‹ Les civilisations primitives en OrientChapitre 9 sur 35 · H1II0I5« U · texte numérisé non relu

H1II0I5« U

Tel est le iân^yû, le manuel le plus ancien 4e6 devoi^i^ \x^ dividuels et sociaux. On le croirait écrit d*bier, t^nt il nésu^^ parfaitement les notions du bien et du mal, du juste et de l'injuste qui sont dans toutes les conscience. C'est la mo^)^ du bon sens universel» dont les règles, formulées presque dpnp les mêmes termes par |[houng-4seu et par les moralintes dj| tous les temps, suffiraient à rendre l'bomme sage» si.les p^M»tiooa et les préjiigés n'étaieni venus les fulre oiiblier pu ^ fausser l'application.

§ 6. ME1IG-T8EV (4* Livre elanifue).

de lîTre porte le nom deson auteur, ou plutôt de son rédac^ leur, car c'est une amplification des doctrines m^mep in Kbounf^tseu.

Meng-tseu naquit au commencement du IV* siècle arapt BOire ère. Sa mère, devenue veurey eut un soin particuUi^ pour son éducation. Elle demeurait près4'un boucber.S'étaiil aperçue que lleng-tseu se plaisait à afsistar au me^rlredsi aaimaux, elle era^nitque ce spectacle ne lui endurcit leeceur, es alla demeurer dans une>maison voisine d'un ciflaetière. Aur tre danger; IleDg^tseu se mit àoootrefairoJespleu^eti^îs^ eements de ceux qui a^oompageaient les comiois funè)i>rçvi .ou «soaâeoc vîsiier les tombes^ $a mère cm^gnam quiil m ,s^ coutum&t à la vue de ces cérémonies et m -s'ea.fk >ip ,Je94^ changea encore de demeure et vint s'installer près d'une école. Nouveau sujet d'imitation pour Meng-tseu ; mais, cette fois, à sonavanuge, Meng-tseu imita les élèves quMI voyait étudier et ne quitta plus, les livres ^ sa mère, beureuie de cette.prédis* position, renvoya à l'école.

11 fil de rapides progr^, et a'appliqua surtout à approfondir

120 USB GIVILISàTIONS PRIMITIVES.

1m King» Il s'attacha au petit-fils et disciple de Kboung-tseu, Tlwo-sse» et en adopta les doctrines.

Les deux jeunes gens foyagôrent ensemble dans plusieurs petits Etats, semant partout des leçons dAsagesse, et spéciale « ment des préceptes de bon gouvernement. A l'exemple de Kboung-tsen« ils démontraient aux princes que la stabilité de leur pouvoir dépendait de Tamour et du soin qu'ils auraient du peuple» et au peuple qu'il devait obéir aux princes comme régnant sur lui par droit divin.

U partie n'était pas égate; Heng-tseu pas plus que Khoungtseu n'a sanctionné le devoir par le droit ; ses belles maximes restaient donc également à l'arbitraire des princes» et le peuple était complètement désarmé contre leur tyrannie*

Meng-tseu exerça presque autant d'influence que son maître, et longtemps après sa mort il obtint les honneurs d*un temple; maisau fond les hommages dont il devintl'objel Turait implicitement adressés à Khoung tseu, dont îl se distingua toutefois par un langage plus hardi à l'adresse des gouvernants. C'est pour celte dernière raison que le fondateur de la dynastie des MÊtng abolit les hommages particulièrement rendus à sa mémoire, et décréta la peine de mort contre quiconque lui en ferait des observations.

Dn lettré dévoué rédigea une requête» se rendit au palais, déclara au garde, en découvrant sa poitrine» l'objet de sa visite. Le garde lui lança un trait qui le blessa» prit la requête et la fit porter à l'empereur. Celui-ci, émerveillé d'un tel dévouement» ordonna de panser la blessure du lettré et rapporta son décret contre Veng-tsea » qui continua à recevoir les honneurs •ecordés à sa mémoire.

Voici l'analyse de son livre :

Meng-tseu éUnf allé visiter le rof de l'état de Wct» celui-ci lui demanda s*ii lui apportait de quoi enrichir son royaume. Meng-tseu lui répondit qu*lt n'appoHait que Tbamanité ot la

Justice ; et comme il le troara disposé à recevoir des conseils» Il l'engagea d'abord à ne pas enlever aux travaux champêtres des hommes utiles à leurs familles, parce que celles-ci seraient exposées aus horreurs de la faim. Il lui conseilla ensuite de veiller attentiTement à ce que l'enseignement public propage&t les devoirs de la piété filiale» le respect pour les vieillards, afin qu'on ne vit plus ceux-ci traîner de pesants fardeaux sur le» grands chemins.

n lai reprochait de laisser ses chiens et ses pourceaux dévorer la nourriture du peuple^ quand celui-ci mourait de faim sur les routeSf et de se contenter de répondre: «Ce n'est pas ma faute» c'est celle de la stérilité de la terre. »

« Princs, la! dit-il, troavez-voas qu'il y ait quelque difiTérence entre toer un homme avec an bâton et le tuer avec une épée? » — « NoD» répondit le prince. » — Y a-t-il une différence entre celui qol tue avec une épée et celai qui tne par une mauTsise adminis* tratlon? » — « Non. » — Eb bien 1 tos cuisines regorgent de riandes, vos haras sont remplis de chevaax ; et vos sajets, le teint pâle, les membres décharnés, sont accablés de misère et menrent de faim dans les champs : n'est-ce pan là élever des animaux pour dévorer les hommes? Btqa'importe qae voas les flusiez périr par le glaive 00 par l'abandon ? Qad père du peaple que celui qui traite aussi impitoyablement ses enfants et qui a moins soin d'eux que des bètes qu'il ooarrit I •

Voilà un langage d'une hardiesse peu commune, et s'il l'a tenu en eSet» peut-être y a*t«il eu autant de magnanimité à Técouter sans colère, qu'il y en a eu à le tenir.

Il lui disait encore :

• Le veuf, la veuve, le vieillard et l'orphelin sont les êtres les pins malheureux, car ils n'ont personne à qui communiquer leur douleur et faire entendre lears plaintes. Aussi, Wen-wang donnait-il le premier soin à ces quatre sortes de malheureux, en vertu de cette maxime : Le riche peut échappera la détresse commune, mais quelle compassion trouvent des êtres Isolés, dépourrus de secoursî •

122 LES GIVILlSATIOriS PHlMITIY£b.

« Noble muiiae» dit le roi. » * « Pourquoi, si tous la trouvez bonne, ne voui y conformez -youb pas. Ainsi nn de vos sujets par^ tant pour le royaume de Thsou a confié sa femme et ses enfants à un ami ; mais à son retour il trouve que sa femme et ses enlknts ont été en proie aux angoisses du froid et de la faim. Que doit-il ftlre? ^ft^eter loin de lui nn tel ami. » -v- Si le dief suprême des magistrats nepouvait dlrigerves subordonnés, que feriez- vous % •— « le le destituerais. » — « Bt si ies provinces comprises dans tM frontières ne sont pas bien administrées, que devez^TOVS ftirtî a

Le roi voyant là sans doute une allusion à la manvaise administration de son royaume, regarda à droite et i gauche et parla d'autre chose.

On ne s'explique pas comment un roi capable de prêter une oreille aussi complaisante au langage hardi du philosioqphet en tint aussi peu de compte.

11 lui disait encore:

« Si tons les courtisais jugent qu'un ministre a mérité la mortels prince ne doit pas s'en rapporter à cet avis; si tous les grands sont du même avis, il ne s'y rendra pas encore ; mais si tout le peuple le déclare indigne de vivre, alors le prince doit en juger iui-mème. et.s'il reconnaît Taccusation fondée, prononcer la mort du coupable. On pourra dire en ce cas que c*est le peuple entier qui Ta fait périr. C'est en agissant ainsi qu'on peut être le père et la mère du peuple. »

Cette déférence à l'opinion publique est une expression anticipée de ce fameux axiome moderne : • Vifx popvUi, vox Det > la voix du peuple est la voix de Dien.

Quand le roi de Wej lui parlait d'intérêts matériels, leiihilosophe lui disait : c Si l'intérêt matériel ei^gage le sigel A servir sou prince, le fils à servir son père, le cadet à servir son aine, alors ils abandonneront la voie de la vertu et de l'humanité; ils prendront l'intérêt matériel pour guide ide toutes leurs, actions. Or, une société fondée siur une pareille baie i^ peut snhaiater» Il vaut mieux leur impiser J'humaniié feiJa Terttt. »

CUNOIS. 1S5

JMgié cette doetrine, les Chinois, qui estiment Ueng-^sett presque à l'égal de Khoung-tseo, n'en ont pas moins, jiisqa*à nos Jouis, préféré tes intérêts matériels à tout autre* Il faut anrouer «ossi que les mofalisies, en général, ont porté TouMi des intéiM mari&riek Jusqu'au rigorisme, et comme on n^ft pu suivre leurs prescriptions à la lettre, on les a laissées de c6té comme impraticables.

iMeng-tseuTappellësce précepte de Kûiovi948eu, qu'un prinoe AMt gotttemeir éeimne étant le père et la mère du peuple: tll dépend d'un gouvernement Immain et bienfalssnt, en dimitiâam les supplices, en allégeattt les impots, de voiir les labou* reurs sillonner la terre et cultiver leurs champs, et les jeunes gsns pratiquer la piété filide, la dittrence fratemella, la droi» tofeetJasincMté.a

Ije fpi'de tM, Siousm-wang, raccMe à Meng-tseu qu'ayant ^m conduire un hceuf lié pav les cornes qu'on alhiH égorger. Il en eut pitié et le fit vemplac^ par un mouten. €e Toi croyait avoir fait acte de compassion en substituant tin animal à un ratre, comme si h compassion se mesurait à 1s grosseur de la victime. Bt, 'chose irfete! Meng^^tsai Tadinire. Le peuple ftn plus Juste en accuasm le ml d^evurice.

A ce sujet, le philosophe déclare qu'un roi peut toujottrs gou^ vesner avec hrumaftité, et que «'il ne le laii pas» c'est mauvaise vdmité. ilctteoÉUemaaiimeda livre des vers: cle me <9ompofte comsae Je'le dois envers ma femme, ensuite ekivm mesfirèrei afné H laMets, lAn de gouverner icom^enuMement mon Éitt qui n'est qu'une famille.

BÉtrant 4aÉs4es détails d^iHi tgoawnemmt aq[>plîquft rà la iUweBiaAce des intérêts privé», il dit que la préoeslipalîott 4iHiB prûMSie eaasisie à ootastiie«r le mieak possiUe la propsiélé pasiictttidirts, pour donner aux aÉlamsle moyen de sesvpr lesuos fèM et iÉèf%f aux pères les moyens d'èntreleBir teors femases etleuraerifaiiis. 41 lkot,éit4l, que h peuple «it de qisai ae

de cahmiléi Hiaeil pNservé

124 LtS CiYIUSATlOflS PRIMITIVES.

de la famine et de la moii; alors, il sera plus facile de le conduire dans le cbemia de la vertu.

Le mémo roi de Tlui^ parlant à Heng-tseu du dernier prince de la première dynastie, détrtoée par Meng-thang, et du dernier prince de la deuxième» mis à mort par Wou-wang, fondateur de la troisième, dit :

« Ces faits sont ils Trais? — L'histoire le rapporte, répond le philosophe. *- Un si^et tuer son seaverain I Gela se peut-il? — Le rebelle, dit Meng-tseu, est celui qni oatrage Thamanité ; le brigand est celui qui se rérolte contre ia justice, ce n'est pins qu'un simple particulier. Bn fisisant tomber le ch&timeut sur la personne de Oieoa, on n'a pas fiiit périr un prince, mais un criminel ordinaire. •

Cette manière d'argumenter est fort adroite, mais on peut en contester la justesse; les princes qui abusent de leur pouvoir pour commettre des crimes doivent être punis plus sévèrement qu'un particulier coupable de faits analogues, puisque c'est à la faveur même de leur haute position qu'ils se sont rendus coupables.

Meng-tseu, traçant les devoirs respectifs des prinœS et des peuples, déclare qu'un roi ne doit point se livrer à aucun plaisir, même à celui de la musique , si le peuple ne peut y prendre part. •

« Si le roi va à la chasse, le peuple entendant le bruit des ehei^uiz et des chars et voyant la magnificence des étendards, froncera le sourcil et se dira : Notre roi aime beaucoup la musique et la chasse, comment (ait-il donc pour que nous soyons arrivés an comble de la misère T »

Mais que le peuple soit content, heureux, s'il entend le roi jouer des instruments, il en éprouvera de la joie et se dira: «Notre roi se porte bien, puisqu'il fait de la musique » La cause de cette joie, suivant Meng-^tseu, c'est que le roi aura fait participer le peuple à ses plabirs en le rendant himren. C'est, en effet, une façon de régner où chacun trouve son OQm|>te. peuple et roi ^ car, aiiuipriooe se rrijouildela joie

cHiifors. 125

da peuple, le peuple* en retour» se réjouit de la Joie d'un prince qui a traTaillé à son bouheur» et si ce prince a quelque sujet de tristessct le peuple y prend également part comme un fils prend part au bonheur et au malheur de son père*

Le même roi l'interrogeant sur le gouvernement des anciens empereurs» Meng*tseu cite pour modèle Wen-wang, qui s'efforça d'introduire dans son gouvernement la justice et Thumanité» de soulager la femme veuve, les vieillards privés de fils et les orphelins.

n dit qu'un prince, en élerant des sujets aux honneurs et aux dignités, doit porter dans son choix une grande circonspection, et, par exemple, préférer, s'il le faut, un homme de condition inférieure à un homme d'une condition élevée, un parent éloigné à un proche parent.

Si les courtisans ou fonctionnaires présentent quelqu'un au roi, en disant : c C'est un sage, » cela ne doit pas suffire; il faut que ce soit de notoriété publique, et alors après s'être assuré que cette opinion est bien fondée, on peut lui confier un emploi. Même procédé pour un homme notoirement indigne ; si l'opinion le condamne, il faut le repousser. Tenir compte ainsi du sentiment public, cVst mériter l'aflection du peuple.

L'intervention du ciel est rarement alléguée par les moralistes chinois ; Meng-tseu déclare bien que le succès ou l'insuccès ne sont pas au pouvoir de Thcmme, mais du ciel ; toutefois, à l'exemple de son maître, il n'insiste pas sur ce sujet.

Meng-tseu cite une parole de Khoung-tseu, pour montrer l'énergie morale ou le courage que peut donner la conscience d'un cœur pur. « Lorsque je fais un retour sur moi-même et que je me trouve le cœur droit, quoique je puisse avoir pour adversaires mille ou dix mille hommes, je marcherai sans crainte à l'ennemi. »

Un point de doctrine particulier à Meng-tseu est celui <!o l'esprit vital, qu'il définit un complément nécessaire des membres corporels de l'homme. Cette définition est peu claire. Il en poursuit le développement en disant que l'intelligence est

196 LES CIVIUSAXIOlfS PRIMITITES.

au-domisde Tâsprit viUl, e( il raoomnuuidd de la sorvajIURi paroo que livrée i son aclioa indifiduellei dit^ili elle devieQt l'esclave aoumiae! de resprii vital; de irêaie ai celai-d est lir vré à apa action individuelle^ il trouble rintelligenoe. L*eB|mt vital, enfin, réunit en soi lea aentîgienta naturela de la jnaiioa ou du devoir*

On voit que lorsque lea moraliaiea de FEcola de Kfcmnttaeu veulent aeMyer de la mélaphyrique, ila ne. bûllent pan par la clarté. Hais cette velléité d'abstraction m duci pai^iit ila retournent aussitôt à leur doctrine positive.

Meng-iaeu rapporte une belle réponse de Kbonng-^tsw I w disciple qui lui demandait s'il était un saint : c Qn saint I j/à auis loin de pouvoir en être un, j'étudie sans jamais me lasser» las préceptes et les maximes des saints hommes» et je le$ fHiaeignesaBsiamaia me lasser. »

Meng-tseu réprouve l'emploi de la force matérielle î il démontre que eelui qui dompte et soumet les homme» par la force des armea ne aubjugue paa lea cœurs; pour auttiugner les ooQurSv la iprce» quelle qu'elle soit, est toujours insuffisante. Au contraire» celui qui se soumet les hommes par la vertu» porte la joie dana les cœurs qui se livrent à lui sana réservet» et il cite les aoixante-dix disciples de Khoung-taeu qui se soumirent i lui avec une entière confiance.

Il reconnaît à tous les hommes un cœur compatissant et n^iaéricordieux pour leurs semblables. Ainsi, des honuneaioîept un jeune en&nt tomber dana un puita, ils en éprouvenl fous» au fond de leurs cœnni. un sentiment de crainte et de compaision; Meng-tseu en tire cette conséquence à Thonoeur de l'espôoe humaine» que si l'on n'a pas un cœur miséricordienx pour tous lea hommes» on n'est pas un homme.

U ajoute : € Si l'on u*a pas les sentiments de la honte el,de l'aversion» on n'est paa un homme ; si l'on n'a paa les evitiments d'abnégation et de déférence» on n'est paa ua homme: ai l'en n'a pas le aentiment du vrai et du faux, du juale el de l'ii^uAtey pn n'est paa un hoamuw

cnmois. 1SV

Ceft flefitîmentSy en effet, eonstitiieiit térttablemênt la ita« tare humaine ; mais on' ne saurait eziifer qu'ils soient toub rtmiis pour foire un homme.

Mèng-^tsen pArie do grand empereur Chun, qui feisaitmodflslMieAt abnéitation de lui-même* de son haut rang, de SM pouvoir pour ehercher autour de luiles hommes les plus tertoetXi afin do teur emprunter des exemples i suirre;

Qéak 4. Lé philosophe cilé trois choses comme nnitersellement honorées t le rang» Tâgeet la Tertu. A la cour» rien de comparable au rang; dana la '¥îHe et dans les hameaux; rien de oompaiabloà I-Age; dans la dtreetioa et iNsnseignement des gteératioMi, aîns» qu#dans ramélioraCion du peuple, rien de oompasable à la yeHm.

Aox hoHunas rerètus de fonctions publiques» H conseille As se retirer plutôt que de renoncera leurs detoirs, et aux m!« niatresqui m peutent faire agréer au foi leurs avertia^hments, H 4»naeUla de donner leur démission.

L'antiquité est encore ici invoquée comme exemple dé perfection morale» et Meng-tseu prétend qu'alors, quand un hofitMne supériesfr oommettatt une Aiute, il'^en oorrigeaît; tandis que de son temps» quand on en commet» on continue è aunrre la Aiauvaise tofe* Mite ici il ne peut être question de Phomme supérieur ; la comparaison ù'est donc pas exacte.

Meng-tseu rapporte encore une sentence de Khoung-tseu : « La vertu de Tbomme supérieur est comme le vent» la vertu de rhomme inférieur est comme l'herbe. L'herbe, si le vent vient à passer sur elle, s'incline nécessairement. »

Il n'est pas besoin de faire ressortir ce qu^ y a d^ngéliièux dans ce rapprochement pour montrer la vénération qu'on doit au sage.

n établit une Juste distinction entre le travail de l'ihtelligsnce et le travail des bnif, et à ce sujet il dte une senteiu e ancienne : t Ceux qui travaillent de leurs bras sont gouvernés par les hommes ; ceux qui sont gouvernés par les hommes nourrirent les hommes. • Cest4-dire que latlominatlun

doit appartenir aux hommes d'inielligeiice ei les oocupations maiiuelleft aux hommes sans instruction.

Il fait voir que la vie matérielle ne suffit pas à l'homme pour le distinguer de la brute; suivant lui, les hommes ont en eux le principe de la raison ; mais si, tout en satisfaisant leur ap* petit» en 8*habillant chaudement, et en se construisant des habitations commodes, il manquent d'instruction, ils se rapprochent alors des animaux. Meng-tseu aurait dû compléter sa pensée en accusant la mauvaise organisation de la société chinoise qui laissait les masses sans instruction .

« Meng^tseu ne veut pas qu'on se contente d'enseigner la verta aux autres, il veut qu'on leur en donne l'exemple par une pratique const'^nte et une fermeté inébranlable : c Car, dit-il, celui qui s'est une fois plié soi-même ne peut plus redrettsr les autres hommes. »

Le f|le infér*eurde la femme en Chine est indiqué ici d'une maniera non équivoque. Le philosophe cite à ce sujet le livre des ritesi qui porte :

« Lorsque la Jeune fille se marie, la mère loi donne ses instmetions; lorsqa'eh>. se rend à la demeure de son époux, sa mère Faecompagne Jusqu k la porte et lui dit : qaaod tu seras dans la maison de ton mari, tu devras être respectueuse, attentive et circonspecte; ne t*oppo8es pas à ses volontés ; bire de l'obéissance et de la soumission sa règle de conduite est la loi de la femme mariée. »

Il appelle grandeur d'âme le dédain des richesses et des honneurs. la constance dans la pauvreté, la fermeté dans le péril.

Quelqu'un lui disait : c L'intention du charpentier et du charron est de se procurer l'entretien de la vie ; l'intention de l'homme supérieur qui pratique I^ principes de la droite raison, ept-elle aussi de se procurer l'entretien de la vie ? Mengtseu répondit : c Pourquoi scrutea-vous son intention ? Dès l'instant qu'il a bien mérité envers vous, vous deves le lécri-

CHINOIS. lâO

baer, et VOUS le rétribuez ; or» rétribuez- tous l'intention ou bien la bonne œuvre? — Je rétribue l'intention. »

Cette réponse laisse fort à désirer ; en beaucoup de circonstances on rétribue l'œuvre pour son résultat efficace, et nullement pour l'intention de son auteur.

Meng-tseu comparant les princes de l'antiquité à ceux de 8on temps, trouve la comparaison défavorable à ces derniers, cependant, pour adoucir la portée de ce reproche, il reconnaît que ceux-ci ont un cœur humain et une renommée d'humanité, mais il ajoute que les peuples ne ressentant pas leurs bienfaits, il ne pourront servir de modèles aux siècles à venir. ^

Les bons conseils du philosophe étaient-ils d<^nc sans effet ? Et n'est-ce pas là une pensée contradictoire avec la précédente, savoir que l'intention seule mérite,, d'être rétribuée? y

A l'exemple de Khoung-tseu, il fait dépendre la soumission du peuple de la bonne conduite du souverain.

c Si le supérieur ou le prince, dit-il, ne suit pas la droite règle de conduite et une sage direction, les inférieurs ne 8uiv4>nt aucune loi, et seront indociles. •

Il pousse plus loin les conséquences en déclarant que, si le supérieur ou le prince ne se conforme pas aux rites, et si les inférieurs n'étudient pas les principes de la raison, le peuple b'insurgera et renversera l'Empire.

Khoung«steu signalait deux grandes voies opposées, celle de l'humanité et celle de l'inhumanité; Heng-tseu les regarde aussi comme deux causes dont l'une élève les Empires, les conserve, dont l'autre les fait périr.

Les devoirs réciproques des supérieurs et des inférieurs lui paraissent la base de l'Empire :

€ Lorsque la droite règle de la raison, dit-il, est suivie dans TEmpire, la vertu des hommes inférieurs sert la vertu des hommes supé- I 9

1^0 LES CIYIMdATIOMS PRIMITIVES.

rieort-, la «ageâse des homtoei Infirieurt sert la sagesse des homiaes supérieurs ; mais quand la droite rè^ de la raison «'est pu suitie daos TEapire^ tes pelits senrent les grands, les Mbles aerrenl les Idrts.. m

Les moralistes et les légisiateuts n^ sont pas enoore pirte^ nus à modifier cet état de choses.

Il pense que les royaumes et les familles seraient moins en danger de périr si Ton pouvait parler raison aux mauvais princes quilea gouvernent, parce que, selon lui, ceux-ci se méprisent eux-mêmes avant de s'être attiré le mépris des aulros.

(Test là une supposition gratuite : Thomme le plua pervers est souvent le plus orgueilleux, le plus infatué de lui-même, le moins accessible aux remontrances*

Meng-tséù indique assez ingénument la voie la plus sûre pour obtenir le cœur du peuple : « C'est, dit*fl, de lui donner ce qu'il désire, ce dont il a besoin, et de ne pas lui imposer œ qu'il déteste. »

Gomme on le voit, il n'est point novateur, car H se contente des moyens fort simples indiqués par le bon sens universel.

Il définit lliumamté la demeure tranquille de Tbomme; la j!i9til*e, ia v<tfe droite de l'iiomme; la vérité pure et aïooAre, la voie du ciel. Méditer sur la vérité est le devoir de Thomme.

Il rappeilepen l'adoptant, l'opinion de Khoung-tseu réprouvant et rejetint le prince qui ne pratiquait pas un gouvapiemeat humain et les ministres qui l'enrichissaient en prélevant beaucoup d'impôts. A plus forte raison repousse-t-il ceux qui suscitaient des guerres dans l'intérêt seul de leur puissance.

Heng-tseu croit que la pupille de l'œil exprime à volonté les mouvements de l'Ame. Elle peut , auivaut lui , cacher ou déguiser nos vices. Si l'intérieur de l'âme est droit, la pupiile de l'œil brille d'un pur éclat, s'il n'est pas droit, la pupille est terne et obscurcie.

dette observation physiologique est bien subtile : les philosophes chinois étaient peu forts en matière d'expreaafon pb)sionomique.

CHIUOIS. 131

U semble itérer rédocation donnée par des instituteurs à celle donnée par les parents. < Si le père » dit^il, use de oor* netion pour porter son fils à faire te bien, leur oflèctîon mufMlte pourra bientôt en souffrir. »

Le moraliste entend peut-êtra par oorrection les mauvais initements.

id encore il fait dépendre un bon gouvernement des bonnes qualités du prince : < Si le prince est faunsain , rien dans son goofemement B*est inhumain ; s'il est jostCt rien dans son fduvernement n'est injuste; s'il est droit, tout dans son gou* vemement est droit. Donc une Toîs que le prince aura adopté une conduite constamment droite, le i<sr|faume sera tiaD«|atile tu stable. »

il fegarde comme un grand travers celui de se poser en modèle devant les autres ; cependant le désir d'être imité ne peut-il pas être una excitation à faire le bienf Las moralistes obinoîs ne tirent pas toujoucs des conséquences logiques de leurs prémisses.

Meng-tseu s^dressant au roi de Thti, lui disait : c Si le prince regarde ses ministres comme des chiens on descbevanx, a)ors les ministres regarderont le prince comme un brigand et un ennemi. »

Cette franch&M) de langage étonne si l\m songe qu'il était Hmn devant un prince. C'est surtout ce passage qui a poussé le fondateur de la dynastie ûe% Mkij à ordonner la destractiob des livres de Heng-tseu et à abolir les honneurs rendus à sa mémoire.

Meng-tseu enseigne que les hommes doivent savoir ce qu^l ne faut pas pratiquer, afin de pouvoir ensuite pratiquer Ce qui convient. Ne vaut-il pas mieux commencer par apprendra ee qui convient, afin d'éviter ce qui ne convient pas t

Il dit : c Celui qui est un grand homme, c'est celui qui n'a pas perdu l'innocence et la candeur de son enfitnce. »

Cette innocence et cèfte candeur de renhnee» souvent .exaltées par les philosophes, ttoM impeu négatitiBS jinuapâbles du

mal, elles le sont également du bien. Que serait une société gouvernée par ces deux vertus?

Le respect exagéré peut les morts a poussé les moralistes chinois à des conséquences outrées, telles que celles^!! : c Nour^ rir les vivants est une action qui ne peut être considérée comme une grande action, tandis que l'action de rendre des funérailles convenables aux morts peut seule être considérée comme une grande action. »

Cette pensée de Meng-tseu est un peu contraire à la doctrine de Kboung-tseu qui réprouve les trop brillants honneurs ren* dus aux morts.

Malgré] sa prédilection pour Tinnocence native, Meng-tseiii loin de repousser la science comme Lao-tseu, déclare ici que l'homme supérieur doit donner à ses études la plus grande extension possible» afin d'éclairer sa raison et d'expliquer clairement les choses.

L'impartialité et la tolérance sont un des beaux traits de sa morale. Il cite pour modèle le roi Tching-thang, qui donnait des emplois publics aux sages sans leur demander à quel pays» à quelle secte ou à quelle classe ils appartenaient.

.1^ mépris des offenses est formellement enseigné par lui. Il suppose qu'un homme le traite grossièrement et brutale^ ment: il se demande s'il n'a pas été lui-même inhumain, malhonnête» sans urbanité. L'individu continue de le maltrai» ter; il descend de nouveau en lui-même pour voir s'il n'a pas . manqué de droiture ; reconnaissant qu'il n'en a pas manqué, il reçoit cependant encore un nouvel outrage ; alors il se dit : « Cet homme n'est qu'un extravagant, en quoi diflère-t-il de la bête brute? et pourquoi m'en tourmenterais-je?» ToutefoiSf Meng-t&eu ne va pas jusqu'à remercier Tinsulteur, et encore moins à le récompenser, comme l'enseignait Lao-tseu.

Il n'admet pas qu'un fils puisse en remontrer à son père, fùu» même par des conseils de vertu, il ne trouve pas là de réciprocité possible et craint, au contraire» que les conseils d'un fils n'engendrent la discorde entre lui et son père. C'est

pomner trop. loin la condescendance filiale; un fils ne peut-il pas acquérir des connaissances dont son père lui-môme saorait profiter ?

Meng>tseu relève la belle conduite de l'empereur Cbun. Étant encore ministre» Cbun se plaignait de Tindifférence de ses parents, qui le rendait comme un bomme privé de tout. Il avait pour femmes les deux filles de Tempereur auquel il succéda; il était ricbe et revêtu des plus bautes dignités ; tout cela ne valait pas à ses yeux TaSiection de ses père et mère.

Cependant, il ne les consulta pas à l'occasion de son ma riage, bien que le livre des vers porte: «Quand un bomme ^eut prendre une femme, que doit-il faire? Il doit consulter 8on père et sa mère. > Meng-tseu cherrbe à le justifier en disant : c La cohabitation ou l'union sous le même tott de Thomme el de la femme est le devoir le plus important de l'bomme. Si Cbun avait consulté ses parents, il n'aurait pas pu remplir ce devoir, et, par-là, il aurait peut-être provoqué leur Laine. •

Cette explication est fort embarrassée. Ne vaut-i\ pas mieux attribuer la conduite de Cbun à l'indifférence. même que lui témoignaient ses parents, et qui le dispennait de leur demander . conseil?

Cbun est également représenté comme un modèle de l'amour fraternel. Son beau-frère Siang, jaloux de sa supériorité lorsqu'ils étaient ensemble sous le toit paternel , avait tenté de le Cure mourir. Cbun , pour s'en venger, lorsqu'il devint empereur, le fiomma prince de la terre de Yeou^pL

Meng'tseu exalte cette conduite qui rend le bien pour le mal, et ajoute : « L'bomme bumaîn ne garde point de ressentiment envers son frère et ne nourrit point de baine contre lui; il l'aime, le cbérit comme un frère, voilà tout, et par cela même qu'il l'aime, il désire qu'il arrive aux bonneurs et aux ridiesses. > C'est aller trop loin ; car un empereur élevant aux dignités un homme perfide parce qu'il est son frère, commet an moins un acte d'imprudence. Ueng-tseu pousse la conséquence jtisqu'à dire que la meilleure marque d'honneur qu'on

1S4 LES CIVILISATION» PIUMITIYES.

puisse donner à se8 pai^ts^ c'66t de les entretenir avec les renrenus de TÉtat; il cite l'exemple de Chun à l'égard de son père. Les contribuables n'avaient-ils pasdroitde s'en plaindre?

Meng-^tteu rapporte plusieurs faits d'élévation à Tempire pat le choix du peuple. Quand le fils d'un empereur mort ne cor» venait pas, le peuple allait rendre hommage à un ancien ndniBtre ou à un sage, et cette démarche étant considérée oonune une manifestation du ciel (vox popM^ vox Dei)^ ce ministre où ce sage était ainsi de fait proclamé empereur* Nous avons nt les premiers empereurs se succéder à peu prés de cette façoa.

Ueng-tséu énùmère les dîflérentes conditions de Famitié» coiaistant à ne pas se prévaloir de la supériorité de l'âge # des honneurs» de la richesse ou de la puissance: < Contracter dss liens d'amitié avec quelqu'un , dit*il , c'est contracter amitié avec là véttu. » G'ebt en effet la liaison où la moralité des <x» tractants est le plus engagée par suite des sympathies , dès goûts, des caractères et des idées.

Il revient encore sur les devoirs respectifs des princes el des ministres. Le prince a des devoirs à remplir envers le peuple^ et doit le secourir. Si un prince a commis une grande faule^ il faut que ses premiers ministres lui fassent des remontiaBces; S'il y retombe plusieurs fèis sans les écouter» il faut qu'ils se lotirent.

Suivant lui» les germes de toutes les vertus sont dans l'hom* me; il lui est aussi naturel d*ètre bon» qu'il est naturel à l'eae de couler en bus. Tous les hommes ont donc naturellement le aeniimeM de la miséricorde et de la pitié» de la honte et de Is haine du vice» de la déférence et du respect» de la réprobatiou et du blâme; les premiers tiennent de l'humanité, les deiuiè* mes de l'équité, les troisièmes de l'urbanité» et les derniers de la sagesse. Or» l'humanité» l'équité» l'urbanité» la sagesse m sont pus crééesen nous par les objets extérieurs ; nous les poi^ âédons d'une manière fondamentale et^originelle» seulement nous pouvons les oublier. En effet» les passions ei les événemente indépendants de notre volonté nous font défier de ess

cmifois. 155

seatimmls natureb. Par exemple, Meog-Ueu a otoervé que, dans lei anodes d'abondance, le peuple fait beaucoup d^ bonnes acUons, tandis que dans les années de stérilité il en faitdç mauvaîMs; non pas que ses facultés morales changent ^ mais çfll sont les suggestions soit de la misère, soift du désespoir, qui ont assailli son cœur et l'ont entraîné dans le mal.

€ Ainsi, dit-il, rbumaaité c'est le cœar de rbemme, l'équité, o'tst sa f <Me« n fàot done ^qu*!! se replia snr Ini-mème pour se rectifier* Sa eoQscienee lui eo donne les moyens. On méprise ceux qui s'sr deiment à la boisson et k la bonne chère parce qu'ils perdent alors la meillenre partie d'eux-mêmes. L'homme possède doao en soi la noblesse du senUment, mais il n'y pense pas toujours. »

Toutes ces obserfations sont pleines de justesse : et» effet» rhomoM attache souvent pins d'importance aux marques dis<^ tinctives extérieures qui flattent sa vanité, qu'aux actes de vertu, qui satisfont uniquement sa eonsdence; Il aime mieux les ap* plaudissements d*aatroi que son contentement iniérieof et secret, et devient sourd à la voix du devoir quand il la laisse dominer par l'orgueil ou l'égoîsme.

Meng-tsea déclare qu'un ministre doit servir son prlaee pour l'amour do l'humanité et de l'équité, comme un Ils dote servir son père, comme un frère cadet doit servir son frère aîné, pour les mêmes motifs : « Alors, dit^il, le prince et ses ministres, le père et le Sis, le frère aîné et le frère cadet ayant repoussé d'eux l'appAt du gain, nauront des égards l'un pour l'autre que pour le seul amour de l'humanité et de l'équité. »

Les deux premières observations sont très* fondées en raison, maie la troisième implique une sorte de droit d'aînesse contraire à la vraie justice, car celle-ci n'a rien à voir au hasard de la naissance.

Il raconte avec éloge la sollicitude d'un empereur pour les travaux de la terre, par des encouragements aux uns et des récompenses aux autres. Lonqu'il entrait sur le territoire d'un prince, son vassal, s'il trouvait les champs bien cultivés, et, en

même tdmps, les vieillards secourus, les sages honorés et les hommes de talent revêtus des hauts emplois publics* il augnÀentait l'étendue de son territoire.

Il cite les dé(*,rets promulgués par un autre prince, Houan* Khoung, commodes monuments de sagesse, tels que ceux-c! : •

• Faites mourir les ehfanis qui manqueront de piété filiale, N*enleTes pas l'héritage du fili légitime pour le donner à un autre. Ne fkites pas une épouse de TOtre cencabine. Honorez les sages. Donnez des traitements aux hommes de talent Produisez au grand jour les hommes yertueux. Respectez les Tieillards. Chéririez les petits enfants. Donnez Thospitalité aux voyageurs. »

Voilà un prince qui décrétait des lois morales ; reste à savoir par quelle sanction il aurait pu exiger l'observation de quel* ques-unes. Le premier article est empreint d'une sévérité cruelle et arbitraire; il ne précise même aucun fait particulier devant entraîner une condamnation à mort. Il faut voir là un enseignement plutôt qu'une législation ; le Code chinois ne renferme rien de pareil.

Meng-tseu fait intervenir le ciel en disant qu'il nous adonné le mandat de nous améliorer sans cesse, que notre vie soit longue ou courte, et de nous conformer à ses décrets avec une entière soumission. Il entend sans doute par ces décrets les notions de justice inscrites dans notre conscience.

Suivant lui, toutes nos actions ayant en nous leur principe ou leur raison d'être, si après avoir fait un retour sur nousmêmes nous les trouvons parfaitement vraies et conformes i notre nature, nous en ressentons une grande satisfaction. De même si nous faisons tous nos efforts pour agir envers les autres comme nous désirons les voir agir envers nous, nous accomplissons les devoirs de l'humanité. Cette maxime est le complément de celle mentionnée plus haut: < Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. »

En voici une autre qui est à l'adresse de tous les gouvernants: On n'obtient pas aussi bien l'affection du peuple par un bon

rigime» par une bonne administration et de bonnes lois que par de bons enseignements et de bons exemples de vertu. Par de bonnes lois et une bonne administration on en tire de bons rtvenus ; par de bons enseignements et de bons exemples on obtient son cœur. Montesquieu n'exprimera pas de pensée plus profondément juste.

Meng-tsen dit encore que Turbaniié, la prudence» l'équité ne sont pas des faits d'éducation» mais qu'elles ont leur fondement dans le cœur, et constituent proprement la nature de rbon\me. Cependant l'éducation, l'expérience, la culture de l'esprit ont toujours contribué au développement deces vertus sociales. Meng-tseu semble oublier ici l'influence de son propre enseignement.

U représente le sage comme chérissant tous les êtres qui vi- ▼enty mais n'ayant pas pour eux les mômes sentiments d'humanité qu'il a pour les hommes ; et n'ayant pas non plus pour les hommes le même amour qu'il a pour ses père ^ mère.

Meng-tseu dit :

€ L'homme humain arrive par ceux qu'il aime à aimer ceux qu'U n'aimait pas. Le prince inhumain, au contraire, arrive par ceux qu'il n'aime pas à ne pas aimer eeax qu'il aimait. »

Il fait sans doute allusion aux courtisans dont les princes acceptent les services sans estimer leurs personnes. Ces princes écoutent de perfides suggestions contre les hommes de vertu et de talent qui osent leur faire des remontrances.

Voici une pensée très-hardie :

« Le penple vient le premier, les esprits de la terre et des fruits viennent en second lien ; le prince est le moins important. >

Ce qui veut dire: t Les fruits de la terre sont faits pour nourrir le peuple, et le prince seulemenl pour le gouverner.

Cette autre maxime : «Les paroles dont la simplicité est à la portée de tout le monde el dont le sens est profond, sont les

138 L£S ClVlLISÀTlUNâ l'fUMITlVfiS.

meilleures, i^ ouractériee le génie des moralistes cbinoiSt qui, en général, exprimeni simplement de grandes pensées*

Meng^tseu croit que la conservation de la vertu est en raison inverse dn nombre des dé8ij»,et que pour entr^enir dans son coeur riuunsniiéi il faut les réduire» les diminuer autant qo« possible.

Bnfin» voici une maxime quî^vieillede plus de deux mille ans, t rouverait œrtainemeni son application actuelle : «Je veux,dit** il, que celui qui est né dans un siècle* soit de ce siècle* Si les contemporains le regardeut comme un honnête homme» celft dodU lui suffire. »

Toutefois, il signale le travers opposé, e*est eelui des adula* teurs de leur siècle, qni s'attachent trop servilement aux usages, aux mœurs et aux idées contemporaines.

fin résumé» le livre de Meng-tseu est le développement dis la doctrine de Khoung«>lseu. Cependant, j*ai signalé en passant quelques idées propres au disciple, et surtout une hardiesse de langage à laquelle le maître ne nous avait pas habitués.

M, comme pour toutes les grandes écoles, Télèveajohledu sien, mais il faut rendre celle justice à Meng-lseu : il n'exagère pas les principes de Khoung-tseu ; il en tire seulement des conséquences nouvelles, surtout lorsqu'il les applique aux règles du gouvernement; de là vient qu'on a mis sou livre au nombre des livres classiques.

§ 7. L9 Hia(hKing^ mvrk w la piCté Fiiikhji.

Ce livre eanoniqoe est attribué à Khoangtaeu : c'est le der* niei^ qu'il aurait composé et que son disciple Tbseng tseu aurait oeordonné. Il n*a pas été veUonvé mtégralemeoi» et de

ciuNois. 139

«eid4brid noua avons quelques fragments traduils et publiés 4aiis les Minurir€$ eoneematU les ChmoU (1).

U piété filiale y esl définie, comme dans tous les livres de Uoung-tseu, la racîae des autres vertus, et la première source de reoseifoemeaU Elle ne consiste pas seulement dans les soins et le respect dû aux pauvres ; mais elle embrasse égale» ment ce qui concerne le Priueei la justice, et plus généralement l'acquisition et la pratique des vertus sociales.

L'auteur s'appuie d'un passage du Chi'Kiug : c Faîtes revivre en vous les vertus de vos ancêtres ; qui aime ses pa* rents n'oserait baîr personne; qui bonore ses parents n'oserait mépriser personne. »

Et il ajoute que ne pas aimer ses parents el prétendre aî-^ mer les hommes, c'est contredire Tidée de la vertu; que ne pas honorer ses parents et prétendre faonorer les bommes, c'est démentir les notions du devoir :

« Un fils, dit-il, est ravi des égards qu'on a pour son père, w cadet est flatté des attentions qn'on a poqr son atné, un sujet e«t charmé des honneurs qu'on rend à son souverain, un miUioo d'hommes est enchanté des honneurs qu'on décerne à un seul, c'est-àdire à l'empereur. »

Telle est la gradation établie par |Uioui«*tseu dans l'exercice de la piété filiale.

L'amour filial envers le prince est naturellement compris dans le titre de père et mère du peuple qui lui est attribué. Il ettbmsse Mis les hommes depuis IVmperenr jusqu^u dernier des SQJeCs ; il ne commence ni ne finit à personne, et si diMciie que ce devoir paraisse a remplir, on n'a pas le droit da dire qu'on ne le peot pas.

Nos parents noi» onl donné k vie, cVst le premier lien qui nooi attache à eui ; c'est le motif de nos préférences, de notre respect et de notre tendresse. Se révolter, c'est ne vouloir pas

(f)t.I▼,^tt.

140 LES aVILISATIOMS PRIMITIVES.

de maître; mépriser les sages, c^est outrager les lois (1^ lois morales sans doute) ; mais il y a pire que tout cela, c'est manquer de respect* et d'obéissance filiale, car c'est Taire tîolence à la nature et ouvrir la porte à tous les crimes. 4ussi Khoung-tseu, disaii-il, que les empereurs de l'antiquité gouvernaient bien parce qu'ils pratiquaient la pitié filiale.

Yoicî comment il dépeint rattftude d'un bon fils aux funérailles de son père:

Il assiste à la cérémonie avec un visage pétrifié de douleur; les paroles qui sortent de sa bouche n'ont ni élégance ni suite; ses vêtements sont grossiers et en désordre. La musique la plus touchante n'effleure pas son cœur; les mets les plus exquis n'ont ni goût ni saveur pour son palais, tant est grande b désolation de son âme.

La conclusion de ce livre est celle-ci : honorer et aimer ses parents pendant leur vie, les pleurer, les regretter après leur mort. Voilà le grand accomplissement des lois fondamentales delà société. C'est là, en eSet, le résumé des opinions de Khoùng-tseu sur la piété filiale.

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