CONCLUSION
L*ancienne civilisation de l'Inde nons a présenté deux ères bien distinctes : celle de rétablissement des Arjâs^ et celle de la domination brah na^nique.
Les Aryas» en quittant lear sol natal, apportèrent dans Plnde une langue, des traditions ei des usages qui se modifièrent peu à peu sous l'influence de relations et d'uD^ dimal diflSrents* Les monuments poétiques et religieux qui nous en restent constatent une civilisation encore à l'état d'ébaoebe.
La domination brahmanique marque un état social régulier. Les chers de tribus n'ayant plus à attaquer ni à conquérir, et tenus dès lors sur la défensive, avaient laissé les Brahmanes constituer légalement la société religieuse et dvile» et prendre vis^«vis d'eux-mêmes une suprématie dont ils songèrent d'autant moins à secouer le Jong qu'elle fut toujours rauxiliatre de leur despotisme. Le Gode dé Man^ est la plus eomplèfe #xpression de l'état social des Indiens à cette époque.
LesBrahmanes justifièrent leur prédominênce, non-seulement par leur rôle de prêtres et de législateurs , mais aussi par leurs travaux littéraires et philosophiques, qui les distançaient foncièrement de la caste des guerriers.
Les castes inférieures, sous la double autorité des prêtres et des rois, n'ayant aucune part à la politique, et fort peu à li| religion, n'exercèrent aucune actiop nouvelle sur la société jusqu'à l'avènemeiit du bouddhisme. Le bouddhisme, en confondi^nt les castes, ouyrit une pouvelle ère. Cette ère fut de courte durée, le brahmanisme ayant fini par reprendre le dessus, mais fort dégénéré de son antique splendeur, et incapable de relever Tlnde de sa décadence; les troubles intérieufs^ l'avaient livrée, aux invasions étrangères.
Cependant, en dépil des événements qui l'ont bouleversée, elle a conservé ses mœurs» ses croyances et ses lois. Les violences du régime mahométan el la tolérance du gouvernement anglais n'ont pu ébranler son respect des traditions, son attachement à de vieilles coutumes^ et, sous ce rapport, elle offre de certaines analogies de caractdre avec la Chine, qui en diffire jBSsentlellement aux points de vue religieux et social.
Ses derniers soulèvements contre la domination étrangère attestent encore ss profonde antipathie pour l'introduction d'usages nouveaux, et aussi , il fatoit le dire, une prévention trop justi&ée contre ces gouverneurs marchands qui se sont montrés plus sojucieux de l'exploiter que de la civiliser.
Pil^ii©
g 1. RÉSUMÉ HISTORIQUE.
Lds Perses faisaient partie de la grande peuplade qui avait occupé les pays entre le Tigre et l'Indus» et entre l'Océan et la mer des Indes.
Les analogies qui existent entre les langues de la famille perse, le zend, le pelvi et le pani ont fait conjecturer que les peuples qui les parlaient sortaient d'une même race.
Les Âru^ dont parle Hérodote (1) désignent les ancêtres des Perses comme ceux des Indiens. Ils quittèrent le plateau de Bolor, séjour primitif de la race blanche et refoulèrent à Test et au sud les tribus de races jaune et noire.
Les peuples ariens se sont séparés en deux grandes branches, l'une qui est restée dans TArie bactrienne» l'autre qui est allée s'établir dans l'Arie brahmanique. Selon le %end» avesta, les Nab&nazdista étaient des hommes nouveaux opposés aux ancêtres» appelés les hommes de la première loi. Les
(i) L. vu, 6i^4.
hommes nouveaux Turent les contemporains de l'auteur du Yaçna» tandis que les anciens, dont parlent les traditions persanes» avaient été les ancêtres communs des Ariens de la Bactriane et des Ariens de l'Inde (1).
Quelques notions sur ces peuples se trouvent en tête du Vendidad, recueilli sous le titre de zend-^avesta^ et dont la pre- ^mière rédaction remonte au-delà de Tempire perse.
D'après ce livre, Eriène VeedjOy contrée jouissant du plus doux climat, Tut le berceau des Perses. C'était l'Eden d'Ormusd^mais Ahriman, auteur du mal, frappa celieu d'un fcoid cruel* La grande tribu quitta ce pays et Ormusd créa sucoesst^ vement quinze autres endroits dont se composa l'Iran.
En quittant ses premières demeures, cette race vécut de la via pastorale et nomade ; mais une fois arrivée et fixée dans un nouveau pays, elle adopta une nouvelle manière de vivre.
Son cbef Djemschid est représenté comme propageant l'agriculture et l'élève des bestiaux dans tout l'Iran, ^ recevant d'Ormusd les lois qu'il promulgua.
Cependant la diversité de coutumes et d'occupations amena It distinction de ces peuplades : les Bactriens et les Mèdes devinrent riches et puissants par l'agriculture et le commerce» tandis que les Perses habitant les montagnes restèrent longtemps pasteurs et guerriers. Hérodote rapporte qu*ils habitaient originairement un petit territoire montagneux et aride; que du temps de Gyrus il leur avait été proposé de le quitter tout-à«rait pour un autre climat; mais que Gyrus s'y opposa craignant de les voir perdre leur esprit guerrier (8).
Suivant Arrien, les Perses, qui aidèrent Gyrus à conquérir TAsie, étaient pauvres et habitaient un sol ingrat (3}. Platon, à son tour (4), nous montre le$ Perses de ce temps-là vivaqt
(t) E. Bumouf, Câmment. sur le Yacna, p. 5€8.
(«)Hirod.ix,in.
(8) Arrien, V, 4.
(4) Des Lois, m, op. t.
]>£Râ£S. 2S5
dans une contrée agrestequi produisait des hommes d'une constitution forte, en état de supporter le froid et les veilles, et, quand il le fallait, dé faire la guerre.
Selon la coutume des peuples nomades, les Perses compo« sèrent plusieurs tribus distinguées par leur genre de vie.
Chaque tribu même se divisait en familïes plus ou moins nobles. Cest dans la tribu des Achéménides qu'on choisissait les rois, sans doute parce qu^elle était la plus guerriôre.
D'après les écrivains mahométans , échos des traditions pehlvies, Kaiomarù aurait été le premier roi de la Perse. Il est représenté comme lé /ondaleur d'une dynastie, celle des paish* dadiens ou premiers distributeurs de la justice. Il ne parvint, dit-on, à civiliser que sa propre famille, et fut victime de la barbarie de ces peuplades. Son successeur Iloucheng enseigna Tart de cultiver, d'ensemencer les champs, d'élever le bétail, de travailler le fer, de confectionner des étoffes de laine. Puis vint Thcîmouratz, qui cultiva les arts d'agrément (1).
Il est ensuite question d'un Jemsheed, le Djemschid da zend-avesta,fils de Theimouratz,qui inventa le vin, réforma les coutumes et divisa le peuple en quatre classes: 1® Les hommes pieux et savants chargés d'enseigner aux hommes le bien et le juste. 20 Les écrivains, chargés de conserver les actes et les comptes de l'état. 3o Les guerriers, gens toujours prêts à la bataille. 4* Les ouvriers, les cultivateurs et les marchands. Cette division assez analogue à celle des Indiens et des Egyp* tiens, n'est point l'effet d'une origine commune; elles'est pré* sentée naturellement à Tesprit des anciens législateurs qui en trouvaient les éléments dans les divers rapports déjà établis comme spontanément entre les familles d'une même tribs.
L'historien ajoute que Jemsheed finit par s'abandonner aux débauches, et pacse proclamer Dieu.
Zohauk, prince syrien, profita d'une révolte pour s'emparer de la Perse. Celui-ci fut vainca à son tour par Feridoon
(1) Klaproth, Tableaux hittoriques de rAtie^ p. 1 et suiv.
un dés héros des poètes persans. Le poète Gulîstan dîi : c l'heureux Feridoon n'était pas un ange ; il n'était pas composé de musc et d'ambre ; c'est par la justice et la clémence qu'il réussit à faire de grandes et bonnes choses. »
On lui attribue un testament qu*il adressa à ses descendants
et où Ton remarque ce passage : « Regardez chaque jour de
votre vie comme une feuille de votre histoire, et, en oonsé-
. quence, prenez garde qu'il y soit rien écrit qui ne soit digne
de la postérité, n
Un de ses descendants^ Kai-Koson, est cité pour sa justice ; elle fut si grande, dit-on, que ses contemporains cessèrent de regretter son ancêtre Feridoon.
Son fils Kai-Kaons lui succéda. Ce prince avait un fils, Kawusb, dont la belle Sudaba, une de ses femmes, devint amoureuse. Le jeime homme ayant résisté à ses avances, Sudaba, pour se venger, l'accusa auprès du roi d'avoir voulu lui faire violence. Le roi se doutant de la vérité refusa de l'entendre. Elle chercha une seconde fois à le perdre, et le roi voulut enfin la punir de sa méchanceté, mais elle fut sauvée par la généreuse intervention du jeune prince.
On cite encore Kai-Khoosroo comme un prince doué de hautes qualités, et dont le nom est resté cher et vénéré en Perse ; et Isfundear, qui sut pardonner les offenses, et combattit avec zèle les ennemis de la religion de Zoroastre.
Mais tous ces récits sont légendaires et n'offrent que peu de fond historique. La véritable histoire politique de la Perse ne commence qu'avec Cyrus, dans le sixième siècle; et encore, les traditions qui le concernent diffèrent beaucoup entre elles; Hérodote, CtésiasetXénophon ont recueilli sur ce conquérant des documents nombreux, plus ou moins avérés.
A cette époque, les Perses étaient sous la domination des Mèdes. Impatients de ce joug, et leur nombre s'accreissant, ils n'attendaient qu'une occasion pour s'affranchir et se jeter sur les pays limitrophes ; il leur fallait un chef bien résolu pour les conduire. Cyrus, qui joignait le courage à l'habiletô, et
une certaine grandeur de caractère à la simplicité des moeurig se révéla pour eux comme le plus digne d'accomplir de vastes entreprises ; il commença par chasser lesHèdes ; puis» il conduisit les Perses à la conquête d'une partie de TAsie.
Nous n'avons pas à le suivre dans ses expéditions, nous mentionnerons seulement ceux de ses actes qui peignent rbomme moral à côté du oonqiiéranty et les faits qui caractérisent les mœurs générales des Perses.
Lorsque Cyrus se rendit au palais des rois de Babylone il offrit des sacrifices aux dieux que les mages lui désignèrent, faisant prenve ainsi à la fois de tolérance religieuse, et» en même temps, d'habileté politique. Les grandes conquêtes ne se sont jamais mieax affermies que par le respect des usages et des croyances des Taincus.
Malgré cette condescendance» Cyrus ne pouvait espérer se rallier ceux qu'il venait de renverser du j^uvoîr» et songeant que Babylone devait renfermer beaucoup de mécontents, il s'occupa des moyens de prévenir toute trahison. Les eunuques lui parurent les plus capables de Taîder, parce qu'étant sans famille» et généralement méprisés» ils avaient plus de motifs poHr s'attacher à celui qui pouvait faire leur fortune. Il leur confia donc la gestion du palais et la garde de sa per^* sonne.
Mais si la classe des euàuques avait son utilité dans certai-* nés drconstanoes, elle avait son danger dans le plus grand nombre de cas ; l'ambition et la capidité de ces hommes étrangers aux joies de la famille, n'étaient que plus entreprenantes; et l'histoire de l'Orient est remplie de grands désor^ dres suscités par eux. Xénophon raconte la cérémonie triom* phale qui signala l'entrée de Cyrus à Babylone ; on roulait éblouir et gagner le peuple vaincu par l'aspect d'une magnificence extraordinaire. Un grand nombre d'individus profité* rent de cette occasion pour présenter des requêtes à Cyrus; celui-ci dit à ceux de sa suite qui les recueillaient : « Si Ton fait des demandes déraisonnables n'y obtempérez pas» si elles sont
288 LES aVlLISATlONS PRIMITIVES.
justes, TOUS me les communiquerez afin que nous avisions ensemble au moyen d'y satisfaire. >
Pour gouTemer son \aste empire» il fallait y établir Tanilé du commandement. A cet effet, il envoya tous les ans une armée dans les différentes provinces. Le général s'oiqoérait da la conduite des gouverneurs, les secourait s'ils en avaient besoin, ou les réprimandait s'ils avaient commis des injuslicest négligé de faire payer les tribus, de veiller à la sûrslé des habitants et à la culture des terres. Si le gouverneur iMslait, on en référait au roi qui le faisait punir. •
En un mot, Gyrus s'efforça de consolider son nouvel empire en unissant la bonté à la fermeté de caractère.
Xénophon prête à<Cyrus , au moment de mourir, cette allocution aux dieux à qui il offrait des sacrifices :
« Je vous rends grâce des utiles avis que J*ai reçus de vous par les entrailles des animaux, par les signes célestes, par les augures, par les présages, sur ce que je devais faire eu éviter. Je vous rends grâce surtout de n*avoir Jamais permis que Je méconnusse votre assistance, ni que dans le cours de mes prospérités j'oubliasse que J'étais homme. U ne me reste qu'à vous prier d'accorder à mes enfonts, à ma femme, à mes amis, à ma patrie, des Jours liénreuz, et à mol une fin digne de ma vie. >
En faisant la part des traditions légendaires qui entourent ce grand nom, et de l'enthousiasme qu'il a inspiré i ses pan^ristes, il faut reconnaître dans Cyrus. un grand génie goerrier et politique rehaussé par un cœur magnanime.
Tous les auteurs anciens s'accordent à vanter sa bonté et sa justice (i). Hérodote dit que les Perses lui donnaient le nom de père.
Mais son œuvre fut gâtée par Gambyse, son fils et suooesseur, qui se montra cruel et injuste et se vengea même sur
(1) Xénophon, Cyropédie. baie, xliv, SS, Diodore, 1. 1. Hérodote,
ni, 89,160.
les norts de la réristanœ qu'il en attit éprouYéè de leur Ti« Tant. En É^pte« il fit eïhumer le corps du roi Amasis, qui airait aaeoué le joug des Perses, ordonna qu*on le battit de verges et qu'on le brûlât, contrairement à la religion des Égyptiens et des Perses (1).
11 commît encore plusieurs atrocités, et fit mourir, entre autres, son frère Smerdis , à la suite d'one vision qui le lui représentait comme prêt à s'emparer du trOne.
Ayant conçu une violente passion pour une de ses sceurSf U. résolut de l'épouser, en opposition aux lois et aux mœurs du pays. Il consulta les juges royaux à ce sujet. Ceux-ci lui dirent qu'il n'y avait pas de loi qui autorisât ce genre de mariage, mais qu'il y en avait une qui permettait au roi de faire tout ce qa*il voulait. Cette réponse caractérise le pouvoir despotique, dont les velléités de justice ne sont que de rhypocrisie. S*il invoque la loi, c'est à la condition qu'elle ne contrariera pas sa volonté.
Il épousa cette soeur, et, peu de temps après, il en épousa encore uue autre, et la tua ensuite parce qu'elle lui rappelait le meurtre de Smerdis, son frère.
Grésus, qui était resté à la cour de Perse, témoin de ces actes de cruauté, crut devoir un jour lui en faire' des représenta» tiens. Cambyse ordonna qn il fût mis à mort. Ceux qu'il avait chargés de l'exécation, pensant qu'il se repentirait d'avoir donné cet ordre, attendirent au lendemain. Et eflbctivement, Cambyse ayant manifesté des regrets, fut heureux d'apprendre que Crésus vivait encore; mais il fit mourir ceux qui n'avaient pas obéi sur-le-champ à ses ordres. L'obéissance devait, pour lui , primer la question d'humanité.
Pendant sa dernière expédition, un mage, que sa ressemblance avec Smerdis fit passer pour celui-ci, s'onpara du trène. Cambyse accourut pour empêcher cette usurpation, mais il périt en chemin.
(1) Hérod., 1. III, ch. 46.
Suivant Platon <l), les dèsordret aarvtnus en Peise à enit époque provenaient de ce que> du tempe de CyruSt on avait adopté les mœurs des Mddes, qui abandonnaient rbéritier de la couronne aux mains des femmes et des eunuques d« séssiL L'exemple de Gambyse prouve, en effet, que cette édoeatico formait de très-mauvais élèves.
Après un règne de courte durée, le faux Smerdia fui tué par sept mages de la Perse, parmi lesquels figurant Darius, Ma d'Hystaspe, qui devint roi (en 533). Hérodote 09 «tfonte que les conjurés se réunirent ensuite pour délibérer sor la fonne de goûvememœt qu'on devrait établir.
Us mages étant chefs de tribus , il n'est pas étonnant qn*ils aient pu disposer de l'empire en faveur de Darius*
Sans être aussi Injuste ni aussi cruel que Cambyse, Darius se livra cependant à des actes qui le rapprochèrent de son prédécesseur. Ainsi> lorsqu'il partit en Scyibie^ ayant voulu emmener à sa suite les trois flls d'Oeobase, Perse de distînc* tion, celui-ci le supplia de lui en laisser un. Darius promit de les lui laisser tous, et il donna ordre de les faire mourir ÇS^ Intapherne, un de ses complices dans la conspiialion qui l'avait fait monter sur le trône , lui ayant un jour manqué de respect, fut condamné à mort avec ses fils et ses proches pa* rents. Toutefois, Darius promit à la femme dlnlapherne de faire grftce à celui des siens qu'elle lui désignerait. EUe désigna son frère. Darius lui demandant les motifs de cette ftUApùoeùp elle lui dit: c Je pourrai trouver un autre mari et avoir d'autres «ifants; mais mon père et ma mère étant mortSf je ne puis plus avoir d'autre frère. » Darius lui fit rendra œ btee et run de ses enfants; les autres furent tués.
Si Darius se montra peu généreux en cette circDiwtanos» que dire de cette femme se préoccupant, dans ce moment au-
(i)Op.II, p. 695.
(î)IIl, 80;YI, 43.
(3) Hérod. 1. IV, ch. 84.
piMia» de la postiKIilé d*a?oir an jour d'autres anfants pour rempfaMoar eaoz qu'elle ?oyail ifalner ao supplioBt
Cesi à Darius !•' que la monarchie perse dût son organisa* liim ûnàneuie. La Iribu dominante passa définîtlrement de la Tîe nomade à une Tîe régulière» tout eu eonsanranl ses an* ciennes coutumes.
Darius divisa l'empire en satrapies» afin d'obtenir une plus exacte' répartition des tributs, nomma des gouverneurs pour consolider le gouvernement civil indépendamment du pouvoir miliuirei et fixa la résidence rojale à Suse.
Cependant les frais énormes qu'oecasioonaient ses expédi* tions épuisèrent la population industrielle.
On sait qu'il envoya centre les Grecs une immense armée qui fut défaite à la célèbre bataille de Marathon. On vil aiois la diflërenoe qui sépare des soldais uniquement dressés pour la lutte et le pillage» et des soldats spontanément armés pour la défense de leur patrie; le nombre et la discipline des uns ne pouvaient tenir longtemps contre le courage des autres. Darius n*avait point d'ailleurs cel ascendant moral que Cyrus savait exercer sur le soldat par l'exemple de sa bravoure et de sa magnanimité.
Xerxôs succéda à Darius ; il parvint à replacer sous la demi* nation pecse, TÉgypte qui s'en éuit détachée. Puis il nuureba contre les Grecs avec une armée encore plus nombreuse que celle de Darius» mais sans plus de succès. Après avoir perdu la bataille navale de Salamine> il fut contraint de se retirer honteusement.
Découragé sans doute par ses défaites» il s'abandonna am débauches» et Artaban un de ses gardes, le Uia au milieu d'une de ses orgies» à l'instigation d'Artaxerxès.
Artaxerxès I«r» dit Longuâ-Hain. monta sur le trMe en M5;
il continua la lutte malheureuse de ses prédécesseurs oonlse
to Grecs. Bien qu'il se fût souillé du meurtre de son frère» el
. ensuite de celui d'Artaban son complice» les historiens font
un grand éloge de sa bonté* de sa bienfaisance» de aon amour
292 LES CIVII.ISATIOflS PllIMlTiVi:S.
des leltresi On passe facilement condamnation sur les crimes des souverains, lorsqu'ils les rachètent par de brillantes eiK treprises» ou d*atiles réformes.
Artaxerxôs, en effet, apporta d'heur^x changements dans l'administration » honora et récompensa les hommes de talent. C'est à sa cour que Thémistocle, fugitif et proscrit. Tint chercher un asile ; Artaxerxôs lui accorda une généreuse hospitalité, bien qu'il eût mis sa tète à prix pendant la fuerre. Lorsque la ville de Suse fut décimée par la peste» Arlaxerxès flt prier Hippocrate de venir lui apporter les secours de sa science, et lui envoya à cet eiïet de riches présents.
Si Hippocrate fit preuve d'intégrité en refusant les dons d'un amemi de sa patrie, il manqua aux devoirs de .'médecin en refusant ses soins à des malheureux pestiférés; c'était sacrifier l'humanité à ce patriotisme exclusif, qui renferme Tamour du prochain dans d'étroites frontières.
On pense que ce roi est TAssuérus de la Bible, et qu'à lui se rapporte l'histoire d'Csther, où se trouvent plusieurs traits de mœurs dignes d'être signalés. Arlaxerxès pour se venger, diton, de la reine Yasthiqui avait reFusé de paraître dans un festin, envoya dans toutes les provinces chercher les plus belles vierges pour son gynécée àSuse.Une juive, nommée Eslher,ou Edissa, fut remarquée entre toutes. Après avoir,selon la coutume, attendu un an et s*ètre parfumée et parée, elle fat présentée au roi qui l'orna du diadème. Son oncle Hardocfaée lui avait recommandé de taire sa 'race ; m ais un favori du roi. Aman, ayant remarqué que Mardochée ne fléchissatt pas le genou devant lui, et ayant appris qu'il était juif, résolut de faire massacrer tous les juifs, et, avec Tassenliment du roi, publia un édit qui ordonnait cette exécution, Mardochée flt avertir Esther afin qu'elle intercédât de suite auprès du roi. Or, il y «vait une règle rigoureuse observée dans l'intérieur du palais: quiconque osait se présenter dans l'appartement du roi sans y avoir été appelé était mis à mort sur-»le-champ à moins que le roi ne lui sauvât la vie en étendant sur lui son sceptre d'or.
Perses. 295
Eslher braYa cette règle et grâce à ses charmes fut bien accueillie du roi, qui lui promit de lui accorder ce qu'elle lui demanderait Elle obtint, en efiet la délivrance des juifs et le supplice d'Aman et de son fils. £>e plus, cette exécution fut suivie du massacre^ par les juifs, de 75,000 personnes soupçonnées d'être leurs ennemies, sanguinaire; dénouement que Racine a cru devoir passer sous silence. La légeode d'Esther présente enfin un tableau doublement instructif du sort des juifs exilés en Perse, et des moeurs de la cour d'Artaxerxès.
Ce roi eut à soutenir une lutte terrible avec soii frère le Jeune Cynis, dont Xénophon a tracé le portrail un peu trop flatté.
Cyrus avait été envoyé par Darius, son père, dans l'Asie mineure, en qualité de satrape. Il se concilia l'affection de tous par sa bravoure, sa bienveillance et sa justice. « Qu'on lui fit du bien ou du mal, dit Xénophon, il tâchait de le rendre au double; car il voulait surpasser en bienfaits et en vengeances ses amis et ses ennemis. » En sorte que sa justice s'arrêtait au seuil de la cbarité.
Il était inexorable pour les criminels : on rencontrait sur les grandes routes des hommes auxquels on avait coupé les pieds, les mains, ou arraché les yeux ,.pour crimes de vol et autres. S'il voyait un gouverneur de province améliorer ses terres, il Iqi en donnait encore d'autres à cultiver.
La haine qu'il porliûl à son frère Artaxerxès, et plus encore l'ambition, lui fit lever l'étendard de la révolte; tantôt vainqueur, tantôt vaincu, il accomplit de brillantes expéditions, auxquelles son historien Xénophon prit une brillante part.
Dans une dernière rencontre, il fut tué au moment où il allait frapper Artaxerxès; et celui«-ci se fit toujours une gloire d*avoir accompli lui-même ce meurtre. D'autres s^étant vantés de œlacle, payèrent cet aveu de leurs supplices, à l'insiigation de là reine-mèreu
Pendant son long règne, Artaxerxès fut en guerre perpétuelle soit avec les satrapies lointaines qui se révoltaient contre leur suzerain, soit avec les Grecs qui venaient aider les peu-
294 Les civimsations primitives.
pies à s'affranchir de son joag. Les Grecs triomphaient presque toujours et continuaient de montrer la supériorité du oourafe né de l'indépendance sur une nombreuse armée compoeée de mercenaires et d'étrangers qu'on menait au combat à coups de fouet.
Il faut ajouter aussi que les généraux perses, nq pouvant rien faire d'important sans un ordre exprès du ici, étaient souvent eiposés à des lenteurs dans leurs expédiù'ons lointaines; les ennemis avaient le temps de se ravitailler en attendant que le roi eût envoyé ses instructions (1).
Les auteurs persans rapportent d'Artaxerxès des mots et des anecdotes qui viendraient à l'appui de sa réputation de sa- I et de bonté, s'ils étaient bien authentiques. Il disait :
m Le pire de tous les rois est celui que craignent les riches et non les méehants. Il ne peut y avoir de pouvoir sans armée, d'année sans finances, de finances sans agriculture, et d'agrlcotture sans Jnstlee. Un lion furieux est moins mauvais qn'un roi li^nsle; mais un roi Injuste lui-même est moins mauvais qu'une loBgne guerre. -* Les rois ne doivent Jamais employer l'j&pée là oà le bllon peut sulfire. »
Artai:erx%8 se faisait présenter chaque Jour des rapports sur ce qui se passait non-seulement dans la capilalj), mais dans d^acune des provinces; il s'enqqérait même de la vie p^vée de ses sujets,
pn lui attribue un traité sur la meilleure manidie de vivre, d'après sa propre expérience; mais aucun fragment n'en ^ l$té conservé.
Fèrdosi rapporte son testament : ce sont des conseBs légués |Hir up p^ mourant à son fils, et terminés dans ces termes ;
« Bappills-toi que c'est la prospérité op radvtraité 4os cheb dq |ooveniement qui fc^nt le bonhear ou le malhear 4es sujets, et qus fSMrt de k nation dépei^ de jliomméqia occupe Utr6ne. Ubm^
(f)Piod.xy, ch. ^i.
PEKSES. %)5
esieipoflé à decontinoelletTicissitodes : apprends donc à supporter tes reran de la fortune arec courage et fermeté, comme à recoToir ses fayeurs avec sagesse et modération. Enfin, puisse ton administration être taHi qu'elle appelle un Jour sur toi et sur moi les l)énédictioos de ceux que Dieu a confiés à nos soins paternels ! »
On lui prftte quatre qualités essentielles : une véritable grandeur d'âme» la bonté de caractère* la fermeté pour réprimer, et vue conduite qui ne donnait aux autres aucun Heu de craindre pour leur Tie,' leur honneur ou leur propriété.
Plusieurs actes de cruauté et d'arbitraire s'inscrÎTent mal'' henreusement enfatix contre ce portrait et contre le testament.
Ochns tnceéda à Artaxerxès, grâce au meurtre de ses deux frôres. Pour préteuir toute contestation sur la légitimité de «m pouvoir, il ta massacrer tous ses parents, ptDches ou élol«gnés» et toutes les personnes qu'il supposa mécontentes. Ces meurtres n'empêchèrent pas que des tentatives de révolte ne troublassent tout le cours de son règne.
Cest tous ce prince que se passa (en 354) un trait remarquable d'amour conjugal qui mérite d*être rapporté. A la mort de Ifnusofe, dynaste de CariCy Artémîse, sa femme et sa sœur, ayant recueilli ses cendres, en mettait tous les jours dans sa bot&son , voulant servir elle-même de sépulture à son époux. Deux ans 'après, avant de mourir, elle fit ériger à la mémoire de cdut^i un monument fameux dans la ville d'Halycamasse. Ce monument a été considéré comme une des sept merveilles du monde ; d'où est venu le nom de maufoiée.
Rien d'important pour la civilisation de l'ancienne Perse ne sVffecfua depuis Ochus jusqu'à Alexandre ; les révoltes perpétuelles qui éclatèrent dans ces divers états conquis parUi force» réunis par la violence, et contenus par la terreur, détournèrent les souverains de tout projet d organisation socfale; ils songèrent plutôt à consolider leur domination qu'à améliorer le sort de l'empire. H renfermait, d'ailleurs, trop d'éléments bMrogènes pour arriver jamais à une durable unité, et sa brillante existence ne compte que .deux siècles.
2^X> LES CIVIIJSATIONS PRIMITIVES*