MOEURS, INDUSTRIE, ARTS
I^ Code de Manou ne s'occupa guère que des Brahmanes» dont il subordonnait l'existence à des pratiques austères el souvent puériles. Nous avons déjà \u qu'il se taisait au sujet des saitis, ou veuves se sacrifiant sur le corps inanimé de leur mûri ; mais il n'empêchait pas le suicide d'un anacborèle qui, atteint d'une maladie incurable, se laissait mourir de faim» ou celui d'un roi qui, sentant sa fin prochaine, distribuait une partie de ses biens aux Brahmanes, abandonnait à son fils le gouvernement, puis allait se faire tuer dans une i»&taille.
JSn général , les mœurs indiennes des temps primUifs furent moins rudes que les mœurs des autres peuples contemporains; les Chinois, les Perses, les Égyptiens pratiqualeni des usages relativement plus barbares et. des lois moins -empreîn tes de douceur.
Des savants philologues ont démontré que dans Tancien sanscrit, le père signifie le protecteur, la mère l'ordonnatrioe,
( Eichhoff, liv. cité, p.l -13.
te fière le soutien^ Valde, la sœur celle qui soigne, la fille celle qui irait les vaches; tout cela témoigne delà vie patriarcale des premiers Indiens ou Aryas (1) ; ce peuple menait une vie simple, agreste et guerrière; ragriculture, les troupeaux, la chasse étaient leurs principales occupations. Le père de famille remplissait Tofflce de préCre : c'est lui q^ui priait les dieux de protéger sa famille, de féconder ses champs et ses troupeaux, de détourner les fléaux de sa tête, d'effacer ses fautes et de lui faire obtenir l'immortalité.
Ma'8 cette vie simple disparut à l'époque de la rédaction du Code de Manou, et de la composition des poèmes, où l'on trouve la description de fêtes et de cérémonies spleifdides , indices d'une civtllsatîon avancée^ La multiplicité des objets de luxe mentionnés dans ces livres, fait croire qu'il existait un commerce très-actif entre les diverses parties de Tlnde. Des relations d'échanges s'y étaient de bonne heure établies avec les peuples riverains de la Méditerranée. Les Arabes en furent les premiers intermédiaires. Quant à la navigation, bien qu'on y parle de voyages sur mer, elle fut peu pratiquée par les Indiens. Néarque, qui commandait la flotte d'Alexandre, dans le quatrième siècle, ne rencontra aucun navire depuis les embouchures de rindus jusqu'à l'Euphrate; il ne vit qu'un petit nombre de bateaux pêcheurs, dont les constructeurs étaient des Coudras, ce qui prouve le peu de cas que l'on faisait de la navigation.
Le Gode de Blanou renferme des règles concernant les rapports de la famille et les relations extérieures. Les impôts por^ taient sur les marchandises et les denrées ; c'était le cinquantième des bestiaux, de l'or, de l'aident; le huitième ou le douxième des grains, suivant la qualité du sol ; le sixième des quatrt produits. Les Brahmanes seuls ne payaient pas d'im* pots.
(!) Histoire de la littérature indienne, par Alfred Weber, trad. par A. fladous. Introd. p. li.
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l I4 propriéLé individuelle était établie pour les immeubles comme pour les objets mobiliers, et se transmettait hérédi* tairement. Il y avait cependant des terres cultivées en comr mun, à charge par les habitants de payer Timpôl el d'enlreteptr des individus pour garder les champs»
J'ai cité quelques lois relatives aux successions; j*igouterai ici qu'à la mort du père, le ûls aine conservait la possession ipdivise des biens, à charge d'entretenir ses frères et ses soeurs. Dans le cas où ceux-ci obtenaient le partage > Tainé avait le vingtième, le cadet un quarantième , le dernier un quatrevingtième* Le reste se partageait également» A défaut d'enfants légitimeSt l'héritage passait aux fils adoptifs $ à défaut de ceux-ci aux Sapindas (les six parents les plus proches); à Ipat défaut, aux Samanodacas (parents pluséloignés); oU| enfin, à un Brahmane chargé d'offrir le gâteau funèbre ea Thonneor des ancêtres.
Les descriptions de grandes villes et de magnifiques palais, que contiennent le Râmayana et le Mahabhârata donnent une haute idée de l'état des arts à l'époque où vivaient leurs auteurs. Le Mahabhftrata^ en parlant de temples qui s'élevaient jusqu'au ciel» atteste au moins la forme colossale des monuments. Tels sont les temples souterrains d'Ellora , ceux des Iles de Salcette et d'Ëléphanta, sortes de montagnes creusées en salles immenses, en longues galeries, soutenues par des colonnes; puis des statues du dieu Ci va, de nombreuses sculptures dppt les formes monstrueuses et bixarres révèlent une conception primitive. Les dieux y sont représentés avec plusieurs tètes oa plusieurs bras.
L'art Indien étant surtout symbolique, exprime les attributs divers d'un dieu par plusieurs images accumulées. La présence simultanée des deux sexes exprime les puissances mâle et femelle réunies; la multiplicité des têtes exprime l'intelligence; celle des bras, la force. Les images obscènes qu'on trouve à proftisiou sur les monuments indiens trahis^jent ^lem^nt unç
liaute antiquité, car nous les retrouvons chez tous les autres peuples primitife de l'Asie.
La musique et la danse ont figuré de tout temps, chez les Indiens, dans les cérémonies publiques et religieuses, comme accompagnement des chants et des sacrifices. Les musiciens célestes (gandharvas) jouent un grand rôle dans les Yédas et dans les poèmes; les Apsaras et les Bayadères y jouent celui de danseuses. Hais cette intenrention des femmes dans les pratiques religieuses dégénéra bientôt en une sorte de prostitution sacrée, qu'on retrouve chez tous les autres peuples de l'Asie.
Les règles de la musique indienne ont été Tort multipliées. Cette musique comptait quatre-vingt-quatre modes, dont trentesix employés ordinairement , et ayant chacun une expression particulière destinée à agir sur tel sentiment ou sur telle aiïeclion; ils tiraient leurs noms des saisons et des heures.
Le Gode deManou parle de l'or, des perles, de la soie et des bijoux comme déjà fort en usage dans la toilette et dans l'ornementation*
Les éléphants, les chevaux, les chars servaient au transport des hoiomes; les chameaux et des espèces de véhicules servaient à celui des marclfandises.
Les divers grains, les épices et les parfums désignés dans le code et dans les poèmes attestent une agriculture assez avancée. *
£n un mot, on trouve à cette époque tous les éltoients d'une civilisation avancée*
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