‹ Les civilisations primitives en OrientChapitre 10 sur 35 · MOEURS ET USAGES · texte numérisé non relu

MOEURS ET USAGES

Plusieurs historiens Chinois disent que Yao-Chun et Yu étaient vêtus de simple toile en été et de peaux en hiver. Oc ne connaissait pas encore la soie. La demeure impériale de Yao était de paille et de terre ; les pluies de l'été y faisaient croître l'herbe. Après la porte d'entrée venait une grande cour qui servait de salle d'audience, au bout de eette cour était une grande salle où l'on gardait les poids et les mesures pour les marchés. Au-delà de cette salle venait une seconde cour au fond de laquelle était la demeure du roi et àesa^ famillç. Avant

d*étre admis dans la salle d'audience, on attendait sous des arbres plantés devant la porte.

Un officier de second ordre conduisait le char royal, de compagnie avec un cocher tenant les rênes à la main, et ayant le roi à sa gauche. Les fonctions décocher étaient alors fort considérées. Ainsi, l'habile cocher de Wou-wang reçut une principauté en apanage pour récompense de son habileté. Lorque Khoung-tseu se rendait sur un char attelé d'an bœuf, à la cour des princes, il avait toujours un de ses disciples pour cocher.

Derrière le char royal, on voyait un étendard, réprésentant les figures du soleil et de la lime, des étoiles, et des dragons, symboles de la souveraineté.

Le char royal, pour les grandes cérémonies, était tiré par seize chevaux. Dès les plus anciens temps, huit cents familles devaient se cotiser pour fournir au roi ce char à seize chevaux, avec trois capitaines armés de leurs casques et de leurs cuirasses, et vingt-deux fantassins.

Le parasol était en Chine, comme dans ilnde, dans la Perse et dans l'Egypte, un signe distinctif de la royauté ; mais, l'usage en devenant général, chez les Chinois, n'eut plus de signification spéciale.

Les princesses portaient une robe appelée hum dans la célébration des sacrifices, sur laquelle figuraient deux oiseaux fabuleux, mUe et femelle, symboles de bonheur. L'empereur portait un bonnet appelé mierit à forme carrée, dont le dessus était uni et plat, et une robe sur laquelle étaient brodés le soleil, les étoiles, des montagnes, etc.

L^ grands dignitaires qui .l'accompagnaient portaient entre les mains une espèce de tablette (touei) sur lesquelles on voyait représentées diverses figures symboliques se rapportant aux fonctions du personnage.

142 LES CITIMSAtlONS PRlMlTIYEft.

§ 9. LOIâ DITSHSfiS.

Le roi IfM^^aiig, qtri fégM danft le tliïfâidé iSbtlt âtlmt notre èro» ordonna à Liu-hmtiy président du tribafial deis erimesy de publier un recueil de peines proportionnées aux tffvM délits.

Il fit etempter les tonpirtbles des marques nofres sûr l6 tisage» de l'amputation du nez, de celle despfedS» de la déeapf* tation et de la ttiort qtnnd il j atait doute sur les cas oùf on tfevait emplejer ces peines. La première se rachetait pari 00 Aoan de métal, la seconde piir âOO, la troisième par 300, h quatrième par '600» et la dnquiéme par 1000. Mais II fallait bien s'assurer de la peine k infliger et du rachat eoneSpoftdant. n voulut que , lorsqu^on examinait les prooàs pour les fautes grayes ou légères. Ton évit&t les discours et les pÉnroles omfbarrassanles >et eonfuses capables d'égarer le jugemetit : « Il ne dut pas suivre, disait-il» ce qui n'est pas d'usage; obsenreK les lob éublies, prenet-en te sêms» et faftes tout ce qu'il sera de votre devoir de (litre. %

Depuis» sous la djfnastie des réng, tut rédigé le iVi-fsftifJtf- H (lois et statuU de la dj^nastietles Tring)(i)

Cest un codotle lots ^mciennes auxquelles d'autres fdfsiit ajoutées successivement.

Il est encore en vigueur dé nos Jours.

Ge€ode détermine les rapports civils et administratifs, rt attadiè à chaque dause patHculière une sanction pénale. La

(i) Ce recueil a été traduit en anglais par Thomas Stawnton, et reproduit en français par Renouard de Sainte-Croix, % vol. in-S«, ISit.

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mofndra irrégularité, la plus petite infraction quî, en Earope, serait passible d'one simple amende, 4BDtralDe «n eeitain nombre de coups de b&mb&Up pour lesquels héoreusement on a éiabli la faculté de rachat ; le Code renferme un tableau curieux des sommes oonrespondantes à payer.

La loi du talion y est généralement suitie : ce n'est pas sur hyratilé morale du "délit qu'on règle la peine» c'est sur Timportanoe liu préjudice qu'il a pu causer.

Pour donner une idée de la sévérité de ce Gode» Yoici les articles qui^SMcernent la lébdlion.

SêUUm S54. Lm psrsmuiss eonvaineaes de haais Inèiaon ssroat mises à mort par use exéouUon lente et douloareuseU). Toas leurs parents mâles seront décapités, les enfonts et les femmes réduits en esdaTi\geao profil des officiels de TEtat.

SeeOon S55. Pour la yiolation du serment de fidélité et d'obéissance esters le Bouverain et envers les magistrats, les coupables seront décapités, leurs propriétés seront confisquées, leurs femmes et leurs enfants réduits en esclayage.

La poursuite de la rébellion s'exerce jusque sur les enfants de moins de 7 ans et sur les TîeiNards de plus de 90 ans ; lahdis que ces deux catégoriels de personnes ne sont poursarnes en aucune manière pour d'autres délits.

Le Gode fait poursuiTre même comme suspects de trahison ceux qui adressent à Tempereurle panégyrique desssTertus et de ses talents.

Get article doit gêner singulièrement l'esprit complimenteur des Chinois ; mais il ne s'applique sans dohte pas aux courtisant, dont la position ne serait pas tenable*

Quelques-unes de ces rigueurs ont pu être introduites dans

(i) C'est le si^pllee des eoiteaax, consistant à oouper ou muiUcr snscessiTenent tel «ambre en telle partie do corps, atec d^ couteaux pris au hasard dans une oorbeiUe les uns après ks antres, et dont chacun porte U désignation de cette partie.

144 LES CITfUSÂTIONS PRIMITIVES.

le Code depuis la domiiuition tartare. Un peuple immense réduît au joug des princes étrangers doTait être sans cesse disposé à la révolte» et Ton a cherché à en prévenir Texplosion par la terreur des supplices.

Le meurtre et même le suicide sont l'objet de poursuites très-actives contre les personnes qu'on soupçonne d'en être la cause» surtout s'il a lieu dans leur domicile, circonstance qui entraîne pour elles des perquisitions et des vexations de toutes sortes.

lorsqu'il s'élève quelques soupçons sur la mort d'un individu» les mandarins font exhumer le corps et sont obligée de l'examiner avec soin» malgré le danger d'une pareille opération. Le livre de médecine légale« letî-yn^» porte :

« Il n'est pas moins glorieux d'affronter la mort pour défendre ses concitoyens du fer des assassins qae pour les sauver de celai des ennemis. Qui n'en a pas le courage n'est pas magistrat; il doit renoncer à son emploi. •

Cette observation a son mérite» mais elle s'accorde peu avec l'ensemble de ce code» qui est généralement empreint d'arbitrairef, comme on peut en juger par les détails.

Dans la haute antiquité» si l'oil s'en rapporte au Tduou^iif on ne punissait pas les fautes commises par ignorance ou par emportement» ou par surprise» ou par inadvertance, ou par méprise* On graciait les enfants» les vieillards» les insensés» et l'on montrait généralement assez d'indulgence.

11 y avait» en outre» des pardons généraux accordés par les empereurs: Kao-tsou» qui régnait dans le troisième siècle avant Jésu»Chrîst» en accorda neuf en dix-neuf ans.

Les lois devinrent plus sévères à mesure que les petits £tats feudataires disparurent pour faire place à une grande unité» exigeant une législation à la fois uniforme et «Jtisolue.

Le code actuel entre dans de si nombreux détails sur la conduite publique et privée des citoyens» que la liberté et lé repos

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de ceux-ci seraient continuellement menacés» s'ils n'avaient mille moyens d'en éluder les clauses.

Le ra-t«trijf-/u-/t renferme quelques prescriptions destinées à protéger la femme contre les mauvais traitements du marf, mais il en contient davantage en faveur de celui-ci contre elle*

SeetUm t85. Lorsqu'un mari surprendra sa femme principale ou st femme inférieure en adultère, s'il tùe 8ur4e-champ le sédacteur ou la femme, ou tons les deux, il ne subira aucune peine. S'il ne punit pas sa femme, elle sera punie suivant la loi applicable à l'espèce en question et vendue, comme femme inférieure, à on autre marij l'argent qui proriendra de cette vente sera remis au gouvernement.

SeeUan 293. Si une femme qu! a été frappée et injuriée par son mari sa donne la mort de désespoir, son mari n'en sera pas responsable.

Section 315. Si une première femme frappe son mari, elle sera punie de cent coups, et son mari pourra obtenir le divorce. Si die le frappe de manière à le blesser, elle sera punie de trois degrés de plus qu'on ne l'est pour atoir (ait une pareille blessure à un égal dans les cas ordinaires. S'il en devient infirme, elle sera condamnée à être étranglée i s'il en meurt, elle sera décapitée. Si elle a en dessein de le tuer, elle subira le supplice des couteaux.

Dans les premiers temps» la polygamie n'était permise qu'aux fonctionnaires et aux hommes de quarante ans qui n'avaient point d'enfant de leur première femme. Le livre des Rîtet porte même une sanction pénale contre l'homme marié qui prend des eoncubines; il veut qu'il soit puni de~ceni coups de bambou. Cependant l'histoire nous a montré que dès la plus haute antiquité un homme marié pouvait avoir.aiitant de secondes femmes que sa fortune le lui permettait ; l'exemple det «np^eurs y autorisait suffisamment, mais il y eut toujours une seule fcoune légitime.

Les seules droonstuioes où la femmot en Chine, soit honorée, sont : lo QuimI , mère de famille, elle a en le bonheur d'avoir des fils qui, fidèles aux principes de Uioung-cseu, Tbo-

norent et la servent à l'égal de leur père ; 2o Quand veuve et. jeune encore, elle refuse de convoler à de secondes noces, par respect pour la mémoire du mari défunt; 3^ Enfln, quand» jeune fille, elle se voue à un célibat perpétuel ; dans ces deux derniers cas, on lui élève après sa mort une espèce d'arc de triomphe ou de tour qui sert à la fois à l'honorer et à encoaniger les autres ; beaucoup de ces monuments sont répandu» sur les chemins et quelquefois dans les villes*

§ 10« REUGION.

Si l'on s'en réf^ an 1théou4ip le culte des Chinois dans le XI« sièele atafnt notre ère, s'adressait aux Esprits des trois ar^ dres : céleste, humain et terrestre; le premier ordre compre» naît le se^neur suprême, les cinq souverains célestes, prAt» dant aux cinq régions du ciel 9 puis le soleil, la lune, et cinq planètes. Le second ordre comprenait les anciens princes ou ministres invoqués oonune génies protecteurs de rfimpire et les ancêtres. Le troisième ordre comprenait les Esprits qui préodenl à la terre, aux montagnes, aux grands lacs, aux côféales, etc.

On honorait tous ces Esprits par des sacrifices; il y avait des rites de bonheur, occasions de réjouissances ; il y avait des rites de malheur à propos de calamités, d'épidémies, de désastres. On.sacrifiatt pour les visites, pour les assemblées, pour les chasses, pour les funérailles, et généraleniont pour tous les événements de la vie civile, politique et administrative.

Las offrandes consistaient en animaux» en grains, en étofltes, en jade et en vii^. JLe bœuf d'une seule couleur étaft la viotimebt plus pure. L'empereur seul faisait le sacrifice au ciel etJuait lui-même la victime avec l'aide du grand areber;

les CoseUoDnaires sacrifiaient aux Esprits locaux suivant les rites.

Au premier mois du printemps^ dans une cérémonie reli- IJeuse, l'empereur labourait un champ consacré ; il traçait trois sillons et les feudataires en traçaient neuf. Gçt hommage rendu au travail de la terre excitait l'émulation des cultivateurs.

Il y avait un culte spécial pour les ancêtres : dans le palais impérial comme sous les plus modestes chaumes un endroit leur était affecté ; on y déposait des tablettes sur lesquelles on avait inscrit leurs noms. On donnait des repas en leur honneur.

Jusqu'à rintroduction du bouddhisme en Chine» le système religieux n*a point changé. L'adoration d'un esprit supérieur représenté par le ciel> celle des Esprits animant tous les êtres : les animaux, les fleuves, les arbres, les montagnes, et le culte des ancêtres, voilà ce qui s'est maintenu constamment, sans toutefois avoir été l'objet d'une pratique obligatoire. La religion, dominée par des principes philosophiques et moraux que KhouRg-tseu avait mis au-dessus de tout, n'eut jamai3 qu'un rôle secondaire. Le bouddhisme, avec le prestige de ses transmigrations, ne fit qu'alimenter la crédulité populaire par de* nouvelles superstitions, mais il ne réveilla pas le sentiment religieux qui restait comme enfoui sous les préoccupations de la vie positive.

Chez les Chinois, point de révélation divine, point d'intervention directe de Dieu dans les événements humains. Le ciel ou le souverain suprême se manifeste dans les sages, et tout homme, en examinant sa conscience, peut en recevoir des inspirations. Ix» sacrifices annuels que les premiers empereurs accomplissaient pour lui rendre hommage n'étaient que des témoignages de reconnaissance et de respect, et non des pratiques intéressées dans le but d'obtenir des faveurs spéciales, des miracles.

On dit cependant qu'avant l'époque historisque, les Chinois

148 LES CinLISÀTIONS PRIMITIYES.

pratiquaient le culte des astres, pour lequel il y arait un sacardoee. Ce sacerdoce, d'abord très-puissant à cause de ses ^connaissances astronomiques et de ses attributions sacrées» aurait été supprimé par les premiers souverains, et désormais il n*en a plus été question. L'empereur fut le grand-prêtre ou sacrificateur, et réunit le double pouvoir politique et religieux.

Quant aux bonzes créés par le bouddhisme, ils ont été'plutôt des moines que des prêtres, et leur rôle dans la société chinoise n*eut Jamais un caractère officiel.

Les idées cosmogoniques et métaphysiques des anciens Oiinois furent dans une même proportion que celles de la religion, c'est-à-dire bornées & des notions incomplètes.

Suivant les plus anciens livres, les Chinois admettaient un chaos primitif qu*un Esprit suprême aurait débrouillé pour en séparer les éléments : le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau. Ces éléments renfermaient deux principes : l'un chaud et sec, principe mAle ou parfait (yang) , l'autre froid et humide, principe femelle ou imparfait (yn) ; l'un est le ciel, tieuy l'autre la terre et les esprits qui l'habitent. L'accord entre les deux principes produit Me juste milieu, base de la morale chinoise.

C'est dans la morale qu'ont excellé les Chinois ; et ils auraient pu devenir un peuple modèle, s'ils avaient toujours conformé leur vie politique et privée aux belles maximes de leurs philosophes; mais ils se sont contentés de les inscrire sur les monuments, sur les vases, sur le bambou, sur le papier, et ils en ont négligé la pratique.

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