‹ Les civilisations primitives en OrientChapitre 11 sur 35 · CHINO · texte numérisé non relu

CHINO

§ t1. ARTS» HIBUSTRIE, COMMERCE.

Le livre sacré des Annales constate qoe les Chinois ont eu, dès la plus haute antiquité , des connaissances pn astronomie, en musique, en poésie, en pemture, et qu'ik ont excellé sur tout dans les arts industriels, dans la fabrique dés étoffes, dans^l'emploi de l'aimant.

Des tombeaux, des monnaies^ des vases de bronze, des urnes et autres objets ont été soigneusement recueillis et conservés dans le musée impérial; il en est qni remontent au dixhuitième siècle avant notre ère. On compte pluâ de 1,200 vases de formes différentes appartenant à la seconde et à la troisième dynasties, dont on faisait usage dans les sacrifices, ou|qui étaient des présents d'honneur accordés par l'empereur à des hommes de mérite. U en eSt sur lesquels on retrouve l'ornement en forme de méandre si souvent employé par les titrus* ques.

Les haches, les poignards et autres armes qu'on a conservées de la troisième dynastie révèlent un art très-avancé.

Le P. Amiot rapporte que la poudre a été découverte en Chine dans le quatrième siècle avant notre ère (1). Hais elle n'a servi que pour des feux d'artifices Son emploi meurtrier ne ren^onte pas aussi haut en Chine qu'en Europe*

La boussole remonte également à une époque très-ancienne; cependant les Chinois s'étant peu livrés aux expéditions marilimes, n'ont pu l'appliquer dans son plus important usage.

L'imprimerie a favorisé la propagation des livres sacrés et

(1) Mémoires nur k$ CkkioU, 1. 1?, p. 4SS.

lâO LES aVILISi^TIONS PRIMITIVES.

classiques, mais n'a point contribué au progrès de la littérature et des sciences. La médecine s'y réduit encore à des médicaments traditionnels appliqués sans discernement.

L'art militaire y a toujours été incomplet, ce qui a fait de la Chine une proie facile aui invasions.

Les procédés de la fabrication de la porcelaine ont été plu* sieurs fois perdus et retrouvés. C'est dans les meubles et les tissus, les couleurs brillantes sur étoffes que l'industrie chinoise a pu rivaliser avec les meilleures fabriques de l'Europe et entretenir avec tous les peuples un commerce considérable d'échanges.

% 1S« tCRITURE.

Rien ne peint mieux l'esprit statiounaire des Chinois que leur système d'écriture, le plus ancien, mais aussi le plus désavantageux; le plus lent, de tous les systèmes graphiques actuellement pratiqués. Leur génie inventif aurait pu trouver mieux, mais leur vénération outrée ps^r tout ce qui tient à l'antiquité leur a fait conserver l'écriture hiéroglyphique avec ses imperfections.

Toutefois, le besoin- de la rendre plus abrégée, dans l'usage habituel à fait modifier les signes. Les plus anciens monuments hiéroglyphiques de la Chine nous indiquent les objets qu'ils représentent, ce sont : 10 les corps célestes, â^l'homme et la femme, 3* les animaux, 4o la terre, 5o les produits de l'art

Les Chinois n'ont jamais montré beaucoup d'art en traçant une figure, et ils ont fini par les réduire à quelques traits méconnaissables. Les plus anciens signes qu'ils employèrent s'appelaient têtard^, pairce iju'ilj ^MKnoblai«M k Q^ VWl*

Bienlôt les caractères se réduisirent à six traits qui entrèrent dans la formation de beaucoup d'autres. Pour éviter la confusion, on fixa le nombre des lignes formant deux cents images et symboles élémentaires.

Les caractères se placent les uns sur les autres en colonnes verticales rangées de droite à gauche. Dans les inscriptions composées d'un petit nombre de mots, où le peu d'espace ne permet pas d'écrire verticalement, on dispose les cafactèns Tun à côté de l'autre, en comcneiiçant par la droite.

Il y a six sortes de caractères : 1^ les caractères figuratifs ou images; ^ les caractères indicatifs marquant les choses; 3o les caractères combinés ; 4® les caractères métaphoriques; 5o les caractères syllabiques, ou figurant les sons ; 6o les caractères retournés, pour signifier l'inverse de leur signification primitive.

Les caractères figuratifs sont les vraies images des choses ; les caractères indicatifs ont un sens très-étendu et représentent ce qu'ils signifient indépendamment de toute idée anté« rieure.

Quant aux caractères composés, ils se forment en plaçant deux, trois ou quatre fois la môme image, ou en joignant cette image à une ou deux autres, ou en accouplant un symbole avec une image, eu en unissant un symbole- à deux imnges ou plusieurs syiAbofes à plusieurs images.

Les caractères nommés Kia-Uée i^nfermeàt dans un sens toutes les autres classes de caractères, Ifioitime les images qui passent du sens propre au sens figuré, les symboles qui changent de sens, les caractères composés d*images, de symboles, qui acquièrent une nouvelle signification par analogie et par extension.

Pour exprimer les sons on employa dès l'origine, les figures les plu» simples dont les sons réunte Cannaient le son qu'on voulait exprimer ; puis on remplaça les hiéroglyphes difficiles à écrire par ces nouveaux signes en donnant à ceux-ci la signification de ceux-là. Chacune de ces lettres a conservé fa pro-

noHciation et la signification qu'elle avait dans le principe (1).

Les mots commencent presque toujours par des consonnes et finissent par des voyelles. Les consonnes B, D, R» X, ne son; pas employées.

Il y a des mots qui sont toujours adjectifs ou substanUb ou verbes, dont le sens se déduit de leur position respeeUve.

Le nombre est marqué par des particules mises avant ou après le substantif ; le genre par l'addition des mots foUi, père; mokp mèrejjtiiy homme, etnnt, femme.

• La plus ancienne inscription qui nous reste des temps primitifs de la Chine, est celle que l'empereur Yu fit graver sur un rocher du mont Heng-Cbani où les anciens empereurs offraient des sacrifices annuels au souverain suprême. Cette inscription est en caractères nommés Ko-téou^ à forme de tètardy inventés, dilon, par Fou-hi. Elle est ainsi doublement précieuse en ce qu'elle reproduit les plus anciens caractères graphiques^ et constate [les travaux importants exécutés par Yu.

£n voici la traduction littérale :

« Le vénérable empereur dit : « Oh ! (mon) aide et (moD}coD8eIl- 1er, qui (me) soulagez dans l'administration des aflbdres, les grandes et les petites fies (tous les plateaux habités) jusqu'à leurs sommités, toutes les demeures d'oiseaux et de quadrupèdes, et tons les êtres existants sont au loin inbndés. Vous avisez (à cela); renvoyez ces eaux, et élevez (des digues).

» Il y a longtemps que (moi) j*ai complètement oublié ma Camille (pour ces travaux) ; je me repose (maintenant) au sommet de la montagee Yo-Lou. Par (ma) prudence et (mes) travaux, j'ai ému lat EspriU. (Mon) cœur ne connaissait point les heures (du repos). Ces! en travaillant sans cesse que je me reposais. Les montagnes Hoa,

(i) Voir de Guignes, DicHannaire cAinoti, préface, p. xi.

. cHiifois. 155

Yo, Tal, Heng ont été le commencement et la fin de (met) entreprises. Après (mes) travavuL aeeomplis, j'ai an mlliea (de l'été) offert un sacrifiée en aetione de grâces. (MoA) affliction a cessé; la conftisioA de la nâtore a dispara » les grands courants qui Tenaient du midi se aeni éoonlés dans la mer ; les TMements de toile pourront être eonlMtionnés; la nourriture préparée; les dix mille royaumes ^'usifen) aeroit en paix , et pourront se JiTrer éternellement à la jaie.{i)»

CONeLVilOM.

L*ère des philoeopbes dôt Tbiscaire ancieniie de la Chine. Depuis cette époque Jusqu'à la domiDation tariare» aucun changement nouble n'a niodiflé son état aocîal et intelloctuel ; il semble qu'elle ayait produit, tout ce qu'elle pouvait pro« duire» et l'histoire de sa dvîlisation, antérieure à notre ère, diffère peu du spectacle que nous offre sa civilisation nciuelle* Les Tartares en sTemparanl du territoire et du gouvernement chinois en ont reepedé et adoptéles institutions; ils se sont fait eux-mêmes Chinois pour mieux asservir la Chine.

Quant au Bouddhisme , il apporta bien quelques auperstitions nouvelles , mais aucune idée fondamentale capable de transformer l'État politique, religieux et intellectttel des Ghi^ nois. Ses doctrines, d'ailleurs, concordaient parfaitement avœ le caractère positif de ce peuple, ce qui explique pourquoi il s'est plua solidement implanté en Chine, que dan» Tlnd^où cependant, il avait pris naissance.

Aucun peuple n'a montré d'attachement plue obstiné pour ses anciennes inatitutions que les Gbinoii; et les nombreuses

(1) Hager, 1 vol. in-fe, 1101, Paris.— Daprotb, Itll, fc BaUl.— Pauthier, la Chhu m^tmê, p. 53.

IM LES CIYlLISATIOlIft PRIMITIVES.

révolutions qu'il a accomplies n'oBijamais eu pour objet des réfermes gouvememeiitalas ou adminisiralives; mais au contraire, elles eurent pour objet le retour à Texécution des an« dennes lois, au respect des coutumes primitives dont Tob- Seryance contrecarrarii les vues ambitieuses où tyrannlques de certains empereurs.

J*ai déjà fait obseirver que les Chinois se distinguent des autres peuples par l'esprit moral . Les principes contenus dans les anciens litres, les maximes placées dans la bouche des rois, des ministres, des conseillers, des lettrés , sont dictées par un remarquable bon sens ; et toute conscience pure de préjugés traditionnels peut les comprendre' sans enseignement préalable; il lui suffit de rentrer en elle-même et, d'écouter les notions instinctives du bien et du mal, du juste et de l'injuste, pour en reconnaître la v4cké* Aussi avons-nous vu les empereum qui y conformèrent leur vie publique et privée, faire régner l'ordre, la paix, la oonOance, et influer beureusomeot sur les mœurs du peuple par l'exemple de leurs vertus.

Les plus ancieus monuments littéraires et historiques de la GbÎM renferment des formules de devoirs individuels et sociaux marquées au coin d'une grande sagesse, parce que le développement moral de ce peuple a de bonne heure acquis une supériorité relative

Mais j -ai démontré -plusieurs fois le côté défectueux deceice morale, en ce qu'elle a manqué d'une sanction obligatoire. Elle a été froposée sans cesse comme règle de conduite, et jamais comme loi absolue» en sorte qu'elle a dépendu de b bonne volonté de ses disciples, gouvernants et gouvernés. Le fodehii^nitaie U ^ntreflit sur plusieurs points , notamment en ce qui concerne les clauses pénales, dont plusieurs sont empreintes d'arbitraire et de cruauté, et contrastent d'une numiàredcheuse avec Jes prindpes de miséricorde, de charité et de justice enseignés par Khoung-tseu; preuve qu'elle n'a ^ été pçlse pour base de législation.

Aujourd'hui encore, on VemtàfM i la jeunesse, on |'in-

CHINOIS. lo5

^oque à loul propos, on vénère toujours son auteur presque à régal d'un Dieu; ses descendants jouissent de la seule no- Ueise qui existe en Chine» mais c'est tout : le positivisme» que ce grand niaitre renfermait dans les bornes du devoir» a dégénéré en égoisrae et en indifférence. Le mercantilisme» la vénalilé» la corruption, ont gagné toutes les classes. Enfin, l'usage immodéré de Vopium a porté le dernier coup à cette décadence morale ; elle a commencé avec la domination des Tartares» elle finira un jour par une révolution générale» ou mievx encore par l'invasion du commerce» de l'industrie» des lois et des idées européennes.

La dernière lutte de la France ei de l'Angleterre avec la Chine a révélé des traits caractéristiques de cette décadence» tels que la mauvaise foi dans l'exéoution des traités» |la cruauté et la rudesse des mœurs. On doit cependant les imputer aux Tartares bien plus qu'aux Chinois» car ils sont contraires aux liabitades ei aux idées traditionnelles de ces derniers.

Ce n'est point» d'ailleurs» en dévastant leurs palais» ni en élevant an milieu de leur capitale des temples à une religion élrangôre» qu'on démontrera aux Chinois la supériorité de noire civilisation sur la leur; on y réussirait mieux en les aidant à secouer le joug séculaire de la domination tartare» contre laquelle leur répulsion invincible se manifeste sans cesse en tentatives infructueuses; et alors» rendus à leur indépendance nationale avec le secours de nos armes» ils nous accorderont par reconnaissance et par intérêt ce qu'ils nous lufttsent encore par une trop juste défiance.

GHAPITRB P\

S 1. COIUBCTURES HISTORIQUES.

Linde^ st riche en monaroenls littéraires, religieux et phi* losophiques» manque presque entiôrement d'annales historiques; die ne possède, eomme dates commômoratires, que des inscriptions sur cuivre ayant pour objet des concessions de terres faites à certains temples, et celles plus remarquables du roi Pyadasiy sculptées sur des rochers (1). Mais il n'existe aucune tradition authentique sur les érénements primitifs.

Ce qu*on peut admettre de plus vraisemblable, c'est qu'à une époque fort ancienne, des tribus d'Aryas (9), cherchant

(0 Beinaud, FragmeMU arabet et persans mr tlnde^ introduction, p. 3i.

(S) jir^as sisnifie noble, brave (areiés). Cètait le nom de la partie la plus considérable du peuple indien et le nom général de la nation persane, ce pui prouve Tunité primitive des populations iranienne et indienne.

158 LES aVILISATIONS PRIMITITES.

un établissement flxe, descendirent des plateaux élevés de TAsie oentrale« se dirigèrent vers le midi et arrivèrent dans rinde, où elles trouvèrent un climat doux et un terrain favorable à la colonisation.

Les hymnes du Big^Véia représentent les Aryas établis sur les bords de Tlndus, divisés en plusieurs groupes vivant isolément comme des pasteurSf et toujours i la recherche de contrées propres à la culture, i la chasse, au pâturage, sous la conduite de chefs guerriers et de prêtres ou sacrificateurs.

Les Aryas repoussèrent devant eux les anciens habitants, encore sauvages, de l'Inde, les forcèrent de se retirer dans les forêts et dans les montagnes, et en firent le type de ces mauvais génies, de ces Raksasas dont parient les Védas et les poèmes. Ils les détruisirent en partie, et de ceux qu'ils soumirent ils formèrent la classe servile, celle des Coudras, dont les caractères physiologiques attestent encore aujourd'hui, pour quelques savants, une origine difiérenle.

Les faits racontés si poétiquement par le hàmayana et le Makàbkârata sont tellement légendaires qu'il est difficile d'en tirer quelques notions vraiment historiques. Les héros de qes poëmesi comme ceux de Viliaie et de l'O^^ui^ sont environnés d'un prestige surhumain qui nuit i la réalité des personnages.

Cependant au moyen de l'étude simultanée des Védas, des poèmes, et des Powramif on arrive aux faits suivants :

Des chefs de tribut ariennes, après avoir pris successivement possession de l'Indostan, fondèrent plusieun petits états entre Tlndus et le Gange; ces états se rattachèrent à deux dynasties principales, i la branche solaire et à la branche lunaire; les grandes épopées sont consacrées à l'apologie des princes appartenant i ces dynasties.

D'après le Mahabbarata qui donne la liste des rois solaires, ces rois seraient issus du 7a« Maaou, né de Sftrya, le soleil, qui aurait échappé; à un déluge. De lui naquirent dix fils. L'aîné de ces fils, Ixvâkvs, fonda Ayodbya (Oude), et laissa le

resie de l'Inde à ses frères. On pense que ce chef vivait dans le 32« siècle av;int notre ère (1). Après lui viennent 23 rois jusqu'à Râma qu'on place dans le 14» siècle.

Le plus célèbre souverain d'Ayodhya fut Sagara, lequel vainquit ÇLtkas, ou les Saces et les Yavanas ou Ioniens. Ce roi entreprit de grands travaux que continuèrent ses successeurs pour la fertilisation des bords du Gange.

Au 17* siècle, un^ nouvelle bralicbe commence avec Kakutp stha etRaghus. Entre leurs successeurs on peut citer Çighraga, le inèfne peut-ètjre %uq Relupama, qui reçut de Nala, époux de Damayanti. le don de diriger lescbars, et Ambarisbai sous Içque) QP voulut faire uq sacrijBce humain qui fut arrêté par Tintervention divine. Puis vient Daçaratha, père de R&mat dan^ le 14^ si^e. ftâma, image de Vicbnou s^r la terre» aurait conquis le Ceylan en tuant son roi Ràvana*

La race lunaire, établie à Indraprastha, serait issue, d*après le Mabàbh^atay du sage Budba, fils de Soma, génie delà lune, et remonterait aussi au 22« siècle.

Le premier roi de l'Inde centrale est Pururâva qui épousa une déesse, et ^ut pour fils Ayna, pour petit-fiJs Nabuça. Ce* lui-ci est représenté comme un conquérant. Son petit*fils Purus monta sur le trône à Texclusiou de q^atre frères qui s'étaient établis sur les bords dt^ llndus.

Au 19« siècle se fondent les royaumes de K^noge, de Vathura, de Kasi ou Bénarès.

Au .17« siècle brillent Yiçvâmitra, l'adversaire des Bi^hmânes et ParaçurânKi.Jeur défenseur.

Aux 14* et 13« ^siècles, Hast&n» roi de la *brancbe luiialre, bfttit Hastinapura ; il est contemporain de RAma et de Kunis.

La famille des Yadavas, issue de la race lunaire, s'était établie dans le Nord, et divisée en plusieurs branches , dont l'une se fixa à Matra, lieu de naissance de Gricbna.

A l'époque de cette naissnncc le roi r^nant, qui ârait iç^-

(1) Bichhoff. Poésie héroïque des Indiens, p. M.

t60 LES CIVILISATIONS P&IMITIVfiS.

versé sou propre père, se soatenait au-dedans par la terreur et au-dehorsparrâlliauce du roi de Bahar, son beau-père.

Grîchnay élevé parmi les bergers, se mit à la tête des YâdaVas et vainquit le roi de Babar, Gansa; mais plus tard, il fut repoussé, et forcé de se retirer au fond du golfe de Cutch» où il fonda une ville.

Une guerre ayant éclaté entre les héritiers du trône de Delhi, Grichna, par ses exploits, fit pencher la balance du c6t6 de Youdhichtira.

M. Langlois (1) ne rapporte pas à l'Inde même l'origine de la première nionarchie indienne; il signale une contrée plus méridionale comme ayant été le siège de l'empire d'où serait parti un législateur ou un conquérant.

Diodore parle d'un Osiris qui serait allé chez les Indiens fonder des villes, entre autres celle de Nysa, à l'ouest de rindus (S), qu'Arrien attribue à Hercule Indien. Diodore représente encore Bacchus, arrivant de l'Occident, s'établissant au nord de l'Inde, y répandant l'agriculture» fondant des villes, rassemblant les hommes, les formant au respect des dieux et de la justice, et méritant par-là les honneurs divins (3).

M. Langlois reconnaît dans ce Bacchus un prince cité par le Harivarua, Prithou, considéré comme une incarnation de Vichneu ou d'Iswara, qui aurait fait défricher la terre, abattre les forêts, bâtir des villes et institué le commerce.

11 conclut de tous les documents comparés » que le berceau de la civilisation indienne doit être cherché vers le nord-ouest de rindus, d*où elle descendit dans les plaines du Gange (().

On sait, d'après Diodore (5) , que Sémiramis, tentée par la

(1) ffarivamat introduct., p. xui.

(4) Harivansa, introd., p. 14.

IITDIKNS. 16Ï

réputation des richesseB et de la prospérité de l'Inde» vooliit y pénétrer, mais sans snccôs. L'Inde jouissait donc alors d'une grande prospérité; et ses poèmes épiques renferment des descriptions pompeusesde\illes, de monuments* de Têtes splen* dides qui en témoignent.

Dans ses Fragments arabes et persans relatifs à VlntU ntieimne (1) , IL ffeinaud cite en première ligne un extrait dû ÊÊodjmel'Àitevarikk f où il est question de l'origine des rois indiens avec un court récit de leur histoire. Les pretniers fait^ mentionnés remonteraient à Douryodbaua, qui aurait donné le Sind à sa sœur, épouse de Djayadratha. Sous le gouTemement de ces deux princes, le Sind se sorait peuplé, et plusieurs villes auraient été fondées.

On y voit Fhistoire des deux frères Dbrita et Pan. Le premier étant aveugle, abandonna sa part de pouvoir à son frère en lui disant : c Prends en main les destinées de cet empire et ne les néglige pas, afin que le nom de nos pères se maintienne et qu'on ne ternisse pas notre réputation en dédarant qoe nous n'avons pas fait ce qui était convenable. »

Pan suivît ces conseils, et, parcourant toutes les contrées de rinde, il la délivra des maux qui l'affligea ient; puiig il revint auprès de son frère, qui le pressa sur son sein et lui dit : cTu t*es conduit à la manière des bommeS de ceeur^ et toute idée de reprocbe s'est éloignée de nous. Maintenant, c'est à toi que convient l'empire; car je deviens vieux, je suis privé de la vue, et lu es mieux en état d'exercer l'autorité. » Pan répondit : t Je suis, comme un esclave, soumis à les ordres. Si le roi ordonne que je me brûle, je le ferai , afin que je m'aequière une bonne réputation dans le monde. » Dbrita lui remit la moitié de l'empire.

Ce droit de choisir un successeur à l'exclusion de ses propres enfants était admis chei les Aryas comme chez les anciens Chinois; ce qui prouve l'ancienneté de cette tradition.

(I) i vol. iQ^So, iS46.

IDS LES CIYILlSAtlOilS PRIMITIVES.

Pan s'oecapa d'exemr ffutorlté el la jiMiice. Dbiila wt plnaieiin fih, (om né» 4e Gandfaarl, qui furent leacbeCi de h fMnille Miarata. La fomîlle iaïue de Pan fut celle des Pandona. IfaSa Pau ayaot blessé par mégarde ud anachorète fut ma»* dit par celui-ci.

fiôos le o>up de cette maiédîctioiit il ae retira sur une mon* iagm et ae livra entièremeut aux pratiques de dévotion. Sm deux famines le suivirent. Il j mourut hisaant 5 ftls : Yqêêf diehtini. Ardjouna» Bhiauisèm, nés de Countt» Sabadeva m Haeaola, nés de Mftdrt*

La légende nqiporteque les deux femmes aurvécurenilang* ISMps à Pau, el^e lorsque la ooncupisoenee s'emparait d'elles» elles araient commerce avec les enfants de l'air.

Us fils de Pan fimnt confiés à de pieux Brahmanes. Cbaeon de ces Brahmanes adressa au ciel une prière afin d'obtenir pour son élève ce qui lui conviendrait le mieux, savoir ; i Yottdichtira une auiorîté puissante; à Bhîmasèna une fom imposante; à Ardjouna une grande habileté à tirer de l'arc; i Nacoula, la bcavoure et l'adresse à monter à cheval ; à Sahadeaa« Is aeienee. Ces qualités sont mentionnées dana le HiaAa- Uu^roiOf qttî raconte les exploita de ces héros.

Les Brahmanes les conduisirent auprès de leur onde Dhriui, qifi|eiu?i^init la moitié de son royaume et remit l'autre moitié à ses fils. En même temps il leiir donna des coaseila de J«sftiee.et <)e concorde, prévoyant sans doute la lutte qui datait nsIlDe de oe partage arbitraire.

its^peuple eut de la pnéférenoe pour Youdîchtira à csiia^ de ann inlel|j|ence ^t de ses bonnes manières. Itadieuaabana (PauByo<}h^ns) fut jaloux des Pandavas et leur tendit des iP6ges (1), les Pandavas en sortirent sains et saufa. Des Intles a'ensuivlrent qui M^ Je principal sujet du ifakabhnr§$a. KqAu, les Pandavas demeurèrent vainqueurs.

Toudicbtiça, devenu seiil rot de l'Indoustaui fit flewlv hi

(i) Teir l'épisode de la maiion de laquê daas le

jttsttee; pais mijmiiv lasflé do po«ivoir> il dît ises frères : «les choses de ce monde n'ont pas de durée : )'ai formé te prajel de me fetirer à la montagne des snaChorètM. Beoevez TantoHté el e!ièrcez*)a comme je l'ai exercée. » Ses itôres le Snivirent^ laissa nt sur le trône Parik,fils d' Ardjouna. Parik régna avecliis» tioè; il eut pour sacoessear son fllsDjanamédJayâ, hotnme Arme et juste* sons Icquclfut, dit-on, composé le MMhaikaruntu Stttinika le suivit, puis Safsftoicay qui Ait jtste^ Aemoeiiftf doueéi et pures. Sous Yesra, le désordre éclata dms les af^ filtres ; Conyahoor aggrava le mal ; le sceptre finit par échap» per aux Pandavas et échut k Brahmyn flis d'un brahmane. Brahmyn ayant appris qne son pore avait été insulté par le ibt, jura de le venger; à cet effet, il réunit une armée» renversa Couy&hour et anéantit la race de Pandavas^ àFetceptioni de ceux qui embrassèrent la profidssion de musicien oo éfum*très métiers dévolus à la 3« classe.

Cependant Brahmyn, seiepentant d'avoir fait tant de vioii«i^' naes, résolut de se retirer sur une montagne et dé laisser te pouvoir au Brahmane Fasaf (Gasyapa); oelui-oi ne raoéhpUI que pour l'abandonner bientôt à Sonnâga. Sonhâga pratiqua la justice et Phumanité, et Tempire resta Airs s» famille^dit l'auteur> jusqu'à la U^ génération^c'est-à^ire jusqu'à Gustasp) rei de Perse, qui s'empara de l'Indosian^^et fut ensuite svip* planté par Bahman, de famille turke.

11 est question ensuite de Hal-, et de Kefendt Cie dernier; ^ le Êodjmelt prononçait de beaux discours et retevaii jlMU^'ses Icmanges Tlnde et ses habitants. Il vivait du tempe d'Almumdie^ auquel il envoya» pour obtenh* la paix, sa fiite^ (m médedia habile, un philosophe et une coupe inlarissable. Soo:4ib Ayanda partagea le Sind en 4 principautés; et le fils de cduiei, Rassel* fui chassé du trône par une révolte^ laissant deux fils, Baoual et Barkamârys^A cette époque il y avait dané l'In» de une fille de roi, célèbre par son hifeelHgenoe et sa: sagesaci; on avait dit que celui qui VépouBetait devieâdr«lt nialtredes ♦dllMte(»es 4 pointa ^ardinaost), fiUe dhoWt BarkadMBiyap

iiià LES aVILIftATIOllS PRIMITIVES.

mais sen firére Haoual se prévalant de son titre d'atné^ re?en« diqua et obtint les mêmes droits sur elle.

Barkamârys n'y fit point obstacle, mais pour se rendre plus digne d'elle il s'instruisit, et fréquenta les sages et les Brahmapes.

Cependant le rebelle, qui avait déjà chassé leur pore, vint attaquer les deux frères et les réduisit à la dernière extrémité; Raoual loi ayant demandé la paix, le vainqueur lui fit répon* dre : c Envoiennoi cette fille et que chacun de tes offiden m'envoie une fille; je les mettrai à la disposition de mes propres officiers, etje m'en retournerai. »

Le vizir Safar, consulté sur ce point, déclara cyniquement qu*il valait mieux livrer ces femmes et conserver la vie : c On peut, dit- il, prendre des mesures contre son ennemi; mais lorsqu'on a perdu la vie, de qu'elle utilité peuvent être les femmes, les enfants et les richesses ?» Ce mauvais conseil, heureusement» fut repoussé, et Barkamârys, se dévouant pour le salut de tous, s'habilla en femme et fit habiller de même les flb des officiers, et une fois introduits auprès de l'ennemi, Us le tuèrent loi et toute son armée.

Dans la suite, BarkamSrys se rendit suspect par son habi« lelé même : on lui tendit des pièges auxquels il échappa au n^en de diverses ruses; et il finit par tuer Raoual.

La princesse, de son cOté, loin de penser à venger son ^ux,.eonsentit is'unîr au meurtrier.

BAduuQiftrys voulut laisser au vixir Safar le timon des aftû* res; mais-oelui-cî se contmila d'écrire pour lui un livre inti* talé : VlmfruelUm des Aott, et après le lui avoir donné il le bcûla.

Si ce livre fut rédlement écrit, sa perte ne doit pas êtrs regrettable; à en juger par le conseil que l'auteur avait donné plos haut, il est à croire que ses enseignements écrits n'étaient pas marqués d'une haute sagesse.

Cette histoire de l'époque primitive de l'Inde, quoiqu'éma- «néad^OM souros étrangère, présente quelques vraisemblançgi

mMisMs. 165

en ce qu'elle s'accorde avec les récits légendaires da JfaAo* kkâratû, maïs il serait téméraire d'en tirer antre chose que des conjectures.

Cependant, si les Tédas ot les poèmes nous éclairent peu sur les faits primitifs, ils sont une mine précieuse pour les idées» les mœurs et les institutions des Aryas établis dans llnde.

Les hymnes Tédiques ont éternisé les noms de leurs auteurs qui nous apparaissent les uns comme chefs ou prêtres: tels sont Atris, Angira, Nârada» Vacistha, Breghoo ; les autriss comme poètes et législateurs» tels que Kaçyapa, Yrehaspatis, Budha, Agastya, Viçyamitra.

A cette époque» il n'est point encore question des classes ; les prêtres et les guerriers apparaissent sûf la môme ligne» les autres membres de la tribu sont» au gré des circonstances» soldats, pasteurs, agriculteurs ou artisans ; et Ton ne découvre entre eux aucune distinction bien tranchée. Il n'est point fait mention de classe serrile» mais il est i croire que les pli|s rudes tratauz étalent abandonnés aux captifs faits i la guerre aux femmes enlevées à Tennemi et aux enfants qu'elles met* talent an jour.

Peu à peu les prêtres, comme sacrificateurs» comme chantres, comme poètes, ayant acquis une certaine prépondérance morale et religieuse» devinrent une classe distincte et au-dessus de la classe guerrière ; celle-ci se sépara à son tour d^ marchands» des agriculteurs, des industriels» qui eux-mêmes furent distingués des prolétaires» des serfs» dont le plus grand nombre étalent les indigènes soumis par les conquérantik Pour éviter la confusion de races» il fut interdit comme im crime» aux trois premières classes» de s'allier par le mariage à la quatrième.

Avec l'établissement des Castes commença l'organisation sociale de l'Inde; des lois successivement portées déterminèrent les rapports de famille» les mariages» les successions» les transactions commerdales* les peinas] etlesrécovpeiises. Les

iSfy lEs ciYiLisMMni PRUfinvES.

Bflitttoaiies, législateuis el prêtres en môme tempsi 0e fireat ta plps large port, et le Code de Haaou atteste à la fois leur puissance et leur ambition (1).

: A répoque d'AJexandne, la puissance brahmanique commençait sans doute à décliner» puisque lo fils d'un Coudra, Ghandragoupta^ le Sandracotbua des Grecs, avait soulevé les Indiens contre la tyrannie des Brahmanes et des Kchatrîya&Qt s'était emparé du gouTernement de l'Indoustan. Ce fut son petit4i8, Açoka, qui élera le flouddhîsme au rang de rel^ion d'Étaty et fonda ainsi une nouvelle ère.

S 2. LPrUS SACRÉS.

Si les Chinois possèdent les plus anciennes annales historiques, lés Indiens possèdent les plus anciens livres sacrés; les hymnes, prières et invocations que contiennent ces livres datent d'une époque antérieure à rétablissement des Aryas dans rinde* Geux-d Jes apportèrent avec eux et les conservèrent longtemps par la tradition orale^ jusqu'à ce qu'ils fussent réunis en recueils appelés védas.

L'Écriture sacrée des Indiens comprend, outre les Yédas, les Brfthmanâs, ouvrages moitié théologiques, moitié liihurgiques; puis d'autres traités orthodoxes plus modernes, appelés Oopanishads, rédigés dans un style populaire, et appendices des Védas. Mais ce sont les Yédas eux-mêmes dont l'étude offre le plus d'intérêt pour l'histoire des civilisations primitives en général, et pour celle de la civilisation indienne en particulier.

Le premier en date et en importance est le nig^réda^ renferinant des hymnes et des prières (sanhiias) en vers et en prose.

(1) Toir 1^ toin^ eh^p.II, paragraphe 1.

l^éeiuîène est Vradnmr-vêda^ dimé 6d Ta^^mr Uamc ei Ymé^tm notr; ce liyre esi oonforme au )préeédant» nnâs plus modefM.

Le iraisièroe esl le Santa- Véda^ qui ocmlieot dee meiceaux liféif poar la plupart, des pvemiera Védaa.

L'ÉikêTwa^Yéda ou iliartona, le; plue moderne» xenferaie des formules de cooséeratiaD» d'expiatioo et d'knpféoalioii.

On rapporte qae les deux premiers furent réw éléa oa dictés par Brahma , et ae transmirent oralement juaq«*ao quatrième siicle avant notne ère* époque où un sage, Véde-Yjasa^ en aurait formé des ieeneils eomplets* et y aurait wj/oiM le FM#fiie et les OufMMttAadt.

On a représenté les nhavat (traditions historiques) et les Poumnaf (aoeiennei légendes) comme forasant, léuma» nn €»• quidoe Véda, mais c'était pour donner plus d'importanoe k ces lirres; em réalîté« il n'y a que quatre Yédas»

Les prières du Rig*Véda étaient destinées à être récitées dans diirersea circonstances de la m de &miUet la naissance, le mariage, la mort, puis dans les sacrifices accomplis par les cliels. On y trouve les idées populaires des Aryas sur les astit» et sur les puissances supérieures pidpioes ou funestes (1)« Bi» pression naïve des première npports de la psaséa humaine avec la nature, la Rig«Véda contient une métaphysique nais santé appuyée sut des mythes mipruntéa aax chcMa et att êtres visibles* Ces bymnea sont rosuvre de divers anieun dont chacun leur donne la forme particaUère que lui dicta, son imagination, mais en se conforaMual aux idées liadilîon* Belles snr les dîvmiléa et sur leitirs aUribVts. Tool y est divinisé : le sacrifice « le prêtre, la prière , la libation (loaia) al les rites. Ses invocations s'adressent i Indra (le ciel), à Agai^ le feu; à VAyus, l'air; i Varouna» l'eau, k Sûrga, le soleil , i Ghandra, la lune; à Prethvl, la terre; 1^ lUI» rausaie; à Nuça, la nuit; aux Açvins, crépuscule.

(DSteniIer. Iad.sUi4.0^<59. .,

168 LES dVILISATlOllS PRIMITIVES.

Ces hymnes portent encore les noms des chantres qui les oomposôrent et qui n'ont cessé d'être vénérés comme 4e saints Rishis;ils peignent les impressions que les phénomènes de Ift nature produisaient sur les âmes, puis les luttes, les craintes» les espérances qui agitaient la tribu et ses chefs. Parmi leurs auteurs' il y a des rois et des fils de rois auxquels BrShma lui-même en aurait communiqué le texte diyin.

OttdquesHans de ces hymnes offrent des idées métaphysi* ques an miliei d'une mythologie toute naturaliste. D'attirés son t de& inyentions personnelles, des formules sacramentelles pour rappeler un mort à la vie, recouvrer lasanté, faciliter un accouchement, faire mourir une rivale» donner la victoire, etc. (1).

On y démêle l'antagonisme du mal et du bien ; les agents pernicieux son nommés Asouras et Rakhsasas. Indra esl leur vainqueur, mais ils survivent toujours à leurs défaites; les poèmes indiens, très-postérieurs aux Yédas, contiennent les fécits des éternelles luttes des dieux et des héros contre ces démons* Ea sorte que la postérité du mal semble îndestruc- UUe dans la religion indienne, comme dans toutes les autres religions, jusqu'au triomphe définitif du bien .

LeshymnesduRig-Yéda. sont écrits dans la plus ancienne forme dusiinscrit, ce qui démontre leur antiquité. M. Langkiis dit avec raison (2) que le mysticisme n'existait pas pour leurs auteurtfj et que; peintres enihousiastes de lanaiure, ils en re« préseiitaient les phénomènes tels qu'ils les concevaient <ians la simplicité de leur ignorance.

• Les prières- du Yadjour blanc, deuxième Yéda, regardent lès sacrifices et les offrandes à la nouvelle et à la pleine lunes, aux mSnes des ancêtres, à la consécration du feu perpétuel, au «acre dés rois,' etc. U y est question de l'Aswamed'ha, simu* 'acre da sacrifice- d'un cheval où d'an homme, consistant à

(1) Barthélémy Saint-Hilaire : Des rédoi, p. ZQ. («Traductien du &i§-Féim, prâiêe^ p. ift; ' '

iHDiras, 169

attacher soit un cheval, soit un liomme à un poteau, puis à lesmetlre en liberté après le chant de l'hymne relatif à l'im* molation allégorique de Na'ra'yana .

Ce simulacre de sacrifice indique l'ancienne coutume des sacrifices humains chez les Aryas auxquels on substitua ceux du cheTal, abolis plus tard à leur tour par suite de Tadoucissèment des mœurs.

Le Yadjour noir n'est qu'une collection de prières* qui n'a de commun avec le précédent qu'une répétition monotone des mêmes formules.

Le Sama-Yéda a pour privilège d'effacer les péchés, suivant la manière dont les prières sont récitées.

L'Atharva-Yéda n'est pas moins efficricc sous d'autres rapports ;ooire les prières et les invocations, il contient des formules d'imprécation pour la destruction des ennemis et des animaux nuisibles, et la conjuration de di vertBS ca1amités.*l'6 Brfthmana principal de ce livre se nomme Gopatha, ou chemin des 'Vaches. Mais la partie la plus curieuse, c est lereca^l des Oupanisbads qui s'y rattachent, et dont plusieurs ont servi de base A la théologie de l'école védânta.

En un mot, las Yédas sont le recueil des prières et invocations qu'on doit prononcer dans toutes les circonstances importantes de la vie.

Mais on attribue aussi à leur récitation le pouvoir d'aider i faire le mal, comme celui de faire le bien. Ainsi, dans une légende ancienne» Yasichtha, se rendant pendant la nuit à la maison de Yarouna pour y voler des grains, est assailli par des dogues ; il prononce alors une prière tirée des Yédas qui endort ces fidèles gardiens et facilite la perpétration da vol.

Comme tous les livres sacrés, les Yédas ont donne lieu à des interprétations, à des commentaires qui ont engendré des écoles, des sectes, en un mot, des hérésies, tout en restant le pivot sacré autour duquel les opinions: tournaient avec respect. '-i'j..:.':Aa .;:■....

170 LES GITIUSATIOlfS PRIMITinS.

Le caractère moral des Indiens primitiCs un peu marqué dans lesVédas; les passions, les sentiments y sont bien désignés, mais non développés; la forme sentencieuse qu'ils revêtiront par la suile n'y est pas encore usitée. Ainsi, Tamour, qui a joué un grand rôle dans les poèmes sanscrits, paraU inconuu aux auteurs des hymnes védiques; tandis que l'union conjugale y est déjà préconisée.

§ 3. LE MG«ViDÀ (1).

SiGTioH L Oèft le début, l'objet que se propoeeiii les tm^ leurs eal bien dessiné; il s'agit d'intéresser la divinité à iti» pendre ses bieofeits sur ceux qui l'inToqueni*

Agoij dieudufèu^ àmedu^aonflœ, • qui joint à ki sagesse desœuveee la vérité et l'éclat variés de la gloire, > est le psenrier désigné comme persenniftcation de l'élémani le^ plue sensible à la vue éi an toMcber, c Le bien que tu fais à tae serriteum, y estwl dit, tournera à ton avantage »

Le traëttcteur fait observer ici que c'est là un moyen de captalion indigne exercé envers un dieu ; mais si les diettxdu Rig sont invoqués et servis généralement poitr le bien qu'on en espère, ils soni méprisés et insultés^ lorsqu'ils se montrent pe« bienveillante*

iiidrs est te gardien de la rtcbesaey l'auteur de toute CMî* cité, Tami de l'homine. pieux. « Dans les grandes comiaedans les petites affaiiee, c'est Indre qite nons invoquons j Indra qui frappe nos ennemis de sa foudre. •

Ge sont toujenrs des 'biens, terrestres ifu'on vent obtenir par les prières et tas sacrifices..

(«) la me sais servi pow eeieaaaiee critique de l'exesUante tra? duetion de M* Laholois.

iNj>n»(3. i71

c Donne-noas, Indra, une grande fortjane, deB^richesses, des biens immenses et des chariots chargés d'abondantes provisions. — c Qae les hommes sages connaissent ta puissance; daigne éleyer learfortone. » (Lect. i.)

Indra est à la fois le dieu clément et le dieu redoutable ; il rassure et il fait trembler. I) frappe les nuages et les ondes s'épanchent sur la terre pour les féconder.

Agni est l'intermédiaire entre les dieux et les hommes» le ministre du sacrifice , le dieu sage, fidèle au devoir et à la vérité, destructeur du mal, purificateur et resplendissant. Sans luit malgré la science du pcôlroi le sacrifice ne peut s'accomplir-

Ainsi, la lumière, le feu devient la personnification, le symbole de rintelligence; toutes les facultés humaines trouveront ainsi des symboles dans ces phénomènes phys iques qui paraîtront s'y rapporter.

Les dieux indiens sont mariés et leurs femmes sont invoquées à leur tour :

« Qae les déesses, amies des hommes, nous couvrent de leur haafe faveur et nous donnent la prospérité ! »

La mention des déesses est une marqne non équivoque de déférence dont leur sexe était l'objet surtout avant rétablissement des castes.

Savitri, le soleil, est dit maître de l'opulence :

c Toi qui nous aides sans rel&ehe, accorde^^nons la rkhesse. — . Cette richesse recherchée, estimée» qu'on blâme; quandon ae l'a^^aa, qu'on cesse de haïr ( quand on la possède ), tu la tiens dans tes mafais. ».

ihk voit percer ici la morale positive des Védaa, que l'école brahmanique tournera plus tord à Tâscétisme. L'ait* td«r entend par richesse rab)nitiACd dt3S bien? de b terre que !e soleil vivifie (fe ses rayons» fait croître et mûrit.

172 us cnriLisATioMs primitives.

Les mœurs barbares de ce lemps-lâ se révèlent dans les prières adressées aux dieux pour rexlermination des ennemis. Indra, surtout, est le dieu terrible et vengeur, dont le type se reproduira dans le Jéhovah des Hébreux.

c Détruis tout ce qui élève la voix autour de nous ; donne la mort à l'ennemi qui menace notre tète, donne-nous la renommée en nous accordant far milliers des vaches et de superbes chevaux »

Agui n'est pas seulement le dieu de la véri(é> c'est emx>re le dieu de la vertu et aussi de la richesse :

c Agni, tu aimes cette richesse enviée qui est le premier Vœu de ton chantre respecté. Ta haute sagesse gouverne depuis TenÇant Jusqu'aux régions célestes. »

Dans la même lecture ludra est dit roi du monde qui se meut et du monde immobile, roi des troupeaux qui portent dos cornes, dieu armé de la foudre, et roi des humains dont il habite la demeure. Il embrasse toute chose comme le ceitle d'une roue en embrasse les rayons. (I«ct. ii )

Les dieux protègent particulièrement celui qui leur rend hommage :

c n crott, à l*abri des attaques de ses ennemis, celui que les dieux défendent et dont ils sont comme le bras protecteur. — Ces royaoi amis ouvrent devant leurs favoris les routes embarrassées, et renversent leurs antagonistes. lis détruisent Teffèl de nos ikutes. » (Lect. m).

L'aurore qui appelle l'homme au travail, dispensateur des ridiesses, est invoquée en ces termes :

c Aurore, lève-toi, apporte-nous tes richesses, et ton opulente abondance. — Lu prière sainte a souvent contribué à un heureux établiteement ; elle a valu des chevaux, des vaches, des biens de toute espèce. — L'aurore excite également l'homme dlHgent et le panvre : elle est ennemie de la paresse. — L'aurore, fille du dal, chasse nos ennemis et confond leur haine. — Accorde-nous uas

'iHBISIfS. 175

abondance telle qoe nous aoyons renommés pour noi Taches, nos chefanx et notre rigueur. • (Lect. ir.)

Cette invocation caractérise bien une tribu de pâtres, de chas-* seurs encore nomades se frayant laborieusement un chemin dans des forêts* et par les montagnes. Aussi la première invocation de la journée était-elle la plus sainte.

Les chantres védiques descendent jusqu'à la flatterie et à Tobséquiosité, en invoquant les dieux ; ils vantent leurs vertus, caressent leur orgueil pour obtenir leurs faveurs.

« Indra, pour plaire à l'homme pieux, frappe Timpie i pour plaire à ceux qui Thonorent, il accable ceux qui le dédaignent. De tout temps tu fus célébré pour ta libéralité j tu ne sais pas tromper nos désirs; tu te montres l'ami de tes amis. Il travaille au bonheur de sa nation, le prince, ami de la vertu, qui, en l'honneur d'Indra, présente l'holocauste et l'hymne sacré ou qui accompagne la prière de riches offrandes. Le généreux Indra lui enveie la pluie du haut du ciel. — Ma bouche chante un hymne qui représente le tableau de ses bienfaits ; je voudrais, par une brillante expression de mes pensées, obtenir la faveur de ce maître magnifique, et ajouter quelque chose à sa grandeur. •

La >ie présente, matérielle, le bien-ôtre, la richesse, la destruction des ennemis, voilà les perpétuels objets de ces prière» ; la sagesse est bleu demandée quelquefois, mais il semble qu'elle dépende plutôt des efforts de l'homme que d'un bienfait de la divinité. Cette prière adressée à Agni résume parfaitement le but des invocations et des sacrifices des premiers Indiens :

«OAgni, accorde-nous, avec la sagesse, une opulence qui nous procure tous les plaisirs de la vie et nogs rende l'existence agréa-, blel — Qq'il périsse 'celui qui cherche à nous nuire soit de pris, soit de loiui augmente noire prospérité. » (Lect. y.)

Rien ne révèle mieux la préoccupation e^iclusive des biens présents que cette prièreadresséeaux dieux pour qu'ilsveuillent bien protéger notre existence :

174 LES CIYILISAtldNS PBIMITIVES.

« Que fheutéase thyenr deir diettt, qtie leà bienf&lffi des diellx justes soient avec nous. Puissionls-nocrs obtenir leur' amitié l Qu'Os prolongent notre viet — lHiinortds« qu'ils nous accordent le bonheur, à nous qui sommes mortels, et qu'ils repoussent nos ennemis. »

JTai déjà montré que ce» poêles lie brillent point par la miséricorde ; ils sont impitoyables envers leurs ennemis :

« Que nos imprécations soient funestes à nos ennemis!... 0 Âgni, que ton amitié ne nous soit pas inutile! — Frappe de mort nos ennemis, quels qu'ils soient, éloignés ou voisins ; qu'ils tombent sans gloire avec leurs funestes pensées ! » (Leet. ti )

n n'ôst point question de polygamie dans lès Védas ; il n^èn faudrait pas induire que les chefs et les gens ricihes se privèrent de concubines; elles étaient pour la plupart des butins delà guerre; maison y honore le mariage; le Rig*Yéda exalte quelquefois le bonheur des époux :

« Qui demandé obtient : la femme a obtenu uû ittarl. Le désti* des deux époux s'eét enflammé et la femme a conçu un germé précieux de cet amour. •

Un auire hymne à l'aurore contient une apologie du (ra- Tail et des réflexions qui révèlent, dans son auteur, un certain esprit philosophique, dont les autres poètes védiques nous offrent peu d'exemples.

« Le monde était courbé par le sommeil ; tu annonces que le temps est venu de Duurchery de jouir de la vie, de songer aux sacrifices, d'augmenter sa fortune. L'obscurité régnait j l'aurore éclaire au loin l'horizon et visite tous les êtres. — Us sont morts , les humains ^i voyaient l'éclat de l'antique aurore; tioUs atnrofné leur sort, nous qui voyons les aurores d^aujourd'hut ; ils lïiôurront'àatti cent qui verront les aurores futures. — L'aurore apporte les bieiks nécessaires à la vie de l'homme; etie déploie un étendard brillaiif; •elle nous appelle, pareille aux aurores qui l'ont toujours précédée. —Levez-vous^ l'esprit vital est venu par nous. L'obscurité s'éloigne, la lumière s'avance.: elle prépare au soleil la voie qu'il doit pa^ courir. »

SkCT'ON n. — Noué trouvons ici un éloge pompeux de l'homme bienfaisant. On a pu remarquer déjà que par bîenfaifitoce lea poèus védiques entendaient la piodîfadité de dons et d'offrandes faites aux dieux, aux aacriflcateai^ et aux cbanices d'hymnes. Voici un passage explicite :

« L'homme bleofliisant se prépare une place dans le ciel, et se range parmi las dieux. Pour un tel homme, les ondes cClestes font descendre liur beurre ; pour hil, une offrande est loc^jours féconde. Les honmies génértox ooi une destinée miraculeaBe; leurs soleils brillent au ciel; Usent part à l'ambroisie» et prolongent leur existence. Puissent ces honmies généreux être exempts de fautes malheureuses 1 Paissent les maîtres vertueux n'éproufer aucun désastre! Autour d'eux qu'il trouTcnt un protecteur l Que les chagrins n'habitent point avec celui qui est libéral I • (Lect. i.)

L'auteur de l'hymne 15 s'adressant à Mitra et à Yarouna, leur dit :

« Quand le sagCi prodiguant et l'oifirande et la louange, tous honore par ses inyocations et ses sacrifices, tous yous approchez de hl, Toos agrées ses présents, yous approuyez et au yœox et ses désirs. •

Ainsi les dieux de Védn n*aoeordent rien pour rien; la sagene elle-mênie n'attire leurs faTéure que si elle est accompagnée d'offrandes.

Yoid une sentence, dont la forme fnusitée dans ce livre peut (isire croire à une interpolation :

«L'estime que l'on peut faire des hommes n'est jamais complète: tel est juste et pradeût, il aime les sages ; mais.il est cruel, tel autre sa ftût craindre et abuse de sa force pour opprimer tm plus faible que lui. 0 dieux ! un tel reproche ne peut tous être iidressé. » (Uot. II.

Le dogme de la transmigration, qui prendra dans la suite un gfMid développement, se fait Jour ici pour la première fois d'une manitee non équivoque; et U apparaît dé|àoottittM

un moyen dts réparation oa d*expialion du mal qui afflige ou aouille rhomme 8ur terre.

«L'homme, enveloppé dans le sein de sa mère et tujet àplufteun naistancêSf est an pouvoir du mal. » (Lect. ni.)

Agni n'est pas seulement le feu qui réchauffe, la flammu qui éclaire ; c'est la lumière qui dirige, c'est le bras qui protège, c'est la justice qui châtie :

« 0 Yrihaspati (nom d*Âgnî), ta ne donnes pas tes biens à l'impie; ta aimes Thomme qui t'apporte des offirandes. — Ta es la vole Terdoyante.de Theareux voyageur ; ta es aussi l'ami empressé de rinfortané. •«- 0 maître de la chose sacrée, ta es prompt à donner, généreux, ardent au combat, courageux assaillant, vainqueur intrépide i tu es juste et débiteur équitable. Ta abats l'homme violent et superbe. •

Cette dernière phrase signifie-t-elle qu'Agni est aussi le dieu des combats? non , c*est uniquement en qualité de juge qu'il applique le châtiment. Le dieu de la guerre, de la vengeance, c'est toujours Indra, comme il est dit plus loin :

« Dans ses iQustres combats/Indra va conquérir la richesse pour les Dévas, maître des hommes pieux et ami des sages dent il remplit les vœux. Près du foyer du père de famille qui l'honore, les prêtres renommés par leur science célèbrent ses exploits dans leurs hymnes. — Appelons à aotre secours^ au sein de ce itiàcriûoe, le grand, la magnifique Indra, le plus noble des héros au milieu dn combat, aussi clément que terrible, vainqueur de ses ennemis sur le champ de bataille, et couvert de leurs dépouilles. » (Lect. vi.)

Section uu —Indra lui-même s'exprime ainsi :

H « C'est moi qui ai foit cet univers. Personne ne peut résister à ma puissance divine et invincible. Quand je suis enivré de soma et des hymnes, .les deux mondes, dans leur immensité, tremblent^ » ( Lect. yn.)

Homère et Virgile prêteront à peu près le même laogagei Jupiter./. '-i

Agni est ioYoqué pour qu'il fasse retomber le cbAtiment sur celui qui veut du mal à ses adorateurs et le punir par sa propre Taute.

« 0 prudent Agni, frappe par sa méehanoeté même le méchani qui nous tend des embûches! w (Lect. S).

SiGTioH lY. — Si le poôte appelle les faveurs et la proteption .d'Agni sur ceux qui font de riches oflErandes, il appelle sa haine sur ceux qui dédaignent son culte et le chant des poètes, et ici l'intolérance s'exprime en termes qu'on retrouTC dans la bouche de tous les fanatiques.

« Arec ton secours, ô Yrihaspat ! (1), les hommes deTiennent riches, invincibles, ornés d'une belle iiimiile. L'opulence appartient à ceux qui n'usent de leur fortune que pour donner des chevaux, des Taches, des étoffes.— Rends caduque Topulenee de ceux qui en jouissent, sans nous demander nos hymnes. Que ces impies dont la race s'élèverait dans le monde, que ces ennemis de notre culte soient par toi enlevés à la face du soleil. • (Lect* t.)

L'auteur de l'hymne i4 définit le sage et lui attribue le plus beau rôle qu'il ait à remplir sur la terre, celui de diriger len astres dans la bonne voie :

« Le sage est tel qu*uncheTaI attelé à un char : ilporle volontairement la charge (du sacrifice) seceurable et conservateur. C'est ce que je (ais. Je ne demande pas à être délivré de ce fardeau $ je ne veux point le repousser. Le sage est fait pour diriger les autres dans la voie droite où il marche le premier. «

Yarouna est une sorte d'ange gardien dont on implore la vigilance et la protection. Dans l'hymne SS qui lui est adressé on lit :

« SI des méchants ont, comme dans un jeu, conçu quelque mauvais dessein, s'il existe quelque trame injuste que nous ignorions,

(i) Un des noms d'Agni.

I tt

178 LES ClYILlSATIimS PRIMITIVES.

dilivre-Baiis deeetoomplotSy qu'ils soient éyentés. Paissions-Boas être sous la garde fidèle! »

Indra est taxé d'inconstance* Cependant on ne saurait dire si t*M, un reproehe on un éloge :

« Ennemi des impies, roi du ciel et de la terre, Indra protège les mortels, enfants de Manou. ~ Indra quitte ses illustres amis, et passe à de nourelles amitiés. H descend à des gens sans nom et demeure aiec eux de longues années. »

La réversibilité du châtiment d'un coupable sur sa famille^ qu'on retrouve dans toutes les religions, est mentionnée dans ce passage: s

« 0 Agni, qu'il tombe dans le mal, l'ennemi, le Toleur, le brigand qui en veut à nos moissons, à nos cbeyaux, à nos vaches, à notre vie. Qu'il périsse bdeisa famille. — Qu'il soit perdu dans sa personne et ie$m^mU$. Qu'il soit chassé des trois mondes. O dieux, disparaisse le nom de celui qui nous tourmente et la nuit et le JourI »

A la suite de cette imprécation farouche, on lit une sage réflexion :

« Entre ces deux rivaux, le bien et le mal, le bien est ce qu'il y a de préférable. Soma (liqueur sacrée) le protège et détruit le mal.» (Lect. vn.)

Soma est la liqueur qui purifie; elle a été divinisée comme tous les objets qui faisaient partie du culte, et, en cette qualité, elle fut même invoquée très-souvent.

Section vu. Il est question ici de sept règles de conduite dont le Rig-Véda ne donne pas la nomenclaiuret mais qui font supposer un enseignement moral traditionnel. Il s'agit de devoirs particuliers indépendants des pratiques religieuses» et qui se transmettaient oralement.

«Las ngit ont tiMi Mpl sigles 4e «oodoito. Bo AmaUt aiM •Ml?, fl'att M rendre péebeiir. Agai lootieol rheovBe «nireal loa

nérite... »

Dans une note sar ce passage, M. Langlois dit que les dé» Hanses les plue anciennes étaient: la boissoQ» la goormandise, les femmes» la chasse, la brotalilé en actipp, an paoQle» isl le viol (1).

L'hymne 5 de la sixième lecture offre un antept dialogoe entre Yama (la nuit) et Tami (feu latent). C'est une naîTe peinture des amours primitifs dans le genre du Cantique du eanHçiief. Les poèmes indiens en présentent plus d'un exemple.

« Ym. — Qu'un ami Tienne à soa amie, et ttaTerse le kife Océan de la mort. Que le sage, poar fruit àk ses médiiatioDs, veie les petilB-ftis de son père s'étendre sur la terre.

Taha. — Ton ami ne reeberehe point ton amitié. Si nous avesM la BiSme origine (çaie les autres dieux ) notre forme est dîMoente.

Yahi. — Tous ces immortels désirent quelque chose, ne seraitce que Toffrande d*un mortel. Moi, ma pensée est unie k la tienne. Que moB époux naisse et se reTÔte d'un corps...

Taxa.— Noas sommes arrÎTés dans un fige où les épouses doi- Tent supporter la perte de leurs maris. 0 femme, étends ton bras mua un homme. Désire un autre époux que mol Je ne rapprocherai point mon corps du tien. On a dédaré pécheur celui qui épouse nne soeur. Cherche le plaisir avec un autre que moi. 0 femme, ton frère ne Tout point de toi.

Yami. » Hélas! Tama, tu es cruel. Je ne reconnais ni ton coeur, ni ton âme. Qu'une autre t'enlace atec sa ceinture et t'embrasse comme la liane embrasse l'arbre.

Yaxâ.— - Yami» embrasse un autre, qu'un aotrS't'embrasse comme la liane ( embraase ) l'arbre. Désire son amour. Qu'il désire Ion amour. QuoTOtre union soit heureuse I •

Il y a ici un détail de mœurs important à signaler, c'est U)T, 4, p. 331.

180 LES ayiMSATIOlfS phimitives.

la réprobation attachée au mariage entre frère et sœur. Le positivisme indien se révèle dans cette invocation : Le système d*Epicure est» on peut le dire, engerme dans les Yédas:

« La vie et la mort se succèdent. Qae Tinvocation 'que nous adreisons aujourd'hui aux dieux nous soit propice 1 Livrons-noas au rire et au bonheur de la danse, et prolongeons notre existence.! (LectTiihyouie 18.)

Le caractère] positif de ce peuple n'excluait pas les vertus sociales, l'amour de la famille, la déférence pour les femmes comme épouses et comme mères.

« Laissez approcher avec leur bearre onctueux, ces fempes vertueuses (pii possèdent encore leur époux. Exemptes de larmes et de maux, couvertes de parures, qu'elles se lèvent devant le foyer.

•— « Bt toi,. femme, va dans le lien où est encore la vie pour toi. Retrouve dans les enfants qu'il te laisse celui qui n'est plus. Tu as été la digne épouse du mattre à qui tu avais donné ta main. » {là,).

La monogamie ressort évidemment de ce passage. Ce noble hommage rendu à la veuve, est bien différent de la coutume barbare, qui lui sera imposée dans la suite, de se laisser brûler avec le corps de son époux.

Indra est représenté avec le double attribut de dispensa* teurdes récompenses et des châtiments ; il dit de lui-même :

• 0 chantre, je suis prompt quand il s'agît de récompenser les libations de mon serviteur. Je donne la mort à l'impie qui marche . obliquement, et qui abuse de sa grandeur pour blesser la justice. »

Le mé!ne hymne exalte le sort de la femme qui éprouve an juste orguml à partager la gloire de son époux :

« Toutes les femmes sont charmées du courage et de la gloire de l'époux qui les aime. Une belle épouse est heureuse quand elle rend un hommage public à son bieu-aimé. • (Lect. 7.)

L'hymne S de la YIIIs lecture est adressé au dieu du jeu.

mDfEifs. 181

Les indîqps ont personnifié les passions ; celle du jeu à laquelle ils furent particulièrement enclins^ ne devait pas être oubliée. L'auteur de cet hymne exprime très-bien la lutte du joueur avec lui-même^ et les désordres auxquels il expose sa famille. G*est un drame en quelques lignes dont les scènes sont habilement amenées. On y reconnaît le g^nie dramatique des Indiens qui^ plus tard, se manifester^ dans des œuvres remarquables (1).

« J'aime avec ivresse ces (dés) qui s'agitent, tombent dansTairat roulent sur le sol. ^ J'ai une épouse qui n'a eontre moi ni colère, oi mauyaise parole. Elle est bonne pour ses amis comme pour son époux. Et voilà la femme dévouée que je laisse pour aller tenter la fortune ! — Cependant ma belle-mère me hait, mon épouse me repousse. Le secours que me demande le pauvre est refusé, car le sort d'un joueur est celui d'un vieux cheval de louage. — D'autres consolent l'épouse de celui qui aime les coups d'un dé triomphant. Son père, sa mère, ses frères lui disent : nous ne te connaissons pu. Emmenez-le enchaîné. — Quand je réOéchis, je ne veux plus être malheureux par ces (dés). tTafs en passant les amis me ponssent. Les (dés) noirs en tombant ont fait entendre leurs voix. Et je vais à l'endroit où ils sont, pareil à une femme perdue d'amour. — Le jouear arrive à la réunion. Il se dit, le corps tout échauffé : Je gagnerai 1 « Les dés s'emparent deTâmé du joneur, qui leur livre tout son avoir. — Les dés brûlant le joueur de désirs et de regrets, remportent des victoires, distribuent le butin, font le bonheur et le désespoir deS' jeunes gens, et, ponr les séduire, ils se couvrent de miel. — L'épouse du joneur, abandonnée, s'afflige ; sa mère ne sait pas ce qu'est devenu son fils. Lui-même, poursuivi par un créancier, tremble ; la pensée du vol lui est venue ; il ne rentre chez lt»i que la nuit.—- 0 joueur, ne touche pas aux dés i travaille plutét à la terrci et jouit d'une fortune qui soit le fruit de ta sagesse. Je reste avec mes vaches et avec mon épouse. >

Il serait difficile de trouver des observations plus justes et

{{) Voir Sakauntalay drame traduit par Ghéry, et le Tkeâirê In^ (Uerif trad. par r^^nglois, 2 vol. in-So.

182 LES GITILI8ATI01IS PBIMITIYES.

on sentiment plus vrai de repentir. Le nom de l'auteur, CavMba, mérite d'être cité.

SiGTiON Yiii. L'hymne H de la III* lecture célèbre les noms de Sonrya, la fille du soleil* ou l'aurore. G^est encore une sorte d'apothéose de la femme comme épouse.

« Entre soos d'heureux aaspices dans la maison conjugale. Qae le bonheur soit chez nous pour les bipèdes et les quadrupèdes. — TIeDS, d belle, 0 désirée des dieux, au cœur tendre, au regard charmant, bonne pour ton mari, bonne pour les animanx, destinée à enfuiier des héros. — 0 généreux Indra, rends-la fortunée. Qu'elle aà une belle iiuaiUe; qu'elle donne à son époux dix enfants; que lui*mèiie soit comme le onzième. »

L^hymne 5 de la lY* lecture fait mention des quatre castes, il est dit que le Brahman a été la bouche de Pouroucha(râme) le prince (Râdjanja) ses bras; le Vôsya ses cuisses; le Coudra ses pieds. Le savant traducteur du Rlg-Véda (1) pense avec ftiaon que cet hymne est une interpolation» et a été introduit par erreur dans ce recuttl qui porte le cachet d'une cÎTilisatiOn où régnait l'égalité politique. Jusqu'à présent, en effet, rien n'indiquait dans les Védas la division de la société in* dienne par castes, bien qu'on y trouve les mots hrâkmana et kekairiya. Il y a bien la distinction du prêtre et du guerrier f mais souvent ces deux titres sont confondus dans la même personne. En un mot, rien n'indique encore une juridiction exclusive et héréditaire, un privilège de naissance et de profession.

Golebrooke a démontré que le style de cet hymne n'est point védique (S). II a du être composé A Tépoque où la compilation des Samhitas a été faite, et on l'a joint aux autres.

Les castes ne commencent à apparaître que dans les Brlb-

(OT.rr,p. 499.

(S) JTlMyf. 1. 1, p. 399.

llfMENS. 185

manas et dans l6B Oupanishacb, rédigés par des BrabniaDes : mais on oomprend que oeux*ci aient youln qu'on pût trouver jusque dans le Rig-Yéda un témoignage de leur institution sacrée.

L'bymne 2 de Ta VI^" lecture renferme l'éloge de la iibéralbé, c'est-à-dire des dons faits aux prêtres; c'est la répétition de ce que nous avons déjà lu.

« La libéralité, divine et seeonrable, est une partie du sacrifice. Elle n'est point connue des impies qui sont avares. Mais les sacrificateurs généreux, dans la crainte du blâme, ont de nombreui présents à offrir. — La libéralité est prodigue de chevaux, de vaches, de parures d*or, d*allment8. Le sage qui pratique la libéralité se prépare à lui-même une armure. —Le libéral ne meurt point; il ne connaît ni la paurreté, ni la persécution, ni la maladie. »

On voit que les prètfos cherchaient à séduire par les plus belles perspectives ceux qui leur apportaient des offrandes.

Cependant la bienfaisance du riche envers le pauvre est aussi présentée comme trôs-méritoire.

« Les dieux ne nous ont point condamnés à la faim, ni à la mort ; car les humains ont une ressource dans le riche. L'opulenee de l'homme bienlàisant ne périra point. Le méchant ne trouve point d'ami. — Quand le riche se fait une âme dure pour le pauvre qui demande à manger, pour l'indigent qui l'aborde, quand il garde tout pour loi» il ne trouve point d'ami.

» — L'homme bienfaisant, bon pour le malheurepx qui a faio^ et qni vient dans sa maison, trouve de l'honneur dans le sacrifice, et des amis parmi les autres.

• -. Que le riche soulage oelui qui a besoin et qui trouve la route trop longue. La fortune tourne comme les roues d'un chari et vi« site tantôt l'un et tantôt l'autre.

» — Le mauvais (riche) possède une abondance stérile : cette abondance est sa mort.

• —Le prêtre instruit est ; plus respectable que l'ignorant. Le bienfaiteur généreux doit remporter sur l'égoïste. »

184 LES OTILISATIOIVS PBIMITITES.

Li toetore VII contient un hymne remarquable sur le dieu inprôme et toul* puissant, le Risbl Kiranya-Garbbam estrauteor.

c ... Le dieu à Tœuf d'or a paru ; il venait à peine de nattre et il était déjà le seul maître du monde II a rempli la terre et le ciel. A qoel autre dieu oflinrions-nousrholocausteT C'est le dieu qui donne la Tie* qui donne la force; c'est celui dont tous les êtres, dont toas les dieux subissent et honorent la suprême loi ; c'est celui auprès de qui rinuDortalité et la mort ne sont qae des ombres. C'est le dieu qui par sa grandeur est le seul roi de ce monde, qui respire et q«i voit par lui ; c'est le maître de tous les animaux à deux pieds, à quatre pieds.,. C'est pour lui qu'a été solidement établi le ciel, par lui la terre, par lui l'air immense, par lui le firmament; c'est loi qui dans les abrs, conduit la lumière. C'est lui que le ciel et la terre, soutenus par son appui, frémissent du désir de voir, quand le soleil, dans sa splendeur, se lève à l'orient... Ab ! puisse-t*il nous protéger, celui qui, dans sa sainte puissance a créé la terre et le del, celui qui a créé les belles, les vastes ondes. A quel autre dieu offririons-nous l'holocaustef

La même lecture contient cette invocation à Tâme suprême.

« Rien n'existait , ni l'être, ni le non-être, ni terre, ni del, ni région supérieure; pas de mort, pas d'immortalité, pas de flambeau du jour ou de la nuit. Lui seul respirait sans inspirer, absori)é dans sa propre essence. Il n'existait rien autre que lui ; les ténèbres étaient sans lueur, l'eau sans éclat. Tout était confondu. L'être suprême reposait dans le vide et de sa sainte pensée jaillit cet univers...»

Ta! dit que les hjmnea du Rig^yida^ avaient été composés par des tribus venues des bords de Tlndus, et appartenant par leur origine à la grande branche de la race humaine appelée Àrya^ dontManou passe pour avoir été le premier instituteur.

Ces tribus apportèrent dans l'Inde une civilisation déjà formée, des mœurs patriarcales et une langue ébauchée.

INDIENS. t85

Le dialecte des Védas est très-différent du sanscrit classique; al AV. Jones a dit arec raison qu'il y avait entre eux la môme différence qu'entre le latin de Numa et celui de Gicéron (1).

Lorsque les Aryas prenaient possession d'un nouveau pays, un cérémonial religieux suivait cette conquête ; on faisait des sacrifices avec l'accompagnement d'hymnes chantés ou récités. Le Rig*Yéda nous apprend que les Rishis invoquaient les agents de la nature pour attirer leur bénédiction sur lés troupeaux, sur les champs, sur les familles.

M. Lan^ois dit que le mysticisme n'existait pas pour ces auteurs, et que peintres enthousiastes de la nature, ils en représentaient les phénomènes tels qu'ils les concevaient dans la simplicité de leur ignorance (l) .

Ces Rishis étaient quelquefois des dieux, ainsi Indra se célèbre lui-même (2). Ailleurs, c'est la parole (Yak), regardée alors comme la fille du sage Abhrina. L'hymne à l'arbre de science sacrée, où une femme jalouse prononce une incantation qui doit donner la mort à sa rivale, est attribuée à Indràni, épouse céleste d'Indra (H). Enfin un hymne à Sraddhâ, à la foi religieuse, fille de Kâma, Amour ou Désir, est supposé l'œuvre de Sraddha elle-même. L'opinion populaire a fait de ces rishis, tantôt des personnages allégoriques, tantôt des êtres réels (4).

Le Rig-Yéda renferme aussi des incantations toutes personnelles, des exorcismes qui doivent apaiser les craintes, consoler les regrets, assurer le bien, éloigner le mal. (6)

Les passions, les sentiments y sont indiqués, mais non développés : tels sont la colère, la vengeance, l'amour du jeu, le courage, la fierté, la justice.

L'amour, qui a joué un grand rôle dans les légendes et poS-

(i) Lùif ie JUanou, préf. t. 7, p. 79.

vt) Unglois, trad. du Mig-Féda, 1. 1, p. 168.

(3)Trad. deLanglois, t, I?, p. t69.

(4) là., ieet. S, leet. S, 1. 5.

(5) Barthélémy Saint- Hilaire, des Fédas, p. 65.

186 LES GIVILISÀTIOlfS PRIMITIVES.

III6B de rinde, n'apparail pas sous ane forme tendre et sentimentale dans les Védas, mais il n'est pas non plus licencieux comme il le deviendra par la suite.

Cest la volupté sans la débauche ; le mariage y est sacré et respecté.

En un mot, la simplicité primitive du peuple indien se reflète dans les hymnes védiques, comme un témoignage de haute antiquité.

Ces hymnes, d'aiiîeurs, n'ont subi aucune altération; les copistes en ont suivi religieusement le texte, et les tlombreuses citations qu'on en a tirées en sont l'exacte et scrupuleuse reproduction.

Leur haute antiquité se démontre encore par le silence qu'ils gardent sur les castes et sur la transmigration ; et cependant le régime des castes, et la doctrine de la transmigration remontent déjà trôs-haut dans l'histoire indienne.

§ 4. LE YAÎW0IIR-VÉDÀ-BLÀNC\ ET LE TAUJOUR-VÉDA-

NOIH,

Le Yadour^Véda, sous sa forme primitive, fut enseigné par Veisampàyana à vingt-sept élèves. L'un d'eux, Yàdjnyavalkya, fut chargé de diriger l'instruction de ses condisciples, mais n'ayant pas voulu partager avec son maître l'expiation d'un meurtre involontaire, il fut forcé de rendre par la bouche, sous une forme matérielle, la science qu'il en avait reçue. Yeisamp&yana ordonna aux autres disciples de reprendre le Véda qui venait de sortir de la bouche de Y&djnyavalkya; ceux-ci, pour exécuter cet ordre, se changèrent en perdrix. Lee restes souillés qu'ils avalèrent furent nommés itotrt, et le Véda reçut le nom de Taittiriya.

Yadjayavalkya s'adressa, pour réparer la parte de sa science, au soleil, et il obtint une nouvelle révélation du Yadjour qui fut appelé blanc ou pur, pour le distinguer de l'autre. On f appela aussi Vâdjoêaneyû Le sujet traité par les] deux Yadjour est le inéme.Colebroocke a indiqué les sujets des quarante-une lectures de la Vâdjsaneya-Samhità (!) ; ce sont des formules qui doivent être prononcées au milieu de cérémonies religieuses. Dans les oblations et les sacrifices, il y a des mantras (prières) adressées-à la lune dans ses différentes phases, aux mânes, au feu perpétuel, à la consécration des .rois. Plusieurs chapitres contiennent les prières dont on faisait usage pendant le sacrifice aiwamedha ou cérémonie emblématique de l'immolation d'un cheval. D'autres concernent les obsèques, les purifications, les pénitences.

Voici un passage important sur la cause première :

c C'est le feu qui 68t la cause première , c^est le soleil, c'est le vent, c'est la lune; c'est aussi le pur Brahma ; ce sont les eaux ; c'est le seigneur des créatures. Tous les instants qui mesurent le temps, sont sortis de sa personne éclatante, que nul être mortel ne peut embrasser et percevoir , ni au-dessus, ni autour, ni dans le milieu. Sa gloire est si grande qu'il n'y a point d'image qui le puisse représenter. C'est lui, dit la sainte Écriture, qui est dans l'œuf di or; c'est lui avant qui rien n'était né; c'est lui qui est le dieu de l'espace, lui qui est le premier né; c'est lui qui est dans le sein fécond, lui qui sera produit éternellement; c'est lui qui demeure dans tous les êtres, sous les formes infinies qu'il revêt. Lui avant qui rien n'est néj lui seul qui est devenu toutes choses ; lui le seigneur des créatures, qui se platt à créer, produisit les trois lumières : le soleil, la lune et le feu, et son corps est composé de seizeonembres. À quel dieu offrirons-nous nos sacrifices, si ce n'est à lui, qui a rendu l'air fluide et la terre solide» qui a fixé l'orbe solaire et l'espace céleste, qui a répandu les gouttes de la pluie dans l'atmosphère ? A quel dieu offrirons-nous nos sacrifices, si ce n'esta lui, que contemplent mentalement le ciel et la terre, tandis qu'ils sont fortifiés et

(i) Bssayi, U I, p. M.

embellis par les offrandes pieuses, et qa*ils sont illaminés par le soleil qoi roule au-dessus d'eux et fécondés par les eaux qui les inondent?

• Le sage fixe ses yeux sur cet être mystérieux dans lequel existe perpétuellement Tunifers, qui n*a pas d*autre base que lui. Bn lui le monde est absorbé; c'est de lui que le monde est sorti. Il est entrelacé et tissu dans toutes les créatures sous les diverses formes de l'existence. Que le sage qui connaît tous les secrets de la réYélaUcn, s'empresse de célébrer cet être immortel, cet être dont l'existence est aussi mystérieuse que variée. Celui qui connaît ses trois états de eréation, de durée et de destruction, enveloppés dans ce mystère, celui-là est le père du père. Ce Brahma, en quijes dieux obtiennent l'immortalité, quand ils sont arrivés à la troisième région, est

notre parent vénérable Comprenant que le ciel, la terre et l'air

ne sont que lui, découvrant que l'espace et l'orbe ne sont que lut, l'homme pieux voit cet être, devient cet être, et s'identifie avec lui.... 0 feu, rends-moi sage aujourd'hui de celte sagesse qu'adorent les dieux et nos pères ! Puisse cette offrande être efficace ! Puissent le feu et Pradjapati m'accorder la sagesse I Puissent Indra et l'air m'accorder la sagesse I Puisse Brahma me donner la raison t Que le prêtre et le guerrier me défendent, tous les deux ! Que les dieux m'accordent la félicité suprême ! 0 toi^ qui es cette félicité éternelle, puisse cette offrande te plaire et t'agréer ! »

Un autre morceau présente un «iccent encore plus élevé; il forme une Oupanishad qu'on détache souvent du Yadjour- Véda, sous le nom d'Isâ-Oupanishad :

« Un maître souverain régit ce monde des mondes ; nourris-toi de cette unique pensée en abandonnant toutes les autres et ne convoite le bonheur d'aucune créature. L'homme qui accomplit ses devoirs religieux peut désirer vivre cent années ; mais même alors 11 n'y â pas pour toi, il n'y a pas pour l'homme d'autres devoirs que ceux-là. Il est des lieux livrés aux malins esprits, couverts de ténè* bres éternelles ; c'est là que vont après leur mort ces êtres eorrom* pus qui ont tué leur âme.

»Cet être unique que rien ne peut ébranler est plus rapide que la pensée, et 1^ dieux eux-mêmes ne peuvent coipprendre ce moteur

Baprème qui les a tous devancés. Toat immobile qu'il est, il dépasse infiniment tous ^s autres, et le rent n'est pas plus léger que lui. Il meut ou il ne meut pas, comme il lui plaît, le reste de l'univers ; il est loin, il est près de toutes choses; il remplit cet univers entier, et il le dépasse encore lout entier infiniment.

» Quand l'homme sait voir tous les êtres dans ce suprême esprit, et ce suprême esprit dans tous les êtres, il ne peut plus dédaigner quoi que ce soit. Pour celui qui a compris que tous les êtres n'existent que dans cet être unique, pour celui qui a senti cette identité profonde, quel trouble, quelle douleur peuvent désormais l'atteindre? L*homme alors arrive à Brahma lui-même; il est lumineux, sans .corps, sans mal, sans matière, pur, ^délivré de toute souillure ; il sait, il prévoit, il domine tout ; il ne vit que par lui seul, et les êtres lui apparaissent tels qu'ils furent de toute éternité, toujours semblables à eux-mêmes.

» Ils sont tombés dans une nuit bien profonde ceux qui ne croient pas à l'identité des êtres ; ils sont tombés dans une nuit bien plus profonde encore ceux qui ne croient qu'à leur identité... Celui qui connaît à la fois et Videntité éternelle des êtres et leur destruction nécessaire, celui-là évite la mort en croyant à leur destruction : mais il gagne d'être immortel en croyant à leur identité.

» Ils sont tombés dans une nuit bien profonde ceux qui restent dans l'ignorance des devoirs religieux; ils sont tombés dans une nuit bien plus profonde encore, ceux qui se contentent de la science de ces devoirs. Il est une récompense pour la science, il en est une autre pour l'ignorance : voilà ce que nous avons appris des sages qui nous ont transmis cette tradition sainte. Celui qui connaît à la fois et les effets de la science et les effets de l'ignorance, celui-là évite la mort, parce qu'il^onnait l'ignorance ; mais il obtient l'immortalité, par ce qu'il connaît la science... 0 Dieu, qui connais tous les êtres, purifie-nous de tout péché, et nous pourrons te consacrer nos ado* rations les plus saintes. Ma bouche ne cherche que la vérité dans cette coupe d'or. Cet homme qui t'adore sous la forme du soleil au disque brillant, cet homme c'est moi, ô ftrahma I ô soleil éternel, entends ma prière. > (1).

(0 Fàdjasaneyi'Samhiia, édil. de M. Webcr, p. 97S. WiU-Jones,

Le Bagavad-Gha renfermera le môme fond d'idées, quoique ici la croyance religieuse soit plus simple et plus pure. Cette croyance en l'unité de Dieu deviendra plus tard un panthéisme compliqué de nombreuses superstitions.

Dans la seconde partie du Yadjour-Véda blanc , appelée Çatapatho'Bràhmanap se trouve la légende d'un déluge, différent de celui des Hébreux en ce qu'il n'était point un ehAtiment infligé aux hommes, mais l'effet d'un cataclysme naturel. Bien que le genre humain ait été détruit, la terre fat repeuplée à nouveau par Hanou, conjointement avec sa fille.

c Manon eut rapport avec sa fille dans le milieu du sacrifice

Il vivait avec elle priant et jeûnant, et taisant des voeux pour obtenir de la postérité ; par elle il procréa cette race qui s'appelle encore aujourd'hui la race de Manon. »

Le même livre contient une autre tradition de la destruction des hommes y non plus par l'eau, mais par le feu. Ces deux traditions, quoique différentes» se rapportent cependant à l'histoire physique de la terre, où le feu et l'eau ont dominé tour à tour sur de vastes espaces , à la siiite de grands cataclysmes» et y ont laissé des traces indélébiles de leur passage.

1^ Yadjour*Yéda noir (TaiUiriya) présente une autre révélation sur un sujet pareil. La Samhitâ, ou collection de prières, y est arrangée en sept livres contenant plusieurs lectures. Colebrooke en a traduit quelques passages ; l'un d'eux concerne la création du monde :

« Ce monde n'était originairement que de Tean. Dans cette ean s'agilaitle maître de la créatiOD, qui était deyenn Tair. Il prit ceUe terre et revêtit la forme d'un sanglier. Puis il modela cette terre eo devenant l'ordonnateur de l'univers. La terre devînt belle et resplendissante, d'où lui fut donné le nom de Prlthivi.»

agmmpoMumet, t. Xni, p. 374. Barthélémy Saint-Hilaire, Des Fidas, p. 86-SS.

Un autre contient une conversation curieuse entre un père et son fils y dans laquelle le panthéisme commence à se faire jour:

c Brighou, le fils de Yarouna, s'approcha de son père et lui dit : t 0 père vénérable, fais-moi connaître Brahma. » — Yarouna nomma successivement la nourriture ou le corps, la vérité ou la vie, la vue, Fouie, l'esprit ou la pensée et la parole. Puis, il dit : Ce qui produit tous les êtres, ce qui les fait vivre quand ils sont nés, ce qui est leur but commun et ce qui les absorbe, voilà Brahma que tu cherches.

» Brighou médita profondément, et s'étant tenu dans une pieuse contemplation, il reconnut que la nourriture et le corps, c'est Brahma, car tous les êtres sont le produit delà nourriture; ils ont pour but commun de se nourrir ; ils s'absorbent dans la nourriture. Brighou comprit tout cela, mais n'étant pas encore complètement satisfait, il s'approcha de son père Yarouna et lui dit encore : 0 père vénérable, fais-moi connaître Brahma. » — c Yarouna lui répondit : Cherche la connaissance de Brabma dans une pieuse méditation : Brahma est une contemplation profende. »

Brighou reconnaît, après une contemplation profonde, que Brahma est le souffle vital. Mais, n'étant pas encore satisfait, son père lui propose une méditation profonde. Brighou s'y livre et reconnaît que Brahma est l'intelliffence dont tous les êtres sont produits.

Dans une dernière et pieuse contemplation^ Brighou reconnaît que le bonheur est Brahma , que tous les êtres sont produits par le plaisir, et que leur but commun est le bonheur.

« Telle est la science acquise par Brighou instruit par Yarouna, science qui se fonde sur l'esprit suprême et éthéré. Celui qui la connatt s'appuie sur la même base que lui ; il acquiert une nourriture abondante, et il devient un feu brûlant qui conaume les aliments; il a une postérité nombreuse , de riches troupeaux, les perfections les plus saintes et sa gloire se répand au loin. >

g 5. L« SAMA-TÉDA.

Ce livre se compose d'une série de versets ou sunces» reproduits des autres Védas, surtout duRt^-Véïto, et disposés de façon à être chantés dans le sacrifice de la plante dite $0^ mayaya (plante de la lune). On y trouve l'apothéose de différente» divinités supposées présentes aux cérémonies, et des prières et invocations pour en obtenir toutes sortes de prospérités.

Ensuite sont indiquées les pratiques d'austérité auxquelles il faut que l'ascète se livre en chantant les hymnes du Véda ; Tune d'elles l'oblige à ne manger qu'une fois pendant les trois premiers jours. Pendant les trois jours suivants» il ne mange paS) mais il mange une fois durant la nuit, et encore faut-il que. quelqu'un lui apporte de la nourriture sans qu'il le demande. Enfin, pendant les trois derniers jours, il doit jeûner entièrement. Ces pratiques nous éloignent beaucoup de la vie simple et positive dont le Rig-Véda nous offre le tableau, et attestent la postériof ité du Sama-Yéda, au moins dans ce %ai n'est pas d'emprunt. Suivant les calculs de Bintley, la plupart des hymnes du Sama-Véda auraient été composés dans le dixième ou douzième siècle avant noire ère (1). Les autres ne seraient que des emprunts faits au Rig«Yéda.

La première partie de ce livre débute par une invocation à Agni :

c Viens, Agni, au banquet de celai qui célèbre ta gloire et pré* sente l'offrande. •

Plus loin :

(I) Stevenson. Trad. anglaise du Sama-Féda, pré&oe.

c Je te détire, Agoi, toi qui es le plus grand au milieu des sacrifices, toi qui donnes la force à nos enfants... donne-nous une ricbesse égale à mes désirs... Gloireà.Agni dont les actions sont

guidées par l'équité et qui est le destructeur des maux Agnî, tu

es le dieu qui peut nous donner les richesses. Donne-nous des ci^ ternes profondes d*eau pour nos fils. Tu es grand en tous lieux, tu es le présenrateur, tu es resplendissant... •

AgDÎ est aussi invoqué comme possédant toutes les gloires, et pouvant donner la richesse» la santé et une nombreuse postérité:

« 0 Agni, puissions-nous avoir des fils et des petits-fils, pèrei d'une nombreuse race, et puisses-tu nous regarder toujours d'un œil Civorablel*

Indra est invoqué à son tour.

• Indra , qui envoies la pluie, tu es celui qui nous bénit. Nos sacrifices honorent Indra qui tourne autour de la terre et produit le tonnerre... Oindra, tu es le conducteur des grandes expéditions ; ne laisse pas nos ennemis s'avancer sur nous, et fais que nous puissions ItB vaincre. Apporte-nous aussi des richesses toujours croissantes. »

Indra est célébré comme tout-puissant; sa ^grandeur est comparée à celle des cieux. C'est \^ dieu des combats,

« Indra, qui tiens le tonnerre, donne-nous la puissance des armes et fais mourir tous ceux qui haïssent les brahmanes... Viens à moi, possesseur de la sagesse , fais pleuvoir ta bénédiction sur ceux qui aiment les vaches et les chevaux... 0 dieu puissant qui dispenses la pluie, ta voix est entendue dans les régions les plus lointaines... »

Ce sont là, comme on le voit, des reproductions textuelles du Kig-Véda; cependant le rôle qu'y jouent les Brahmanes imprime à ce livre un caractère nouveau.

Comme dans le Rig>Yéda, Indra punit et pardonne; il protège les êtres animés et les êtres inanimés.

Le dieu Soma, si souvent nommé dans le Big-Yéda^ figure I iS

ici avec des armures splendides, comme le meurtrier des Rakshasas» le soulien des cieux et de la terre. Il voyage el exerce partout sa vigilance, sans qu'on puisse l'attaquer.

Il y est question d'une intelligence suprême semblable au Tao, carello est définie Tintelligence de Tintelligence, la parole de la parole, le souffle vital du souffle vilal, dont la connaissance rend le sage immortel. Comme le Tao» l'œil ne peut en approcher» la parole ne peut ratleiudre; elle est au-dessus de tout ce qui peut ôtre compris par la science. Celui qui croit la connaître, la méconnaît ; celui qui ne croit pas la connaître la connaît. Elle est incompréhensible par ceux qui la connaissent le plus^' et parfaitement connue de ceux qui l'ignorent entièrement. C'est l'idée philosophique de Brahma ajoutée aux symboles et aux personnifications des formes de la naturç(l).

Ainsi, au, point de vue religieux le Sama n'est qu'un pâle reflet du Big, el au point de vue moral il trahit la touche brahmanique.

Cependant il est démontré que la rédaction définitive dii Sâma-Yéda est plus ancienne que celle même du Big-Véda« parce que la transmission des hymnes s'étant faite Oralement, leur sens religieux, tendant à s'altérer, on en publia un choix avant d'm faire un recueil mtégral ; de là le double travail des Samhitàs et des Brâbmanas.

§ 6. L*ATUARVA-VÉOA OU ATHARVANA

C'est le plus récent des Yédas : les lois de Uanou n'en parlent [loint, le Bhagarad et les livres bouddhiques n'en font pas mention.

(i) Voir 0. Pauibier, Mémoire sur f origine et lapropogoUon du Tao, par lao-Têeu, in-S', 1831.

Cependant t il a été divinisé comme les autres; les Brabmanas les plus nouveaui, les Oupanishads et les Pourftnas s*y appuient comme sur une autorité sainte. D*ailleur8^ il renferme quelques hymnes aussi anciens que ceux du RIg- Véda.

L'Aibarvana répond à des besoins qui n'ont pu venir qu'assez'tard chez les Indiens. Jl est presque uniquement rempli d'incantations (Mautras), d'exorcismes, d'imprécations homicides Ses formules sont récitées pour éviter des maux, ou assurer des biens à ceux qui en font usage (i).

On y retrouve beaucoup d'hymnes du Rig-Véda ; ses nombreuses Oupanishads forment à elles seules toute une littérature

Voici une incantation destinée â guérir un malade ; c'est un prêtre qui parle :

• Je te sauve et te tais vivre par ce breuvage ; je te délivre de la maladie incoanue qei te dévore, de la phthisie qui te consume. — Quand l'accès de la fièvre viendra le saisir , qalndra et Âgni l'en préservent et l'en défendent Si la vie du malade a disparu/si eUe est anéantie, ou bien si le malade n'est que dans le voislBàge de la mort, je le retire du sein même du néant, sans la moindre atteinte • et Je lui assure encore cent automnes. »

Golebrooke cite Tlmpiécation suivante comme spécimen des autres :

« Gazon sacré, détruis mes adversaires, extermine mes ennemis. 0 précieux trésor, anéantis tous ceux qui me ba'tosent. » (t) "^

L'exorcisme du Brahmane peut aussi délivrer les peuples d'une maladie épldémique, appelée Takman :

f 0 Takman,va visiter les lointains Tahfikas, bis ta proie, si lu

(1) Alb. Weber, academis. Yorlosungen, p. tO, 143. Barthélémy Saint-Hilaire : de$ Fédas, p. 111, 114.

(« ^w«yi,t.I,p. 90.

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