‹ Les civilisations inconnues [microforme]Chapitre 3 sur 30 · L’UTAH · texte numérisé non relu

L’UTAH

Sidney Rigdow, et, après les avoir arrachés de leurs lits, ils leur enduisirent le corps de goudron pour les rouler ensuite dans de la plume d’oie. Quand leurs victimes furent suffisamment emplumés, ils chassèrent de sa demeure Sidney Rigdow, et firent, dit-on, avaler à Smith de l’eau-forte pour le punir d’avoir menti, et le tuer par la même occasion. Le prophète yankee n’en mourut pas, ce qui fut considéré comme un nouveau miracle et redoubla le crédit dont il jouissait auprès de la maison de banque A.-S. Gilbert et Ce.

Quelques personnes s’étonnèrent que les anges, avec lesquels Joseph Smith s’entretenait tous les jours et qui pouvaient passer pour ses amis intimes, ne l’eussent pas averti du complot qui avait été tramé contre lui. Des théologiens mormons démontrèrent que ce complot même et le martyre du prophète étaient nécessaires au triomphe de la loi nouvelle. Très-bien ! mais alors pourquoi ces mêmes théologiens qualifiaient-ils de vils serpents et menacaient-ils des peines éternelles les auteurs de cette conspiration, dont ils faisaient à la fois les ennemis de Dieu et les dnciles instruments de son triomphe? Voilà ce qu'on n'a jamais. pu sa-

voir. Do

De tous les miracles accomplis par Joseph Snnith, celui de s'être fait prêter delargent par les banquiers, parut à un certain nombre de personnes, le plus merveilleux à beaucoup près. Les saints des derniers jours eurent bientôt assez de crédit pour faire

bâtir un temple sous la sauvegarde des lois américaines, qui consacrent toutes les libertés. Ce temple fut érigé dans le courant de l’année 1833. À sa vue les fanatiques redoublèrent de fureur. Quelques certaines de forcenés se livrèrent aux actes les plus coupables envers les Mormons sans défense ; ils les emplumèrent, les pillèrent, les battirent et incendièrent leurs maisons. « Je suis afiligé de dire, »écrit un historien, «que les ecclésiastiques des diverses dénominations sanctionnèrent ces actes de cruauté par leur présence et même par leur participation. »

Consultez les préceptes fondamentaux de toutes les religions du monde, vous y trouverez avant toutes choses l'amour du prochain. Et voilà comme les.faits sont d'accord avec les préceptes. Pauvre humanité !

Mais les Mormons, véritables phénix, renaissaient de leurs cendres, et ils se propageaient d'autant plus qu’on se montrait plus injuste et plus cruel envers eux. En 1834, Joseph Smith, accompagné de deux cent cinquante hommes, se rendit dans le comté de Clay, État du Missouri, pour tenter une réconciliation avec le peuple du comté de Jackson. Ce n'était pas. facile; mai à prècher sans péril on catéchise Sans gloire, et le danger même semblait aigrillonner le zèle des missionnaires. Ce danger parut tel à Son Excellence Daniel Dunklin, alors gouverneur du Missouri, qu’il notifia au corps législatif dans son rapport annuel, que les moyens

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nécessaires pour agir dans la rigueur des lois civiles et militaires étaient insuffisants, et que les Mormons ne pourraient pas être protégés. dans les États. Ce même personnage avaitauparavant écrit au colonel Thornton, en date du 6 juin 1834, ces lignes significatives : « Je suis pleinement convaincu que » l’excentricité des opinions et pratiques religieuses » des Mormons est, tout bien considéré, la cause des » outrages commis Contre eux. »

Il est en.effet très-évident que les persécuteurs des nouveaux sectaires n'étaient autres que d’anciens sectaires fanatisés, et qui auraient voulu accaparer pour eux seuls le culte du Très-Haut. Certes, nous sommes bien loin de défendre la doctrine religieuse des Mormons, mais nous blämons les excès sous quelque forme et sous quelque prétexte qu'ils se commettent.

Si les Mormons'n avaient pas eu d'argent à leur service, ils auraient succombé dans.cette lutte inégale ; mais l'argent, qui est le nerf du prosélytisme autant que de la guerre, l'argent les sauva. Les saints des derniers jours achetèrent des propriétés dans le Missouri, ce qui provoqua des meetings religieux dans lesquels on décida très-arbitrairement que les Mormons devaient cesser leurs acquisitions de terrain, si mieux ils ne préféraient être égorgés. On leur indiqua comme résidence nouvelle une plaine entièrement dénudée, qui leur fut adjugée du consentement unanime des fanatiques. Les Mormons, avec une résignation toute évangélique,

LES CIVILISATIONS | “Ju

plièrent bagage, et, après avoif acheté du gouver-

nement Jes terrains arides qu'on leur désignaït pour résidenct ; se mirent en route, sans souffler mot,

pour le Canldwell.

Pendant que-la plupart des Mormons se livraient à l'agriculture avec un courage et un bonheur qu'il serait injuste de ne pas reconnaître, Joseph Smith, continuant son rôle de prophète, se répandait dans les campagnes, bénissant les orphelins, faisant quelques menus miracles pour s’entretenir la main, et préchant la foi nouvelle.

Voici un échantillon de ces menus rinidiil

Un jour il rencontre un jeune et mâälbeüreux orphelin qui errait dans les champs, accablé de fatigue, souffrant de la faim et de la soif.

— D'où viens-tu ? lui demanda le prophète.

— De Carthage, répondit l’orphelin.

— Où vas-tu ?

— Où Dieume conduira;reprit le pauvre enfant.

— Le flambeau de la viea guidé tes pas vers la lumière du jour ! s’écria le prophète en élevant les yeux au ciel.

— Vous croyez? demanda l'orphelin, qui sans doute n'avait pas plus que vous et moi compris les paroles symboliques de Smith.

— Suis-moi, dit le prophète.

L’orphelin le suivit. Il présumait sans doute que le prophète l’'emmenait déjeuner. En effet, ils n’avaient pas fait dix pas ensemble qu'un arbre portant les plus beaux fruits s’offrit à leur vue. L'enfant

profita d'une si belle occasion. Enfin, à la lisière | d'un bois, un ange déposa pour le malheureux une paire d'excellents souliers et un habillement complet.

— Ah! s'écria l'enfant à la vue de ce miracle, vous êtes le prophète ! Il n'en fait jamais d’autres !

— Tu as dit vrai, répondit mocestement Smith, et il le bénit par-dessus le marché.

Le succès de la tournée religieuse du prophète fut tel qu’en 1835 plusieurs centaines de branches vinrent se rattacher au tronc de l’Église mormonienne. Un nouveau temple fut construit, désigné sous le nom de Kirland. Ce monument religieux se trouvant suffisamment avancé, le prophète réunit dans un conseil général quatre cents elders (anciens) pour faire la dédicace de cette construction au Seigneur. La cérémonie eut lieu le 27 mars 1836. Cet édifice, bâti en pierre, mesure quatre-vingt pieds de haut sur soixante de large. On y remarque une tour de cent dix pieds d’élévation, d’une belle architecture.

Bientôt les Mormons se trouvèrent à l’étroit en Amérique, et ils songèrent à porter au delà des mers le flambeau des vérités éternelles dont ils étaient les dépositaires. Les premiers missionnaires désignés pour prêcher à l'étranger, partirent, au nombre d’une

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e. L'enfant leur débarquement, ils commencèrent à prêcher

dans la villé de Preston. On n'est pas plus zélé. De Preston îls se rendirent dans plusieurs autres villes, et, avant la fin de l’année, ils avaient, suivant leur expression, gagné mille cent âmes à Dieu.

Pendant que les missionnaires catéchisaient en Amérique, le gros des saints des derniers jours ne perdait pas de temps en Amérique. En 1838, ils posèrent les fondements d’une ville sainte, dans le comté de Daviess, sur ‘es rives du Grand-River. En moins de trois années, sans l'intervention d'aucun ange, grâce simplement aux efforts des agriculteurs mormons, le Caldwell, naguère d’une stérilité désolante, devint florissant et propre à tous les genres de culture possibles sous cette latitude. Les nouveaux doctrinaires bätirent dans le Far-West un troisième temple, de cent dix pieds de long sur quatre-vingt de large ; puis ils établirent une imprimerie et fondèrent un journal sous le nom de Journal des elders.

Les passions religieuses dont les Mormons avaient déjà été victimes tant de fois et un peu partout, ne s'étaient point éteintes; elles animaiïent sourde-: ment les ennemis de la nouveile Église. Ces passions éclatèrent avec une violence insensée dans le mois d'août 1838, lors d’une élection à Galatin, et plus encore dans le mois de novembre qui suivit.

Joseph Smith et quelques-uns de ses compagnons furent traduits devant je ne sais quelle cour martiale formée, d'aprés l'ouvrage intitulé Prophet of the nindeenth century, de dix-neuf officiers et de dixsept prédicateurs de différentes sectes. Les accusés

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furent tous condamnés à être fusillés. L'ordre d’exécution donné par le major général Lucas était, d'après l'historien Georges Smith, conçu en ces termes . « Brigadier général Doniphan, vous amè- » nerez Joseph Smith et les autres prisonniers, et » vous les fusillerez demain à neuf heures. » C'était court, mais substantiel.

Par bonheur, il se trouva que ce militaire connaissait les lois que la cour martiale violait outrageusement. Ne voulant pas se rendre complice d’un crime, il refusa net d'exécuter les ordres de son supérieur. « C’est un crime commis de sangfroid, » dit-il; « je n’obéirai pas à votre ordre. Ma brigade » marchera demain matin, à huit heures, pour se » rendre à Liberté; si vous exécutez ces hommes-là, » je vous tiendrai pour responsable devant la jus- » tice humaine. Dieu me soit en aide! » Par suite de la conduite énergique de ce brigadier (un brigadier comme on en voit peu, et qui avait singulièrement raison, celui-là!), les prisonniers eurent la vie sauve. Mais les Morrmons n’en furent pas moins chassés du Missouri avec une brutalité sauvage, contrairement à toutes les lois civiles et militaires, et en dépit de l'esprit de liberté qui règne partout en Amérique lorsque le fanatisme religieux ne vient pas tout gâter.

Les passions religieuses ont cela de particulier que rien ne peut les maîtriser. Pour des illuminés qui croiront plaire à Dieu, de quelle importance peuvent être dans leur esprit les lois sociales!

« Qu'on se représente, » dit l’historien que nous avons cité plus haut, « dix-huit mille personnes de » tout âge, des deux sexes et de toutes les conditions, » chassées au milieu de l'hiver loin de tout ce » qu'elles possédaient, dénuées de tout, affamées, » presque nues, sans asile et sans amis, errant au » milieu des plaines sans chemins frayés; éparses, » dispersées, à deux ou trois cents milles des de- » meures qu'elles avaient élevées sur des terrains » achetés à la confédération des États-Unis et sous » la protection du drapeau américain. Des cen- » taines, des milliers peut-être d’entre eux périrent » durant l'hiver, le printemps et l'été, par suite de » ce qu'ils avaient enduré. Les hommes tombèrent » les premiers, à cause des fatigues, et laissèrent des » veuves et des orphelins pour continuer à souf- » frir, etc. » Malgré leur exaspération, les Missouriens permirent à Joseph Smith, en prison depuis six mois, de quitter l'État aussitôt que tous les autres Mormons l’iuraient évacué.

Nous arrivons au moment où le prophète yankee, toujours l'interprète de Dieu suivant quelques Mormons, abandonné du Seigneur selon quelques autres, recoit par l'intermédiaire d’un ange revêtu d'habits sans couture la révélation concernant la polygamie. Cette révélation, qui a fait le scandale et la fortune de la nouvelle Église, et que nous reproduisons in extenso plus loin, est datée de Nauvoo, 12 juillet 1843, mais elle n’a été proclamée que le 20 août 1852. Rédigée en style biblique, elle fut im-

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L'UTAN. 47

primée pour la première fois le 14 septembre 1852 par le journal Deseret News.

Joseph Smith était marié. Il avait épousé Emma Isaac Hale, le 18 janvier 1827, avec le consentement de ses parents à lui, mais contre le consentement des parents de la jeune fille, très-opposés à ce mariage qui ne présageait pas pour Emma une vie calme et régulière. Qu'eussent donc dit M. et Mre Isaac Hale, s'ils avaient pu prévoir que leur fille serait, de par les anges vêtus d'habits sans couture, la première des polygames américaines.

Les jours du prophète étaient comptés. Il se trouvait emprisonné pour la quarante-septième fois, lorsque, le 23 juin 1844, une bande d’assassins, la figure noircie, envahirent la prison et massacrèrent impitoyablement Smith et son frère Hyrum, laissant pour mort l’elder John Taylor, grièvement blessé de quatre balles.

Telle fut la rage des assassins contre ce malheureux illuminé que, mort, ils voulurent le fusiller de nouveau. On releva son corps, qu'on plaçca debout contre la margelle d’un puits, et dans cette position quatre hommes déchargèrent sur lui leur fusil à bout portant. Le cadavre s’affaissa de nouveau, et les assassins crièrent hurrah!

Un petit miracle posthume était de toute nécessité après tous les miracles exécutés par le prophète de son vivant. Des témoins oculaires (on trouve des

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detraîner lecadavre deux fois assassiné avait tiréson coutelas et s’approchaïit pour lui trancher la tête, quand soudain il recula, frappé en plein visage par un éclair. Au cri d’effroi poussé par cet individu, tous les assassins s’enfuirent avec épouvante en disant : Malheur! malheur! malheur!

On le sait, rien n’encourage les religieux exaltés comme la persécution. La mort du prophète fit de nouveaux et nombreux prosélytes jusqu’au jour où ils allèrent s'installer définitivement dans la vallée à la suite du président et grand pontife Brigham Young.

Quoique la contrée fût l’une des plus stériles qui aient jamais été habitées par l’homme, aucune colonie n’a fait des progrès aussi rapides. Des établissements ont été formés du nord au sud, de l’est à l’ouest, dans une étendue de territoire de trois cent cinquante milles, c’est-à-dire partout où l’on peut trouver de l’eau pour l'irrigation. L'Utah renferme à cette heure plus de cinquante mille habitants, presque tous Mormons, pour ne pas dire tous. Environ cent moulins à scier et quarante moulins à blé sont en activité. Parmi les édifices publics on remarque : la maison d’État de Deseret, occupée par la législature ; la maison territoriale d'Utah, à Filmore- City ; le tabernacle de la ville du Grand-Lac-Salé, bâtiment de cent vingt pieds de haut sur soixantequatre de large, voûté et sans colonnes. Il existe aussi dans la ville de Deseret vingt bonnes maisons d'école. Au reste, dans toutes les localités où vivent

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les Mormons, on voit un nombre relativement considérable d'écoles primaires.

L'Église des saints du dernier jour est représentée en Europe par une centaine de missionnaires de l’'Utah. En Afrique, en Asie et dans les îles de l’océan Pacifique, un nombre à peu près égal prêche le nouvel évangile. Le journal Nouvelles du Deseret paraît toutes les semaines et se tire à quatre mille exemplaires, à la ville du Grand-Lac-Salé. Un autre journal hebdomadaire paraît aussi à Swansea South-Wales, sous le titre de Udyorn Sion (Harpe de Sion), en langue du pays de Gailes. Il est rédigé presque exclusivement par l’elder Dann Jones.

Telle est en peu de lignes l’histoire de Joseph Smith, dont les fables grossières ont trouvé créance dans l'esprit de plus de trois cent mille in@ividus. Il y a toujours eu et il y aura toujours, dans l’ancien comme dans lenouveau mondeÿjun certain nombre de personnes naïves, faibles et amoureuses du merveilleux, pour croire aux fantasmagories du genre qui ont fait la célébrité de Smith. Le revers de la médaille des prophètes nouveaux, c’est que tôt ou tard des fanatiques ou des ambitieux comme eux ieur font passer avec un vilain quart d'heure le goût des révélations. Mais, on l’a dit, il n’est pas de bonheur parfait sur la terre et chaque profession présente ses petits inconvénients.

Paris a le bonheur de renfermer à cette heure un saint français des derniers jours, envoyé tout exprès du Grand-Lac-Salé par Brigham Young, le chef des

Mormons dans l'Utah, pour catéchiser nos compatriotes. L’apôtre L.-A. Bertrand, — tel est son nom, — s’est incliné devant l’ordre donné par le maître, et, chaussé de sandales, ur bâton à la main, une gourde suspendue au côté, il a bravement entrepris sa dangereuse pérégrination.

Mais le plus difficile, ce n’était pas d'accomplir le voyage ; c'était, une fois arrivé à Paris, de propager la nouvelle religion en évitant la police correctionnelle. M. Bertrand a pris le seul moyen qui fût en son pouvoir ; il a publié un livre de propagande trèssérieux, et par cela même très-amusant, intitulé : Mémoires d'un Mormon'. Que de choses extraordinaires ne nous, révèle pas ce livre, qui arrive fort à propos pour faire la plus agréable diversion aux graves préoccupations du moment. Par exemple, M. Bertrand, — quiest un homme convaincu, — nous assure quedésus-Chiist, après son ascension, fit escale en Amérique, où il alla fonder son Église en prêchant lui-même les sublimes moralités de l'Évangile qu’il verrait de révéler à l’ancien monde. Si messieurs les peaux rouges ont mal profité des célestes enseignements, on voit qu'ils ne doiven; s’en prenlre qu'à eux-mêmes, puisque Dieu avait fait humainement tout ce qu'il était possible de faire pour les gagner à de meilleurs sentiments.

Après avoir accompli son œuvre en Amérique, Jésus-Christ voulut remplir la même mission envers les dix tribus perdues d'Israël, et il se rendit

4 Un volume, collection Hetzel, Paris.

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auprès d'elles, nous dit le Livre de Mormon par la voix de M. Bertrand.

Très-bien; mais où donc se trouvent ces dix tribus dont la disparition a soulevé de siècle en siècle des polémiques sars fin chez les commentateurs de la Bible ? Voilà le hic, et les commentateurs de la Bible en seraient réduits à continuer pendant plusieurs siècles encore leur polémique intéressante et très-gaie sur ce sujet palpitant, sans le Livre de Mormon, qui met fin à toute discussion.

Sachez-le done, ces dix tribus habitent dans le nord de l'Amérique. Sachez aussi que lorsque Jésus-Christ viendra, dans toute la splendeur de sa gloire, mettre tous ses ennemis sous ses pieds, et introniser le règne de la justice ici-bas, les prophètes de ces dix tribus accourront à sa voix puissante. Alors, savezvous ce qui arrivera, d'après les révélations qui ont été faites à Joseph Smith par un de ces anges familiers qui planait au-dessus de sa tête sur la lisière d'une forêt? Quelque chose de très-étrange : tous les prophètes (Joseph Smith en tête, bien entendu) frapperont les rochers, et les glaces se fondront en leur présence, un chemin sera créé au milieu de l'Océan. Leurs ennemis tomberont sous leurs coups ; des sources d'eau vive jailliront devant les prophètes et arroseront de vastes solitudes ari-des. Ils apporteront leurs riches trésors aux enfants d'Éphraïm, sur la terre de Sion‘. Pendant leur

{ D'après les Mormons, Sion sera le nom futur du nouveau monde, c’est-à-dire des trois Amériques.

29 LES CIVILISATINNS INCONNUES.

marche, les montagnes trembleront en leur présence. Enfin ils se rendront à Sion en chantant des hymnes d’une joie éternelle, pour y être couronnés de gloire par les serviteurs du Très-Haut, les enfants d'Éphraïm. |

M. Bertrand croit tout cela et beaucoup d’autres choses; mais un doute a traversé son esprit : il n’est pas tout à fait certain que les dix tribus perdues d'Israël habitent le nord de l'Amérique. Il penche à croire qu'elles se trouvent dans le nouveau continent, qui gît quelque part dans l'océan Arctique. J'avoue, quant à moi, n'avoir aucune opinion à ce sujet, et il me semble que l’auteur des Mémoires d'un Mormon aurait grand tort de ne pas accepter cette hypothèse, pour peu qu’elle lui soit agréable. Elle est certainement tout aussi raisonnable que celle qu'il se forme, avec tous les saints du dernier jour, sur l’âme et le corps.

« Les esprits,» disent les Mormons, « ne sont pas contemporains des corps. Il n’est pas raisonnable de croire que Dieu crée un nouvel esprit chaque fois qu'un nouveau tabernacle vient dans le monde, car alors la création n'aurait pas fini au bout de sept jours ; elle durerait encore, et Dieu ne serait occupé qu'à créer des esprits continuellement, un milliard par siècle, au moins. » Le fait est que cela serait monotone. D'un autre côté, les révélations faites à Smith lui ont appris que Dieu n’a pas créé l’âme de l’homme, dont l'existence est coégale à la sienne. « Est-il logique, » dit Joseph Smith (un prophète

qui invoque la logique, c'estoriginal !),« que l'intelligence des esprits soit immortelle, quand elle a eu un commencement ? Non. L'intelligence des esprits n’a pas eu un commencement, eile n'aura pas de fin ; il n’y a jamais eu de temps où les esprits n’aient pas existé. Tous les fous, les savants et les sages, depuis le commencement de la création, qui disent que l'esprit de l’homme a eu un commencement, prouvent qu’il doit avoir une fin. Si cela est vrai, il s'ensuit que la doctrine de l’annihilation devrait être vraie aussi. Mais si j'ai raison, je puis avec hardiesse proclamer que Dieu n’a jamais eu le pouvoir de créer l'esprit de l’homme, Dieu lui-même ne pouvant pas se créer. »

Ah! ce n’est pas moi qui entreprendrai jamais de refuter les doctrines de Joseph Smith, pas plus que celles de toutes les autres religions. Il y en a, diton, six mille, en comptant les sectes.qui se partagent les esprits du milliard trois cent millions d'habitants dont notre globe est afligé. Ce serait beaucoup de besogne pour un seul homme. Mais je me demande comment les Mormons s’y prennent pour concilier leur opinion sur la non-création des âmes avec le dogme du péché originel, effacé par le baptème. C'est une explication que je me propose de demander à M. Bertrand, si jamais j'ai le plaisir de me rencontrer avec lui.

Au surplus, c'est là une révélation faite par un ange au prophète américain, et une révélation ne pouvant se prouver que par les révélations anté-

rieures, — lesquelles ne se protivent pas souvent, — il en résulte que, dans le mormonisme comme dans beaucoup d’autres religions, c'est la foi seule qui sauve.

A côté de cette fantasmagorie spiritualiste qui était peut-être nécessaire à la propagation de leur système social, les citoyens de l’Utah poursuivent la réalisation de deux idées principales : l’extinction du paupérisme et le peuplement rapide du continent américain, susceptible de nourrir deux milliards d'hommes. Ce double but explique les moyens qu'ils ont cru devoir employer pour frapper l'esprit des masses, particulièrement l'esprit des femmes, toujours promptes à tout sacrifier, même les sentiments les plus naturels, à l'amour du merveilleux.

Quand on les voit refouler en elles tous les instincts de la nature et se condamner au célibat pour plaire à la divinité, on ne doit pas trouver étrange qu'il y en ait qui acceptent la polygamie, quelque monstrueux que soit ce système social, pour plaire à cette même divinité dont Joseph Smith s’est proclamé l'interprète. Au moins les épouses d’un demi, d’un tiers, d'un quart, d’un huitième, quelquefois même d’un quinzième de mari, ont-elles dans l'Utah la consolation d’être mères. On les dit heureuses, c’est fort possible. Il y a toujours, dans les sacrifices volontaires inspirés par une foi religieuse quelconque, une sorte de volupté spirituelle qui, en absorbant toutes les facultés de l'être!, triomphe de tous les instincts de la rature, et va

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quelquefois jusqu'à changer la douleur en plaisir.

Nous reviendrons tout à l'heure sur l'esprit religieux des mormonnes en pénétrant dans leur vie privée.

Voyons d’abord pa: quel mécanisme social les Mormons se proposent d'atteindre le but de leur œuvre, l'extinction du paupérisme.

M. Bertrand s'exprime nettement sur ce point. Le plan que Dieu a tracé pour rendre ses saints égaux en richesse temporelle, dit-il, est bien différent des utopies des philantropes de l’ancien monde. Tous les biens de l’Église, au lieu d’être morcelés et possédés individuellement comme aujourd’hui, seront réunis en un fonds général et gérés par des lois strictes, mais impartiales. Au lieu d'être individuelle, la propriété deviendra nationale. Chaque membre de l’Église sera copropriétaire des biens du fonds général.

Obligatoire pour tous, le travail intellectuel ou manuel sera le commun lot des saints. Chaque individu remplira suivant son aptitude, une fonction utile, profitable à la société. L’un sera fermier, l'autre charpentier, celui-ci peintre, celui-là commerçant.

Chaque famille exercera donc une industrie en maniant des capitaux plus ou moins considérables, selon l'importance et la nature de cette industrie. Mais, chaque année, fermiers, artistes, artisans, industriels ou commerçants, auront à rendre compte de leur administration et de l’état réel de leurs af-

faires aux hommes que Dieu a nommés juges en Israël, ou, en d’autres termes, à des chefs élus par le peuple. Tous les ans, chaque famille recevra pour son entretien particulier une portion suffisante des objets de consommation et de tous les produits agricoles ou manufacturés, suivant un maximum basé sur l’état de la propriété publique, et sur le nombre d'individus qui composeront chaque famille. De là naîtra la plus parfaite’ égalité, et cette égalité pourra de cette facon se maintenir indéfiniment. En effet, les membres de l’Église étant tous associés, et chacun d'eux se trouvant copropriétaire du grand domaine territorial et de toutes les richesses nationales, aussi longtemps que durera cet ordre de choses, rien ne donnera prise à l'inégalité.

Voilà la théorie du socialisme mormonnien. On voit, quoi qu'en dise M. Bertrand, qu'il se rapproche considérablement du socialisme de plusieurs chefs d'école fameux, que pourtant l’auteur des Mémoires d'un Mormon traite fort mal. Il constate avec une sorte de satisfaction les tentatives infructueuses aux États-Unis de Robert Owen; de l’ancien procureur général et député Cabet; de l’ancien élève de l’école polytechnique et disciple de Fourier, Victor Considérant. Pourquoi surtout ces hommes ont-ils échoué et pourquoi au contraire le socialisme mormon a-t-il pris un rapide développement et se propage-t-il chaque jour davantage? Suivant M. Bertrand, c'est que les systèmes de ces différents économistes n’avaient d'autre appui que la philosophie, impuissante

à rien édifier, et que le mormonisme a pour base ce qu'il appelle la révélation divine !.

M. Bertrand a peut-être bien raison. En effet, les farces les plus grossières, les impostures les plus évidenies, auxquelles se trouvera mêlé le merveilleux, séduiront toujours la masse ignorante des hommes, beaucoup plus facilement que les choses raisonnables.

Revenons à la condition des femmes chez les Mormons.

Parmi les considérations spirituelles qui prescrivent la polygamie chez les Mormons, il en est une assez curieuse. C’est par pure compassion pour les âmes en disponibilité d'emploi qui attendent de toute éternité dans les entrepôts spéciaux des sphères célestes le moment d’habiter un corps, que les saints du dernier jour veulent croître et multiplier le plus possible. Mon Dieu! oui ; il fallait procurer de la besogne à ces âmes en fourrière, et voilà pourquoi les saints n'auront jamais assez d'enfants. Si Dieu les a gardés si longtemps dans le ciel, ce n’était pas pour les envoyer dans le corps des Hottentots, des nègres, des idolâtres , des faux chrétiens; non, la bonté, la justice de Dieu les réserve pour les faire venir chez les saints du Dieu vivant. Il est donc raisonnable que

{Ilya plus de ressources vitales et de productivité dans les naïves superstitions du moyen âge, dans celles même de nos peaux rouges d'Amérique ou des sauvages de la Polynésie, que dans les systèmes sociaux philosophiques, dernier mot de l'orgueil humain livré à ses seules forces. (BERTRAND, p. 242.)

Dieu dise à ses serviteurs fidéles ct choisis : « Prenez plusieurs femmes comme les patriarches. »

Avec ce raisonnement, quelques miracles, et la crainte de cet article de foi : « Quiconque n'a pas été marié par cette loi ne peut pas réclamer sa femme à la résurrection, » on à pu recruter et on recrute tous les jours un certain nombre de saintes, disposées à prendre hypothèque de sentiment, dans une proportion queleonque, sur le cœur d’un vrai croyant. «Avant cent ans, » dit quelque part avec orgueil un saint des derniers jours, «mes descendants directs dépasseront en nombre la population de l’état de New-York, qui est de quatre millions d'âmes. »

Voilà cent ans qui seront bien employés, et si chaque saint en peut dire antant, les âmes en réserve dans le ciel seront bientôt fontes occupées.

Combien le prophète Brigham Young a-t-il de femmes ? On a dit trente, quarante, soixante , etc. ; c'est très-exagéré, et M. Bertrand nous fait savoir qu'il se contente de quinze. Et encore « il est bon d'observer que plusieurs de ces femmes, compagnes de sa jeunesse, et toujours traitées avec toute la déférence et tous les égards imaginables, ne sont plus pour lui que des amies, »

Ces quinze femmes, parmi lesquelles, nous le voyons, quelques-unes sont de véritables invalides civils, vivent ensemble dans Lion’s-Mansion, où chacune a sa chambre particulière, Elles prennent leur repas en commun, Brigham y assiste, dit les

L'UTAN. 29

différentes prières de la journée, et donne des instructions à ses enfants. Mais la plupart des saints ont jugé prudent d’éloigner les unes des autres leurs fractions d'épouse , et ils les logent dans des maisons séparées. Chacune prend soin de ses enfants. Voici le produit d'un recensement fait à la fin de 1858, qui porte à 3,617 le nombre des maris poly-

games.

Maris ayant sept femmes et davantage, 287 Maris ayant cinq femmes, 730 Maris ayant quatre femmes, 1,100

Maris ayan&plus d’une femme et moins de quatre, ‘ 1,400

Total. 3,677

Nous ne croyons pas devoir entrer dans tous les détails concernant le mariage chez les Mormons. Il suffira, pour faire comprendre jusqu'à quel point le fanatisme religieux des Mormons a détruit chez les femmes le sentiment le plus exquis de l’amour, de rapporter ce détail de la célébration de tout mariage polygame. Le saint qui veut contracter une nouvelle union se rend dans un lieu désigné avec la femme ou les femmes qu'il a déjà, accompagné de sa fiancée. Le président interpelle le fiancé, son épouse ou ses épouses et ncéé qui se tiennent ge en face de Ini. I] dità. l'épouse ou aux épou-

: Consentez-veus à: donner celte femme à votre mari pour épouse légitime dans le temps et dans toute l'éternité? La voix de l'épouse encore unique, ou les

voix en chœur de toutes les femmes déjà mariées font entendre le oui fatal. Aussitôt les épouses prennent la main droite de lafiancée et la placent dans la main de leur mari. Alors le président prononce ces paroles sacramentelles : « Au nom du Seigneur Jé- » sus-Christ, et par l’autorité de la sainte prétrise, » je déclare que vous êtes légalement et justement » mari et femme pour l'éternité.

D'après cela il s’ensuivrait que le consentement de la femme est nécessaire au maïi pour contracter un nouveau mariage; cé"consentement est en effet fort utile ; mais si parmi les Môrmoëies il se trouvait une femme assez imbue des/préjugés vulgaires pour être jalouse d’une rivale ét refuser de l’unir à son mari, eh bien! on se passerait de son adhésion, et le mariage aurait lieu tout de même. Il n’en serait pas moins agréable au dieu de Joseph Smith. En effet, dans ce cas, d’après les livres sacrés des Mormons, la femme devient transgresseur, et le mari est exempt de la loi de Sara, qui servit Abraham d’après la loi, quand le Seigneur commanda à Abraham de prendre Agar pour femme.

Mais telle est l’aberration de ces fanatiques que ce sont les femmes elles:mêmes qui, le plus souvent, engagent leur mari à contracter démouvelles unions. On comprend qéün semblable résultat soit impossible par la philôsophie; ét'qu'il ait fallu pour l'obtenir, avoir recours à l’attirail, pourtant un peu usé, des révélations divines par l’intercession d’anges enveloppés d’une longue pelisse blanche, d'ar-

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changes lumineux et de miracles à la Robert Houdin.

C'est très-bien quand on s'adresse à de pauvres malheureux privés de toute instruction et dont le cerveau mal équilibré est plus particulièrement propre à recevoir les impressions du merveilleux; mais comment M. Bertrand, qui est un homme instruit, — son livre nous le prouve, — qui de plus a beaucoup voyagé, ce qui, dit-on, form: l'esprit et le cœur, comment M. Bertrand a-t-il pu adopter toutes les jongleries du spiritualisme mormonnien et devenir un de ses missionnaires convaincus ? Ce phénomène serait tout à faitinexplicable si M. Bertrand n'avait soin de nous apprendre que le mormonisme ne semait pas chez lui sur une terre ingrate, et que son esprit était depuis longtempsdéjà préparé à toutes les révélations possibles, par des révélations antérieures auxquelles il a cru, mais auxquelles il ne croit plus.

Voici par quelle sorte de gymnastique spirituelle M. Bertrand a dû passer pour disposer suffisamment son cerveau à accepter comme divines les prophéties yankees de Joseph Smith.

C’est à l’école du célèbre père Loriquet que notre compatriote a fait ses premières armes en théologie. Ses parents le destinaient à l’état ecclésiastique. L'amour des voyages l’emportant sur le désir de devenir prêtre, M. Bertrand abandonna ses études pour courir le monde.

Il demeura sept ans aux États-Unis, alla voir

couronner dom Pedro IT à Rio-Janeiro, et revmten France pour reprendre la mer et visiter l'Inde et la Chine. Après ces lointains voyages, l'amour de l’étude ramena notre héros à Paris. Si M. Bertrand n'avait pas les dispositions nécessaires pour être prètre, la nature du moins l'avait fait croyant. Il crut successivement à une foule de choses dont il rit aujourd’hui. Aïnsi il appartint pendant quelque temps de cœur et d'âme aux doctrines de M. Buchez, dont le catholicisme radical l'avait tout d’abord séduit.

M. Bertrand rêvait à une alliance entre l’autorité du dogme catholique et la liberté politique. C'était un peu perdre son temps. Pour l’occuper plus sérieusement, il passa de l’école de M. Buchez à celle de M. Wronski. M. Bertrand irouva tout simplement sublimes les spéculations de cetéconomiste. Le père Loriquet et M. Buchez, qu'il avait trouvés non moins sublimes, ne lui parurent plus que des idiots. Il appelait donc M. Wronski à son tour flambeau de l'humanité, lorsque de lointains échos lui apportèrent la vraie vérité, par la voix du prophète Joseph. Naturellement M. Wronski fut mis au rancart.

Le mormonisme occupant dès lors tout son enthousiasme, il partit, après s'être fait baptiser par John Taylor, dans l'île Saint-Ouen, pour le grand bassin, afin de juger par lui-même. M. Bertrand, avec le courage d’un néophyte, s’'embarqua pour New-York, se rendit au Missouri par les voies ferrées et travers en charriot traîné par des bœufs, les

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quatre cents lieues qui séparent les bords du lac Salé du fort Laramie.

Il demeura quatre ans dans la cité mormonnienne, et se fit jardinier avec un tel succès, qu'il obtint dix premiers prix aux expositions publiques d’horticulture. « Nos plus belles dames mormonnes, » dit-il, » se disputaient mes pots de fleurs, et les jeunes filles du voisinage venaient régulièrement cueillir de mes fruits, et.surtout de mes curranis, sorte de groseille sativas é ique la culture rend propres à faire

sntésconfitures. »

Avec leS"institutions civiles des Mormons et le jardin tentateur de M. Bertrand, qui attirait dans son riant domaine tant de frais minois, il semblait impossible à notre compatriote de ne pas partager son cœur entre un assez grand nombre d’épouses, d'autant plus que la perfection religieuse d'u" Mormon ence monde, comme son degré de béatitude dans l’autre, est proportionné au nombre de ses femmes. Combien donc, me demanderez-vous, M. Bertrand a-t-il d'épouses ?

Lectear, M. Bertrand n'a qu’une seule femme!

Et ne croyez pas que ce soient les occasions qui lui aient manqué pour faire bon nombre d'heureuses : » Je n'étais déjà plus de la première jeunesse lors de mon séjour en Utah, et je ne réclame aucune parenté, même éloignée, avec l’Apollon du Belvédère ; eh bien ! si j'avais accepté toutes les 1emmes jeunes et vieilles, laides ou jolies, qui vinrent me poser la question dans mon ermitage, j'aurais aujourd'hui

plus de femmesque Brigham Young lui-même.» Voilà où peut conduire, chez des femmes naturellement disposées au mariage, l'amour des fruits à confitures!

Mais pourquoi donc, ne demanderez-vous encore, M. Bertrand, qui croit la polygamie d’institution divine, n’a-t-il pas cédé aux instances charmantes de tant d’aimables ménagères, et par quel miracle de désobéissance à la loi des prophètes est-il resté fidèle à l'épouse unique quil a choisie ?

M. Bertrand était marié avec uhe a quand il s’est converti au mormonisme. !

Il paraît que l’Église nouvelle n’est point du goût de Mve Bertrand ; mais M. Bertrand nourrit le doux espoir de la convertir, et c'est de sa main seule qu'il acceptera de nouvelles femmes. Ce jour bienheureux arrivera-t-il jamais? Hélas! on peut tout craindre de la résistance systématique de M"e Bertrand, qui ne veut, sous ancun prétexte, entendre parler de polygamie. C’est désespérant.

En attencant, M. Bertrand est venu parmi nous investi de ses importantes fonctions de missionnaire mormon. Fera-t-il en France de nouveaux prosélytes ? Il est permis d’en douter, car, en arrivant à Paris, cet excellent apôtre eut la douleur de constater que la branche des saints ne comptait en tout ici que treize membres. Treize, c’est un mauvais chiffre, un chiffre cabalistique. « En outre, » dit l'envoyé de Brigham, « un certain nombre de nos fr#:.5 avaient fait scission, grâce aux ténébreuses machi-

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