LANGUE ET ÉCRITURE SANSCRITES
L'opinion que l'antique civilisation de l'Inde est due à des peuplades venues du nord-ouest est corroborée par la variété des éléments qui la composent. S'il y a unité religieuse et civile, il y a multiplicité dans la division sociale; et de môme qu'on reconnaît dans la caste inférieure les débris d'un peuple vaincu, on reconnaît aussi deux langues radicaleinenl dissemblables, le sanscrit des Brahmanes et les dialectes qaî dominent dans le sud de l'Inde, et qu'Eugène Bournouf a regardés comme antérieurs à l'introduction du sanscrit (2).
c Le sanscrit, dit William Jones, est une langue d'une admirable structure, plus parfaite que le grec, plus abondante que le latin, et plus délicate que tous les deux. >
M. Eîchhoff a démontré que l'alphabet de cette langue» tel qu'il apparaît dans les manuscrits, n'est ni symbcdliaw ni syllabique, mais essentiellement phonétique et tiiiéÀI (3). Cet
(i) Dubois. Mœurs et Inslit. de Tlode, 1. 1, 416. (?) Nouveau Journal asiatique^ t. X, p. 269. (3) Poésie héroîqae des Indiens comparée à l'épopée grecque et romaine, p. 1 cl suiv.
alphabet, composé de cinquante lettres sîmpIeSt reproduit presque tous les sons de la voix humaine; il sépare les modulations ou voyelles des articulations ou consonnes» distingue'* les voyelles selon l'intonation aiguë, grave, brève ou longue qui les formey et classe les consonnes selon qu'elles ont été produites, avec ou sans aspiration, par le contact du gosier, du palais, des dents, des lèvres, de la langue. Ce système se dé* roule avec une admirable symétrie par l'exacte correspondance des sons qui se groupent conformément à leur nature et se développent par séries. Les Termes nettes et précises le rendraient facile à déchiffrer» si l'abréviation des voyelles et des consonnes ne produisait des combinaisons nombreuses.
Les mots s'enchaînent en lignes, sans solution, dans lesquelles chaque finale d'un mot est modifiée par l'initiale du mot suivant.
La grammaire sanscrite est très-méthodique, et ses règles les plus importantes sont en parfait accord avec celles des langues européennes les plus anciennes. Il y a les trois genres: mascu* lin, fémim'n, et neutre; trois nombres: singulier» pluriel, et duel; huit cas: nominatif, vocatif» accusatif» génitif» locatif, datif» causatif, ablatif, dont les voyelles finales se nuancent en cinq ou six déclinaisons communes aux substantifs et aux adjectifs.
Les types fondamenUiux des pronoms constituent la charpente de la langue ; les pronoms personnels » sous leur forme la plus usuelle, servent de base à la conjugaison verbale. Les terminaisons sont modifiées» à travers les verbes simples ou contractés, par Tad jonction de créments, d'augments, de lettre caracnéristiques constituant cinq temps, six modes et deux voix, l'une active, l'autre réfléchie ou passive.
Les préfixes ou prépositions, les suffixes ou désinences , les noms de nombres, les noms de parenté, ceux d'éléments ou d'animaux, de qualités physiques ou morales, répandus dans nos idiomes sous diverses formes» se trouvent, sous ces mêmes
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formes, réunis, classéSi expliqués avec leurs afBniiés, leurs racines primitives en sanscrit (1).
C'est cette langue^ la plus complète, la plus riche des langues de l'antiquité, la mère des idiomes européens, qui a exprimé les croyances y les idées, les sentiments poétiques y religieux et philosophiques les plus anciennement conçus : c^est là que le génie grec a puisé, comme à une source abondant^ les éléments d'une nouvelle civilisation.