fruits salés, moules sèches, moules au poivre, mousse marine, nids d'oiseaux, oiseaux en vie, requins en conserve, vaisselle de cuivre, varechs, noix de Galles, camphre, caviars, parapluies et parasols, peaux de loutre, porcelaines et poterie, thon séché, cuivre en barre, œils d'écrevisses, pour une somme importante. En : échange de ces marchandises, la Chine, par l’entremise des mêmes dix jonques, a doté le Japon d'arsenic rouge, d'écailles de tortue, de dix caisses de livres, de mastic, de muse, de papier rouge, de réglisse, de peaux de raies fines des Indes orientales, de quincaillerie, de rhubarbe, de tapis de feutre, de velours de soie, de sucre, de noix de Pinang, de soieries brodées d'or et d'argent, d'étoffes de laine grossières, de fruits secs, de safran, de cornes de bélier, de cornes de rhinocéros, d'ivoire, de bois d’aigle, de bois de sandal, de bois calambac, de mercure et de sucre candi.
On sait aujourd'hui que la série complète des
monnaies du Japon comprend treize modules d’or, deux d'argent et trois de cuivre. La forme de ces différentes pièces de monnaie varie souvent avec leur valeur. La principale monnaie d’or, appelée ko-bon, est de forme ovale ; sa longueur est d'environ deux pouces et demi sur un demi-pouce de large. Cette pièce est très-mince et se plie aisément. Son poids, d'après deux spécimens concordants, est de 174 grains. Viennent ensuite le itai-brn, qui vaut le quart du ko-bon. Sa forme est'entièrement différente de cette dernière pièce. Elle est carrée, épaisse, longue de trois quarts de pouce sur un demi-pouce de large.
Si nous examinons les pièces en argent, nous trouvons que la plus grande, dont la forme est celle d'un domino, pèse 134 grains et demi.
Dans la monnaie de cuivre, nous signalerons une pièce ovale de cuivre rouge, épaisse et mesurant deux pouces de long et un peu plus d’un demi-pouce de large. Pour comble d'originalité, cette pièce est percée au milieu.
A côté de ces pièces de’monnaie en or, en argent et en cuivre, il y en a qui sont un composé d’or et d'argent presque en proportions égales.
Le papier-monnaie a eu cours à plusieurs reprises au Japon, suivant les besoins financiers de cet empire ; il est aujourd'hui retiré de la circulation, et n'est autorisé que par la chambre des comptes, pour l'achat des marchandises japonaises. Un fait trèsremarquable, dit le document auquel nous em-
rente aisse, pouce
nous t celle
IS une surant -pouce ce est
irgent l'or et
prises t emon, et , pour très- ; eM-
pruntons ces détails, c'est le rapport légal qu'ont entre elles les monnaies japonaises. Isolés du reste du monde, les Japonais ont déterminé le rapport de l'or et de l'argent suivant les idées d'utilité qu'ils s'en sont formées.
Ce document ajoute que, dans leur forme, leur composition et leurs rapports réciproques, les monnaies japonaises présentent quelques traits frappants qui mettent le système monétaire de ce pays en dehors des autres systèmes monétaires du monde.
Quelques mots maintenant sur les différents traités passés dernièrement avec le Japon.
D'après le traité de commerce conclu avec les États-Unis au Kanagawa en 1854, le Japon ouvre à l'Amérique ses deux ports de Simoda et de Hakodadé,
L'Angleterre ne pouvait pas être moins favorisée que la république américaine, et, quelques mois après la signature du traité américain, le gouvernement britannique signait à son tour un traité d'amitié et de commerce avec le Japon. Par ce traité, les Anglais obtinrent l'ouverture de toutes les parties du port de Nagasaki, à la seule condition de se conformer pour le mouillage aux instructions du gouvernement local. Le règlement anglais porte : 1° que les navires devront mouiller en dedans de Désima, et y attendre, avant d’avoir aucune communication avec la terre, l’ordre de l'autorité ; 2° qu'il ne sera pas déchargé d'armes à feu ; 3° que personne ne débarquera sur les îles; 4° (voyez la défiance des Japo-
nais !) qu'on ne prendra aucun sondage et qu'on ne promènera aucune embarcation ; 5° enfin que, dans le cas où l'on désirerait entrer en communication av cles autorités locales, on devra héler une embarcation d'un haut fonctionnaire.
La Russie de son côté a voulu entrer en relations avec le Japon, et les deux empires conclurent un traité, le 26 janvier 1855, par lequel Nagasaki était également ouvert à la marine russe. Les navires moscovites furent autorisés à réparer leurs avaries et à renouveler leurs provisions. Il fut aussi convenu que les sujets du czar payeraient leurs achats en monnaic d'or et d'argent, ou bien, à défaut d'espèces, en marchandises de leur chargement, sur évaluation d'expert. La Russie eut par ce traité le droit d'établir un agent consulaire dans le port de Nagasaki.
A leur tour, les Hollandais, qui virent leurs «nciens priviléges très-atténués par ces différents trai- «5, firent des démarches auprès de l'empereur temporel pour étendre au Japon leurs moyens d'action sous le double rapport de la politique et du “ommerce. L'empereur céda aux instances de la Hollande, et une nouvelle convention fut conclue entre ces deux nations le 30 janvier 1856. Parmi les stipulations de cette convention, il en est une qui a di vivement toucher les négociants hollandais, jusquelà confinés à Désima comme de véritables prisonniers, et soumis aux mesures les plus vexatoires. Cette convention porte que les Hollandais peuvent
sortir de Désima en tout temps sans être soumis à aucune surveillance ni à la nécessité d'une autorisation spéciale, comme il était d'usage précédemment.
Mais à côté de cet article qui rend aux sujets néerlandais leur dignité avec leur liberté individuelle, il en est d'autres qui, au point de vue des affaires commerciales, ne sont pas moins importants. Par exemple, la convention porte qu'il ne sera plus demandé d'otage ; que le transport des lettres pourra se faire par les jonques chinoises ou par des bâtimentsd'une autre nation; que les navires marchands néerlandais pourront conserver à bord la poudre, des armes, tels que fusils, pistolets, sabres, et même des canons. D'un autre côté nous voyons que les délits commis par des sujets néerlandais seront punis
et instruits par le gouvernement des Pays-Bas.
On sait notre expédition au Japon, mais on ignore généralement les avantages concédés à notre ambassadeur, qui, plus heureux que le commodore Perry, put se rendre librement à Yeddo!. Dans le traité français au Japon, traité couclu le 9 octobre 1858, nous lisons ce qui suit :
‘ Le commodore Perry, après des demandes réitérées et des dificultés sans nombre et qui paraissaient invincibles, finit par étre autorisé à se rendre à Yeddo, auprès de la personne de l'empereur. Mais il y alla escorté par des soldats japonais, et voyagea dans une sorte de cage d'où le jour n'arrivait que par le haut. On lui avait permis d'aller à Yeddo, mais on lui avait défendu de rien voir sur sa route, pas plus que dans la ville même.
« Le port de Nagasaki sera ouvert, à dater du 15 août 1859, au commerce et aux sujets français, qui pourront y résider d’une manière permanente, avec le droit d'y affermer des terrains et d'y acheter ou d'y construire des maisons et des magasins.
» Aucune barrière ne sera placée près des demeures françaises pour y renfermer les habitants ou gêner leur libre circulation.
» Les sujets français auront le droit de parcourir à leur gré tout le domaine impérial dans le voisinage de Nasagaki.
» L'exercice de la religion catholique sera toléré, et des édifices pour le culte pourront être construits dans des endroits particuliers.
» Les Français ne sont justiciables que de leurs consuls.
» L'importation et l'exportation de toutes les marchandises qui ne seront pas de contrebande pourront être effectuées par nos nationaux, sans qu'ils aient à supporter d’autres charges que les droits stipulés au tarif convenu ; à l'exception des munitions de guerre, qui ne pourront être vendues qu’au gouvernement japonais et aux étrangers.
» Les Français pourront acheter librement des Japonais et leur vendre toutes sortes d'articles sans l'intervention d'aucun employé japonais.
» Tout négociant qui aura payé les droits exigés pour les marchandises dans un des ports ouverts, pourra obtenir de la douane japonaise un certificat de payement, qui lui permettra de transporter les-
dites marchandises dans l’un des autres ports ouverts, sans qu'on puisse lui réclzmer de nouveaux droits.
» Toute monnaie étrangère aura cours au Japon, et passera pour la valeur de son poids comparé à celui de la monnaie japonaise analogue.
» Enfin le gouvernement français et ses sujets jouiront librement de tous les priviléges, immunités et avantages qui ont été ou seraient à l'avenir accordés par S. M. l’empereur du Japon au gouvernement ou aux sujets de toute autre nation. »
Vonà certes des avantages relatifs précieux, et dont nos compatriotes sauront un jour profiter, il faut l’espérer. La résistance des Japonais à se m/ler aux nations occidentales va s’affaiblissant chaque jour, et sera complétement vaincue dans un temps rapproché, par le progrès social tout entier, qui, plus efficace que les armes de guerre, renverse les murailles en pénétrant les esprits.
De tous les moyens propres à faire rentrer le Japon dans le mouvement universel, il n’en est pas de plus prompt et de plus sûr que l’industrie et le commerce. En effei, quand souvent on ne croit servir que ses intérêts particuliers dans l’industrie et le commerce, on accomplit en realité une œuvre d’intérêt général, dont la bienfaisante influence s'étend rapidement à tous par les mille liens mystérieux qui unissent les hommes entre eux en associant leurs efforts.
Après la vapeur, cette sublime propagatrice de
toutes les connaissances humaines, cette grande fusionniste de tous les intérêts matériels et moraux, rien certainement, dans un temps donné, n'aura plus contribué à la conquête morale de l'Orient par l'Occident, que l’œuvre immortelle poursuivie avec une énergie d’apôtre inspiré par M. Ferdinand de Lesseps.
Ilest incontestable qu’en devenant plus fréquentes, nos relations avec l'extrême Orient deviendront plus intimes, et qu’ainsi ces nations ombrageuses, en apprenant à nous mieux connaître, apprendront aussi à nous plus respecter. Leur dédain systématique pour ceux qu'ils appellent encore les barbares de l'Ouest cédera devant la lumière qui se fera partout autour d'eux, et la fusion des intérêts sera nécessairement suivie un jour de la fusion des idées.