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teur crus le la * ou-
ce moment sur mon comptoir pour réclamer certains droits d’auteur, je le prierai d'attendre.
Et M. Ledoyen alla s’entretenir avec l'ombre de Charles IX, à qui l’on doit la Saint-Barthélemy.
J'étais de moins en moins rassuré.
Pourtant il n’y avait rien d’inquiétant dans la physionomie de M. Ledoyen, qui, revenant à moi, me dit en souriant.
— Monsieur, le fragment de sonate dicté par l'esprit de Mozart que vous me demandez est de 2 francs, prit net.
— Êtes-vous bien sûr, lui dis-je en jetant les yeux sur ces pages de musique, qu'elles soient vraiment composées par Mozart?
— Cela est incontestable, me répondit-il. Et même, si ce morceau réussit à se bien vendre, comme
je l'espère, nous aurons tour à tour des compositions de tous les grands inaîtres morts depuis plus ou moins longtemps, avec lesquels nous vivons en paraite intelligence, et qui n’ont rien à nous refuser.
— Ainsi donc, monsieur, vous parlez avec les morts ?
— Aussi facilement que nous parlons avec les vivants. Je puis ajouter que plusieurs d’entre eux se montrent fort gais, très-aimables et pleins d’entrain ; ce qui rend inexplicable la physionomie sombre que se composent les croquemorts dans l’exercice de leurs fonctions, et les habits peu fôlâtres dont ils parent leur apparente tristesse... Ah ça!
ajouta-t-il, dans quel monde vivez-vous donc que vous ignoriez tout cela?
— Hélas! lui répondis-je, je ne vis que sur la terre, et je n’ai jamais songé à entamer conversation avec les défunts.
— C'est un tort, me répondit M. Ledoyen, et j’espère que vous agirez avec moins de réserve quand, après avoir lu le fragment de sonate de Mozart... car vous prenez ce fragment, je pense?
— Je le prends.
— Très-bien !.. quand, dis-je, après avoir lu ce fragment de musique, vous lirez les différents ouvrages sur le spiritisme, et notamment le Livre des esprits, contenant les principes de la doctrine spirite, ouvrage orthodoxe s’il en fut, puisqu'il est écrit tout entier sous la dictée et par l’ordre des esprits supérieurs.
Je n'avais jamais entendu parler du Livre des esprits, et je fus confondu de mon ignorance.
J'achetai ce livre, je le lus avec quelques autres encore, et, comme je ne suis point égoïste, je m’enpressai de faire part da ma découverte aux lecteurs du Siècle.
Le 27 octobre dernier, en effet, le feuilleton de ce journal s’ouvrait au monde des esprits.
Ce jour-là, cette feuille qui compte sur toute la terre un si grand nombre de lecteurs, eut la faveur unique d’être lue par des milliards de billions de trillions d’esprits, jusque dans le fin fond des planètes de l'univers. C’est un joli succès, et je n'ai pas
lu ce s oure des jirite, écrit
vu sans quelque vanité le nom modeste que je porte ici-bas traverser les espaces sur l’aile du feuilleton, plus rapide et plus pénétrant qu'un rayon de soleil.
Les esprits ont lu ce que je disais d'eux, et ils n’en ont pas été satisfaits.
M. Allan Kardec non plus.
Monsieur Ledoyen non plus.
Et les voilà qui, s'aidant tous un peu les uns les autres, ont dirigé contre mon esprit un acte en règle d'accusation.
Ils me reprochent avec amertume de ne croire à rien!
Les ingrats, quand j'avais dit : « Je crois à deux choses, à l'amour, chez l’homme, de tout ce qui est merveilleux, ce merveilleux fût-il l'absurde, et à l'éditeur qui m'a vendu le fragment de sonate dicté par l'esprit de Mozart, 2 francs, prix net, » n'est-ce d‘nc croire à rien, cela ?
\\ j'excepte du long article rédigé par les esprits tout: a partie purement morale qui se rattache à la scienc.. spirite (car il paraît qué le spiritisme est une science), il reste bien peu de chose et pas un argument de force à convaincre les incrédules enracinés tels que moi. Et pourtant, comme l’assurent M. Ledoyen et M. Allan Kardec, non-seulement il est extrêmement facile de converser avec les morts et de se faire briser sesimeubles par certains esprits, mais encore il n'est pas impossible de vair les esprits, de les toucher, et par conséquent
d’en mettre dans une bonbonnière ou d'en orner des étagères à volonté. Écoutons encore une fois M. Allan Kardec.
« Si la substance qui compose leur enveloppe, » (l'enveloppe des esprits), « est invisible dans son » état normal, elle peut aussi dans certains cas, » comme la vapeur, mais par une autre cause, » éprouver une sorte de condensation, ou, pour » être plus exact, un modification moléculaire qui » la rende momentanément visible et même tangi- » ble; alors on peut les voir comme nous nous » voyons, les toucher, les palper ; ils peuvent nous » saisir, faire impression sur nos membres (Dia- » volo!) Seulement, cet état n'est que temporaire. » (Je respire!) Ils peuvent le quitter aussi prompte- » ment qu'ils l'ont pris, et cela, non point en vertu » d'une raréfaction mécanique, mais par l'effet de » leur volonté, attendu que ce sont des êtres intel- » ligents et non des corps inertes.
» Si l'existence des êtres intelligents qui peuplent » l’espace est prouvée, s'ils ont, comme nous ve- » nons de le voir, une action sur la matière, qu’y » a-t-il d'étonnant à ce qu'ils puissent se commu- » niquer à nous et nous transmettre leurs pensées » par des moyens matériels? M. Allan Kardec me le dit: « Sachez bien qu'il y a des es- » prits partout, qu’ils savent tout ce qui se dit et se » fait, et que, dans le moment où vous lisez ces li- » gnes, ils sont là, à vos côtés, qui vous observent. »
Mais alors pourquoi cette persistance de la part
rner , fois
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s son ; CAS, ‘ause, pour re qui tangiy Nous | nous s (Diaoraire.
ompte- 1 vertu ffet de s intel-
euplent DUS vee, qu'y onmupensées n Kar-
des esdit et se 4 ces lirvent. »
la part
des esprits à ne se manifester qu’à ceux qui croient en eux? Ne serait-il pas infiniment plus simple, et plus rationnel aussi, puisque les esprits paraissent très-soucieux de l'opinion que peuvent avoir d’eux de simples mortels comme nous, modeste feuilletonniste, d'imiter ce philosophe devant qui l’on niait le mouvement : pour toute réponse, le philosophe se mit à marcher. Je nie qu’il y ait des revenants; que les revenants se présentent et je serai convaincu.
Comment! sur les millions d’esprits qui sont témoins de mon désespoir, il ne s’en trouvera pas un, pas un seul, qui prenne la peine de se manifester à moi d’une facon quelconque? En vérité, je trouve l'esprit des esprits bien bizarre, et il me semble qu'ils abusent de M. Allan Kardec en lui dictant de longs articles pour prouver leur existence possible ; c'est leur existence réelle qu’il faut prouver, et j'espère à chaque instant de la charité d’un esprit élevé ou de l’impatience d’un esprit inférieur le soulèvement de ma table, laquelle malheureusement persiste à rester immobile.
Je suis d'autant plus surpris de l’abstention des esprits à mon égard et d'autant plus vexé aussi que, chez certains adeptes, les esprits poussent la <omplaisance jusqu’à jouer du 2..n0.
Je lis en effet, dans la même revue où les esprits daignent répondre à mon feuilleton, le fait suivant, rapporté par M. À...:
« Dernièrement, dans une maison du faubourg
» Saint-Germain, un piano s’est fait entendre pen- » dant plusieurs jours de suite sans que personne » ytouchât. Toutes les précautions ont été prises » pour s'assurer que ce fait n'était dû à aucune » autre cause accidentelle. »
Que deviendrions-nous, grand Dieu! si à tous les pianistes en chair et en os qui heurtent le clavier venaient encore se joindre les âmes en peine qui réclament assistance et désirent se communiquer musicalement! Espérons que de semblables faits resteront circonscrits dans le cercle des adeptes fervents pour lesquels les esprits se montrent si pleins de faveurs.
Un de ces adeptes est M. P..., ancien recteur d'académie et médium lui-même. Dernièrement un esprit lui a donné des explications intéressantes sur le rôle des médiums. Les esprits, pour communiquer entre eux, n’ont pas besoin de la parole : la pensée leur suffit. Quand ils veulent se communiquer aux hommes, ils doivent traduire leur pensée par les signes humains, c'est-à-dire par des mots : ils puisent ces mots dans le vocabulaire du médium, dont ils se servent en quelque sorte comme d'un dictionnaire, c’est pourquoi il est plus facile à l’esprit de s'exprimer dans la langue familière au médium quoiqu'il puisse aussi le faire dans une langue que celui-ci ne connaît pas; mais alors c'est un travail plus difficile et qu'il évite quand il n'y a pas nécessité.
M. P.. trouve dans cette théorie l’explica-
tion de plusieurs faits qui lui sont personnels, et relatifs à des communications qui lui ont été faites par divers esprits en latin et en grec. Et voilà pourquoi sans doute le fragment de sonate, a été dicté par l'esprit de Mozart à M. Brion-Dorgeval, un excellent musicien qui, au besoin, eût pu composer lui-même l’œuvre de l'ombre du grand compositeur, laquelle n’est, à parler franchement, que l'ombre de ce qu'il a fait de son vivant.
Voilà pourquoi, sans doute aussi, c’est un excellent dessinateur qui a servi de médium à l'esprit de Benvenuto Cellini pour le plan d’une maison aérienne offerte à l’auteur des Noces de Figaro, dans la planète Jupiter.
Après les éminents travaux de M. P..., ancien recteur d'académie et médium, il ne manquait plus au triomphe de la magie spiritique et magnétique que d'être élue au sein même de l’Académie française, dans la personne d’un vrai croyant. Ah! que les magnétiseurs se sont montrés ingrats par anticipation et peu doués de la seconde vue quand ils ont osé écrire les lignes irrévérencieuses que voici au sujet de l’Académie des sciences :
« Nos académiciens occupent un nid commun, et » lorsqu'un de ces rares oiseaux meurt, la place » qu'il quitte est aussitôt prise, et gare les coups de » bec aux oiseaux en retard! Ils sifflent toujours le » même air, ce qui est très-ennuyeux !. »
La Magie dévoilée, par M. le baron Dupotet.
Jusqu'à présent en effet les académiciens avaient été sifflés quelquefois, et d’autres fois aussi ils avaient sifflé avec plus ou moins de bonheur la mélodie du bon sens allié à la science, et ne s'étaient jamais plu à exalter les phénomènes surnaturels propres à confondre la raison humaine. Au contraire, et c’est l'honneur de l’Académie, elle a toujours rejeté avec dédain les prétendues découvertes faites par les esprits malades dans le monde des chimères, pour n'’accepter que les faits démontrés, les faits, explicables, les merveilles selon la raison et la nature.
C'est ainsi que l’Académie des sciences, après s'être complaisamment prêtée aux expériences de magnétisme, a nié tous les phénomènes de seconde vue, qui ne sont que des phénomènes de courte vue. Mais aujourd’hui que les choses sont changées! A côté de Lamartine qui a dit : « Le surnaturel est » le refuge des imaginations qui n'ont plus rien à » attendre des réalités, » vient s'asseoir l’académicienR. P. Lacordaire, que les professeurs de seconde vue citent avec orgueil et profit, et qui aurait, prétendent les spirites, solennellement prononcé les paroles suivantes :
« Le magnétisme est une parcelle brisée d’un » grand palais; c'est le dernier rayon de la puis- » sance adamique destiné à confondre la raison hu- » maine et à l'humilier devant Dieu : c'est un phé- » nomène qui appartient à l'ordre prophétique, etc., » etc. »
Et ces autres paroles :
« Plongé dans un sommeil factice, l’homme voit à » travers les corps opaques, à distance, etc. »
Vous souvenez-vous de ce petit dialogue dans Figaro :
« — Que les gens d'esprit sont bêtes!
» — On le dit.
» — Mais c'est qu'on ne veut pas le croire.
» — On a tort. »
Oui, on a tort, et plus encore peut-être que les ignorants, les hommes d'esprit, les hommes d’imaginalion, sont sujets à tomber dans l'aberration. En voulez-vous une preuve éclatante, lisez dans une des revues spirites ce que M. Victorien Sardou, l'ingénieux auteur des Pattes de mouche et de Nos Intimes, dit avoir écrit sous la dictée de quelques esprits. Il s’agit de la planète Jupiter, où l’âme de certains hommes morts sur notre globe habite des palais magnifiques et ont pour domestiques des chiens, des lions, des sangliers et des girafes perfectionnés, proprement vêtus de blouses et de vestes assez semblables aux nôtres. Ne riez pas, la chose est fort sérieuse. Grâce à d'excellentes relations que M. Sardou s’est créées dans Jupiter, il est mieux instruit de ce qui se passe dans ce riant séjour que M. le préfet de police lui-même ne pourrait l’être de ce qui se passe dans son cabinet.
Ce n’est pas tout, M. Sardou, qui, dit-il, ne sait ni dessiner ni graver, a dessiné et gravé, sous la conduite de ses collaborateurs invisibles, des vues
admirables de Jupiter et de tout ce qui s'y passe.
« Un grand sujet d'étonnement pour certaines » personnes, convaincues d’ailleurs de l'existence » des esprits (je n'ai pas ici à m'occuper des autres), » écrit M. Sardou, « c’est qu'ils aient comme nous » leurs habitations et leurs villes. On ne m'a pas » épargné les critiques : des maisons d’esprits dans » Jupiter. quelle plaisanterie! Plaisanterie, si » l’on veut; je n’y suis pour rien. Si le lecteur ne » trouve pas ici dans la vraisemblance des explica- » tions une preuve suffisante de leur vérité ; s’il n’est » pas surpris comme nous du parfait accord de ces » révélations spirites avec les données les plus posi- » tives de la science astronomique ; s’il ne voit, en » un mot, qu'une habile mystification dans les dé- » tails qui suivent et dans le dessin qu'ils accom- » pagnent, je l'invite à s’en expliquer avec les es- » prits, dont je ne suis que l'instrument et l'écho » fidèle. Qu'il évoque Palissy ou Mozart, ou un au- » tre habitant de ce bienheureux séjour; qu'il l'in- » terroge, qu'il contrôle mes assertions par les » siennes, qu’il discute enfin avec lui : car pour moi » je ne fais que présenter ici ce qui m'est donné, » que répéter ce qui m'est dit ; et, par ce rôle abso- » lument passif, je me crois à l'abri du blâme aussi » bien que de l'éloge. »
Suivons donc M. Sardou dans son voyage transatmosphérique, dont la relation le place, c’est le cas de le dire, à cent mille piques au-dessus de tous les voyageurs connus, depuis Christophe Colomb, qui a
découvert l'Amérique, jusqu’à M. Alexandre Dumas qui a découvert l’Adriatique, comme chacun sait.
Suivant M. Sardou, les esprits des hommes morts sur notre globe, et qui, par leurs talents et leurs vertus ont mérité de ressusciter dans Jupiter, ces esprits ont un corps, mais quel corps! Il est d’une densité si légère qu'on ne peut lui trouver de terme de comparaison que dans nos fluides impondérables. Les esprits, d’une stature un peu plus grande que la nôtre, reproduisent exactement la forme de l’homme, et se sont offerts à la vue de l’aimable écrivain sous l'apparence d’une vapeur insaissisable et lumineuse... lumineuse surtout aux contours du visage et de la tête : « Car, dans Jupiter, » ajoute l’auteur des Femmes fortes et de Monsieur Garat, « la » vie rayonne comme un foyer trop ardent, et c’est » bien cet éclat magnétique entrevu par les vision- » naires chrétiens et que nos peintres ont traduit par » le nimbe et par l’auréole des saints. »
Je ne vois pas en effet pourquoi il n’en serait pas ainsi, et pourquoi les visionnaires chrétiens n’auraient pas eu l’avantage de pouvoir causer aussi avec certains esprits frappeurs.
Si l’on imagine un esprit enveloppé par ce corps de vapeur lumineuse, on comprendra facilement qu'un tel corps ne gêne que bien faiblement les communications extra-mondaines des âmes de l’autre monde. Aussi, comme ils sont lestes, là-haut! Au reste, tous les esprits n’ont pas cette agilité, et il est relativement des lourdauds dans Jupiter comme
sur la terre. Les esprits, qui joignent à la vigueur du jarret un corps très-dense en même temps que trèslumineux, constituent comme l'aristocratie de ce monde impalpable, position qu'ils ne doivent qu'à leur vertu, et jamais ni à leur naissance ni à leur fortune. A ces esprits d'élite échelonnés par ordre de mérite, incombe le gouvernement de la planète, au spirituel comme au temporel. Au-dessous d'eux viennent, classés suivant leurs mérites, les esprits lestes encore, mais moins lumineux, et d’un corps moins transparent, lesquels sont spécialement chargés de faire exécuter les ordres donnés par les esprits supérieurs, plus lestes et plus épurés aussi. S'il faut en croire M. Victorien Sardou, ces malheureuses âmes travaillent comme des nègres à surveiller les animaux, qui sont les seuls ouvriers, et trouvent à peine le temps de s'échapper de Jupiter pour venir ici-bas dire un petit bonjour à leurs amis. Elles répondent, il est vrai, à une évocation par des révélations sages et bonnes, mais à l’empressement qu'elles mettent à nous quitter, au laconisme de leurs paroles, il est facile de comprendre qu’elles ont fort à faire ailleurs, et qu’elles ne sont pas encore assez dégagées pour rayonner à la fois sur deux points si distants l’un de l’autre. Le fait est que pour qu'un esprit qui n’est guère plus grand qu’un homme de ce globe auquel nous avons le malheur d’appartenir, puisse se dilater assez pour avoir une jambe dans Jupiter et l’autre sur la terre, il faut qu’il soit bien élastique.
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LE MONDE DES ESPRITS. 299 Vous connaissez l'aristocratie et la plèbe de Jupi-
ter, passons aux animaux, qui, nous l'avons dit, sont les ouvriers et les domestiques de la planète.
Nous ne saurions mieux faire que de citer le texte
même par lequel M. Sardou, qui, Dieu me pardonne! est encore plus extraordinaire comme médium que comme auteur dramatique, nous révèle ce point si important des mœurs de Jupiter.
« Si nous désignons sous ce nom d'animaux les êtres bizarres qui occupent le bas de l'échelle, c'est que les esprits eux-mêmes l'ont mis en usage, et que notre langue d’ailleurs n’a pas de meilleur terme à nous offrir. Cette désignation les ravale un peu trop bas: mais les appeler des hommes ce serait leur faire trop d'honneur. Ce sont en effet des esprits voués à l’animalité, peut-être pour longtemps, peut-être pour toujours, car tous les esprits ne sont pas d'accord sur ce point, et la solution du problème paraît appartenir à des mondes plus élevés que Jupiter; mais quoi qu'il en soit de leur avenir, il n’y a pas à se tromper sur leur passé. Ces esprits, avant d'en venir là, ont successivement émigré, dans nos bas mondes, dt corps d'un animal dans celui d’un autre, par une échelle de perfectionnement parfaitement graduée. L'étude attentive de nos animaux terrestres, leurs mœurs, leurs caractères individuels, leurs férocité loin de l’homme, et leur domestication lente mais toujours possible, tout cela atteste suffisam-
» ment la réalité de cette ascension animale. »
Pourquoi en effet n'en serait-il pas ainsi, et pourquoi le dévouement d'un chien, par exemple, qui meurt pour son maître, ou, Ce qui est plus naturel et plus méritoire, pour sauver la vie de ses petits, n’aurait-il pas sa récompense dans une vie future? Ne serait-il pas révoltant de penser qu'aucune compensation ne serait réservée au cheval appartenant à un charretier féroce et cupide qui le fouette, le prive de nourriture et le fait travailler au-dessus de ses forces pour le faire enfin assassiner par un équarrisseur ?
Nous voyons qu'il répugne aux spivites de l’école de M. Sardou, de penser que les animaux auraient été pourvus par le Créateur d'une certaine intelligence et d’un appareil nerveux de manière à les rendre sensibles à la douleur, à la joie, à la reconnaissance, à l’amour, au regret, à la tristesse, et à tant d’autres sentiments qu'ils partagent avec l’homme, uniquement pour amuser celui-ci ou servir de pâture à sa méchanceté. Sur ce point, du moins, la théorie des nouveaux illuminés est sympathique et généreuse.
Mais revenons à Jupiter. Les animaux régénérés, d’après l’auteur des Ganaches, ont la forme des faunes et des satyres de la fable. Le corps est légèrement velu, mais pourtant redressé comme le nôtre, ce qui leur permet de se vêtir de blouses et de vestes dont sans doute ils vont se pourvoir à la Belle- Jar inière de la planète. Chez quelques-uns des ces
OUT — , qui natue fuu’au- 11 apqui le ailler sassi-
’école X aurtaine ière à la rese, et
avec ui serit, du sym-
nérés, s fauégèrenôtre, e ves- Belleles ces
animaux-humains (pardon du néologisme devenu
nécessaire), les pattes ont entièrement disparu pour
faire place à des jambes qui rappellent encore la
forme primitive. Quant au train de devant, il est
formé par deux bras robustes singulièrement atta-
chés et terminés par de véritables mains. « Chose bizarre, la tête n’est pas à beaucoup près aussi perfectionnée que le reste! Ainsi la ‘physionomie reflète bien quelque chose d’humain, mais le crâne, mais la mâchoire et surtout l'oreille n’ont rien qui diffère sensiblement de l'animal terrestre; ilest donc facile de les distinguer. Celui-ci est un chien, celui-là un lion. »
Ajoutons que, s'ils ne parlent pas, ils n'en pensent pas moins.
L'ombre de Palissy a pour femme de ménage une ancienne levrette ayant appartenu à Mme de Pompadour, et qui raconte sur cette femme historique bien des choses ignorées.
L'esprit de Cervantes, qui demeure à deux pas de l'âme de Palissy, et quia la manie de monter à cheval, vient d'engager, et il n'y a pas longtemps, comme garçon d'écurie, un ancien lion de l'Atlas.
Les chats sans doute se font volontiers récureurs d'égouts ou plombiers, les renards agents d'affaires, et l'on doit compter probablement un certain nombre de girafes établies marchandes de modes, grâce à la protection d'éléphants bien posés dans la finance.
Un dernier trait de mœurs fourni par l'ombre de
Palissy : « Les animaux adorent le jeu de boules. » Maintenant, permettez à ce même Palissy, s’adressant à M. Victorien Sardou, qu'il tutoie, de faire la description de Julnius, capitale de ladite planète. La citation est un peu longue, mais elle perdrait à être raccourcie, et ce n’est pas à un simple mortel comme nous, qu'il serait permis d'en faire l'analyse.
« Sur le plus grand de nos continents, dit Palissy, dans une vallée de sept à huit cents lieues de large, pour compter comme vous, un fleuve magnifique descend des montagnes du nord, et, grossi par une foule de torrents et de rivières, forme sur son parcours sept à huit lacs dont le moindre mériterait chez vous le nom de mer. C'est sur les rives du plus grand de ces lacs, baptisé par nous » du nom de ia Perle, que nos ancêtres avaient jeté » les premiers fondements de Julnius. Cette ville » primitive existe encore, vénérée et gardée comme » une précieuse relique. Son architecture diffère » beaucoup de la nôtre. Je t’expliquerai tout cela » en son temps : sache seulement que la ville mo- » derne est à quelques cents mètres au-dessous de » l’ancienne.
» Le lac, encaissé dans de hautes montagnes, se » déverse dans la vallée par huit cataractes énormes » qui forment autant de courants isolés et dispersés »e toutsens. À l’aide de ces courants, nous avons » creusé nous-mêmes dans la plaine une foule de » ruisseaux, de canaux et d'étangs, ne réservant de
les. »
, S'ae, de ladite s elle | simd'en
lissy, es de e Mmagrossi ne sur oindre ur les r nous nt jeté e ville omme diffère it cela
le MOous de
» terre ferme que pour nos maisons et nos jardins. » De là résulte une sorte de ville amphibie, comme » votre Venise, et dont on ne saurait dire à premièré » vue si elle est bâtie sur la terre ou sur l’eau. Je » ne te dis rien aujourd'hui de quatre édifices sacrés » construits sur le versant même des cataractes, de » sorte que l'eau jaillit à flots de leurs portiques ; ce: » sont là des œuvres qui vous paraîtraient incroya- » bles de grandeur et de hardiesse.
» C'est la ville terrestre que je décris ici, la ville
» matérielle en quelque sorte, celle des occupations » planétaires, celle que nous appelons enfin la ville » basse, Elle a ses rues ou plutôt ses chemins tracés » pour le service intérieur; elle a ses places publi-
» ques, ses portiques et ses ponts jetés sur les ca-
» naux pour le passage des serviteurs. Mais la ville
» intelligente, la ville spirituelle, le vrai Julnius en-
» fin, ce n’est pas à terre qu’il faut le chercher,
» c'est dans l'air.
» Au corps matériel de nos animaux incapables
» de voler!, il faut la terre ferme ; mais ce que
» notre corps fluidique et lumineux exige, c’est un
» logis aérien comme lui, presque impalpable, et » mobile au gré de notre caprice. Notre habileté a » résolu ce problème, à l’aide du temps et des con-
{ Il faut pourtant en excepter certains animaux munis d'ailes et réservés pour le service de l'air et pour les travaux qui exigeraient
chez nous l'emploi des charpentes. C'est une transformation de l'oiseau, comme les animaux décrits plus haut sont une transformation des quadrupèdes.
» ditions privilégiées que le grand Architecte nous » avait faites. Comprends bien que cette conquête » des airs était indispensable à des esprits comme » les nôtres. Notre jour est de cinq heures, et notre » nuit de cinq heures également ; mais tout est re- » latif, et, pour des êtres prompts à penser et à agir » comme nous le sommes, pour des esprits qui se » comprennent par le langage des yeux et qui sa- » vent communiquer magnétiquement à distance, » notre jour de cinq heures égalait déjà en activiti » l’une de vos semaines. C'était encore trop peu à » notre avis ; et l'immobilité de la demeure, le point » fixe du foyer était une entrave pour toutes nos » grandes œuvres. Aujourd'hui, par le déplacement » facile de ces demeures d'oiseaux, par la possibilité » de transporter nous et les nôtres en tel endroit » de la planète et à telle heure du jour qu'il nous » plaît, notre existence est au moins doublée, et » avec elle tout ce qu’elle peut enfanter d’utile et de » grand.
» À certaines époques de l’année, » ajoute l'esprit, » à certaines fêtes, par exemple, tu verrais ici le » ciel obscurci par la nuée d'habitations qui nous » viennent de tous les points de l'horizon. C'est un » curieux assemblage de logis sveltes, gracieux, lé- » gers de toute forme, de toute couleur, balancés à » toute hauteur et continuellement en route de la » ville basse à la ville céleste. Quelques jours après, le » vide se fait peu à peu, et tous ces oiseaux s'envo- » lent. À ces demeures flottantes rien ne manque,
LoUS uête nme otre | reagir ui se | Sainc®, tivits peu à point s n0S ment ibilité idroit
» pas même le charme de la verdure et des fleurs. » Je parle d’une végétation sans exemple chez vous, » de plantes, d’arbustes même destinés par la na- » ture de leurs organes à respirer, à s’alimentér, à » vivre, à se reproduire dans l'air.
» Nous avons de ces touffes de fleurs énormes » dont vous ne sauriez imaginer ni les formes ni les » nuances, et d’une légèreté de tissu qui les rend » presque transparentes. Balancées dans l'air, où de » larges feuilles les soutiennent, et armées de vrilles » pareilles à celles de la vigne, elles s’assemblent en » nuages de mille teintes ou se dispersent au gré du » vent, et préparent un charmant spectacle aux pro- » meneurs de la ville basse. Imagine la grâce de ces » radeaux de verdure, de ces jardins flottants que » notre volonté peut faire ou défaire et qui du- » rent quelquefois toute une saison! De longues » traîtnées de lianes et de branches fleuries se déta- » chent de ces hauteurs et pendent jusqu'à terre, » des grappes énormes s’agitent en secouant leurs » parfums et leurs pétales qui s’effeuillent.. Les es- » prits qui traversent l’air s’y arrêtent au passage : » c’est un lieu de repos et de rencontre, et, si l’on » veut, un moyen de transport pour achever le » voyage sans fatigue et de compagnie. »
Ici s'arrête le récit de Palissy. Heureusement que, insatiable dans sa curiosité, M. Victorien Sardou a voulu en savoir davantage. Saisissant au vol un de ces colibris spirituels qui se plaisent à voler de fleur en fleur, il l’interroge en ces termes :
— » Oùes-tu? que fais-tu ! et que se passe-t-il » à Julnius ?
—» Ence moment, » répond l'esprit, « il fait nuit » à Julnius, et je suis assis à l'écart sur l'une de ces » fleurs de l’air qui ne s’épanouissent ici qu’à la » clarté de nos lunes. Sous mes pieds toute la ville » basse sommeille ; mais sur ma tête et autour de » moi, à perte de vue, il n’y a que mouvement et joie » dans l’espace. Nous dormons peu : notre âme est » trop dégagée pour que les besoins du corps soient » tyranniques ; et la nuit est plutôt faite pour nos » serviteurs que pour nous. C’est l'heure des visites » et des longues causeries, des promenades solitai- » res, des rêveries, de lafmusique. Je ne vois que de- » meures aériennes resplendissantes de lumières ou » radeaux de feuilles et de fleurs chargées de troupes » joyeuses.. La première de nos lunes éclaire toute » la ville basse : c'est une douce lumière comparable à » celle de vos clairs de lune ; mais, du côté du lac, » la seconde se lève, et celle-ci a des reflets verdâtres » qui donnent à toute la rivière l'aspect d’une » grande pelouse. »
» C’est sur la rive droite de cette rivière, qui a l'aspect d’une grande pelouse, qu'est construite la maison de Mozart que Palissy a bien voulu me faire dessiner sur cuivre, » nous dit adorablement M. Victorien Sardou. Il est fâcheux que la description ne soit pas complète, M. Sardou et son collaborateur ne donnant de cette demeure que la façade du midi. N'importe, c’est autant de pris sur Jupiter
t-il
nuit le ces là la ville ir de t joie 1e est soient r nos visites olitaiue deres OU roupes
et voici en quoi elle consiste. La grande entrée est à gauche; sur la plaine, à droite, est la rivière; au nord et au midi sont les jardins. M. Sardou ayant évoqué l'ombre de Mozart, cette ombre complaisante ne fit qu'un saut de Jupiter sous la table du spirituel écrivain, et lui répondit : « Plus haut et plus » bas, deux esprits que tu ne connais pas; mais à » gauche, je ne suis séparé que par une prairie du » jardin de Michel Cervantes. »
« Généralement, » ajoute M. Sardou, « les maisons, n'étant pour les esprits d'élite qui se balancent sans cesse dans l’espace qu'un simple :::1 à terre, ne sont formées que d'un rez-de-chaussée et d’un étage. Le rez-de-chaussée est destiné aux esprits qui agissent sous la direction du maître, et il est accessible aux animaux qui viennent y prendre des ordres. Le premier étage est réservé au propriétaire. »
Pour en revenir à la maison de Mozart, elle est construite avec une certaine pierre que les animaux tirent des carrières du nord, et dont la couleur a
ces tons verdâtres que prend souvcat l’azur du ciel
au moment où le soleil se couche. « Quant à sa dureté, » nous dit M. Sardou, « on peut s’en faire une idée par cette observation de Palissy, qu'elle fondrait sous nos doigts humains aussi vite qu’un flocon de neige : encore est-ce là une des matières les plus résistantes de la planète. »
Très-bien! mais alors je me demande à quoi servent les deux bras robustes, « singulièrement at-
tachés » des animaux qui sont les ouvriers de la planète.
Mais passons, j'ai hâte d'arriver au genre d'ornements que l'ombre du grand musicien a choisis pour embellir sa demeure.
« Il est facile, » nous dit M. Sardou, dy reconnaître le souvenir de notre musique terrestre; la clef de so! y est fréquemment répétée, et, chose bizarre, jamais la clef de fa! » C’est en effet fort bizarre, Mozart, de son vivant n'ayant jamais eu, que je sache, une préférence marquée pour une des trois espèces de clefs, de sol, de fa ou d’ut. Mais la mort change tellement le caractère des hommes, que c’est à ne pas les reconnaître souvent. « Dans la décoration du rez-de-chaussée, » ajoute M. Sardou, « nous trouvons un archet, une sorte de téorbe ou de mandoline, une lyre et toute une portée musicale. »
Une portée musicale! Diable! cela est plus significatif et prouve que Mozart n’a point encore adopté la notation en chiffres Galin-Paris-Chevé. Continuons.
« Plus haut, c’est une grande fenêtre qui rappelle vaguement la forme d’un orgue ; les autres fenêtres ont l'apparence de grandes notes. Des notes plus petites abondent sur toute la façade. » On peut trouver cette ornementation significative d'un goût médiocre; mais il ne faut pas oublier que les esprits rappellent volontiers dans la décoration de leurs maisons, la mission terrestre qui leur a mérité
de la
ornehoisis
econre; la se birt bi- 1, que s trois , mort , que la déardou, rbe ou
l'incarnation dans Jupiter et qui résume le mieux le caractère de leur intelligence. Ainsi, dans la maison de Zoroastre, ce sont les astres et la flamme qui font tous les frais de la décoration.
«Je n'aurai pas perdu mon temps, et je serai » bien heureux que les esprits m'aient choisi pour » leur interprète, si leurs desseins et leurs descrip- » tions inspirent à un seul croyant le désir de mon- » ter plus vite à Julnius. »
Telles sont les paroles par lesquelles M. Victorien Sardou termine de bonne foi, — oui de bonne foi, car on ne se moque pas ainsi sciemment de tout le monde et de soi-même, — la description de Jupiter. Naturellement cette narration a produit une grande impression sur l'esprit de ceux que les esprits daignent honorer de leur confiance. M. Marius M..., employé retraité à Bordeaux, n’a pu contenir son émotion à la lecture du récit de M. Victorien Sardou, et dans son attendrissement, il appelle l'éditeur de la Revue spirite, « cher confrère en spiritisme. » L'employé retraité de Bordeaux trouve que la description de Jupiter est conforme avec l'Écriture, et ne voit rien dans tout cela qui ne soit d'accord avec la raison.
« Pour mon compte, » dit-il «, cela me paraît si lo- » gique, si consolant, qu'il me serait pénible de renon- » cer à l'espoir d’habiter ce monde fortuné où il n’y » a point de méchants, point de jaloux, point d’enne- » mis, point d'égoistes, point d'hypocrites ; c'est pour- » quoi tous mes efforts tendront à mériter d’y aller. »
Pauvre humanité! elle est folle réellement, et sa folie vient de cette dépravation singulière de l'esprit qui consiste à renverser l'ordre de la nature pour supposer le surnaturel, à sacrifier le bon sens en faveur du non-sens. C'est ainsi que le dieu des Cafres est un insecte, et celui des nègres un serpent; que celui des anciens Péruviens et des Chaldéens avant le premier Zoroastre, était le soleil ; que celui des Égyptiens fut successivement le bœuf Apis, le chien Anubis, l'oignon et le chat; que ceux des Romains commencèrent à Mars pour finir au Deus Stercutius; que Homère fait très-sérieusement combattre des légions de dieux, et que l'historien Abulgazi rapporte que la nommée Alanku, étant fille, fut fécondée par un rayon de soleil.
Lorsque le pape Innocent IV envoya frère Ascelin à Batou-Kan, ce moine, ne pouvant être présenté qu'à l’un des vizirs, lui dit qu’il venait de la part d'un vicaire de Dieu. Le ministre répondit : « Ce » vicaire ignore-t-il qu'il doit des hommages et » des tributs au fils de Dieu, le grand Batou-Kan, » mon maître ? »
Il serait, en vérité, bien temps que l’homme tàchât de se guérir de cette maladie déplorable du cerveau, qu'on pourrait appeler la gourme de l’esprit, et qu'on a nommé le sentiment du merveilleux. Le mal est inséparable de l'erreur; il en est toujours la conséquence, le corollaire fatal et inévitable.
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toutes les divagations de notre pauvre cervelle, nous montrent-ils leurs systèmes de fantômes de farfadets, de sorciers, de gnômes, de vampires, d'augures, d'esprits frappeurs, d’enchanteurs, d’escargots sympathiques, de seconde vue, etc., comme propres à vaincre le matérialisme par la croyance du merveilleux, et aussi propres à apporter certaines consolations nécessaires aux âmes souffrantes : la superstition, qui ferme l’esprit}aux lumières de la vérité, ne peut être que préjudiciable aux intérêts de l'humanité.
Si l'on nous demande à qui le spiritisme, le somnambulisme, la cartomancie, l'astrologie et toutes les sciences occultes peuvent faire du mal de nos jours, je répondrai avec M. G. Mabru, dans son excellent ouvrage Les magnéliseurs jugés par euxmêmes : « De même qu'il n’y a pas de petites vérités, il n'y a point de petites erreurs, point de petits mensonges, car leur portée est}incalculable quand on les répand dans l'esprit de tout un peuple. Tout s'enchaîne dans l'immense solidarité des principes du bien et du mal, et c'est en respectant les petites vérités qu'on parvient à sauvegarder les grandes. Les esprits dont le jugement se trouve faussé par des croyances absurdes perdent peujà peu la faculté de s'ouvrir à la lumière. Non-seulement ceux qui s’habituent à l'absurde ne trouvent plus rien qui les choque, mais leurs yeux, continuellement plongés dans les ténèbres, ne peuvent plus supporter l'éclat de la vérité. Dans l'ordre moral,comme dans l'ordre
physique, lumière et ténèbres sont deux choses qui s’excluent mutuellement. »
M. Allan Kardec, dans la réponse qu'il nous adresse en collaboration avec les esprits, cite un homme qui a renoncé à se suicider après avoir été initié à la doctrine de la réincarnation des âmes. « Avouez, me dit-il, qu’il y a encore du bon dans cette folie. » \
On dit que les brigands de la Calabre, obéissant à une superstition religieuse, n’assassinent pas le vendredi. Cette superstition, on le voit, a aussi du bon. Mais je l’avoue, j'aimerais mieux encore chez MM. les brigands calabrais l'amour du vrai et du bien qui les empêchât d'assassiner jamais. Si le spiritisme a pu sauver de la mort un homme, en revanche il a dérangé un nombre immense de cervelles, et le remède est pire que le mal.
« De quel droit, dit encore M. Allan Kardec, ceux
qui ne croient pas s’arrogent-ils le privilége du bon sens, quand surtout ceux qui croient se recrutent précisément, non parmi les ignorants, mais parmi les gens éclairés ; quand tous les jours le nombre s’en accroît? J'en juge par ma correspondanc:, par le nombre des étrangers qui viennent me voir, par l'extension de mon journal, qui accomplit sa deuxième année et compte des abonnés dans les cinq parties du monde, dans les rangs les plus élcvés de la société et jusque sur des trônes. Dites-moi,
en conscience , si c’est là la marche d’une utopie! »
M. Allan Kardec'qui a toutes sortes d'excellentes
raisons pour croire aux esprits frappeurs, lesquels se plaisent à venir soulever sa table et à lui dicter de belles pages de prose pour les besoins de son journal, m'engage dans les termes les plus pressants, à y croire à mon tour, moi qui n’ai jamais vu soulever de table et n'ai jamais écrit qu’à l'aide de mon esprit propre, ce qui était et reste insuffisant. Mon Dieu ! si l'on pouvait croire par pure complaisance et pour être agréable à ceux qui vous le demandent, je croirais » volontiers aux esprits frappeurs, puisque M. Allan Kardec m'en prie; malheureusement, c'est sans doute un défaut de mon organisation, il ne dépend pas de moi de croire ou de ne pas croire.
Par exemple, mon meilleur ami me supplierait-il decroire qu'un hanneton gigantesque est en train de ronger le soleil, en m'assurant qu'il l'a vu, que je ne le croirais pas, malgré tout le chagrin que pourrait lui causer mon manque de foi à cet égard.
— Quelle différence, diront les spiritistes, entre cette supposition extravagante, à laquelle personne n’ajoute créance, et la manifestation des esprits admise par tant d'intelligences supérieures, un peu aujourd’hui dans les quatre parties du monde.
Intelligences supérieures, soit. Mais faudrait-il admett:e toutes les billevesées spiritualistes, parce que des hommes distingués en ont été atteints, comme on est atteint de la fièvre ?
Faut-il croire avec César aux avertissements donnés par les poulets sacrés ?
(César avait-il envie de faire une expédition, il
jetait du grain à ses poulets, et suivant la manière dont ils picoraïent, César donnait suite à son expédition ou y renonçait).
Faut-il croire à la nécessité d’un collége d'astrologie,' parce que Charles V, dit le Sage, en institua un?
Faut-il avoir confiance dans les horoscopes, parce qu'elles furent en vogue dans les cours de Henri II et de Henri IIÏ, qui étaient plus dissolus que bêtes?
Faudra-t-il que nous fassions tirer l'horoscope de nos enfants, parce que l'astrologue Jean Marin, mandé par la reine, tira celui de Louis XIV, et que Henri IV avait également fait tirer celui de Louis XIII?
Devons-nous croire aux maléfices, parce que de Thou, Mézerai, Mazarin et Richelieu y croyaient ?
Devons-nous consulter la lune et le soleil, parce que le pape Paul IT n'osait rien entreprendre, d'après M. Mabru, sans interroger ces astres, à l'instar de Catherine de Médicis ?
Devons-nous croire, parce que Cagliostro étrit parvenu à le persuader à un grand nombre de notabilités, qu'il était vivant depuis plusieurs siècles et qu'il avait intimement connu Charles -Quint et Francois I°"?
Faut-il croire avec les philosophes platoniciens qu'Apollonius de Tyane est ressuscité, parce que ces philosophes nommaient les personnes qui l'avaient vu s'élever jusqu'au ciel ?
Devons-nous ajouter foi aux prétendus miracles
accomplis par Mahomet, parce que des esprits graves assurent en avoir été témoins, et devons-nous nous prosterner devant la pierre où ce législateur posa les pieds lorsqu'il fit son ascension au paradis, suivant tous les musulmans ?
Devons-nous croire, parce que les plus fortes organisations du temps y croyaient plus ou moins, aux oracles des pythonisses et des sibylles, ces médiums de l'antiquité ?
Faut-il partager les croyances du culte de Moloch qui ordonnait de massacrer des jeunes filles pour être agréable à Dieu, parce que des hommesinstruits ont été persuadés qu'en effet, c'était là un excellent moyen (le plaire au Tout-Puissant?
Doit-on considérer comme des hommes doués d'une sage prévoyance, ces monstres superstitieux qui, par un crime pesthume, faisaient éventrer sur leurs tombeaux des troupeaux d'esclaves, destinés à les servir après ieur mort, dans la planète Jupiter, peut-être ?
Faut-il enfin croire à la divinité des six mille religions ou sectes qui bouleversent les cervelles de notre pauvre humanité, parce que toutes ces croyances sont partagées par un certain nombre d'hommes instruits, mais plus ou moins fous, et que toutes présentent un certain nombre de miracles authentiques ?
Certes, je n'ai jamais nié que 1: nombre des esprits, séduits par l'amour du merveilleux, fût grand sur la terre parmi les gens instruits et puissants
comme parmi les ignorants et les misérables ; si je voulais le nier, l’histoire de tcus les temps et de tous les peuples me donnerait un démenti.
Au reste, ce n’est point seulement dans le palais des souverains et dans le bas peuple que l'amour stupide du merveilleux avait faussé les esprits, à une certaine époque, dans notre pays; cette maladie de l'intelligence avait gagné la sacristie et la législation elles-mêmes. Durant un temps, on admettait les sorts des saints, sortes de pronostics qui consistaient à ouvrir un livre au hasard pour dernander un conseil salutaire à Dieu. Pendant tout l» moyen âge, les ordalies ou épreuves par les éléments furent en usage. Les moindres questions civiles se décidaient parfois ainsi. Vous étiez battu, donc vous aviez tort. C'est aussi à cette même époque du moyen âge que l'on voit la croyarce aux sortiléges mériter les honneurs du droit civil et du droit canon. Nous voyons dès le vie siècle, sous le pontificat de Pélage IT, cette grave question soumise au concile de Narbonne. Au vin° siècle, le concile de Lestine traite à son tour cette matière. Au 1x° siècle, on lit dans les Capitulaires de Charlemagne et de Lovis le Débonnaire, chap. rxiv : « Præcipitur ut nec calcu- » latores et incantatores tempestarii, id est immissores » tempestatum, vel obligatores fiant, et ubicumque sint, » vel emendentur, vel damnentur... » Cette erreur abominable, cette expression de la plus dégradante superstition, dura en France jusqu'en 1632, époque à laquelle furent jugés les derniers sorciers !
Aujourd'hui, Dieu merci! il n’en est plus de même. Déjà, du temps de Voltaire, l’incomparabie écrivain avait pu dire : « La philosophie a guéri enfin les hommes de cette abominable chimère.» C'est beaucoup, mais ce n'est pas tout encore. Il faut que la philosophie pénètre tous les esprits et les purifie de cette lèpre de la crédulité qui n’est pas la foiet fait trop souvent tomber en enfance les hommes 1nême les plus distingués par leur imagination.
— Et pourtant, me dira-t-on, si un esprit venait en cet instant soulever votre table, parler à votre orcille, +:*%t tre plume et apparaître à vos yervx sous la forme décrite par M. Allan Kardec, que diriez-vous ?
Je croirais ôtre sous l'empire d'un état nerveux, de cette fièvre particulière de l'esprit qu'on appelle hallucination, et, s’il me restait une lueur de raison
à travers ma folie, je douterais encore, en répétant avec Bossuet : « Dieu lui-même a besoin d’avoir
raison. »
Mais je suis tranquilie: ma table ne bouge pas, je n'entends aucune voi: "arler à mon oreille, rien d'extraordinaire ne : ““:ente à ma vue, je ne suis dans aucun des éta.s : : ‘’:. voit s'accomplir les miracles modernes, états a .vrnotisme, de catalepsie, de somnambulisme, engendrés par les affections mentales, natu 2lles, ou déterminés par l'emploi des nar« ‘rus, et j'écris librement ces pages, trop longues peut-être pour le plaisir du lecteur.
Quatrième Lettre.