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PHILOSOPHIE, RELIGION

L'examen des libres sacrés de llnde nous a initiés aux idées morales et religieuses de leurs auteurs; mais les idées philosophiques ne s'y font pas encore jour; cependant voici un passagelqui^ sous ce dernier rapport mérite une attention particulière» c'est un hymne du Rig-Yéda/mtitulé râm€(maniu)» sorte d'incantation qui devait être prononcée au milieu de certaines pratiques; cet hymne révèle les croyances des Indiens, à cette époque, sur la destinée de l'âme.

Lorsque Vktne a quitté le corps, elle se répand dans le mon* de entier, dans tous les élémens auxquels elle se mêle. De là ' la doctrine de la transmigration. Les Pourohitas, auteurs de cet hymne, évoquent l*ftme de Soubandhou, leur frère, sur son tombeau :

« Ton âme qoi est allée au loin dans la contrée de Yama'(dfea de la mort), nous la rappelons pour qu'elle revienne ici dans ta aai* son, à la TÎe.

• Ton .âme, qui estallée au loin dans le ciel et dans la terre, nous la rappelons, etc.

» Ton âme, qoi est allée an loin visiter la terre aux quatre parties, etc.

•Ton âme,qni est allée au loin dans les quatre régions de rair,et€«

» Ton âme, qui est allée au loin dans iHMiéan, eU«

968 L£S CIVILISATIONS rRIMlTIVES.

» Ton âme', qui est allée tu loin daos les torrents lumineux, etc.

» Ton Ame, qui est allée au loin dans les eaux, dans les plantes, etc.

» Ton ân^e, qni est allée |iu loin vers le soleil, Ters l'aurore, etc.

p Tpn ftme, qui est allée an Ipin dans les vastes montagnes, etc.

» Ton âme, qui est allée au loin dans le mopd^ entier, «te.

» Ton Ame, qui est allée au loin vers les dernières limites de l'unirers, etc.

» Ton Ame, qni est allée ai) loin dans le passé, dans le fatar, nous la rappelons, etc. » (1)

Ces idées se sont depuis modifiées sous Tinfluenoe des différentes écoles philosophiques dont les plus anciennes enseignèrent que les êtres animés sont distingués par trois qualités, la )l)onté, la passion, l'obscurité.

C'est en raison de ses actions, de ses services et de ses Yertus que Tune <)o ces trois qualités vient à dominer dans r^n^ed^un être; et c'est d'après la qualité qui y domine que cette àme Uapsmigre d'un corps en un autre.

A son tour le code de Manou enseigne que l'Ame qui a'esi adonnée au mal est soumise aux tortures inflgées par Yama. Après avoir passé de nombreuses successions d'années dans les demeures infernales, elle est condamnée à transmigrer plusieurs fois sur la terre dans des corps d'animaux désignés pour chaque faute. Manou n'a Tait que développer le Véda. II n'existait pas encore d'écoles philosophique^ qui sous prétexte d'interpréter les livres sacrés en changèrent plus tard le sens primitif et fondèrent de véritables hérésies.

Outre les systèmes philosophiques dont j'ai donné une courte analyse, il en est d'autres qui, sans être aussi impor* tanta sont aussi fort anciens et ont joué un grand rôle; tel est le Ifgâsa, attribué à Gotama ; c'est un système de logique et de dialectique; et le Veiteshika attribué à Kanada, qui explique Tonivers d'après les atomes.

(1) Langlois, trad. de RishFéda, t. 4, p. SÇ5,

mnicns. 26i)

Qaaoi à la religion primiiire, nous avons oonstalé i|u*6ll6 n*élail pas autre chose que le culte de la nature, des éléments dont rhomme sentait les effets bienfaisants ou terrible^ delà cette préoccupation toute* matérielle qui imprime aux prières védiques un caractère biTs et obséquieux. Les dieux y apparaissent animés des mêmes passions que lui, ne songeant qu'i tuer leurs ennemis et à s'emparer des offrandes qu'on leur présente en échange de leur protection.

Nous avons vu que les chantres védiques prêtaient une âme à tous les èires : au ciel, à la terre, à la mer, aux astres, aus fleuves, aux montagnes, aux rochers, aux nuages, et leur at* iribuaient une certaine action sur l'homme* Ils ne reconnaissaient que des dieux visibles. Les chefs des tribus aryennes étaient regardés eux-mêmes comme nés des êtres célestes, et devant les rejoindre après leur mort.

Le roi des dieux est Indra, maître du ciel (dêvaspati). Il oom* bat et dompte les Asouras, mauvais génies. Il est entouré de musiciens (gandharvas), et de nymphes ou bayadères (apsaïas) au moyen desquelles il déjoue quelquefois les pénitences des anachorètes.

Après lui orient Agnî, le dieu du feu {ignis)^ la lumière du ciel, protecteur du fojrer, âme du sacriGce , d'où il s'élève en flamme, porte aux cieux les offrandes, et sert d'intermédiaire entre la divinité et les mortels.

Plusieurs invocations du Rig-Yéda adressées à Soma et à Agni, reconnaissent Soma pour le représentant du principe igné; mais Agni a fini par effacer Soma. C'était primitivement le même dieu, existant d*une manière figurée dans le ssicrifice, et d'une manière réelle dans l'air et dans le ciel. La vertu de l'âme s'unissait au principe igné, se mêlait au principe humide, et, prenant pour organes ces deux éléments, son action était symbolisée dans le Soma (I).

(1 ) Laoglols. MéiD. de ^Académie des Inscr., t. 49, U« partie, p. 33).

270 LES CITILISATIONS PRIMITIVES.

Le soleil affecte plusieurs formes sous le nom d'Adytias^et de plusieurs autres dénominations comme celles de Savitri , de Sourya et de Mithra.

Yarouna personnifie Tensemble^e la nature, le ciel et l'océan réunis. Le ciel et la terre reçoivent aussi des hommages.

Le rôle des déesses est secondaire, comme celui de la femme dans là société. La plus importante est la déesse de la parole» Saraswati , dont on fit ensuite l'épouse de Brahmâ.

Puis viennent les maîtres des ancêtres, les Pitris,dont le chef est Tama, dieu de la mort

La trinité indienne (Trimourtî) est de beaucoup postérieure au Rig-Véda, et, cependant, remonte à une haute antiquité. Dans les derniers Yédas, il est déjà question d'un Être suprême au triple attribut de créateur, de conservateur et de desCructeur, dont on a fait trois personnifications divines : Brahma, Yichnou et Giva. Cette conception religieuse est contemporaine de celles de la transmigration et des castes, et appartient toute entière aux Brahmanes.

Brahma est le dieu suprême, créateur; il a donné son nom aux Brahmanes. Mais le dieu le plus souvent célébré à cause de ses nombreuses incarnations (avataras) est Yichnou; il a fini même par avoir la prééminence sur Brahma. On le représente sous la figure d*un jeune homme à la teinte bleu d'azur, ayant quatre bras dont les mains tiennent Tune V^tcunka^ la deuxième Tauneau ïchakara^ le troisième le feu à trois flammes, la quatrième la fleur de lotu». Il est monté sur l'aigle garouda ou sur le serpent Ananta. Il a pour épouse f4ikmî, déesse de Tabondance. On lui attribue les actions héroïques de Bama et de Grichna, ses incarnations.

Suivant Técole mystique, Yichnou est tout quoique distinct de tout; il est le premier des êtres, il est leur &me; éternel» impérissable, pur, immuable, occupant tout, indépen* dant, illimité , il est l'ûme individuelle, et renferme toutes

choMB(l). Il elbee le fruit des œuvres; il ne distingue pas les Asouras des Dévas ; il n'est ni leur ami , ni leur ennemi , il les appelle tous à lui indistinctement. Sa dernière et sa plus brillante Incarnation, est celle de Grichna» qui fut éle?é parmi lesGopis (gardeuses de vaches (3 ) ,et dont Thistoire merveilleuse offre des alternatives de simplicité enfantine et de grandeur héroïque. Il charmait le monde par les sons de la flûte : les Gopis amoureuses le suivaient et se livraient avec lui à des jeux folâtres La doctrine à laquelle il a donné son nom est i la fois religieuse» philosophique et légendaire; il en est sort! plusieurs écoles et des sectes qui se partagent encore l'Inde*

Civa est le dieu de la mort et de la destruction ; il habite les hauteurs d^ THimalaya, il est de couleur rouge, et lance des éclairs de ses trois yeux.

lia pour symbole le Lînofam (Phallus); le taureau luiestconsacré; sa femme, Bharvani ou Bourga est noire, porte des ser* pents pour chevelure, et un collier de crânes humains.

Le culte de Giva est encore aujourd'hui l'objet de pratiques superstitieuses. Ites dévots fanatiques se précipitent sous les roues de son char pour se faire écraser en son honneur; ce qui a fait croire que dans le principe on lui sacrifiait des vidiroes humaines; mais aacune tradition ne confirme cette croyance.

Il y avait deux'sortes de devoirs religieux à remplir* les devoirs mystiques et les devoirs pratiques ; les uns étaient im-

(1) BhagawUa, I. vii, ch. 7, st. i9, 26.

(2) L'animal le plus vénéré, puisqu'il Test à Pégal du Brahmane, est la vache. Dans le Rîg-Yéda, on appelle vaches les nuages qui donnent une pluie fécondante, les rayons du soleil et les sacificet. Manou déclare que tuer une vaehe est un des plus grands crinies qu'on puisse commettre. L'nriae de vache est encore aujourd'hui une sorte d'eau bénite qui efface les impuretés da corps et de l'àme.

272 LES CIVILISATIONS PniMITiVES.

posés aux Brahmanes, tels que la récitation des prieras dv lUj^Yéda, la prononciation du mot symbolique Auv , eiprimant la trinité, et des mots Bhour, Bkouva , Swar^ exprimant les trois mondes. Le Ihnridja (régénéré), qui apparttfttttl i Tune des trois classes supérieures, se lavait de ses ranies on prononçant très-souvent ces mois.

Les devoirs religieux pratiques consistaient en sacrificeSf en abstinences, en purifications. Il y avait cinq oiEraiides ; la récitation ou Teoseignement du Yéda $ les libations «Teau en rhonneur des ancêtres ; les oblations de beurra liquida lépandu dans le feu sacré, le riz ou tçut autre aKmenI, puis l'offrande aux hommes par l'accomplissement das devoirs de l'hospitalité.

L'offrande aux morts était la plus importante. Le code de Manou exige que le père de famille fasse tous les mots, à la nouvelle lune, et tous les ans, à Tanniversaire du décès, un repas funèbre en l'honneur de ses parents morts, précédé d'offrandes.

Les termes dans lesquels sont conçues les prières du Rig- Yéda nous révèlent le caractère positiviste des Aryas.

Que demandaient-ils aux dieux? Tout ce qui constitue le bien*ètre actuel, savoir : de bons pâturages, des vaches fécondes, de superbes chevaux, de riches récoltes, de l'or, de Vopulence, la santé, la force, la beauté, la vigueur, une famille, une longue vieillesse, la sécurité, la renommée et la gloire.

Sur 12,000 stances, on n'en compte que quelques-unes qui se rapportent à une autre vie, et encore pour y trouver les plus grands biens do celle terre (1).

Quand les auteurs parient de l'invocalion aux dieu comme effaçant par sa vertu souveraine le péché que Ton conmei, îia ne donnent pas à ce mot le sens élevé que nous y attachons; la prière a pour but unique les biens matériels: c8l Je poavais m'abstenir, y est-il dit, d'honorer le ciel et la terre^ si je me

(1) Rig-Véda, hymnes 2 à iS (Lect.5, sect. t.)

dispeimis do sacrifice et des œuvres pieuses Je mérilerais que les nuages me fisseol faute (1). » C'est-à-dire que je perdisse mon bien-être^ mon opulencei etc.

On y demande la jouissance de cette Aditic qui anime tout t, et les mois félicité, vertu, justice, sagesse, immortalité y reviennent continuellement : c O Agni ! tu règnes sur Topulence; ta es le maître de )a félicité! (2) », est-il dit souvent.

Le mal contre lequel on implore te secours de Sourya (le so» leil) et des autres dieux, c'est la pauvreté, la mort, la maladie (Nirriti), ou l'ennui.

Le' Big-Véda renferme encore des paroles comme celles-ci :

« 0 Yaroona, roi prudent, déllvre-aous de nos fautes ! » 0 Agni, que notre Ikute soit effacée Id Soma, délivre- nous de l'impréca* lion ! garde-noQs contre le mal l — Baux parlfiaotes, emportez tout ce qui peut Stre en moi de criminel, tout mal que j'ai pa faire par violence ou par libertinage. — U est deux choses qui passent vite, le sommeil et les mauvais riches. —L'homme qui honore Indra peut être ébranlé, mais il ne périt point, etc. » (S).

On y trouve aussi un grand nombre d'imprécations qui sont suivies de la seule dégradation physique. Les chantres traitent les dieux d'égal à égal quand ils leur disent ;< Nous vouscélé* brons, et attendons, en retour, les trésors de votre libéralité :

• Pourquoi célèbre-t on votre antique activité, si aujourd'hui vous êtes lents comme des vieillards. — Quand nous donnerez-vous Fabondance et la richesse? Méritez nos louanges, 6 Aswius. — Que ton amitié, S Agni, ne nous soit pas inutile. — Enhardi par nos louanges, Indra se revêt pour le combat d'une force terrible. ^Fais, 6 Agni, qiie nous n'ayons pas lieu de rougir de notre confiance en toi!» (4)

(i) Mig-yéda, leet. S, hymne 6.

(1) Id., lect. 3, 6, 13, h. IS.

(3) /d., leet. à il.

(4)/d.,lect. iàl6.

274 LES CIVILISATIONS WIIMITIVES.

Aujourd'hui encore les Brahmanes parlent avec mépris des objets do leur culte, et font des reproches à leurs idoles quand ils n*en ont pu obtenir ce qu'ils désirent (i).

Le paganisme indien, comme le paganisme grec» après avoir été simple et sévère, devint compliqué, multiple, i .mesaie que les goûts du peuple pour les solennités, les sacrifices» les fêtes, les plaisirs et les arts, se manifesta davantage sous Tin* fluence d'un climat énervant et d'une riche nature.

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