‹ Les civilisations primitives en OrientChapitre 13 sur 35 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

iW99B BRAHMAIilOVB.

§ 1. LOIS ET INl^TITUTIONS. (cODE DE .HAHOU )

Le codedeManou {Mânava-Dharma-Çàstra (1) présente le tableau de la viesocialedes Indiens à l'époque où ils étnîent arrivés à un état prospère de civilisniion. Le nom du législateur est symbolique, il signifie intelligence (2). Manou est dit le pretnler homme auquel Brahma aurait accordé la double puissance de créateur et de législateur.

En beaucoup de points, l'auteur de ce recueil de lois s'est conformé aux Yédas; il n*a point innové, il a seulement composé un ensemble d'usages, de coutumes, d'idées, de traditions depuis longtemps admises, et est entré à ce sujet dans des détails minutieux et parfois puérils. Il a. édicté des récompenses et des peines pour cette vie et pour les autres, nonseulement au sujet des actes politiques et civils^ mais encore au scyet de la conduite privée.

(1) Traduit par Lofseleur-Deslongchamps, 1 vol. lo-S*, 1833. (S) En sanscrit numat, en grec menot, en iatia tnens, en aile* mand mon.

On a fait remonter la première rédaction de ce code au treizième siècle avant notre ère (1)» alors que la puissance brahmanique était à son apogée; et cette antiquité se prouTe par Tabsence des noms de Bouddha, de Krichna et de la fameuse Trinité divine (Trimourti), qui, plus lard, jouèrent un ii grand rôle dans les traditions indiennes. Ses articles sont écrits enslokai ou stances de deux vers. * Le premier livre détermine les attributions des quatre castes de la société indienne , mais il commence par une digression sur Torigine du monde :

. .. Cet univers D*élait que ténèbres, incompréhensible, invisible, incoDDu et comme plongé dans un profond sommeil. Alors le dieu, existant par Uii^mème, impénétrable et pénétrant toutes choses, réunissant les éléments vitaux, dissipa soudain les ténèbres. L'être spirituel, infini, incompréhensible, éternel, principe mystérieux de toute créature, se révéla dans sa splendeur. >

Puis, se présente la série des êtres jusqu'à Tâge de fer, appelé ILilyuga, dans lequel nous vivons. Manou repeuple la terre bouleversée par un cataclysme, institue les castes, et décrète les lois qui doivent les régir.

Les Brahmanes, prêtres et savants, sont les chefs spirituels chargés d'enseigner les lois religieuses et civiles. Ils forment ia pifemière classe.

Les Kchatciyas composent la deuxième classe, celle des rois et des guerriers': ils gouvernent et commandent sous le regard vigilant et ombrageux des Brahmanes leurs ministres.

La troisième classe comprend les Vaisyas, ou les commerçants, les industriels, les artisans.

I.es Coudras sont les serviteurs, presque les esclaves des trois autres castes, et condamnés aux plus rudes et aux plus grossiers travaux.

Dans ce même livre, le législateur, ou plutôt im interpola-

{i, Chezy, Journal det SatanU, iS3i.

206 LES CiytLISATIOlfS. PRIMITIVES.

tear, traitant des questions à la fois morales et religieuses, dit que l'être existant par lui-même créa la distinction du just^ et de rinjuste» soumit les créatures sensibles au plaisir, à la peine, au désir, à la colère, à Tamour. passionné, à la hainei à la faim et à Ja soif; puis il ajoute que, quelles que soient les qualités qu'il ait données en partage à l'être créé, au moment <de la création, la méchanceté ou la bonté, la douceur on la. ru* desse, la vertu.ou le vice, la véracité ou la fausseté, ces qi^ilités ou ces vices viendront retrouver l'être créé dans les naissances postérieures •

C'est le sy stème de la prédestination au bien ou au mal ajouté h celui des transmigrations, avec la faculté, néanmokiSi de racheter une mauvaise existence antérieure par une bonne existence actuelle, ou de perdre les fruits du mérite passé par des fautes présentes

Le code fait un récit détaillé de la création. Il dit que le souverain maître créa pour la propagation de la race humaine le Brahmane de sa bouche; le Kchatriya de son bras, le Yaisja de sa cuisse, et le Coudra de son pied. Puis, vient la création des saints, des Bfanous, des Dévas, des bons et des mauvais génies, des éléments, des animaux, des végétaux, etc. Il ajoute :

« Lorsque les êtres animés se sont dissoan daos Tâme snpfème, alors i*àme de tous leê êtres dort dans la plus parfaite quiétude.— Après s'être retirée dans Tobscurité, elle y demeure longtemps avec les organ«» des sens, n'accomplit pas ses fooctiens, et se dépouille de sa forme. —Lorsque réunissant de nouveau des principes élémeotaîres subtils , elle s'introduit dans une semence végétale ou animale, alors elle reprend une forme — C'est ainsi que par un réveil et un repofi alternatifs, l*ètre immuable fait revivre ou mourir éternellement les créatures mobiles et immobiles. »

Passant à la doscription des Sges du mondo et de l'humanité, le code enseigne que dans l'âge Krita-yoga la justice se maintint ferme, la vérité ré^^na ; que dans les autres âges parurent peu à peu le vol, la fausseté, la fraude.

L'austérité domine pendant le premier âge, la science pendant le deuxième, Taccomplissement des sacrifices pendant le troisième et la libéralilo seule pendant le qualriéme.

Le code sanctionne les idées morales du Brahmanisme en at* tribiianl la corruption, les vices, les misères du tempsà la déchéance de rhomme, quand il aurait dû les attribuer à une mauvaise organisation de la société. Les Indiens concevaient la perfectibil ité individuelle pour les bonnes œuvres, mais pas plus que les Chinois ils n'ont eu l'idée de la perfectibilité sociale par de bonnes institutions» ce qui explique l'état stationnaireoùces deux peuples sont demeurés jusqu'à nos jours.

f^ livre second est consacré à la première classe, et principalement au noviciat et aux règles de conduite religieuse im« posées au fils de brahmane (dwidja); le tout entremêlé de quelques maximes de morale comme celle-ci :

« L'amoar de soi-même n'est pas louable ; toutefois, dans ce*monde rien n*en est exempt. En effet, Pétnde de la sainte Écritnre a pour motif rameur de soi, comme la pratique des actes qae prescrivent les livres sacrés. Les sacrifices ont pour mobile Tespérance. Les pratiques de dévotion, les observances pieuses proviennent de l'espoir d'une récompense, et on ne voit jamais une aation accomplie par un homme sans qu'il en ait eu le désir. •

C'est avouer que les actes de dévotion sont des actes d'égoïsme. L'amour du prochain, la bienfïiisance, toutes les vertus sociiles, en un mot, sont destinées à nous faire éviter d'autres existences malheureuses.

Suivent des prescriptions sur la manière dont le dwidja no* vice doit accomplir les sacrifices, et sur la conduite à teqir envers les enfants des trois premières castes. *

11 était d'usage, même avant la section du cordon ombilical,. de faire goûter à l'enfant du miel et du beurre clarifié dans une cuiller d'or, et en récitant des paroles sacrées.

Puis viennent des lois sur la manière de demander Taumône, de préparer et de prei^dre sa nourriture, de saluer, de

208 LES aVIUSATIONS PRIMITIVES.

répondre, etc., toutes prescriptions minutieuses auxquelles le législateur attachait une grande importance dans la vie da Bhramane.

Quelques sentences ascétiques accompagnent ces prescriptions :

c L'abandou complet des désirs est préférable à leur accomplissement. *

c Ce n'est pas seulement en évitant de les flatter qu'on pent soumettre ses organes disposés à la sensualité, mais plutôt en se H- Traut avec persévérance à Tftude de la science sacrée.

c L'homme qui entend, qui touche, qui Voit, qui mang0p qui sent sans éprouver ni joie ni tristesse, doit être reconnu comme ayant dompté ses organes. >

Après s'être rendu maître de tous ses organes, le Brahmane novice, aguerri contre les tentations du monde, peut vaquer à ses afiaires.

Par son respect pour sa mère, il obtient ce bas-monde; par son lespect pour son père, le monde intermédiaire (entre la terre et le ciel) ; par son respect pour son directeur, le monde céleste. Tout autre devoir est secondaire.

Cette gradation de respect et de récompense caractérise la société indienne à celte époque. Le père spirituel, le Brahmane, était placé au-dessus du père naturel, et celui-ci au-deb&us de la mère.

Dans l'impossibilité où se trouve le législateur d'établir des récompenses et des peines corporelles pour l'accomplissement oa la violation des devoirs de pure convenance, laissés d'ordîpaire à l'appréciation de chacun, il cherche à les sanctionner par des menaces ou des promesses dont Paccom plissement n'est pas dans la puissance de l'homme :

c Celai qui a rhabitude de saluer les gens Sgés et qui a toiiyoars des égards pour eux, voit s'accrotlre ces quatre choses : la durée de son existence, son savoir, sa renommée et sa force. »

Moïse promettait également la prolongation de la vie ac-

IMDI£KS. !i2D0

tuolle en récompense de certains devoirs remplis, entre autres» du respect filial.

Le législateur indique jusqu'aux férmules de salutation: t Paisses-tu vivre longtemps, 6 digne homme!» C'est ainsi qu'il faut répondre au salut d'un brahmane» et la voyelle finale de son nom, avec la consonne qui la précède, doit être proloogée de manière à occuper trois moments.

En beaucoup d'endroits, le code de Manou préconise et recommande le savoir, la science :

• L'ignorant est un enfoat ; celui qot «Meigne la doctrine sacrée est un père ; car les sages ont donné le nom d'enfant à Thomme illettré, et celui de père an précepteur. »

Mais ce qui gâte le mérite de ces recommandations, c'est ql^^3]les ne s'appliquent qu'aux deux premières classes, comme il semble résulter du passage suivant:

« Que le nom d'un brahmane exprime la faveur propice ; celui d'un kchatrija, la puissance; celui d*un vaSsya, la .richesse^ celui d*un coudra, Tabjection. »

Ces paroles résument parfaitement la hiérarchie drs quatre classes, savoir : le pouvoir spirituel et protecteur des brghma* nés, la force guerrière et l'autorité politique desKchnnriyas, la carrière commerciale et industrielle desVaîsyas, et la servitude des Coudras.

La prééminence est réglée par le savoir entre les brahmanes; par la valeur entre les kchatrijas ; par la richesse en grains, eali» les vaisjas, et par la priorité de naissance entre les coudras. > .<

Cette priorité de naissance est assez dérisoire dans une classe où Ton est voué à la misère et à la servitude. Voici d'autres sentences qui méritent d'être rapportées;

• On ne doit jamais montrer de mauvaise humeur, bien qu'on soit affligé, ni travailler à nuire à autrui, ni même en concevoir U pensée, ni proférer uoe parole dont quelqu'un pourrait être blessé. • I U

210 LES ClYIMSÀTfOIfS PRIMITIVES.

Bt plus loin :

« Fujaz la louaDge comme un poison; aimes l'humilité comme l'ambroisie. »

P^or dilouraer le novîoe de la sédttcllon des femmes» on lui fail^^ d'elles un portniîl peu flatteur:

« n est dans la nature du sexe féminin de chercher à corrompre, et c'est pour cela que le sage ne s'abandonne pas à leur séduction. Une femme peut écarter du droit chemin non-seulement rinsensé« mais aussi l'homme. poarYn d- expérience et le soumettre au joog de l'amour et de la passion. >

Manou pousse la défiance jusqu'à dire qu'il ne faut pas se trouver dans un lieu écarté avec sa mère, sa sœur ou sa fille* parce que les sens entraînent Thomme le plus sage.

n est recommandé au novice de prononcer toujours le monosyllabe sacré aum au commencement et à la fin de Tétude de lai&Hnt6*$crUur«* Adu est ici le nom mystique des trois livres saittls. Dus la saile» il exprimera la trintié Brahma^-Yichnou- Siva.

Le livre 3 traite du mariage et des devoirs du chef de famille.

Après ^voir indiqué les familles auxquelles il est défendu au novice de s'allier, on lui prescrit de choisir dans les autres une femme bien faite» portant un nom agréable, ayant* la démarche d'un cygne ou d'un jeune éléphant. L'union d'une jeune fiUe et d'uo. jeune homme, résultant d'un vœu mutuel est dît le mariage des musiciens célestes (Gandharvas). Le JfoAaMMTcla et le Bammytma en rapportent plusieurs teemplrs qui ne sont pas toujours approuvés, car on ptoc^ dait d'ordinaire par l'enlèvement à ce mode de mariage, ca qui occasionnait des représailles sanglantes.

Le législateur va jusqu'à désigner les nuits les plus favorables, à une heureuse procréation.

S'il cboçdiaà mettre le novice en.garde contre la séductia» des feuMMli Ului recommande aassi le respect et la déféronce

IIIDIEIVS. 2tl

pour elles. Après avoir dit que les femmes mariées doivent ôlre comblées d'égards et de présents par leurs pères, leurs frères, leurs maris et les frères de leurs maris» il ajoute :

«Partout oùks femmes tont honorées, les divinités sont satisfaites; mais lorsqu'on ne les honore pas, tous les actes pieux sont stériles... Dans toute famille où le mari se platt avec sa femme, et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais. »

N*e8t-oe pas là une sorte d'égalité morale reconnue entre les deux sexes? Mais telle n'était pas l'intention du législateur ; tous les charmes de la femme pour lui sont destinés à agir sur l'individu et non sur la société. 11 veut même que la femme cherche à plaire par ses atours et par sa parure.

L'hospitalité, ce devoir que les anciens pratiquaient si largement al que nos lois de douanes, nos mesures de police in-' temationale ont rendu désormais impraticable» est principa* lement recommandée parManou.

« Un maître de maison ne doit pas, le soir, refuser l'hospitalité à celui que le coucher du soleil lui amène. Que cet hôte arrive à temps ou trop lard, il ne doit pas séjourner dans la maison sans y manger. Honorer celui qu'on reçoit, c'est le mojen ddhlenlr des richesses, de la gloire, une longue existence et lé stoàrga (sorte dé Paradis). Selon qu'il reçoit des supérieurs, des inférieurs on des égaux-, il fiant que ce qu'on leur offre soit proportionné, à leur rang. »

Le système hiérarchique des castes est appliqué même aux devoirs de bienfaisance. Ainsi, le Bhihmane ne pouvantes» commettre avec le Yaisya on avec le Coudra^ s*il donne l'hospitalité à l'un ou à l'dutre, doit le faire manger avec sas' domestiques tout en lui témoignant de la bienveillance.

Manou exclut un grand nombre de personnes des cérémonies en l'honneur des dieux et des mânes, tels que les médecins, les bouchers, les usuriers, le phthisique> un jeune frère marié avant son aine, un danseur, le fils d'une femme remariée, ou adultère, un tx)rgne, un marin, un poète panégyriste.

m LES CIVILISATIONS PIUIIITIVES.

unbureurde liqueurs enivrantes, un épileptique, un lépreux, un fou, un aveugle, un berger, etc. Il déclare la cérémonie en Thonneur des mânes supérieure, pour les Brahmanes, à celle en l'honneur des Dieux.

Suit une description minutieuse du repas funèbre (Sràddha).

Le livre IV renferme de nombreux règlements concernant la vie privée du Brahmane. Bien que le Brahmane doive, avant toute autre préoccupation, travailler à s'identifier au moyen de bonnes œuvres, avec Brahma, il ne lui est pas interdit de s'enrichir par un honorable travail, de même il n'est point tenu aux mortiticalions. Toutefois la culture des beauxarts lui est défendue, sans doute comme donnant trop satisfaction aux goûts frivoles et mondains. Ses vétemenis, ses discours, ses pensées doivent être d'accord avec son âge, sa fortune, ses connaissances et sa famille. On déiermioe jusqu'à ses attitudes en diverses circonstances : ainsi, on lui défend de regarder sa femme lorsqu'elle mange, ou éternue, ou bâille» ou se parfume, ou accouche.

On lui interdit tout rapport familier avec un Coudra, fût-ce même pour lui donner un conseil ou les restes de son repas. Cette dernière prescription semble contraire à la clause sur l'hospitalité que nous venons de voir. G*est une des preuves que le Code n'a pas été rédigé par une seule mnin.

La charité, l'oubli des offenses n'est pas une vertu préco» nisée par Manou, témoin ce passage :

« Qa'il ne choie ni un ennemi, oi l'ami d'un ennemii niunhomme pervers, ni un voleur, ni la femme d'an autre ; car il n'y a rieo ^i s'oppose plus à une prolongation de rexisteoce que de courtiser la femme d'un autre. »

L'adultère était d'autant plus coupable que la polygamie enlevait tout prétexte à convoiter la femme d'un autre.

Il est enjoint au Brahmane de dire des choses vraies et agréables, d'éviter le mensonge, les inimitiés mal fondées, et les querelles k tout propos; de ne point insulter les estropiés.

INDIENS. aVS

les gens difformes, les ignorants, les vieillards, les pauvres. La pudeur et la décence sont également Tobjet de quelques pfescri plions.

Le Brahmane doit recourir le moins possible aux autres, et s'appliquer à des fonctions dignes de lui ; il lui est interdit de frapper qui que ce soit à Texcepiion de son fils ou de son élève.

La réversibilité de châtiment du pore au fils qu*on retrouve dans toutes les législations anciennes est consacrée ici : Manou déclare que Tiniquité commise dans ce monde, de même que la terre, ne produit pas sur-le-champ des fruits, mais s*éfendant peu à peu, mine et renverse celui qui Ta commise ; et si ce n'est pas à lui, ce sont ses enfants, ou même ses petitsfils.

L'homme, au moyen de Tinjustice, réussît pour un tempe, obtient ;la prospérité, triomphe de ses ennemis, mais il périt ensuite avec sa famille et tout ce qui lui appartient.

Celte doctrine à pu être inspirée par le spectacle scandaleux de crimes demeurés impunis, à cause de la haute position des roupjibles ; et pour eh rendre le châtiment d*aufant plus fer» nble qu*il a été tardif, on Ta fait héréditaire ; on a cru réf>arêr le crime par une injustice; et cependant les préceptes d*équité et de sagesse ne manqueut pas dans ce Code :

c Uq Brahmane doit toujours se plaire dans la justice, dans la vérité, dans la pureté, châtier ses élèves à propos, régler ses discoura, son bras et son appétit, ne nuire à personne par perfidie ou par légèreté, 00 par médisance, supporter sans colère les offenses des personnes qui Tentourent et ne point accepter trop de présents. »

1^ Brahmane qui fait parade de ta vertu, qui est avide^ rti^, trompeur, cruel, est comparé au chat. Tout homme appartenant à Tune des trois premières classes, qui a le regard toujours baissé, un naturel pervers, pensant uniquement à son propre avantage, perfide, et affectant l'apparence de- la vertu, est dit avoir les manières du héron.

214 LES GIVILIftATIONS PRIMITIVES.

Les Tertas qui, suivant Manou, forment le sage sont : la chasteté, la compassion, la patience, la méditation, la véra« cité, la droiture, l'abstinence du vol, la douceur et la tempérance. Les deToirs pieux c'est-à-dire tes devoirs conventionnels sont : les ablutions, le silence, le jeûne, le sacrifice, l'étude des Védas, la constance, l'obéissance au père spirituel, la pureté, l'impassibilité et l'exactitude.

Cependant Manou rejette au second rang les pratiques religieuses, et déclare que celui qui néglige les devoirs moraux déchoit même lorsqu'il observe tous les devoirs pieux Mais peut-être ce précepte est^il^ le fait d'une interpolatfon comme celui qui suit et qui dément la solidarité des actions entre père et fils :

« L*homme natt seul, meurt seul, reçoit seul la récompensa de fljM bonnes actions et seul la punition de ses méfaits. •

Hanou trace au Brahmane une ligne de conduite lodale, marquée au coin du bons sens :

9 Bq s'alUant constamment avec les hommes les plus hojumbles et en fuyant les gens vils et méprisables, un Brahmane parvient au premier rang ; par une conduite contraire, il se ravale à la classe servile. Gelai qai est ferme dans ses entreprises, doux, patient, étranger à la société des pervers et incapable de noire, s*il pemiste dans cette bonne conduite, obtiendra le ciel par sa constance et sa charité. »

Il s'élève contre l'hypocrisie de ceux qui s'approprient aux yeux du monde un caractère qui n'est pas le leur, et défeod d^ nouveau l'adultère : car il n'y a rien dans le monde suivant lui, qui s'oppose plus à une prolongation de l'existence.

Manou veut que le Brahmane ne se méprise jamais lui* môme, qu'il aspire à la fortune sans désespérer de Tobtenir, qu'il dise la vérité et des choses agréables, et ne mente jamais par complaisance. Qu'il n'ait point d'inimitié sans raison et ne cherche querelle à personne; qu'il ne se moqup'pas des gens infirmes ou ignorants, ou vieux ou laids.

nVMBIIâb Vu

Dans le livre 5 Je ^égislatear défend «u Brahmane le iHetu^ tredea animaus innooents soii6|)eine de voir diminuer aoli bonheur dans celte rie et dans Fantre, il promet un bonhevr sans fin à celui qui ne cause ni la mort ni reseiaTagedesdttes; car c'est un crime à ses yeux que d'augmenter sa propre chair au moyen de la chair des autres êtres; et celui qui )é hit avant d'avoir honoré les mânas et les dieux, c'est-à-dire probablement avant de leur avoir demandé |)ardon de cette action réprouvée, celui-là peut se dire : Il me dévorera dans l'autre monde celui dont je mange la cbair icî-ba^. Le Boud* dhisme empruntera cette doctrine aux Brahmanes en l'exagérant encore.

Cependant la loi indique les cas où l'on peut i»a»gei' de la viande, boire des liqueurs spiritueuses» et se livrer à l'amoittr, parce que les hommes» dit-elle, y sont naCurellemeni portés; toutefois il est méritoire de s'en abstenir. Gtkoà à ces réserves l'abstinence de viande, n'était pas bien absolue.

Suit l'énumération des cas nombreux d'impureté surtool à la suite de la m^t de quelqu'un et selan sa classe.

Il est défendu de faiie porter le cadavre d'un BrahmaMpar un Courir» : L'offrande funèbre faite en celte occasion senHl considérée comme polluée.

Manon exalte le mérite de celui qui a oonservé soi puiWé en devenant riche ; il le déclare plus pur que ceint qui n'est purifié qu'avec de la terre et de l'eau.

l\ trouve donc plus méritoire de ne point se laisser corrompre par la richesse et les honneurs que de s'éprouver par de stériles mortifications.

Ce pasuge est pent-élre un blâme indirect à redresse ém Brahmanes qui poussaient trop toîn Tascélisrae.

Traiiantici de la conditiein des femmes, il consacre leur iih iérîorilé sociale à tous les Ages :

« Une Jeune fille, une femme avancée eo Age ne doivent rien fiiire de Uar propre volonté, même dans lear maison. Pendant son en-

216 LES GlTIUftàTI0ff8 PRIMITITKS.

fttnoe niMi finfiine dépend de s^n père ; pendant sa jeunesse elle dépend de son mari ; son mari mort» de ses fils, on à défaut de fils, des proehes parents de son mari, ou à leur défaut, de ceux de son pèrei.ou, enfin du souverain. Elle doit être toujours de bonne hnnuHir, conduire arec adresse les affaires de la maison, prendre soin des ustensiles du ménage, et n*avoir pas la main trop large dans sa dépense. Son époux, fût-il blâmable, livré à d'autres amours et dépourvu de bonnes qualités, il est du devoir, de la femme de le référer toujours comme un dieu. •

Il n'y a pas de sacrifice, de pratique religieuse ni de jeûne imposée la femme: l'objet de son culte est son époux elle doit l'honorer vivant et mort et ne point se remarier, ni m 6me prononcer le nom d'un autre homme. Elle est libre de le faire cependant^ mais au risque d'encourir le mépris ici-bas et d'être exclue du séjour habité par son époux. Celle, au con* traire, qui est fidèle à son mari vivant ou mort, partagerm avec lui lé séjour cMeste.

Il n'est point question ici de l'horrible coutume pratiquée depuis, dans certaines contrées de l'Inde, et obligeant la veuve à se jeter vivante sur le bûcher élevé pour le corps de son mari. Cependant, cetD prescription faisant un point d'honneur à la femme de rester veuve, a pu être, dans la suite, prjsé à la lettre, par les plus dévouées, dans l'espoir de mieux mériter un bonheur étemel auprèsdeceluiqu'ellesavaientaimésur terre.

Il va sans dire que les enfants nés des rapports d'une femme avec un autre homme que son mari sont déclarés illégitimes*

Le sort des femmes dans l'Inde, tel qu'il estréglemenlé par le code de Manou, différa peu de celui des femmes en Chine. Mais nous avons pu remarquer déjà qu'il en diffère beaucovp sous le rappoA des moeurs et des idées ; à côté de lois peu favorables à l'exercice de leurs facultés, le codelui^mêmeieo* ferme des recommandations de respect et d'égard pour elles*

Voici encore qu^ques règles de conduite imposées à la femme :

INDIKIB. 2t7

« La veuTe qui, par le désir d'avoir des enfants, est infidèle à son mari, encourt le mépris ici-bas, et sera exclue du séjour où est admis son époux. — Tout enfant que met au monde une femme après avoir eu commerce avec un autre que son mari, n*cst pas son en« faut légitime ; de même celui qu'engendre un homme avec la femme d'un autre, ne lui appartient pas : et nulle part le droit de prendre un second époux, n*a été accordé à une femme vertueuse. — Celle qui abandonne son mari, appartenant à une classe inférieure, pour s'attacher à un homme d'une classe supérieur, est méprisée dans ce monde oA elle est désignée sous le nom de Purapoûrvâ ( qui a un autre mari que le sien. ) — Une femme infidèle à son mari est en butte à l'ignominie ici-bas : elle renaît dans le ventre d'un chacal, ou bien elle est affligée d'éléphantiasis et de consomption pulmonaire..»

Ce même livre renferme de nombreuses règles de purification au moyen de Teau, de l.i terre ou de la œndre, pour les différentes souillures du corps, et en raison de la position sociale des Brahmanes, maître de maison, novice, anachorète ou mendiant ascète.

Dans Je livre 6, Manou revient encore aux devoirs des Rrahmanes. Après avoir déterminé leur rôie\lans la société, comme novices et comme chefs de famille, il règle leur con<* duite comme anachorètes.

Un chef de famille devenu vieux, s'il a un fils pour le remplacer, peut se retirer dans im hermitage nu fond d'une forêt, av«H; les ustensiles propres au sacrifice, se nourrir d'herbes et de fruits, négliger les soins de son corps, être exempt de tout penchant aux plaisirs sensuels, chaste comme un novice, ayant pour lit la terre, ne consultant pas son goût pour une habitation et se logeant au pied des arbres. Il doit faire abnégation de tout, s'appliquer à la lecture du Védas. être patient^ bienveil* laut, donner toujours, ne jamais recevoir, se montrer compatissant à Pétard de tons les êtres, supporter les injures et le * mépris, être exempt de désir sensuel. Méditant sur Tàine suprême sans autre société que lui-même, il vivra dans labéatr-

218 LES CmUftATIONS PRIMITIVES

tade éternelle. I) mendiera sa nourriture une fois par jour ; s'il n'obtient rien, il ne s'en affligera pas; s'il obtient quelque chose il ne s'abandonnera pas à la joie.

Toutes ces n'aies sont destinét^s à lui faire pren^lre la vie actuelle en dégoût et pour ceia , on définit son corps une demeure dont les os forment la charpente, à laquelle les muscles servent d'attaches, enduite de sang et de chair, recou- Terte de peau et infecte, soumise à la vieillesse et au chagrin, affligée par les maladies et les souOrances, et, enfin, vouée à la mort.

Dix devoirs sont imposés à l'homme, au Dwidja qui veut s'élever jusqu'à Brahma : la résignation, l'action de rendre le bien pour le mal, prescription que nous rencontrons pour b première fois; la tempérance, la probité la pureté, la répression des sens, la connaissance de la loi, celle de l'âme suprême, la véracité et l'abstinence de colère.

Pour pouvoir les remplir, on comprend qu'une retraite absolue soit nécessaire, afin de n'en être point détourné ; de là, ces nombreux ermitages dont il est question dans les poèmes indiens, où se retiraienl de vipux Brahmanes avpc leurs femmes pour se livrer aux pratiques d'une dévotion ascétique. Cependantles poômesde rindo renferment desdescriptions d'ermitages où régnait un certain confortable, puisque les anachorètes pouvaient y pratiquer une généreuse hospitalité et recevoir même des rois avec leur escorte ; ils étaient d'ailleurs rioiiement entretenus par les offrandes que leur fais;iient les Kchatriyas élevés en dignité. Ils disparurent peu à peu devant les invasions étrangères, et le Bouddhisme y substitua ses couvents qui vécurent aussi, à leur tour, d'aumônes et d'offrandes.

Le livre 7 s'occupe de la deuxième caste, celle des Kchalnyas, rois et guerriers :

• Le roi, c^esl le feu, le vaut, le soleil, le génie qui pvMéû à la lune, le roi de la justice, le dieu des richesses, le dieu des etoi, et le sooveraio du ciel. « On ue doit pas mépriser un monarque, mtoa encore dans Tenfince, en se disant : c'est un simple mortel, •

car c*6tt ane grande divinité qui réside sous cette forme humaine... Celui qui, dans sa bienrelllance , répand les faveurs de la fortune, par sa valeur assure la victoire, et dans sa colère cause la mort, réunit certaiuemenl toute majesté. L'homme qui lui témoigne delà haine doit périr, car le roi s^oceupe des moyens de le perdre. >

Après avoir défini la haute position et les devoiis des rois, le l^laleur leur commande de ne point s*écarter des règles prescrites relativement aux choses permises et aux choses défendues, de ne pas oublier» surtout, comme premier devoir, le respect^ pour les Brahmanes et une grande docilité à leurs coBseils*

L'exécution des lois étant remise aux souverains, c'est à eux qu'il appartient d'appliquer les peines prononcées par les juges. Le législateur, à cette occasion^ définit le châtiment une sanction pour obliger les hommes à l'accomplissement de leura devoirs, et dont l'application est laissée aux rois :

« Cest la orainte dn châtiment, dit-il, qui permet à toutes les créatures mobiles et immobiles de jouir de ce qui leur est propre et qui les empêche de s'écarter de leurs devoirs. Le châtiment gon* verne le genre humain, le châtiment le protège, le châtiment vdlle pendant que tout dort... Lechâtimenf, c'est la justice, dit le saga. «

1^ législateur confond Teffet avec la cause ; c'est comme s'il disait : • La récompense, c'est la vertu. »

11 ajoute que si les rois ne châtiaient pas sans relâche ceux qui le méritent, les pitis forts rôtiraient les plus faibles comme des poissons. Le châtiment régît tout le genre humain; car, selon lui , un homme naturellement vertueux se trouve diffi* cilement : c'est donc par la crainte du châtiment que leiHoiide peut jouir de la paix et du bien-être.

« Partout oà le châtiment à la couleur noire, à l'œil ronge, vient détruire les fautes, les hommes n'épronrent aucune épouvante, si eeltti qui dirige le ehâtiount est doué d'un jugement droit. »

Le Itgislatour rocommande au roi de dompter ses orgioeif

c'est le moyen de soumettre les peuples à son autorité. Il énamère les vices que le roi est tenu d'éviter. Dix naissent de l'amour du plaisir: la chnsse, lef dés, le sommeil pondant le jour, la médisance, les femmes, l'amour du chant, de la danse, de la musique, le irayail et les voyages inutiles. Huit vices naissent de la colère : Tempressemeni à divulguer le maJ, la violence, l'action de nuire en secret, l'envie, la calomnie, TactioR de s'approprier le bien d'autrui, ^le d'injurier ou de frapper quelqu'un. Les devoirs particuliers aux rois sont de combattre, de protéger le peuplçi de révérer les Brahmanes.

Suivent des règles de conduite à tenir dans la guerre : Une doit jamais employer contre ses ennemis des armes perfides, des flèches empoisonnées, ni des traits enflammés. Manou eai donc condamné l'emploi de l'artillerie, où l'adresse l'emporte sur le courage.

Toutefois, la ruse n'est pas défendue, elle est même recommandée: c Que son adversaire, dit-il, ne connaisse pas son côté faible» mais que lui-même cherche à reconnaître celui de son ennemi. »

Répandre des présents, semer la division, employer la force des armes» attaquer ouvertement, voilà les divers moyens qu'il indique, mais il vaut toujours mieux, suivant lui, employer la n^ociation.

Passant à un autre ordre d'idées, il s'occupe des devoirs du roi envers le peuple, et ne lui ménage pas les conseils et les menaces :

« Celui qui oppiime le peuple par une conduite injuste, risque de perdra la royauté et la vie, et exposé même ses parents. »

Cette double et terrible éventualité ne semble pas avoir effrayé beaucoup les. rois de l'Inde; leurs règnes n'ont {MiSf généralement» brillé par la justice.

Il détermine ensuite le mode de délibérations du conseil royal, et recomm.mde d'en exclure les femiVies. Cette recommandation pourrait faire penser que les femmes s*étaient quel-

quefois introduites dans les conseils et y avaient exercé une certaine influence politique , mais l'histoire de l'Inde ne présente aucun fait qui permette dale supposer. La rouerie diplomatique trouve ici sa place:

« Le roi doit considérer comme ennemi tout prince qui est son voisin immédiat, ainsi que l'allié de ce prince, comme ami le voisin de son ennemi, et comme neutre tout souverain qai ne se trouve dans aucune de ces deux situations. »

Revenant au rôle du roi pendant la guerre, il dit:

c Le roi doit 8*occuper de la conduite de ses soldats avant et pendant le combat. Après la victoire qu'il ravage le pays. »

Cette loi impitoyable est immédiatement adoucie par la recommandation d*honorer les divinités de l'endroit, ainsi que les brahmanes, de distribuer des largesses au peuple, de faire des proclamations propres à éloigner toute crainte, de respecter les lois de la nation conquise , d'offrir des présents au prince et à ses courtisans.

Suivent d'autres prescriptions sur les alliances, les ex-» pédi lions extérieures, et sur sa propre conservation, comme ceile-cî :

« Pour remédier à l'infortune, qu'il garde avec soin ses richesses, qu'il les sacrifie pour son épouse, qu'il sacrifie- son épouse et ses richesses pour se sauver lui-même. »

Ainsi la femme est assimilée à une possession plus chère seulement que les autres, et à laquelle Thomme peut bien sacrifier sa fortune, mais non sa vie.

Le législateur menace le roi qui opprime ses sujets de se voir bientôt privé de la royauté et de la vie, et d'entraîner ses parents dans sa ruine. Il lui ordonne d'instituer un chef pour cliaque commune ou village, un autre chef pour dix communes, un autre pour vingt, un autre pour cent, et un dernier pour mille, lesquels doivent se rendre compte mulaellemeDi de ce qui se passe dans les communes de leur ressort.

Chaque chef perçoit les choses que les habitanis sont tenus de donner au roi; telles que riz, boisson, bois de chaaffiaige , et jouit lui-même d*un produit d'une étendue de terrain, proportionné à son rang.

Un surintendant est chargé de surveiller la conduite des autres fonctionnaires, et d'en rendre compte au roi, « car, en général, dit le code, les hommes chargés par le roi de v^eiller é la sûreté du pays, sont des fourbes portés à s'emparer dà bien d 'autrui. »

I e roi doit imposer les commerçants , après avoir considéré le prix auquel les marchandises sont achetées, celui auqMe| on les vend, la distance du pays où on les apporte, les dépen. ses de nourriture el d'assaisonnement , les précautions nécessaires pour apporter les marchandises en toute sûreté.

€ De même que la sangsue, le jeune yean et l'abeille ne prennent que peut à petit leur nourritare, de même ce n*est que par petites portions que le roi doit perceToir le tribut annuel dans son royaumeu — La cinquantième partie peut être prétevée sur les bestiaux et sur l'or ei l'argent ; la huitième et la douzième partie sur les grains. — > La sixième partie du bénéfice sur les arbres, la TÎande, le miel, le beurre clarifié, les parfums, les plantes médicinales, les sucs végétaux, les fleurs, les racines et les fruits. — Sur les féuillès, les plantes potagères, l'herbe, Ifes usteniBiles , les pe'^nx, lên vases â» terre, el tent ce qui est en pierre. — Un roi, même à rextrémlté, ne doit pas recevoir de tribu d'un brahmane versé dans la sainte Écriture... — Les devoirs religieux accomplis tous les jours par ce brahmane, sous la protection du roi, prolonge la durée d'existence de celui-ci, et augmentent ses riche:: ses et ses États. — Que le roi iksse payer, comme impôt; une redevance annuelle irès-modfqoe aux homrnesde la dernière classe, qui vivent d'un commerce peu lucratif. — Quant aux ouvriers, adz artisans et aux Coudras, qui gagnent 'eur subsistance à force de peine, qu'il les fasse travailler chacun un jour par mois... — . Que le roi soit sévère ou doux suivant les circonataMes^ un souvemn doux et sévère à propos est géoéralemani estimé... Qa'il protège ses peuples avec zèle et vigilance en remplis^ sant de la manière prescrite tous les devoirs qui lui sont imposés. »

iisDiËKs. 225

Le législateur entre dons tous les détails de la yie privée du roi ; il veut qu'il mange une nourriture préparée par des serviteurs dévoués, éprouvée, et consacrée par des prières (Ifaa* tras) qui neutralisent le poison.

« Après avoir mangé, qu*il se divertisse avec ses femmes dans Fappartement intérieur, et lorsqu'il a^est réjoui pendant le temps convenable, qu'il s'occupe de nouveau des affaires publiques... Le setr, après avoir rempli ses. devoirs pieux, qu'il se rende, muni de ses anaes, dans une partie retirée de son palais, pour entendre les rapports-secrets de ses espions... Puis, qu'il retourne, entouré des femmes qui le servent , dans l'appnrtement intérieur pour y prendre son repas du soir. — Là, ayant mangé une seconde fois quelque peu, ayant été récréé par le son des instruments, qu'il se livre au repos lorsqu'il en est temps, et se lève ensuite exempt de fatigue. »

Le livre ^ concerne tes attributions des juges el les causes civiles el criminelles.

1^ coi préside au jugement des affaires en litige; mais les joges ou interprètes de la loi sont pris dans les trois premières classes.

Le législateur regarde comme également coupable celui qui refuse de parler et celui qui profère un mensonge devant un tribunal.

Entre les signes indicatifs-de cnlpabilitéil mentionne le son de la voii« la couleur du visage, le maintien du corps, le regard et le geste ; témoignages fort sujets à caution.

Suivent des prescriptions relatives atix- objets perdus, voMs ou trouvés, aux dépositions des témoins, aux dettes et aux créances.

filles sont entremél"^ de maximes souvent très^ges comme celles-ci :

« Les méchants se disent : Personne ne nous voit. Hais les dieux les regardent de même que l'esprit qui siège en eux. — Un châtiment injuste détruit la renommée pendant la vie et la gloire après a mort, et ferme l'accès du ciel dans l'autre ; un roi doit s'en gar-

2S4 LES CIVIMSATIONS PRIMITIVES.

der avec 80in. — Uo roi au cœur pervers qui, dans son égarement, prononce des sentences injuste, est bientôt réduit sons la dépendance de ses ennemis. An contraire, lorsqu'un'roi, réprimant l'amoar de la Tolupté et la colère, examine les causes avec équité, les peuples s'empressent vers lui comme la riTière se précipite Ters l'Océan. »

Des châtiments terribles attendent le faux témoignage dans ce monde et dans Tautre :

€ Les séjours des tourments réservés au meurtrier d'un Brahmane, à l'homme qui tue une femme ou un enfant, à celui qui Calt toii I son ami, et à celui qui rend lo mal pour le bien, sont également destinés au témoin qui fait une fausse déposition... -— 0 digne homme t tandis que tu te dis : « Je suis seul avec moi-même, » dans ton cœur réside sans cesse cet Bsprit suprême, observateur attentif et silencieux de tout le bien et de tout le mal. — Cet Bsprit qui siège dans ton cœur, c'est un juge sévère, un punisseur inflexible, c'est un dieu... •— Nu et chauve, souffrant de la faim et delà soif, privé de la vue, celui qui aura porté un Caux témoignage sera réduit à jnendier sa nourriture, avec une tasse brisée , dans la maison de aon ennemi. »

Le juge fait jurer un Brahmane par sa véracité, un Kchatriya par ses chevaux ou ses armes, un Yaysîa par ses vaches ou son or, un Coudra par tous les crimes.

Il y a aussi des épreuves par le feu et l'eau.

Des peines sont réservées aux actes de mauvaise foi, de tromperie, de vol et de violence.

Outre l'adultère commun, le code donne oe«nom au mélange des classes qu'il considère comme une violation des devoirs. < Destructive de la race humaine, et cause de la perte de l'univers. » Cette déclaration est un des exemples des conséquences auxquelles entralni^ le préjugé de caste.

Des supplices plus ou moins cruels sont infligés pour les divers cas d'adultère.

Qooiqu'en bonne justice la haute p<isltion d'un coupable le rende plus digne de châtiment, les Brahmanes auteuis de

ce code, ont voulu soustraire leur caste au droit commun ; et celui d*entr*eux qui commettait un adultère en était quitte pour une torture ignominieuse.

Ce Hvre renferme sur les gages des prescriptions dignes d*être rapportées :

Un préteur sur gage ne doit pas recevoir plus de deux pour cent par mois.

Un gage et un dépôt ne peuvent étrelperdus pour le propriétaire par suite d*un laps de temps considérable. Celui qui en use sans l'assentiment du possesseur* doit abandonner la moitié de l'intérêt, en réparation de cette jouissance.

Un intérêt qui dépasse le taux légal n'est pas valable ; c'est un procédé usuraire.

Le roi qui prend ce qu'il ne doit pas prendre et refuse ce qui lui revient de droit, fait preuve de faiblesse et est perdu dans ce monde et dans Vautre.

Un débiteur peut s'acquitter avec son créancier au moyen de son travail, s'il est de la même classe, ou d'une classe inférieure ; mais s'il est d'une classe supérieure, il doit payer sa dette petit à petit.

Suivent des règlements concernant tout travail entrepris pour un salaire. Celui qui ayant fait une convention manque à son serment est condamné au bannissement après avoir payé une amende.

Une amende est également infligée à celui qui donne en mariage une fille ayant des défauts, et à celui qui par méchanceté vient dire : c Cette fille n'est pas vierge, a Car les prières nuptiales sont destinées aux vierges seulement, et consacrent le mariage.

Des limites entre les villages et entre les propriétés particulières sont déterminées par la loi, et des amendes sont portées contre les fausses déclarations.

D'autres amendes sont infligées auBrahmane pour outrages, proportionnellement à la classe de la personne outragée. Mais I 15

396 LES ClYILlSATlOIfS PRIMITIVES.

le Coudra qui insulte les Brahmanes par des invectives» est condamné à avoir la langue coupée ; s'il les désigne par leurs noms et par leurs classes d'une manière outrageante^ un stylet de fer, long de dix doigts, sera enfoncé tout brûlant dans sa gorge. S'il ose donner des avis aux Brahmanes relativement à leurs devoirs, de l'huile bouillante sera versifie dans sa bouche et dans ses oreilles. De quelque membre que se serve un homme de basse naissance pour frapper un supérieur, ce membre doit être mutilé.

Le législateur déclare ensuite que le roi qui ne protège pas les peuples et^en perçoit cependant des tributs ira en enfer. C'est au roi qu'il appartient de réprimer les crimes par la détention, par les fers, par diverses peines corporelles; et c'est en réprimant les méchants et en favorisant les gens de bien que les rois sont purifiés comme les Brahmane^ le sont en sacrifiant.

Diverses peines corporelles sont édictées au sujet du vol. Pour le vol d'hommes de b onne famille, et surtout de femmes, et de bijoux d'un grand prix, le voleur est condamné à mort.

Pour le vol de grands animaux, de vaches, de bestiaux appartenant à des Brahmanes, le malfaiteur est condamné à avoir la moitié du pied coupé. Pour le vol d'objets divers il est condamné à une amende double du prix de l'objet voM. L'amende imposée à un Coudra pour un vol quelconque doit être huit fois plus forte que la peine ordinaire, celle d'un Vaisya, seize fois, celle d'un Kchatriya, trente-deux fois, celle d'un Brahmane soixante-quatre foison même plus lorsqu^il connaît parfaitement le bien ou le mal de ses actions.

Celui qui séduit la femme d'un autre doit être banni après avoir subi une mutilation flétrissante :

« Car c'ei^t de l'adultère qae naît dans le monde le mélange des classes, et du mélange des classes provient la violation des detoirs destructrice de la race humaine... Celui qui parle à la femme d'un autre dans une place de pèlerinage, dans une forêt ou dans un bols.

niDiENs. 227

dans tout autre endroit éearté, encourt la peine de l'adultère. — Etre aux petits soina, folâtrer ayec une femme, toucher sa parure ou ses Tètements, et s'asseoir avec elle sur le même lit sont considérés comme les preuves de l'adultère. »

La femme infidèle à son époux est condamnée à être dévorée par les chiens» et son complice à être brûlé sur un lit de for chauffé à rouge.

Plusieurs lois concernent les droits imposés aux marchandises» les poids et les mesures.

Le code désigne ensuite les espèces de serviteurs* : le captif fait à la guerre ; le domestique à gage ; Tesclave acheté ou donné, celui qui a passé du père au fils, et celui qui a ^ condamné à la servitude. Une épouse, un fils et un esclave sont déclarés ne rien posséder par eux-mêmes; tout ce qu'ils peuvent acquérir est la propriété de leur maltie.

I.e livre IX traite des lois civiles et criminelles, du sort de la femme, des devoirs de la classe commerçante et de la classe servile. Le législateur renouvelle cette déclaration que la femme doit être sous la garde de son père pendant son en« fance, sous celle de son mari pendant sa jeunesse, sous celle de s«îs enfants pendant sa vieillesse. Il faut» suivant lui, réprimer jusqu'à ses plus faibles penchants: car» dit- il, si la femme n'était pas surveillée» elle ferait le malheur des deux familles. Il engage donc l'homme à exercer sur elle une grande surveillance, tout en lui confiant le soin de l'intérieur. Malgré cett^ subordination de la femme bien établie» il convient cependant qu'elle n'est jamais mieux en sûreté que lorsqu'elle se garde elle-même spontanément.

Hanou déclare avoirdonné en partage aux femmes, Tamoiur de leur lit, de leur siège et de la parure^ la concupiscence» la colère, les mauvais penchants, ledésir de faire du mal et la perversité. Mais il ajoute que celles qui s'unissent à leurs époux dans le dessein d'avoir des enfants» qui se rendent respectables, qui font l'honiiear de leur maison» sont vérita-

228 i.ës civilisations primitives.

htenient les déesses delà fortune; que de la femme procèdeut les enfants, raccomplissement des devoirs pieux, et la félicité céleste.

Celui-là est un homme parfait qui est compasé de trois personnes réuiiies : sa femme» lui-même et son fils; de là cette maxime brahmanique : < le mari ne fait qu'une môme personne avec son épouse. » Aussi une femme ne peut-elle êire affrancbie de l'autorité de son époux ni par vente, ni par abandon.

Une clause qui doit remonter au plus ancien temps et qu'on retrouve dans beaucoup de législations anciennes, est celle qui permet au mari lorsqu'il n'a pas d*enfsnt, d'en avoir au moyen de l'union de sa femme avec un frère ou un autre parent. Toutefois, Hanou exige qu'on observe dans ce cas certaines formalités :

« Arrosé de beurre liquide et gardant le silence, que le parent chargé de cet office, en s'approchant pendant la nuit d'une veuve ou d'une femme sans enfant, eagendre un seul ÛIs, mais jamais un second. •

Il y a dans cette clause une pudeur de langage qui corrige l'étrangeté de son objnt.

Le législateur se tait sur réveiUualité de la naissance d'une fllle, cette naissance ne compte peut-être pour rien. On peut le supposer d'après ce qu'il dit :

« Par un fils, un homme gagne les mondes célestes ; par le fils d'un fils, il obtient Timmortalité; parle fils de ce petit-fils, ils^élève an séjour du soleil. Le fils délivre son père do séjour infernal , il a été appelé sauveur de Tenfer par Brahma luF-mème. »

Si un homme donne en mariage une fille ayant quelque défaut, sans en prévenir l'époux, celui-ci peut annuler l'acte de mariage ; mais la femme, <le son c6té, ne peut abandonner son mari vicieux ou malade.

Une fille nubile qu'on néglige de marier doit attendre trois ansy et se choisir alors elle-même un époux. Un homme de

trente ans doit épouser une fille de douze ans; un homme de yiiigi-quatreans une fille de huii ans.

Il y a trots principales règles concernant les héritages : Taillé a une part double, le cadet une part et demie» et les autres frères un e part simple.

Les jeux du hatard et les paris sont défendus à l'égal des Tols ; le législateur ne veut pas môme qu'on s'y livre par amusement.

Puis vient un passage qui eut mieux trouvé sa place au chapitre précédent, dans lequel Hanou déclare aussi injuste de laisser échapper un coupable que de condamner un innocent.

L'espionnage, ou police secrète, était pratiqué pour la découverte des criminels; et Manou indique des ruses que la police moderne a perfectionnées « par le moyen d'espions adroits ayant été voleurs, qui s'associent avec des voleurs, les accompagnent et sont bien au fait de leurs différentes pra« tiques. »

Le voleur pris avec l'objet volé est condamné à mort, ainsi que ceux qui lui ont fourni des vivres, un asile ou des in* strumenis. Celui qui fait une brèche à un mur pour voler pendant la nuit est condamné à être empalé sur un dard aigu, après avoir eu les deux mains tranchées.

Des amendes plus ou moins fortes sont infligées à ceux qui salissent les routes royales, aux médecins qui exercent mal leur art, aux marchands qui fraudent sur les marchandises, à ceux qui exercent la magie et les sortilèges.

L'orfèvre qui trompe sur la qualité du métal ou des pierres précieuses est condamné à être coupé par morceaux.

Le législateur revient sur les qualités et les devoirs du roi :

« Que le roi soit toujours armé de courroux et d'énergie contre les criminels ; qu1l soit impitoyable à l'égard des mauvais ministres, il remplira les fonctions d'Agni... Dans quelque détresse qu'il se trouve il doit bien se garder d'irriter les Brahmanes, car eeux-ci le détruisaient sur le champ avec son armée et ses équipages... Instruit ou

230 LES CITILISÀTIONS PRIMITIVES.

Ignorant, un Brahmane est une divinité puissante, de même <iue le feu, consacré ou non, est une paissante divinité. »

Des conseils de bonne gestion sont donnés au Vaysia pour le soin des bestiaux, l'industrie, le commerce et l'agriculture.

Quant aux Coudras, une obéissance sans bornes aux volontés des classes supérieures résume tous ses devoirs, et, en retour, on lui promet une naissance plus relevée.

Le livre 10 traite du mélange des classes.

Las classes sacerdotale, militaire et commerçante sont dites régénérées, c'est-à-dire avoir déjà vécu ; tandis que la quatriôme classe, n'ayant qu'une naissance, est considérée comme servile.

Dans toutes les classes, ceux-là seulement qui sont nés dans Tordre direct, de femmes de la môme classe que leurs maris, sont regardés comme appartenant à la classe de leurs père et * mère.

Le mélange des castes par les unions sexuelles engendre un grand nombre de races abjectes, plus infimes que celles dont ils sont sortis. Les hommes nés de cette race ne peuvent avoir d'affaires qu'entre eux, et sont chargés des plus vils emplois tels que celui de transporter le corps d'un homme qui meurt sans laisser de parents, d'exécuter les criminels condamnés à mort.

I^ législateur dit qu'on doit reconnaître à ses actions l'homme appartenant à l'une de ces classes viles, par exemple, le manque de sentiments nobles, la radesse de paroles, la cruauté e( l'oubli des devoirs.

Celui qui a été engendré par un homme de première classe et par une femme de la dernière classe peut s'élever par son mérite; mais celui qui est né d'une femme de première classe et d'un Coudra demeure toujours vil.

I.es attributions du Brahmane se réduisent à six pratiques: lire la Saiote-Ëcriture, eoseigner aux autres à la lire, sacrifier,

assister les autres dans leurs sacriflces, donner et recevoir. Celles des Kchatriyas consistent à porter l'épée ou le javelot. Celles du Vaysia, à faire le commerce, à soigner les bestiaux et à labourer la (erre. LeKchairiya et le Yaysia doivent, en outre» faire l'aumône, lire la Sainte-Écriture et sacrifler.

Cependant le Brahmane peut remplir les fonctions du Rchatriya ou du Yaysia, excepté celle d'agriculteur, parce que, dit Manou, il faut se servir d'un bois orné de fer qui déchire la terre et les animaux qu'elle renferme. Cependant, il peut vendre des graines de sésame, et faire des échanges de liquides : € Il vaut mieux , dit Manou , s'acquitter de ses propres fonctions d'une manière défectueuse, que de remplir parfaitement celles d'un autre. »

Le Brahmane tombé dans la misère peut recevoir do qui que ce soit ^ il n'en est jamais souillé.

Servir un Brahmane est déclaré l'action la plus louable pour un Coudra ; dans ce cas , on lui donne le reste du riz apprêté, les vêtements usés, le rebut des grains et les vieux meubles. Mais il ne doit pas amasser de richesses, môme lorsqu'il le peut.

Le livre li traite des pénitences et des expiations particulièrement imposées à la castedes Brahmanes pour laquelle ce Code parait avoir été spécialement rédigé.

Bien que le législateur recommande aux Brahmanes d*ètre fort réservés au sujet des cadeaux qu'en leur offre, il indique cependant les diverses aumônes qu'ils peuvent recevoir, lorsqu'ils sont retirés du monde et vivent dans la contemplation.

Tout homme qui, selon ses moyens, fait des présents aux Brahmanes anachorètes obtient le ciel après sa mort.

Ici, se trouve une loi fort arbitraire et capable d'autoriser bien des abus de pouvoir. Le Brahmane dans le besoin a le droit de prendre ce qu'il veut dans la grange, dans le champ ou dans la maison dont le propriétaire est

25S LES GIVlLISATIOm PRIMITIVES.

préalablement averti. Do même un homme de la classe roilitaîre» un Kcbatriya ne doit jamais s'emparer de ce qui appartient à un Brahmane ; mais s'il est dans le dénuement il peut prendre ce qui appartient à un homme de classe inférieure.

Cette clause étrange n'aurail-elle pas été introduite dans le Code à l'instigation d'un prince avide, voulant couvrir ses exactions d'une marque de légalité 7

Oei restrictions sont faites au droit de mendicité accordé au Brahmane. Le Brahmane ne doit jamais implorer la charîlé d'un Coudra pour les frais d'un sacrifice, et s'il n'emploie pas à cet usage ce qu'il a eu le droit de recevoir, il deviendra Milan ou Corneille pendant cent années.

Le législateur déclare que pour les crimes commis dans cet! e vie ou pour les fautes d'une existence précédente, on est affligé de certaines maladies ou difformités.

LeCode présente ensuite une énumération de crimes secondaires, parmi lesquels le meurtre d'une vache figure en première ligne; puis l'adultère, l'abandon d'un père ou d'une mère, le mariage avani un frère atné, la défense pour le Brahmane, en particulier, d'aimer la danse, le chant, et toute musique, de recevoir des présents d'hommes méprisables, de faire un commerce indigne de lui, de servir un Coudra et de mentir, toutes défenses mentionnées déjà plus haut. La prévarication, dans ces cas-là, n'est point criminelle, mais honteuse ; il en est de même du meurtre d'un insecte, d'un ver, d'un oiseau. Voler du fruit, du bois, des fleurs, être pusillanime, voilà ce qu'on appelle des souillures pour le brahmane. Des règles sévères de continence lui sont également imposées.

L'ivrognerie, qui dégrade l'homme et lui donne les allures de la brute, est plus rigoureusement punie chez le Brahmane que chez tout autre homme, et plus que le meurtre même» car elle lui fait perdre son rang de Brahmane pour le faire décheotr à l'état de Coudra : mais s'il tue par imprudence un homme de la classse des rois, il se purifie en donnant mille

vaches et on taureau. La loi ne dit pas ce qu'il advient lorsqu'un Brahmane n'est pas assez riche pour y satisfaire.

Le novice qui tue un chat, un geai, une grenouille» un chien» un crocodile, un bouc ou une corneille est condamné à la même pénitence que pour le meurtre d*un Coudra , c'est-àdire aune amende.

Suivent des lois contre l'inceste et contre d'autres unions illégitimes*

Les peines actuelles ne sont pas les seules dont on menace les fautes et délits. La perspective d'un lieu infernal d'expiation fait partie des clauses pénales de ce Code comme aussi réelle que les supplices immédiats. Ainsi, l'homme qui se précipite sur un Brahmane avec intention de le tuer est condamné à cent années d'enfer, et s'il le frappe, à mille années.

Le législateur sanctionne Tefficacité du repentir, au moyen d'un aveu fait devant tout le monde, suivi d'actes de dévotions, de prières et surtout d'aumônes. N'est-ce pas là l'origine do la confession fondée parle Bouddhisme ?

i.es Brahmanes étant déclarés la base et les Kchatriyasle sommet dusystômedes lois, celui qui confesse sa faute en leur présence, lorsqu'il sont réunis, est purifié.

Le meurtrier d'une vache qui se dévoue au service d'un troupeau, en abandonnant tous ses biens aux Brahmanes, efface sa faute.

Le Code porte :

« Souvent la franchise et la nincérité de Taveu fait par un homme qui a commis une iniquité, le débarrassent de cette iniquité comme un serpent de sa peau. »

La récompense des bonnes œuvres dans une autre vie est présentée au Brahmane comme une éventualité encourageante :

€ Ayant bien médité dans ton esprit sur la certitude d*un prix réservé aai actes après la mort, qu'il Disse en sorte que ses pensées, ses pAroles el ses actions soient toujours vertueuses. »

A la suite de ces sages pré<*^ptes en vient un qui place les actes de dévotion au-dessus des actes de vertus, contrairement à ce que nous avons vu plus haut.

« Un Brahmane possédant le Rîg-Téda tôat entier ne serait souillé d'aucun crime, même s'il avait tué tous les habitants des trois mondes, et accepté de la nourriture de l'homme le plus vil.

Il y a des crimes irrémissibles, comme celui d*un homme qui souifle la couche de son père, il ne peut Texpier qu'en s'étendant lui-môme sur un lit de fer brûlant, en embrassant une image de femme rougie au feu.

Pour le meurtre d*un Kchatriya, la pénitence est le quart de celle qui est imposée pour le meurtre d'un Brahmane ; d'un huitième pour le meurtre d'nn Vaisya; d*un seizième pour celui d*un Coudra*

Dans le livre 13 et dernier il est question de la transmigration des âmes et de la béatitude flnale.

C'est une addition postérieure attribuée à Rrighou, descendant de Manou, dans laquelle Brighou explique aux Maharchis la récompense suprême des actions.

Suivant cette explication, tout acte de la pensée, de la parole ou du corps, porte un bon ou mauvais fruit. Des acttons des hommes résulte leurs différentes conditions supérieures, moyennes, ou inférieures. Penser an moyen de s'approprier le bien d'autrui , méditer une action coupable , embrasser l'athéisme, sont les trois actes mauvais de Tesprit. Dire des injures, mentir, médire, parler mal à propos, sont les quatre actes mauvais de la parole. Voler, faire du mal aux animaux sans y être autorisé; courtiser la femme d'une autre, sont les trois actes mauvais du corps.

L'être doué de raison obtient une récompense ou une punition pour les actes de l'esprit, dans son esprit ; pour ceux de la parole, dans ses organes vocaux; pour les «des corporels , dans son corps.

INDIENS 2iM^

Celui qui a su maîtriser ces trois choses» obtiendra la béatitude finale, ie séjour dans le Swarga, lieu de délices.

Il ne s*agît pns ici de la résurrection pure et simple du corps; car, Brighou ajoute qu'après la mort les âmes des coupables prennent d'autres corps destinés à souffrir dans un lieu infernal. Il dit aussi que l'expiation fait renaître la pureté t et que lorsque l'âme a recueilli le fruit des fautes nées de l'abandon aux plaisirs des sens, la souillure étant effacée en elle, elle retourne vers ses deux principes , douée de l'énergie de rflme suprême. Ces deux principes faisant la balance de ses Yertus, de ses vices, elle obtient dans ce monde et dans l'autre le plaisir ou la peine.

Le code appelle passion tout ce qui produit l'aversion et porte au plaisir des sens, chose qu'il avoue être difficile à vaincre. 11 appelle obscurité cette disposition qui est privée de la distinction du bien et du mal , et du pouvoir de discerner les objets inappréciables. La pureté existe dans l'étude da Véda et dans la dévotion ; la bonté consiste à dompter les organes des sens, à accomplir les devoirs, à méditer sur l'âme supréme«

Il appelle aussi passion, agir dans Tespofr d'une récompense, se décourager, faire des choses défendues et se livrer au plaisir des sens; et obscurité : la cupidité, l'indolence, l'ir* résolution, la médisance, l'athéisme, l'importunité et la négli* gence. Vouloir acquérir une grande renommée sans s'affliger de l'insuccès» voilà encore de la passion ; mais il ne dit pas qu'elle soit mauvaise. La bonté est aussi dans le désir de con« naître, dans la satisfaction de ce qu'on a fait.

Ces observations sont un peu obscures, ces définitions arbi* traires ; mais on y voit un effort de l'esprit humain à se rendre compte des mouvements de la conscience et de la moralité des actions; on peut y reconnaître aussi l'homogénéité de la doctrine brahmanique, puisque les mêmes pensées se rencontrent presque textuellement dans d'autres livres émanés de cette caste. Son enseignement n'a point varié , et il à exercé une

256 LES CIVILISATIONS PRIMiriYES.

certaine influence sur les écoles Boudhiques et Krisnhaîque. On trouve enfin la désignation des animaux dans lesquels on renaît» suivant les délits qu'on a connmis:

« Plus les êtres animés, inclinés à la sensualité, se livrent au plaisir des sens, plus la finesse de leur sens acquiert de développement. En raison du degré de leur obstination à commettre des mauvaises actions, les insensés éprouvent ici- bas des peines plus cruelles en revenant au monde sous telle ou telle forme. »

Par exemple» le Brahmane qui a volé de Tor, passera mille fois dans des corps d'araignée, de serpents, de caméléons» d'animaux aquatiques et de vampires malfaisants.

La connaissance des devoirs est représentée ici comme dépendant de l'évidence du raisonnement et de l'autorité des livres saints. Dans les cns particuliers dont la loi ne parle pas, il faut s'en rapporter à la décision des Brahmanes» et le code porte que le conseil des trois juges Brahmanes doit être formé d'un Brahmane ayant particulièrement étudié le Rig^Véda, d'un autre connaissant le Yadjour-Véda ; d'un troisième pos« sédant le Sama^Véda. Il est chargé de résoudre les doutes en matière de jurisprudence.

Voici une réflexion finnle qui résume l'opinion brahmanique sur la destinée avenir de l'homme fidèle à la loi :

c L'hottimequi reconnaît dans sa pro|Tre ftme l'âme suprême, pré* sente dans toutes les créatures, obtient d'être à la fin absorbé dans Brahma. — Le dwidjaqui lit ce code de M^nou promulgué par Brigliou, sera toujours vertueux et obtiendra la félicité qu'il désire. »

En résumé, ce qui caractérise le code de Manou, c'est la division de la société indienne en q uatre castes.

I^es trois premfères jouissentdecertaines {prérogatives» et c*est pour elles que les luis et le gouvernement sont constitués, et que la quatrième caste est soumise à un travail obligatoire et ià un asservissement perpétuel.

Le Brahmane» le deux fois né (Bwidja) est le chef de tous les êtres. î'arson pouvoir, il est au-dessus des rois; il peut les

faire périr, créer d'autres mondes et môme d'autres dieux.

Cependant, comme nous l'avons vu, cette prééminence ne leur donne point le droit de s'abandonner à leurs passions; au contraire, elle les oblige à une vie exemplaire passée dans l'élude des Védas, dans* la retraite, dans la pratique austère, dans l'accomplissement de nombreux devoirs, soit comme novices,soit comme chefs de famille, soitcommeanachorètes.

Le Brahmane est le conseiller le plus conGdentiel des Rois, Tinterprèie des lois, le juge en dernier ressort, le sacriflcateur, et à ce titre, il reçoit de riches offrandes ; le code porte :

« Les organes des sens et de Faction, la réputation dans cette vie, et le bonheur dans Tautre, la vie elle-même, les eufants, les troupeaux, tout est ruioé par un sacrifice que ternissent des présents mesquins offerts aux Brahmanes. »

La caste des Kçhatriyas jouitaussi de grandes prérogatives; de ce tie caste sortent les rois, les ofGciersde l'armée et la plupart des fonctionnaires politiques; elle a pour devoir de défendre le peuple, de faire des aumônes et des sacrifices, et délire les Védas.

Les Vaisyas ont pour fonctions l'agriculture, l'élève des troupeaux, le commerce; ils peuvent aussi faire des sacrifices et lire les Védas.

Le Coudra ne remplit d*au(re fonction que celle du service personnel des autres classes. S'il ne trouve pas d'emploi au* près d'elles il peut gagner sa vie en se louant comme manœuvre, charpentier, maçon, peintre, etc. Il peut aussi accomplirdes sacrifices religieux, mais sans les accompagner de chants védiques, dont la connaissance lui est interdite

On lui Ole môme le droit d'amasser des richesses, fût-ce par des moyens honnêtes, « afin, dit la loi, qu'il ne devienne pas orgueilleux et ne cause pas de peine aux Brahmanes. »

Les supplices qui lui sont infligés pour les moindres dûl'ia attestent bien l'état d*abjection auquel la loi Je condamne ; par exemple, s'il insulte un homme de classe supérieure on lui coupo la langue; s'il s'assied sur le même siège qu'un Brah-

mane» on lui brûle avec un fer rouge la partie de son corps qui a souillé le siège. S'il raille un Brahmane pendant {ses pratiques religieuses, on lui coule de Thuile bouillante dans la bouche et dans les oreilles, etc.

Le Coudra n*est pas cependant, un esclave dans toute la force du terme, puisqu'il peut servir qui bon lui semble» exercer un métier de son choix, posséder quelque bien ; et il peut même émigrer, chose défendue aux autres classes*

D'après les maximes de morale que j*ai citées, on voit que le législateur indien prêchait aux castes privilégiées de nobles sentiments, mais la sagesse qu'il recommandait était plutôt individuelle que générale; elle s'appliquait à la conduite privée de l'homme encore plus qu'à la vie sociale; elle ordonnait un grand respect pour les parents, les vieillards, les infirmes, et les gens instruits. € Sur la route, dit le code, il faut céder le pas à un malade, à l'homme chargé d'un pesant fardeau, à une femme, à un prince, à un nouveau marié. »

Et à côté de ces recommandations, il marquait le plus grand mépris pour ceux que le hasard avait fait naître dans la dernièrcf classe, et dont les travaux, cependant, étaient une source de richesse ou de bien-être pour les classes supérieures.

§ 2. Leipoëmes : le ramataiia. — le màhabrabàta.

L'auteur du Râmayana^ Valmiki , fut, suivant les uns, contemporain du héros dont il célébra les exploits, au quinzième siècle avant notre ère. Les autres le font vivre au dixième siècle, et le représentent plutôt comme le rapsode que comme l'auteur de ce poème. L'unité de style et d'idées accuse bien

un même esprit, mais beaucoup de chapitres paraissent y avoir été introduits à dÎTerses époques. Son dernier traducteur, M. H. Fauche (i), a signalé les passages interposés.

Le Bdmayana est une vaste allégorie de la conquête du Ceyian par les Aryas. Ses héros sont des types poétiques d'anciens chefs dont la mémoire s*est conservée entourée du prestige d'une grandeur presque divine.

On a dit encore que Sit&, l'épouse fidèle de Râma» personnifiait Tagriculture introduite par les Aryas, triomphant de l'ignorance des indigènes. Au point de vue moral , c'est l'allégorie du triomphe du bien, personnifié dans R&ma, sur le mal, personnifié dans Ravana.

Œuvre d'un Brahmane, on y voit dominer l'esprit brahma* nique sous le rapport religieux comme sous le rapport politique.

On a cru voir des rapports d'origine entre le Mmayana et VUiade{\). Dans les deux poèmes il s'agit bien de l'enlèvement d'une femme, enlèvement qui donne lieu à une formidable guerre entre différents peuples, à des duels gigantesques entre leurs chefs; mais la donnée de Valmiki est plus élevée que celle d'Homère. Le génie du mal enlève l'épouse de Râma ; et celui-ci, après plusieurs combats, finit par la délivrer : il tue son ravisseur et détruit son armée > composée de mauvais génies nommés Rakshasas.

C'est donc une donnée à la fois religieuse et morale. Les dieux interviennent dans la lutte et paraissent très-intéressés au saccès de Râma» car le roi des démons, dans la religion indienne comme dans les autres religions, a un pouvoir sur* naturel qui balance et annule souvent l'action de la toute* puissance suprême de Brâhma.

Les divinités secondaires, prenant part aux faits et gestes de l'homme, répètent des formes corporelles, la figure d'un hô«

({) 9 vol. in-IS, i85«-186S. Mcaux.

(1) EichhofT, Poésie héroïque des Indienê^ i voL in-io, 1S60.

!240 LES CIVILISATIONS PhIMITIVKS.

ros« d'un roi ou môme d'un mendiant, sans perdre lears aUri« buts divins, sans cesser de faire des miracles.

On j trouve un mélange contradictoire de haute moralité et de fatalisme; les principes de la miséricorde et de la justice 8*y confondent avei; ceux de l'obéissance passive et du pouvobr absolu ; les notions naturelles du bien et du mal y apparaissait en lutte avec des devoirs factices, des pratiques traditionnelles que les prêtres et les rois font prévaloir, les uns pour consacrer leurs croyances^ les autres pour appuyer leur autorité.

Enfin ce poème est un miroir fidèle de l'étal moral des Indiens, sinon à l'époque primitive de la conquête de Gejflan, au moins à celle où vivait le poète, au dixième siècle avant notre ère*

Un savant orientaliste, M.Eichhoff, a montré ce qu'il y a de grand, d'harmonieux dans la marche de ce poème depuis le début jusqu'au dénouement, à travers des incidehts variés(l). On y rencontre un luxe prodigieux d'images, de visions, de transformations, de discours, de pensées morales, d'idées religieuses. Les passions mauvaises y sont attribuées à une race ennemie qui vient attaquer et mettre à l'épreuve les vertus de Râma et de Sità ; et le triomphe final de ces époux modèles est offert à l'admiration de la postérité. La pureté des caractères, la délicatesse des sentiments, la richesse des tableaux, font de la lecture du Râmayana un enseignement moral bien supérieur à celui qu'on peut tirer de la lecture des poèmes homériques.

Le Mahâbhârata est un poème colossal en 200,000 vers, un recueil de légendes anciennes réunies, dK-on, par Vyâsa (collecteur) et groupées autour d*un sujet principal. Le Mabâbb&rata a formé une transition entre les temps purement légendaires et les temps historiques; s'il ne peut nous instruire au sujet de l'établissement des Ariyas dans l'Indostan, de leur premiers chefs et de leurs premières colonies, il nous fournît

(i) Poésie héroïque de$ /ndt€fu,p. 181.

niDiEKs. 841

oependanÇ quelques tfaiu réeb de la société Indienne primi»

liye.

M. Tb.PaTÎe, qui en a publié une anal jse et des rragnienfs(l)» dît que son principal sujet est Pinauguration dansllnded'une DOOTelle ère, celle de la force brutale remportant sur la pmsée. Les auteurs se sont appliqués à peindre les passions qui dominaient alors : Tamour du pouroir, du jeu et de la f engeance. (2)

Cependant le chef des Pandavas, Youdicbthira, offre encore un type de la sagesse antique : ses actes» ses paroles» les sentiments qu'il exprime, et son abdication flnale sont autant d'hommages rendus au triomphe de la vertu sur les passions. Les héros du Mahâbbârata sont plus gigantesques que ceux du RAmayana» et les scènes sont plus dramatiques ; mais le fond des idées est le même; car c'est encore un Brahmane, un di* sdple des Yédas» qui éerit» et il écrit dana r'mtérdt de sa caste pour en assurer la prédomlnence*

Le sujet principal de cette épopée est la lutte de deux branches de la dynastie lunaire des Bhâratides» établie à HaStinapoura, près de Delhi.

Des deux frères Pandous» Talné a cédé le trône à son frère Dhritarâehtra» en réservant les droits héréditaires de ses dnq fib» Youdichlbira» Rhfma» Ardjouna» Nakala» Sahadéira» types de justice, do force» de sagesse et de fraternité à tonte épreuve, dont la naissance est attribuée aux dieux . Mais DhrUarftchtfa a <«nt Bis dévorés d'ambition, surtout l*alné» Douryodhana, et leur rivalité» commencée dès l'enfance, se poursuit Jusqu*! la mort.

Le récit de leurs luttes est mêlé d'incidents sans ordre» dé mille redites» d'exagérations» d'idées cosmogoniques et mythologiques où se révèle une culture intellectuelle naissante. Mais sous les rapports moral et poétique» il ne le cède en

(i) PragmeïïUdu Mahabharata, i vol. ia-8% iSii. (t) Revoe des Deux-Mondes» 1857.

SIS LES CIVILISATIMS FltlMITITES.

I an Bftnuiyant. Quoi de pins admirable et de plus pathétique que Jes épisodes de Ndia (1), de Savitrl (S) de Sakountala (S)» modèles de grâce et de délicatesse I

M. de Lamarliae(4) en a fait ressortir la sublimité primitife dans des termes à la hauteur du siyet, et a démontré par em exemples que llnde était arrifée au plus haut d^gié de son génie moral et poétique, bien annt que sa dtiMsation ent acquis un complet développement.

S $• LE BBAGAVATApPOURAIU.

\ê^ Pawrâmê forment un ouvrage tolnminem tradnil dn sanscrit en langue vulgaire. Les Indiens de tontes les dasses en font eneore leur lecture habituelle. Us ont été mis sous le i de ¥yâ8at bien qu'ils accusent la main de plnaimin i Le commenuteur Sâyana dit que les Feurtaas serveni à fake oonnaltmle sens des Védas; aussi les a-l-<m appelée cinfnilme Yéda.

Cwendant ib offrent un caractère mystique plus praiMineé; la contemplation et l'inaction y sont préconisés ( an naturalisme positif des Védas.

La ciéationy la conservation, la destruction et lei \ IfÊU dont il eat parlé dans les Oupanishads sont diveloiipis dans les Pourftnas. Les femmes et les Coudras avaient le dnit de les Ike et d'obtenir par cette lecture la (winaitsanre de Bifthma.

. (1) Voir la Iradaelion de M. Bmile Bornooi; Nanqr, Î9M. {%) Trad. par 6. Paathier, 1S41.

(3) Épisode dont KAlidAsa a C&it ensuite on beau drame, traduit par Chézy, en 1130.

(4) r, 4« et 5* Entretiens, tS66.

IHDIEKS. . 215^

Le pliH ancieii est le BhâgaTala-Pôurlna, dool V. Eugào^ Burnouf nous a donné le texte et la traduction (1). C'est h premidfe histoire de Cricbna» nommé aussi Bbagavat; elle s'adresse i la secte des Vaichnaf as, pour laquelle Bbafayat est m ol^ spécial de colle.

Criduui est né dans la classe des Kchatrîyas, ce qui explique la fie aventofease et «n peu désordonnée de cette buîtiôme incarnation de Yicbnou. On l'a déifié en lui conservant soa caractère à la fois magnanima et voluptueux» ^t^ ^ libortifi» loyal et rusé.

Le livna premier porte que dans WWffcesele est révélée Vb^ senoe» la réalité existante, celle qui donne la béatitude et fail disparaître les trois espèess de doiileiir. La dévotion poar BbagavaC produit le détachement de tout désir, et, sans élê^ la stricte observation des devoirs imposés aux autres est en pue perte.

Noos avons fait observer que les chantres védiques ptaçaienl les devoirs natords ao«dsssus des actes de dévotion; Id, a« contraire, la vie contemplative ou religieuse est placée a«^ dessus de la vie positive, sociale.

Ce livre consute les eAts de la pureté, née d'une méditatioft profonde^ par l'exemple suivant :

Yôgin, fila de Crichna, voyant tout avec indifléieocet livié à une méditation profonde, passait pour un insensé. Un Jonr^ des nymphes, se baignant, aperçurent le RishI avec son fils, elles se couvrirent de leurs voiles, et, comme Tanachorète leur en demandait la ndson, éUes loi dirent: «À* tes yeux, les sexes sont encore distincts; ils ne fo sont plus aux yeux de ton fib^ dont la vue est pure. »

L'auteur déclare que c*esl ime grande Taute que de commander, en voe du devoir, une actfon blâmable à l'homme entraîné d^ par sa nature passionnée, car, en entendant cette parole :

(I) 3 voL iB-r, IS40.

24i LES aVlLlSATlOlfS PRIMITIVES.

€ vdilà le devoir! • rhommo ordinaire ne pense pas que celle action soit dérendue. C'est en renonçant aux œuvres que le sage mérite de connaître la béatitude de l'Être souverain et sans bornes.

Nous avons vu Lao-tseu déclarer aussi que 8*abstenir des œuvres était le meilleur moyen d'obtenir la béatitude; mais cette conformité d'opinion ne doit point faire croire à une origine compaune*

L'auteur du Bhagavata-Pourftna veut qu'on adore l'Elfe siiprôme» celui dont les malheureux font la richesse, odni qui anéantit les résultats des qualités» celui qui trouve sen plaisir en lui-même » celui qui jouit de la quiétude > celui qui dispose de la délivrance absolue.

Il exalte l'bomme sans passion, affranchi do tout bieD, se di» robant aux regards» raidant son corps inutile, el il le dédtre un homme courageux.

L'indifférence est érigée en système:

c Que ta regardes rhommie comme permanent ou bien oemme passager, ou comme n*étaat ni permanent ni passager, ou comme étant à la fois passager et permanent» tu ne dois, dans aucun cas, cédant uniquement à un sentiment d'affection né de l'erreur, pleurer ceux que tu as perdus... Ce corps, agrégat des dnq éléments, eaelave du temps, de Taction el des qualités, comment peut-il proléger d'antres créatures ? (Test comme si un homme, dévoré par nn serpent, voulait porter secours à un autre homme. •

Ainsi , l'apogée de la vertu consiste à ne point se désoler, el à ne point se réjouir. G*est l'immobilité de la statue.

Tans le livre t, l'auteur définit la suprême puissance : ce qu'il y a dans le monde de fortuné, de brillant, de vigoureux, tout ce qui est doué de beauté, de modestie, de pouvoir, d*in* telligence.

Cette définition est le point de départ de toutes les doctrinet religieuses; le Dieu suprême a toujours résumé en lui les per« fections physiques et morales.

INDIEffS. 245

Le litieS renrerme des idées morales qui semblent {yea d'accord «tee celles que nous Tenons de voir. On y soutient que lo TOfbs d*OB plaisir qui s'offra de soi-même n*est pas une chose louaUeb ni pour celui qui est retiré du monde, ni pour celui qui en a l'habitude.

L'auteur ajoute ceci: «(Celui qui, dédaignant ce qu'on lui oflfira, repousse un malheureux, voit s'évanouir sa gloire, quelque grande qu'elle soit. »

Gependanl » il donne pour modèle à suivre celui qui est délivré de souillure, de désirs, de cupidité et d'autires passions nées du sentiment du moi. Celui qui est insensible à la peine comme au plaisir, el égal pour tous, celui-là seul voit TEsprii absolu, supérieur à la nature, uniforme, lumineux, par lui? même; il le voit avec un comir dévoué et détaché de toutes choses par la science, il le voit complètement impassible, ec reconnaît alors que la nature est sans énergie.

Tout en condamnant raHèction pour les choses el pour les

êtres, Yyâsa ou le rapsode ajoute que l'attachement aux honw

mes vertueux est un moyen de salut ; il faut ajouter que par

hommes vertueux, il entend ceux qui sont entièrement déui^

chés im préoccupations de cette vie.

c Les hemmas ptttents, dit Bhagavat, pleins de compassion et d^ tendresse pour tons les êtres, qui n'ont pas d'ennemis et sont calmes, qni sont bons et dont la vertu est la panire,qai avec une affection exdusive, ont pour mol une déTOtion profonde, qni, pour moi, renoneeflft aux œuvres, à leurs parents et à leur humilie, sont des hommes vertueux et libres de tout attachement, n ùlvlX les recher» cher, car leur commerce liait disparaître le péché de l'attachement du monde. •

Void le résumé des principaux moyens par lesf|uels un ceeur pur entre dans la voie de la vertu : accomplir son propre devoir suivant h mesure de ses forces ; s'abstenir de tout devoir étranger ; sa contenter de ce que le destin nous donne; r^Qioncer aux devoirs vulgaires et n'aimer quo ceux qui coit«

24G LES aTILISATIÔNS PIUMITITCS.

ditoiit ati satut; ne prendre qu'une noorrilnie abondante èi imite; choisir un lieu letiré, être bon et vérldiqne; s'abatenir de toi et ne recevoir de présent que pour ses besoina; êM tfuMié et pur; se livrer à la pénitoices garder un ailenea ab» soin; rester perpétudlemeni debout en renonçant à teecomtoodément assis; se rendre peu à peu maître de sa leqiifaikm ; détaeber ses sens des objets visibles en les ramenant av dédain de soi. Quand le cœur a été purifié de paasion, TasoMe n*a plus qu*à s'abaorber dans la contemplation iMime de Bbagavaty tm fiiant le regard sur Teaitrémité du nea*

L'engourdissement extatique où plonge à la lopigiia eetle attitude, peut être assimilé au somnambulisme faetiea, à œ qu'on a appdé récemment Thypnotisme, et paraîtra ans jeu des peuples %norants comme le résultat d'une influenoa eé» teste; de nos Jours encoi^ les asc&stes de rinde empMeMles mêmes moyens pour eiploiter la crédulité puMiqM^

Btaagavat interdit au sage de fréquenter les hommes qui manquent de véracité, de pureté, de compassion, de ilJsMe^ de pndeu^ de patience, de quiétude, de constance^ etc., pane que ces bommes, asion lui» se trompent sur la nature de leur ftme et qu*ils ont des femmes pour en Ikiie leur Jouet» Bien n'enchaîne et n'égara autant Thomme, à son avis, que le oom* inerae des femmes, et celui des hommes ((ut s^Éttachent à

Ce n'est pas qu'il prêche la continence absolue; les anachorMea indiens ne dédaigneront jama» les titres d'^poox et de pères; O s'éiève uniquement contra le libertinage»

Bhagavat traite ensuite du fruit des œnness son interpièla déclara que le pèra de famille qui remplit les devoiis de son état pour en retirer du plaisir, des richesses et du mérite, que cet homme égttié par le désir montera an séjjonr de r mas, d'où apr>savoirbu JeSottut, il reviendaen ce mondai^ dis qneleshoasmes qui accomplissent lenn deveinaanai cher le plaisir où les richenes, se détachant de tont, calmes, et purs de cmur, qui font l'abandon de lenn eennest

iudujis. 2|7

sont déroués au deroir de TinaicUon» sans égoisme ei sans orgueO, parviendront, par la roule du soleil» aus^fovrde

L'inaeckHi» ici» ne signifie |K>int rimmobililé, mais la madesliè idalivement aui eAls de Taction.

Dans le livre h il est dit que la sdenoe» les austérités, la fortune, la beauté» l'âge» la famille qn'on représente comme autant d'avantages, peuvent tourner en mal pour les mécbants et que leur vue troublée» par rorgueil» ne reconnaît pas la gioife de ceux qui valent mieux qu'eux.

On bit ressortir au contraire» le bonheur de l'homme qui se contente de ce que lui envoie le sort» bon oumauvais. Pour conjurer le chagrin il faut voir avec plaisir celui qui a pinède mérite que nous» avec compassion celui qui en a moins» si avec simiiié celui qui en a autant.

Voici une pensée toute stoïcienne :

La mort n'a ni ami, ni ennemi; elle s*empare également de toutes les créaturss; à sa suite court, entraînée Hudgré die, la foule des êtres, comme la poussière^ suit le seulle Ai vent.

Il est dit de lacoUre que quiconque s'en rend esclave, eH s'en bisse dominer, devient un objet d'épouvante pour le mondf» et nuit à sa propre sécurité.

Ceux qui souhaitent des enfants» selon Bhafsvat» s'exposent en voyant réaliser leurs voeux, i avoir de mauvais fils» o« i se préparer de grands chagrins : « le crois» i^ute-t-il» que de mauvais 81s valent mieux que des enfanU vertueux qui ^nt pour nous un Si4et d'Inquiétude illiomme aadétottte de4p maison quand il y trouve du chagrin, a ^^

Les idées d'abnégation personnelle» de sacrMoe» i gères à l'ascétisme indien qui met au-dessus de tout I osiui de la tranquillité du corps et de l'ime ; il }[ a là cependant de rindiflérence encora plus que de r^isme.

De pieux soliuirss» vouknt convertir un roi qui opprimait son peuple, lui disaient : »

248 LES ClVlLlSATlOIfS PIUMITlVfiS.

€ La detoir que les hommes acedmplissent en pensée, en parole •I en action» eonduil le peuple exempt de chagrin k la béatitude même, qui est le partage des sages afifranchis de tonte passion. Pnisae-M ne pas périr parmi tes snjets» 6 prince, ce signe de la prospérité des peuples! qnand il est anéanti, nn roi descend du rang

Celte observation un peu hardie s'explique par raulorité ipirituelle que les Brahmanes exerçaient même sur les rois; e*élail un rOle équivalent à celui que rempliront les oonfesaeura du moyen-âge. •

Void une maxime où se reflète la douceur des mceun indiennes et en même temps les égards qu'on avait pour les Bswmes 1 1 Les hommes ne frappent jamais une femmot même lossqu'elle est coupable. >

Cette autre sentence prouve que Texerctce aibitrtire de la justice était alors dévolu aux rois :

• Le méchant, que ce soit un homme» une femme ou nn ennnqoe, fui ne songeant qu'à Ini, n*a pas de pitié pour les créalnres, peut être tné par nn roi ; sa mort n*est pas nn menrtre. •

Remarquons en passant que le Brahmane n*est point désigna; son pouvoir ne s*étendait plus alors que sur les deux dernières classes. Hais à côté des droits absolus qu'on laissait aux roia» sur le peuple» de grands devoirs leur étaient sinon Imposés» au mobu indiqués comme condition de saint i

e Le bonheur suprême pour un roi, e*estla définise de son peuple, faree qu*n s'assure ainsi la sixième partie des mérites que reeaeilleront ses snjetsdans lemmide ftitur; mais s'il leur enlèverimpét asns les protéger, il contracte lents tantes, et ces fautes Ini ravissent lea ifults de sa propre verUi. »

Cest comme une sanction religieuse de ce principe souvent |>rudamé que les bons et mauvais exemples venant d*en haut» ceux qui gouvernent sont responsables de la conduite de ceu^ ^i sont gouvernés.

INDIJNS. 219

IHiagaTal présente comme double moyen de bonheur pour rhomme, le détachement de tout, poussé jusqu'à Toubli de soi-même 9 accompagné d'une passion inébranlable pour Brahma.

D'autres règles de conduit^ sont présentées à celui qui veut se maintenir dans la voie de la sagesse ; c'est une répétition dé celles qui ont déjà été produites : éviter ceux qui se plaisent à satisfaire leurs sens; aimer la solitude; se suffire à soir même; respecter la vie des créatures; pratiquer avec désinté? ressèment les devoirs religieux, n'avoir point de désir» être indifférent à toute espèce de sensation, etc.

Cependant la science est déclarée le plus grand bien de ce monde, et le plus capable de /aire supporter le malheur. 11 est vrai que celte science n'est autre que la connaissance et la méditation des livres sacrés et des devoirs religieux.

Nous avons déjà vu que les préoccupations de la famille étaient regardées comme des causes de perte. Voici sur ce si^et une pensée qui rappelle les précédentes :

m Au milieu des devoirs vulgaires d*an maftredeiDai8OD,rhonuii0 trompé qui ne pense qu'à sa femmei à se» enfants et à ses richesses, ne trou Te pas l*ôtre suprême et s'égare dans les sentiers de la transmigration. •

Gepmidant Bhagavat montre une certaine déférence pour les femmes : Il relève plus d'une fois leur condition» comme épouses et comme mères :

« S'il n*7 a pas dans nne naison nue mère et une épouse dévouée à son mari, comment le sage pourrait-il s*j arrêter T Ce serait ftdre comme le malheureux qui É'asseoit dans un char sans roue. •

Pans le livre 5, il est dit que les âmes s'unissent aux corps qui leur sont assignés afin d'accomplir des œuvres qui condamnent l'homme à la naissance, à la mort, au chagrin, à r erreur, à la crainte, au plaisir et à la peine.

Pour Bbagavat la vie est une expiation et une récompense.

250 LES aVILISATIONS PRIMITIVES.

Aussi ^tttd-i-il que nous acceptons le bien ou le mal parce que nous sommes unis aux qualités et aux œuvres» et que nous exécutons tout ce que notre mattre nous ordonnet semblables à des aveugles conduits par un liomme qui ToiU

Nous avons vu que la conséquence logique de ce syslème était le renoncement aux plus nobles affections du cceur.

« L'union de rhomme avec la femme, dit-il, est pour Fm comme pour l'antre ce qa^on appelle le lien du eœar ; c*est par elle qu'à la ▼ne de sa maison» de sa femme, de ses enfants et de ses richesses, lliomBie éprouve le sentiment erroné du moi et du mien. Quand ce lien que resserrent les œuvres vient à se relâcher, l'homme àkirs se détourne decetta union en se détachant de la cause, et va, disermals aifinandil, se réunir à l'être suprême. »

En conséquence, l'apogée de la sagesse est d'arriver i cette conviction que le bonheur d'un maître de maison doit dtre abandonné comme un songe» Tant que le coeur reste encbalné par les qualités de la passion, de la bonté et des lébèbreSt rhonune voit se prolonger la suite des actions bonnes ou mauiraises qu'il accomplit par les organes de l'inlelligence et de Paetivité. Enveloppé par l'imagination, livré à Tinfluenoe des objets extérieurs» entraîné par le courant des qualités» aoomis au changement, l'homme qui est formé par la réunion de leiae principes» prêtant des formes distinctes ou des aonis diveis» ne cesse d'habiter ou de quitter des corps nouveaux*

De mémo que la lumièrjs qui» consumant «ne mddie alimentée de beurre, produit des flammes accompagnées de (ujoée» et qui» brillant seule se montre sous une ferme puie^ ainsi encbalné par les qualités et par les oeuvres» Icoesstf se Nvre à ses agents; affranchi» il rentre dans son princ^

Il appelle accidents de la tie» le plaisir, la pein^ l'amour» la haine» la crainte» l'égoisme» l'orgueil» la hauteur» lediagrin» le trouble» la cupidité» la jalousie, r»vle» le dédain» la Cum» la soif, les douleurs, les nsaladiesj la naissance, la vieiBeKe et la mort.

mniExs. 2àl

11 déelare que rhommê» mallre de lui, qui m contente de loalenirion exittoice, irrîTe bien Tite i la perfection que n*au teint pet FesdaTe de ses sens.

Il plaint le sort de Tbomme cupide, avare, défiant, que la crunie de perdre son argent et le souci de Taccroltre tour« mente sans cesse.

Dans le liTre 6 , le roi Pftrikchii démande au sage Çuka par quels moyens Tbomme peut éviter d*aller dans le lieu de tour* ment. Le sage lui répond que Tbomme doit pour cela expier convenablement en ce monde les fautes qu*il a commises dans un autre, en pensées, en paroles et en actions.

Le roi lui réplique :

m SI llKmune eonnaissant par la pratique et psr rËeritnie eom- Uen lepécbéloi est lùneste, y retombe encore en désespéré, à quoi boa alors Vexpiationî»

«Çaka répond : VanèanlUsement d'oneaetion par une antre aetion n*e8t pas répnté définitif parce que l'agent est toujours ignorant ^ la véritable explallon est la science. L'homme qui vit UDiqnement de r^fme, échappe aux maladies» de même celui qui n'accomplit que des actions obllgatdres, se prépare peu à peu à la déllvranee. Par les mortifications, par la chasteté* par la quiétude, par l'empire aur ses sens, par l'anméne, par la vérité, par la pureté, par robservaUen des règles qu'hnpesent la aMrale et k loi, les sages qui connaissent les devoirs et qui sont doués de foi, effacent les butes qu'ils ont commîtes en action, en parole et en pensée, ftissent-èlles mène très-grandes, de mèsae que le lèu consume nne touffe de bambous* L'bomsM recueille dans rautre monde le fruit de l'action Juste on lujnste quil a commise ici -bas, dans la proportion et d'après la ma* nière suivant laquelle il Ta commise... Malheur! malheur I Quand l'homme n'emploie pM h taire du bien ses richesses, ses parents et son corps, toutes choses ikites pour servir de pâture aux animaux qu'un instant va détruire et qui ne sont pas son véritaUe but l a

L'hoaame doit «re indifléfent au piaiair ou i la peine que cause la gloîra ou le déshonneur, la victoire ou la défaite, la

25â LES aVlLlSATlORS PllIMlTlVES.

iritt OU la morU Résister aux sens est le seul effort auquel le BrabinaDe est tenu de seliirrer. A ce sujet, on racoonte qu'un Brahmane se repenUnt d'avoir cédé aux charmes d'une femme» s'écria:

c Malheur sur mol qui méconnaissant mon yéritoUe but, n'ai pas su dompter mes sens l la bouche des femmes s*épanouit eomme un lotus d'automne; leur Toix est de Tambroisie pour les oreilles, leur eorar ressemble au tranchant d'un rasoir; quel honuse a jamais connu la conduite des femmes. »

L'existence inacUve des Brahmanes ascètes est comparée i celle des reptiles qui tombent dans une immobilité complète après avoir englouti leur proie.

Le livre 7 contient le panégyrique d'un homme religieux , doué de moralité, fidèle à sa parole, maître de ses sens. Ce sage est à lui seul l'ami le plus affectueux de tous les êtres; il les chérit comme lui-môme; il aime les malheureux comme un père, et ses égaux comme un frère. Bien que riche, beau, et savant, il n'a point d'orgueil ; sa pensée ne se trouble pas dans le malheur ; les objets que l'ouie ou la vue perçoit, n'a pas d'attrait pour lui» parce qu'il n'y voit pas de réalité. Maître de ses sens, de sa respiration , de son eorps et de sa pensée, il a éteint en lui tout désir. Cependant on pourrait lui demander à quoi lui sert la richesse, et pourquoi jil n'en lait pas abnégation comme de tout le reste.

L'auteur proclame que, dans toute condition, c'est l'action spontanée du destin qui, unissant les âmes aux corps» leur apporte» sans qu'elles se donnent de peine» la douleur comme le plaisir des sens.

Le sage tombé dans le monde doit diriger tous ses efforts Te» le salut.

Cent ans forment la durée de la vie de l'homme; mais celui qui n'est pas maître de lui-même n'en vit que la moitié, parce qu'il passe inutilement la nuit plongé dans do profondes ténè-

INDIENS. SSa

breB. n pave les ringl années de l'enfance et de la jeunesse dans r^noranoe eldans les plaisirs; et qoand la vieillesse t eoYahi son corps» il en passe vingt autres dans Timpuissanoe. Le reste s'écoule sans qu'il s'en aperçoive» pendant qu'occupa dans sa maiso» il est en proie à des désirs qu'il ne peut satisfaire et au trouble le plus violent. Quel homme alUché à sa maison, esclave des sens, pourrait s'affranchir des liens de l'aSeetioa qui l'enchaînent si fortement T Qui renoncerait i l'amour du gain 7 L'homme le chérit plus que lui-raôme; et le voleur, l'esclave et le marchand J'achitent au prix de leur vie. 0>mment, au souvenir du lien qui l'unit à une tendre épouse, de ses caresses, de ses douces paroles • comment , ea« chaîné à ses parents par l'affection, séduit par le babil de ses enfants, comment, pensant à ses fils, à ses filles chéries, i ses frères, à ses sœurs et à ses père et môre qui souffrent, pourrait-il abandonner sa maison et ses meubles beaux et nombreux, el les soins de la famille, et ses troupeaux et sei senri* teursT... N'attachant de prix qu'aux plaisirs que donnât les plus grossiers des sens, oomment» dans le trouble où il est plongé, poorrait-il se détacher du monde? Consumant son existence à soutenir sa famille, cette préoccupation l'empêcha de voir qu'il va contre le vrai but de l'homme ; soufllrant partout de trois espèces de douleur, il ne se détache pas du monde parce que tous ses désirs sont pour sa maison... Richesses» femmei, enfants, troupeaux, maison, terre, éléphants, trésoa, pouvoir, plaisirs, qud bonheur toutes ces choses passagères peuvent^lles donner à un mortel dont la vie n'a qu'un instant de durée? C'est en vue du plaisir, et pour échapper à la dM* leur, que Thomme qui agit forme un projet; mais celui qui se repose dans le bonheur de l'inaction, trouve loi^joiirs la peine dans l'action. Que sont donc, pour TesprU plongé dans la mer d'une étemelle béatitude, ces biens futiles qui périssi^nt avec le corps et qui, malgré leur apparence, sont privés de féalilét Le bonheur qu'un mallra de maison trouve dans les plaiaiss

254 LES GIVILISATIOKS PRIMITIVES.

des sent ressemble à une dôinangesison dont on augmcntA h douleur en la gratlant des deux mains; ee bonheur ne le sati»* fait pas. Le sage seul supporte le désir comme on tolère tme démangeaison.

Suit une énumération des qualités et des devoirs piopras aux différentes dasses et dont la stricte obsenranos établirait une ligne de démarcation morale fort tranchée entr^elles»

La quiétude, Fempire exercé sur soi-même^ les aosiérilés» la pureté» le contentement, la compassion, la Técadlé, eesool là les caractères du Brahmane.

L'héroïsme, le courage, la constance, Téciat, h génértsilé» la victoire qu*on remporte sur soi-même, la patience, la dusteté, la bienveillance, la protection du peuple, ce sent là les caractères du Kchatriya.

Servir avec dévouement les dieux, ses parents» bira fleurir les trois objets que recherche Thomme, croire en Dieu, être actif, et déployer ime habileté de tous les moments, ce sont là les caractères du Yaisya.

Les devoirs du Coudra sont : la soumission» la poieléb une obéissance sincère à son maître, Téloigoament pour k ve!» la véracité, le respect des Brahmaiies et des vadâss.

On ne devait pas oublier ici les devoirs imposés à la SaukÊxm, et ils sont présentés conformément à la loi de MaiMMit saviNiff < robéissanoe et la soumission à l'égard de son mari qn'ello doit regarder comme un Dieu, la complaisance pour sas paiwls et robservatton constante des devoirs religieux*

« Que la famine vertaeote, en donnant à son auri toute espèce de satisfaction, l'honore constamment avec respect, arec des paroles vraies et agréables et avec amour. Toujours constante, exemple de désirs, aetlTe, connaissant sen devoir, ayant un langage vial et agréable, attentive, pure, afaaable. •

Ou voit que tout en faisant à la femme une eiisleiice trtIinStt bordonnée, les Indiens lui reconnaissaient des qualités ww^Vif qui rehaussaient la nature de son seM.

Ref6ittBt aux deroirs des Brahmanes, il leur est ordonné de mendier le soir et le matin, de garder le silence, de Jeûner ou de mangermodérément^d'ètre actif, plein de fol, maîtres de lenis senSfde n'avoir de rapport, qu'autant que cela est nécessaire avec les femmes et a?ec ceux qui sont dominés par elles:

«Cdai qui obserre le tœa de chasteté et qui ii*est pas maître de malsen doit éviter le chant des finnmcs, parce que les sens dont la Tiolenee est InésistiUe entndnent le ecBor même de l'ascte. Qu'il sache supporter lui-même le froid, le vent, le feu, la pluie et Fardenr du soleil, consenre sans les soigner sa cherdurst ses poihi, ses onghs et sa harbe, laissant ses ébwtm tomlSer en mèches, se eon* tentant d*un vase, d'une peau de gasdle, d'un bâton et d*un vêtement d'éoorce. •

Pour dégoûter Tasoète des biens de œ monda, rauteur mon- Ire Vinquiélode du riche, dévoré de désira incapable de se maîtriser» que la crainte prive de sommdl et pour qui tout est un sujet de soupçon) il doit craindre sans cesse leroi, lesvor leatg, rennemi^ la familier ki quadrupèdes» les oiseaux» les gens dans le besoin» tout jusqu'à lui-même.

Suivent de nouveaux conseils adressés au chef de maison, tendant i le détacher sucoessivement de sa femmes de ses ei^ fants» deaoïi ptopie eorpe» en ma mot, de tous les biens.

« lestant amaitfull en est heselB dans ce corps et dans sa I son, comme s'il avaH encore des attachements qu'il n'a plus, rb sage, doit, au sein de la condiUen humaine, savoir renoncer à celle eendltion cHe-même. Qull regarde comme ses propres enfimls les bêlss ttuvagm, les dumeaux, les ânes, les singes, les rais, im •arpents, les oiseaux et les mouches ; quelle différence, en cOét, j «44 cntro ses enflais et ces divers êtres t»

Ainsi» le sublime de cet ascétisme tend à ravaler Fespéce hmnalne au niveau de la brute et i lespeder celle-ci â régal deoélle-là.

256 us CIVIUSATIOJIS piumitives*

« Il n'y a pas poar ceux qai désirent le mérite de la Tertn.dea devoin supérieurs à celui qui consiste à éviter de faire du mal aux créatures» en pensée» en paroi 3» en action. »

Tout cela s'accorde avec ranéantissement des désirs et inspire quelquefois dçs conseils de modération dont toute homme peut faire son profit.

Voici d'autres pensées qu'aucun moraliste ne désaroaerait :

— t Pour rhomme dont le cœur est toujours satisbiti chaque point de l'horizon est un lieu fortuné, a

— « Les besoins de la faim et de la soif peuvent se satisfUiei la colère se satisfait aussf lorsqu'elle atteint son but; mais la cupidité ne connaît pas de borne chez Thomme, fût-ce même chez le vainqueur de la moitié du monde entier. »

— t Tous les objets précieux que renferment les trois mondes seraient insuffisants pour satisfaire l'homme qui n'a pas* dompté ses

— M L'honune qui se contente de ce que lui apporte le hasard» vfl heureusement ; mais celui qui ne sait pas se contenter» n*anni pu assez de la possession des trois mondes, parce qu'il ne se aeim pu vaincu lui-même.

— « La soif insatiable des biens et des plaisirs est peur l'homme la cause de son retour en ce monde» tandis que la satlsbetlon aiee laquelle il reçoit les dons du sort le conduit à la délivimnee. •

En faisant l'éloge de la vérité, rauteur y mêle quelques paradoxes sur Tutilité du mensonge suivant les cifconstanou:

« La vérité est la fleur et le fruit de l'arbre de l'âme lanl qu'il vit. SI l'arbre ne vit pu, il n*y a ni fruit» ni fleur : or, le naujoge « en est la racine : aussi» comme un arbre déraciné M dessèche et tombe bientôt, de même Tâme qui ne faU pat usag€ iu wmimmgêêe desséche aussitôt... Celui qui, en toute circonstance» a recours au mensonge, est un homme perdu de réputation; c'eat un -mort vivant. Mais mentir avec les fommes en plaisantant» pour faciliter un m»> riage, pour subsister» pour sauver sa vie, dans l'intérêt des vaches et

des Erabmnef t quand on ennemi noas menace) ee n*eat paa s'exposer an bltme. »

Voici une boatade inspirée par une triste misanthropie :

c Bâii dA : Quel besoin a Thomme mortel de ce corps qui Pabandonneàla fin de laTîe, et de ses héritiers, sorte d'ennemis qo*OB nomme sa famille, et de ses épouses, cause du retour de l'homme en ce monde, et de ces maisons ou Ton -use ici-bas son existeneet •

Dans le livre 9 est racontée I^istoire du roi Hariçtchandra, lequel désolé de n'avoir 'point de postérité, s'adressa au dieu Varouna et le pria de lui faire naître des fils, promettant de lui sacrifier le premier. Le dieu exauça sa prière; un fils nt* quitetfut Rôhita. Le dieu l'ayant réclamé en vertu de la promesse du roi, celui-ci objecta que la victime n'était pas digne d'être offerte avant dix jours. Les dix jours révolus» Varouna renouvela sa demande ; le roi lui dit que la victime n'était point pure tant que les dents ne seraient point poussées. Les dents poussèrent, le dieu revint h la charge. Le roi refusa encore, prétendant qu'il fallait que les premières dents fussent tombées. Les dents tombèrent et il objecta qu'il faU lait que les grosses dents fussent poussées. Les grosses dents poussèrent, et le roi refusa encore le sacrifice en disant : c'est seulement quand il peut porter la cuirasse qu'un homme de race royale est une victime pure.

Ainsi le roi qui aimait son fils trouvait toujours de nouveaux prétextes pour gagner du temps, et faisait attmidre ledieu dont la condescendance s'y prêtait heureusement;

De son côté, Rêhita, pour se soustraire à la promesse de.soo père, acheta un jeune homme qu'on sacrifia à sa place, el le ^ dieu fut satisfait.

Cette étrange tradition, où un roi et un dieu jouent un réie familier d*égal à égal, s'accorde assez bien avec le système véiiique et nous révèle l'ancienne coutume des sacrifices bumains.

L'auteur revient sur le danger de s'attacher aux femmes; cet attachement est représenté comme une cause universelle d'effroi» même pour les sages, maîtres d'eux-mêmes^ à plus forte raison, pour l'homme qui ne pense qu'à sa noaison.

Celte opinon peu favorable au beau sexe est prôtée à une femme même.

L'auteur met dans la bouche d'Urvacl ces parles :.

« L'amitié des femmes n'eiiste nulle part, car elles ont le cœur semblable à celai du loup; elles sont impitoyables, craèUies, Irascibles, prêtes à employer la violence quand il s*agit d*an ob)et qu'elles aiment; elles tueraient pour les motifs les plus futiles un mari confiant, et même un frère. Inspirant aux hommes ignorants une confiance trompeuse, reniant leur amour, on les voit dans leurs caprices désordonnés désirer toujours un nouvel amant. •

Les poètes indiens ne nous ont pas habitués à œs diatribes contre les femmes; peut-être s'agit-il ici des courtisanes dont la vie désordonnée pouvait justifier des accusations aussi graves.

Il est fait ici Téloged'un roi, Rantîdèva, qoî donnait même quand il avait faim, tout ce qu'il recevait, n'ayant rien à lui et voyant d'un œil ferme sa ruine et celle de sa maison. Pendant qu'il était dans une extrême détresse et qu'il tremblait de soif et de faim, un Brahmane se présenta à lui en Qualité d'hôte, au moment où il désirait manger. Rantidêvalui donna une partie de sa nourriture, et le Brahmane, après avoir mangé, se retira. Le roi avait distribué des aliments aux gens de sa maison, et s'apprêtait à manger lui-même quand survint un nouvel hOte, un Coudra avec lequel il partagea son repas. De ce dernier fait il résulte que si le Coudra à cette époque n'était pas l'égal du Brahmane devant la loi, il Tétait devant l'hospitalité. Le Coudra parti, un troisième hOte se présenta entouré d'une foule de chiens. Le roi lui donna tout ce qiiî lui testait de nourriture, avec de nombreuses démonstrations de respect. Il ne lui restait plus que de l'eau pour un seul

INDIENS. â59

homme; 0 allail la boire quand on vint lui dire : donne de Teau i an malheureux. « Le roi répondit : Taim, soif» lassitude» fatigue du corps, misère, épuisement, chagrin, découragemeoti trouble, tous ces maux sont dissipés en moi par le don que je fais de cette eau vivifiante i un pauvre misérable qui vent continuer de vivre. » Et il donna son eau quoiqu'il fût lui-mâme mourant de soif.

On voit par cet exemple que la morale indienne ne le cède i aucune autre sous le rapport de la charité.

Mais, en général, par suite d'un ascétisme poussé à Texcôs, les sentiments attribués à Bhagavat ou Crichna sont la négation de la liberté humaine, et la soumission au destin ; la condition de l'homme est rabaissée, ses plus nobles penchants sont regardés comme opposés au salut.

Cependant Bhagavat passe pour un Messie, descendant sur terre d'âige en âge, s*incarnant dans un fils de roi, se faisant anachorète, prêchant la pénitence, accomplissant des miracles pour appuyer sa doctrine.

Ainsi» dans une de ses excursions aventureuses, étant entré dans la ville de Mathura, une femme contrefaite vint à Im^et répandit des parfums sur son corps; le dieu lui dit : Relèvetoi droite dans ta taille, bdle dans tous tes traits, gracieuse dans toute ta personne. Et elle se releva comme il rordoanail. Des faits analogues seront attribués à Bouddha.

On dit. que Vyasa a composé le Bhagavata pour rendre hommage i \ichnou. Quoiqu'il en soit, on peut dire que ce livre reproduit des doctrines et des traditions remontant jusqu'à Torigine de la société indienne, mais sous de nouvelles formes*

Les plus anciens Pourânas se composent d'éléments cosmogoniques et héroïques» et sont attribués aux Soûtas, qui mêlaient des chansons de geste aux histoires divines. Us résument l'histoire merveilleuse des Aryas, des castes et des dynasties anciennes.

Vicbnou, dont ils sont le panégyrique perpétuel, s'idenjlifie

260 LES CIYILISATIOIIS PRIMITIVES.

à tous les dévas, et à tous les personnages de la mythologie indienne; il est un avec toutes choses; et Giva esl le oièmeqoe lui ; il ne diffère ni de Brahma, créateur des mondes» ni de Brahm, principe suprême. -

Les Pourânas suivants ne furent que des résumés despiéoé* dents; on y trouve môIés los éléments do l'histoire andenoe et de l'histoire moderne» et ils attestent la décomposition da Brahmanisme dans ses dogmes, dans sa morale, dans sa poé* sic, dans sa langue sacrée. Le yoguisme y a pris naissanos et a substitué des pratiques bizarres et odieuses aui pratiques plus simples de l'antique Brahmanisme.

§ 4. NÂRASiraA^OL'PANISHAD.

Cette Oupanishad, dont M. d'Ëckstein a donné une analyse dans le journal asiatique (1); est antérieur au Bouddhisme; il reproduit la théorie développée dans le Bbagavat^Gitâ.

Son thème est l'anéantissement du moi humain et de l'univers, absorbés dans l'homme-lion, le Narasinha, le sage qui a dompté ses sens. Le lion, qui est rare dans Tlnde» est considéré comme un animal symbolique figurant un Ermite.

Les Védantins, dont cette Oupanishad présente le système cosmogonique» ont enseigné que l'être pensant, descendant de sa sphère lumineuse, s'enfonça dans les ténèbres, et s'incorpora dans la nature devenue matérielle et intelligente depuis qu'elle a cessé d'être spirituelle et compréhensible.

I^ mal, ou lepâpma, qui est démon ou asoura, luttant contre le bien, c'est-à-dire contre le Déva, qui est lumière (Djyotii^^^* après avoir échoué dans la tentative par laqueUe il Touiéit

(l)NoYembre, 1S36, p. 466, et décembre, p. 559.

âcr

8*as8initler le bien, est lui-même dévoré [varie dieu bon; le principe des ténèbres succombe sous le principe de la lumière. Le nul est écrasé; le monde esian^^anti, il est spiritualisé, identifié à la lumière de Tespril suprême.

Les Déras Tonnant l'assemblée qui entoure et écoute Pradjâpati, le seigneur des créatures, sont les personnifications des sens; ils représentent aussi les novices Brahmanes, qui aspirant à purifier leurs sens, cherchent à se détacher des objets de la tentation, et- veulent affranchir le cœur de tout amour terrestre, de tout ce qui cause un attachement exclusif aux choses du mondes

Le monde est conçu idéalement dans Thomme typique, mais il existe en réalité dans l'homme individuel, lorsque celuî-d s'est inspiré de la sagesse suprême^ quand il dompte ses sens et qu'il se gouverne lui-même.

Le seigneur des créatures régît les sens dont il constitue la force virtuelle et il domine les objets de la sensation; c'est donc l'esprit véritable, l'objet de la science.

Après avoir développé toute la série dès existences mon* daines, après avoir identifié le Verbe, l'esprit et la divinité au sein de l'univers, et les avoir reconnus dans le moi humain, qui constitue le monde interne, le seigneur des créatures ou* vreà la méditation une voie nouvelle, en lui frayant un passage vers le but suprême de l'existence. 11 l'identifie à la pensée divine par Tassujétissement des sens, par la répression du moi, par l'absorption du monde externe dansson principe interne, par la soumission du cœur et par l'énArgie de la volonté.

L'homme pieux, dès qu'il est parvenu à deviner l'énigme de rezistenoe, voit l'esprit mondain se perdre pour revêtir le 9§nie suprême.

. Leseigoeur des créatures, qui résume en sa personne l'individualité ou le moi de tous les êtres, s'introduit dans les êtres vivants ; il se couvre de la nature élémentaire comme d'un masque. Il représen te l'idéalité des êtres et des choses;

26â LES CIVILISATIONS PRIMITIVES.

il existe dans la forme et non dans la substance; il est le souffle de vie, l'indice des créatures.

Il révèle aux dieux la nature de l'être» de la pensée» de la félicité, existence suprême dont toute existence même malé* rlclle est une émanation ; pensée suprême dont toute réalité otbù le symbole; félicité suprême dont toute joie est une particule.

Indépendamment du génie divin de l'univers, antérieur et supérieur au monde, il existe un non*être fondé sur Kgno* rânce et l'erreur ; c'est la partie purement temporelle, mondaine et ténébreuse de l'apparition universelle des existences.

Pradjftpati somme les dieux de puiser leur enseignement dans Texamen de la conscience, avec humilité, en vertu de cette parole du maître : « étudiez-vous vous-mêmes^ et joêb vous posséderez vous-mêmes; c'est là toute la sagesw. » Les dieux avouant qu'ils ignorent ce qu'ils sont » PradjApaii s'écrie : t sainte et docte Ignorance ! Dans ce savoir do non sa* voir consiste la sagesse suprême. »

m II n'en est pas ainsi, disent-ils. — > Si vous prétendes que vous B*ètes pas liés, comment osez-vous ;dire : nous le voyons. — Nous ignorons la cause. — Voilà Justement la bonne raten, et c'est par elle que vous vous éclairez, que vous tous Ulumbues ¥0U8-mfeinQs. Car quant à ce qui concerne Pêtre formé de science, ees deux ^Itre et la sdenoe) sont antérieurs* »

n demande aux Dévas : Qu'obtient«on par la sdenea? — Rien, répondent»i<s. — Vous êtes des êtres merveQleox. — H n*en est rien. — Prononcez l'atcm, produisez-le ainsi, et vous prodamex par là l'être. »

Les dieux sanctifiés se prosternent devant eux-mêmes; ils reconnaissent lair suprématie dans l'universalité des êtres avec lesquels ib se sont identifiés, et se sont faits Pradjâpati.

Ces idées mystiques révêlent dans l'ancienne école lirahma* nique unetendànce confuse à expliquer l'origine et la fin du inonde et de l*bomme diaprés les données incomplètes des

Védas et du code de Uanou. Les Tédantins ont conservé religieusem^t et soutenu avec zèle la tradition primitive contre les doctrines nouvdles et dissidentes qui surgirent à différentes époques» et surtout contre le Bouddhisme^

§ S. LE SANKHYA.

Le Sdnftfcya est considéré comme une doctrine intermédiaire entre celle des Védas et celle du Bouddhisme. La première école en fat fondée» dit-on, parKapUa^qui proclama que la raison toutQ seule suffisait pour éclairer et sauver l'homme. C'est' la plus ancienne école rationaliste dont il soit question dansrhistoire de la philosophie.

D'après cette école» la philosophie doit guérir des trois douieuffs : la douleur physique, la douleur morale et la douleur surnaturelle qui peut lui vemr d'une influence supérieure.

Le rationalisme moderne n'admettra pas ce dernier terme, car il est contradictoire avec la raison suffisante.

Le Sânkkffu regarde la bonté comme allégeant et illuminant les choses; la méchanceté comme excitante et mobile ; l'obs* conté comme lourde et embarrassante» et l'action de toutes les trois» quand elles s'associent pour un but commun, pareille à ce qui se passe dans une lampe: la lampeest une association de la mèche» de l'huile» et de la flAame, lesquelles» différentes les unes des autres, n'en coopèrent pas moins à u»< but commun, la lumière. La bonté et l'obscurité sont tonte» deux inertes; il faut qu'elles soient mises en mouvement par la passion ou la méchanceté qui est essentiellemait mobile» ardente et pleine de caprice. Si la bonté domine» Tintelligence a les quatre facultés de la vertu, savoir : la science, l'impasaibilité et la puissance sumaturdle. Si les ténèbres l'emporietti»

264 LES CIVILISATIONS PKfMlTIV£S.

rintelligenoe a les quatre facultés contraires, celles du TÎoe» de rignorancOt de la passion et de l'im puissance. La vertu comprend l'Iiumanité, la bienveillance et tous les actes d'abstention et du devoir. 11 faut s-abstenir de cruauté, de inen^ •onge, de malhonnêteté, d'incontinence et d'avarice. Le; actes obligatoires sont ceux de purification, de résignation» d'austérité religieuse, d'étude et de respect pour les Dieux.

Lorsque dans le moi la bonté l'emporte sur l'obscurité et sifjr la méchanceté ou passion, le moi est essentiellement pur, car spa essence est d'être bon. Les dispositions sont absolues, naturelles et accidentelles; c'est la vertu, la sciencet l'impassi*^ bllité, et le pouvoir surnaturel, dispositions fondamentales <|i|i dérivent de la bonté et qui ont pour contraires, le vice, l'Ignorance, la passion et l'impuissance, qui viennent de l'obscurité. Ces dispositions essentielles varienC d'individu à individu pour la mesure daiis laquelle chacun les possède; de là les nuances infinies de caractères moraux, où les proportions de oqs qualités changent sans cesse. Quant aux dispositions naturelles^ ce sont celles qu'on apporte en naissant; maison subit Tinflaence de la conduite tenuQ dans des existences passées. Si l'on a bien vécu, les dispositions sont meilleures ; si l'on a vécu dans la d^radation et le vice, les dispositions naturelles ne stélèvent pas au-dessus de l'instinct des brutes et l'on est destiné à reproduire les fautes d'une première exis> tence, à moins que d'heureuses circonstances ne viennent tempéw ces fâcheux précédents. Ce sont, par exemple, de bons enseignenients qui ramènent l'être dépravé dans les voies de salut. La scienél procure l'ioipassibilité, la domination suc lei passions fatales ; l'impassibiliié engendre la vertu, et la vertu engendre la puissance surnaturelle. Selon que l'être» dans une de ses existences, a été vertueux ou coupable, il monte ou il descend dans l'échelle des -créatures ; si, au contraire, il s'abaisse, jet si le vice l'entraine en bas, U quitte )a régime de l'humanité pour devenir successivement et par d^grê décroissant, animali bète fauve, oiseau, reptile, v^jétai

IKDIEKS. 205

et même minéral $ il descend et s'enfonce de plus en plus dans celle exislence obscure el incomplète où rintellîgence s*affiiblil et disparait. 11 n'y a que la science de Sânkhya qui puisse ledélivrer.

ir ignorance est le plus grand mal, puisqu'elle engendre et éternise tous les autres maux; une fois la science acquise, la transmigration cesse et l'ftme arrivée au point le plus élevé qu-'elle paisse atteindre, reçoit, le nom de Paramâtma, c'est-àdire d'esprit suprême.

Le quarante^inquième Çloka de la K4rik& porte :

fi Par rimpassibiliié on obtient l'absorption dans le sein de la oar tore; par l'abandon désordonné à la (Mission on subit la transmigra* lion; par la puissance on s'assore la destruction des obstacles. Air le contraire on n*a que le contraire. »

L-eSet de la vertu c'est l'ascension dans l'échelle des êtres ; l'effet du vice c'est l'âbaissemenL La science cause la libération, l'ignorance cause la transmigration.

Les huit perfections consistent dans le raisonnement ^ dans la tradition, dans l'étude, dans les trois répulsions de la douleur, dans la conversion d'un ami et dans, la libéralité. Un ami tient lieu d- un livre du maître qui enseigne, et du rai* sonnement qui éclaire.

Avec l'ami l'intelligence se perfectionne et le cœur se réjouit ; le plaisir et la science l'accompagnenU

La nbéralité consiste surtout dans les dons faits aux saints personnages qui, en retour, vous transmettent leur sdenoe» et, par conséquent, le salut. C'est le libéralité dont parle le Jtig^Véda.

Suivant quelques commentateurs cette huitième perfection serait la pureté intellectuelle et morale et non la libéralité. Cette pureté s'acquèrerait par de larges et constantes pratiques el par des méditations incessantes. •

Le cinquante^ualrième Çloka de la Kdrtifcd porte : Pans la ciéatioa sapérieure, c'est la bouté qui prédomine > en basi la

206 LES CIVILISATIONS PlilMlTIVES,

création est dominée par l-obscurité ; dans la création du milieu, c*esl la passion qui l'emporte» et ces trois créations comprennent tous les êtres depuis Brabma jusqu'à la matière immobile.

Une fois la science acquise, l'esprit du sage continue a vivre tant que le corps subnste; mais il est déjà comme s'il ne vivait plus» il achève cette vie comme la roue achève ses tonrs commencés : la vertu et le vice n'ont plus désormais aucune conséquence sur son âme. Gomme il ne peut plus rien apprendre* il n'a plus rien non plus à perdre.

Quand le moment où l'âme se«épare du corps est enfin arrivé, et que la nature a cessé d'agir, parce que le but esl atteint, Fesprit alors obtient une libération qui est tour ensemble définitive et absolue ; Tâme méconnaît durant quelques temps son caractère véritable, mais ensuite, par renseignement des préœptes, et par la leçon d'un maître, elle sait à qui elle

Cette libération n'est donc point l'anéantissement, comme celie de Bouddha, mais une éternelle extase pareille à odle qu^oa éprouvera, selon les Pères de l'Eglise, dans J'éleniello contemplation de Dieu : voilà» du moins, ce qiii ressort de la docfirine de Sànkbya» dont M. Barthélémy St-Bifaiireadoané une savante analyse.

KapUa n'atuque pas l'autorité des Védas, mais il la supprime en regardant la raison comme seule capable d'assurer à l'homme le salut étemel en l'affranchissant de la transmigration par la science et par la vertu. Bouddha ajoutera mo^ lement que par la science et la vertu l'âme de l'homme est éternellement anéantie.

An dieu du Védanta, dont le monde est la manifestation, Kapila substitue des principes qu'on trouve dans les cosmogonies religieuses, où ils paraissent comme les premières créations du dieu suprême : la nature, l'intelligence, la conscience, les cinq principes des éléments matériels (la terre, l'air, l'éCher, le feu et l'eau), les onze organes de la sensatioo

et de Taction et Tâme individaelle. Chacun de ces principes eibce par lyi-mème.

Le Sankhya a fait nailre plusieurs écoles dont la principale a élé celle du yoga Ooug» union). Son chef fut PaUndJali qui transforma le système en y ajoutant Tidée d'un dieu suprême que Kapila laissait de côté.

Page 1