L'AUTEUR A MONSIEUR ADRIEN BOIELDIEU
Cher Monsieur Boieldieu.
Pour être témoin des miracles de la religion nouvelle, je n'ai point attendu que vous m'engageassiez à assister aux expériences de Mlle Huèt. Avant que cette jeune personne fut touchée de la grâce spirite, une autre demoiselle faisait merveille avec les âmes des trépassés qui venaient folâtrer dans sa corbeille. Je pourrais la nommer, je ne le ferai pas parce qu'elle est aujourd’hui mère de famille, et complétement retirée des esprits.
Un jour donc, j'allai la voir, conduit par un adepte passionné, témoin de tous les miracles opérés par cette demoiselle. Je vis remuer des tables, lire dans la pensée de certaines personnes, et j'entendis des coups frappés sous des meubles. Cela ne m'étonna que médiocrement, ayant assisté aux expériences physiques de M. Caston, et ayant lu l'ouvrage de M. Gandon sur la seconde vue.
On me mit en communication directe avec la gracieuse secrétaire du monde aérien.
— Mademoiselle, lui dis-je, faites-moi le plaisir de demander aux esprits ce qu’il y a dans mon portefeuille.
La demoiselle posa la question aux follets, qui
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LE MONDE DES ESPRITS. 327 répondirent qu'ils ne répondraient pas, ma figure leur déplaisant.
Je m'inclinai devant cet arrêt, et les esprits continuèrent avec de plus jolis garçons que moi leurs manifestations étonnantes.
Quand la séance fut terminée, je pris la médiume à l'écart :
— Mademoiselle, lui soufllai-je à l'oreille, je trouve que les esprits ont manqué d'esprit à mOn égard.
— Comment cela, Monsieur?
— À leur place, sachant que c'était un artiste qui les priait de voir ce que renfermait son portefeuille, j'eusse répo” du : Les esprits ne sont les serviteurs de personne ‘a terre. En conséquence, il ne nous plaît pas ue répondre à la demande indiscrète de M. Comettant. Mais si nous ne voulons pas lui dire ce qu'il y a dans son portefeuille, nous lui dirons ce qu'il n’y a pas: Il ne s’y trouve aucun billet de banque.
Le secrétaire des esprits sourit.
— Et qu'y avait-il dans votre portefeuille? ma demanda-t-elle ?
— Trois vers.
— Lesquels ?
— Lisez plutôt vous-même.
Et elle lut ce qui suit :
Kardec en conseillers foison'ie ; Est-il besoin d'exécuter ?
On ne rencontre plus personne.
Agréez, mon cher Monsieur Boieldien, mes salutions amicales, et soyez bien assuré que s'il m'est impossible, hélas! de croire aux esprits de l’autre monde, je crois à ceux fe celui-ci, au vôtre, à votre jolie musique que vous nous faites entendre trop rarement.
Oscan COXETTANT.
de S. — I! va sans dire que je serai toujours prêt à renouveler mon expérience vis-à-vis de tous ies médiums auprès desquels vous voudrez bien m'introduire.