HISTOIRE
La Syrie a été habitée de temps immémorial par des peuplades dont les destinées furent très-diverses à raison de la position qu'elles occupaient, soît sur le littoral de la mor, soit au centre, dans le voisinage de TÉgypte ou de TAssyrie. Aussi les savants ne sont-ils point d'accord sur la dénomination générale de cette contrée.
J'adopte la division de la Syrie telle que.. la propose Strabon (i) » depuis la Gilicie jusqu^à l'Egypte. Elle comprend la Phénîcie sur les côtes» et la Palestine dans l'intérieur des terres, puis la Goromagène, la Séleucide et la CkBlesyrie. Cette division se rapporte, par les similitudes chronologiques et ethnologiques» à la Syrie primitive, qui seule doit m'occuper.
La Terre promise, dont parlent la Genèse et l'Exode, le pays de Canaan, touchait à la Pbénide proprement dite*
(t) Strabon, XVI, U9.
51)2 LES CIVILISATIORS PBJMITIVES.
La Genèse monlre les Cananéens transportant d'un Heo à Tau Ire leurs tentes» oomme un peuple encore nomade. Il ne faut donc point les confondre avec les Phéniciens» dont le commerce et ^industrie étaient déjà en voie de prospérité.
La Palestine formait dnq Éuts, de là le nom de Pentapoiis que lui donnèrent les Grées.
Vers l'Arabie Pétrée éuient le paysd'Édom et celui d'Amalee(l).
La Moabie et l'Ammonie s'étendaient du Jourdain à l'Arahie Déserte; elles porlaienf, suivant la Genèse» le nom des deux fils de Lot « nés du double inceste de ce patriardie avec ses deux filles (2).
La Phénicie proprement dite avait pour cités principales : Sidon» appelée par Moise la fille aînée de Canaan» Tyr» Be* ryte, Tripoli, Arad et Byblos. Elle comprenait la partie de la côte de Syrie qui s'étend depuis Tyr jusqu'à Aradus. Celle côte était hérissée de hautes montagnes couvertes de forêts qui procuraient aux Phéniciens des bols pour la construction de leurs vaisseaux.
Aucune tradition ne fait venir les Phéniciens d'un pays élrangcr à la Syrie; leurs divinités mêmes passent pour avoiréléles personnifications de leurs premiers souverains ou les fondateurs des plus anciennes villes de la contrée.
D*aprèsles fragments de Moschus et de Sancboniaifaon» une première période de l'histoire phénicienne aurait duré ti^nle mille ans» divisés en trois âges à chacun desquds correspondait un ordre particulier de divinités. Dans le premier seraient nés les dieux et les plus anciens habitants ; dans le second auraient été fondées Byblos» Sidon» Tyr» ayant desr dieux pour souverains ; dans le troisième» le Baal de Sidon aurait remplacé FEI de Byblos.
(i) Genèse, xxxvi, 8-12.
{%) Id , XIX, 30 el suÎY.
La fertilité du sol , la douceur du clîmal et la position topo« graphique ont permis aux Phéniciens un rapide développement intellectuel 9 favorisé par de fréquentes relations de commerce et d'idées avec TÉgypte et l'Assyrie.
Lors de la conquête de la Palestine par les Hébreux, revenus de l'Egypte, dans le quinzième siècle avant JésofrChrist, Sidon élail depuis longtemps la métropole de la Phénicie» et avait déjà fondé au loin plusieurs colonies. Tyr la supplanta au douzième siècle, après avoir fondé Gadès et Utiqiie.
Les Assyriens englobèrent la Phénîcie et la Palestine dans leur empire» vers Tépoque de Sémiramis. Minus soumit la Phénicle et TAsie Mineure (i). Une légende place la naissance de Sémiramis à Ascalon, en Syrie, une autre à Damas.
Manéthon et Josèphe parlent aussi d'un ancien empire assyrien, qui comprenaitia Phénideet la Palestine, vers deux mille ans avant Jésus-Christ, à l'époque de la quinzième dynastie égyptienne. Cette possession comprenait sans doute une autre portion de la Syrie, car, dans le seizième siècle, les Assyriens étaient encore en guerre avec les Phéniciens : preuve que ceuxci étaient indépendants, ou n'avaient subi qu'un joug passager. •
Au quatorzième siècle r^ait à Babylone une dynastie arabe. Alors Gusan-Risaïaîm, roi de Mésopotamie, et probablement Madianite, essaya d'étendre son empire jusqu'à la mer Méditerranée.
La Genèse dit que les fils d'Ismaèl habitaient depuis Khavilah jusqu'à Sur, en face de l'Egypte. Ces Ismaélites occu* paient une partie de la Mésopotamie et une grande partie de l'Amble. Les Madianitcs, appelés quelquefois aussi Ismaélites, occupaient Test de la mer Morte, et trafiquaient avec l'Egypte. Ceux à qui l'on vendit Joseph étaient Ismaélites ou Madianites; ils venaient de Gilead, portant sur leurs chameaux de la
(!) Diodore, il, 1, 4.
TiilA LES UYlUSATIOnS PUllITtVES.
I, d«lNmBie#td6lafén6(l). Ces canrâMt dé i itadériMiit les p«B|dei mmmim de rmcJennegfrie,
Les Phéniciens n'oni pis en, eomme les fléhieiix» des eanales periioiiliires; on ne eomett leur histoire que jier lae éinn§mh et elle m conuMnce à s'édairoir que ymê le tiei- Êiètoê sièele event netrs ère.
ApertirdeilOi» Tjr deneat le capiiale de la Phénicie» el le Bible vanle ses riehessss. Bile fonde ekm Gadès et UUqoe, s'empere de Tsrtessns» et ookmise ke o6les de rAfriqoe.
iosqa'elers elle parait atoir ^écu en démooatis. Hais Abibsal^ pire de Himm itr» s'étant emperé du ponnHr soavsrain» elle devint la métropole de toate la Phénide; le dief s*appela roi de Tyr, ds Sidon et des Phéniciens (ai), flinœ lui SMOéda et régna trsnte-quatie ane. U eenstraisitk digne d'Baridiomst fit oonper les boie de cidie du lîfaan pour eoiiTrir ke temples dVeronle et d*Astené.
Il envoya des onvrienà David ponrk eonstradion d*impalai%
ety après la nort de ce roi» il reiioua alliance avec Salomon;
ce roi loldonna une de ses filles en mariage, et de riches tribni^
en retonr des haUks ouvriers etdes malérianx de cansImolBon
^u'il en avait reçus pour le temple de Jérusalem.
La Bible rapporte qu'un jeune homme, fils d'Abdémon, parirint à résoudre lous les problèmes propoeés par Salooion i Hlram. Abdémon ayant proposé à son tour des én^mes à Salomon, oelui-d n'ayant pu les deviner, fol oiil%é de payw une amende à Hiram.
Ce fait constate au mcbm les relaiions amiddesdes Israélites avec les Phéniciens (9).
On sait d'ailleurs que Salôuton épousa la fille d'un roi dit-
(f ) Genèse, xxxvn, U et sulv.
{%) Ensèbe, prep. éTseg., ix, 31 !
(%) I. Rois, V, 15, 31 ;— Tn, 13, 4e ; — ix, 10, t*. «6-19. M., t. «S-30 ;— U, Sam., v. Il ; v^, t ; i . Roto, t, 15, Josèphe, anUq. vni.
gypte» el remplit son baram de Sidoniefiiies» qui conlinuè* reol d'y pcAliquer le colle d'Astaiié.
Eafio on lapporle qu'Hiram avail fàil ériger à Tyr on tem* pie pofoil à celoi de Jérosalem, el y avail introduil des cM» moniei joifee (t). Celte tradition ne repose sor aocon fonde* ment ; il eil plos vraisemblable, eo eontraiie, que les ootriaiis el artistes phéniciens construisir^l le temple deiérusalem sur le modèle de ceox de leur patrie.
Cest ici le lieu de tracer on rapide tableau de la vie primi* tive des Syriens hébreux avant leur séjour en figypte.
L'auteur de la Gentee fait descendre de Sem» fils de Noé^ à la dixième génération « Abram , doni le père , chaldéeo , élail venu s'établir à Harrab^ en Mésopotamie. Abram^ après la moit de son père, viol dans le paysde Canaan, à Sicbem» avec ca fraune Sarai^ son neveu Lot» et on certain nombre de gène» U éleva un aolel près de Béthei el se dirigea vers le Mitli ; les habitants du pays le surnommèrent Ibri (venu dé VwOre côii^ d'où le nom d'hébreu.
Lafamines'étanldéclarée dans lepays, Abram alla en tigyple^ où il fit pasier sa femme pour s<sœur. La grande beauté delcellO' d étant venue à la connaissance du roi, elle fut appelée aoprts delui.Abrtm en recul alors de riches présents, ce qoi févèle dans le patriarche one singulière eondescendanee. Cepeodanl le roi, plos scropuleox» ayant appris qu'elle était sa femme la ren* voya i celui-ci en lui reprochant son étrangs conduite*
Abram retourne dans le Canaan) des qoerelles s'âèveni entre les pasteurs d'Abramei eaux de Lot. tlne séparation est résolue ; Lot s'établit dans le Ghor, Abrem près de Hébron*
Lot ayant été attaqoé par le roi d'Élam et fait prisonnier, Abram vient à son secoure, poursuit les ennemis jusqu'à Damas et revient avec on grand botin. Le roi de Salem, Melchissdech, prêtre d'Ûion (très-haut), le félicité el en reçoit une dlme sur le butin, aelon l'usage.
0) i Rois, ui, i, Origtet, homll., zin.
o9C LES UVILISATIOKS PRIMITIVES.
Pendant son nouvean séjour à Canaan , Abram n'ayant pas d'enfant » Sara! lut offre sa servante, TEgyptienne Hagar, dont il a Ismafil (Dieu eiauoe). Quelques années après Abram change son nom d' Abram (pore élevé) en celui d*Aliraiiani (père de la multitude), sans doute parce .qu'il commençait à devenir le maître de nombreux troupeaux et cbef de pasteun. Saraî prend le nom de Sarah (maltresse, princesse), car elle élait désormais la femme d'un chef, d'un maître.
Ici se trouve l'aventure de LiOt et de la chute de Sodome ; Loc ayant donné l'hospitalité à deux jeunes étrangers, les habitants de Sodome, poussés par d'infsmes désirs, veulent envahir sa maison^ mais Lot, après leur avoir offertinutilement ses deux illles,8e sauve avec elles et .sa femme; sa femme meurt en cfaemin ; il se retire à Soar ; mais là, ne se croyant pas en sûretéfil se réfugie dans une caverne, où s'accomplît le double inceste qui donna naissance à Moab et à Ammon» les pères des Moa.biles et des Amonites.
Abraham se retire à Gérar ; il fait encore passer sa Comme pour sa sœur; et ici se reproduit l'aventure rapportée plus haut. Malgré l'âge avancé de Sarah, le roi Abimelecb la 6ût enlever, puis la rend lorsqu'il sait qu'elle estlafemmed'Abm.* bam.Sarah met au monde Isaac,nom tirédumotyisiiak (on rit), parce qu'elle avait ri lorsqu'on lui disait qu^elle aurait encore un fils, ou parce qu'à Toccasion du sevrage d'Isaac, ismaël sou* rit. Sarah, devenue mère, jalouse de sa servante 9 qui avait on fils, exige son renvoi ; celle^u se retire dans le Beersaa» où elle manque mourir de soif ; Ismaël grandit dans l'exil, devient habile archer et épouse une Égyptienne.
A l'exemple des Cananéens, au milieu desquels il vit, et qui ont coutume, dans des circonstances critiques, de sacrifier leurs enfants, Abraham est sur le point de sacrifier son fils unique, mais au moment de consommer ce sacrifice, l'amour paternel l'emporte et il sacrifie an bélier à la place; heureuse protestation contre un horriUe usage! car cette treditiott dé-
tourna n postérité des sacrifices liumains (l).Sarah meurt, et Abraham, après lui avoir rendu les honneurs funèbres, songe à marier son fils Isaac; il envoie en Mésopotamie son serviteur ou son esclave Eliézer pour chercher une femme; Eliézer aborde justement Rebecca, petite-fille de Nahor^ frère d'Abraham. Rebecca est amenée à Isaac, qui la conduit dans la tente de Sarah;là elledevient sa femme, et le console, dit la Genèse, de la perte de sa mère.
Abraham, quoique fort Agé, épouse une seconde femme , Kétoura, qui lui donne six fils; il les renvoie de la Palestine et il n'en est plus question.
Isaac a deux fils jumeaux, Rsaû le premier venu, et Jacob.
Abraham meurt et est enterré auprès de Sara h.
On peut attribuer à ce patriarche deux actes importants qui furent imités par ses descendants, l'abolition des sacrifices humains, et la circoncision ; par là il se sépara des coutumes et de la religion des Cananéens. Quant aux pratiques religieuses» bien que l'auteur de la Genèse penche vers le monothéisme, il montre cependant les Hébreux livrés encore à des coutumes idolfttrlques.
Après la mort d'Abraham, Isaac demeura dans les environs de Beerséba avec ses deux fils Esaû et Jacob.
On sait l'aventure de la cession du droit d'ainesse d'Esaû k Jacob pour un morceau de pain et une bouillie de lentilles*
Isaac menacé par la famine se retire à Gerar, où il fait aussi passer sa femme pour sa sœur, et où le même roi Abimélech, apprenant qu'elle était sa femme, défend à ses sujets, sous peine de mort, d*attenter à l'honneur d'Isaac*
Isaac se livre à l'agriculture, et ayant acquis de grandes rt« chesses, excite la Jalousie des habitants f il se retire et retourne à Beerséba. Abimélech n'en renouvelle pas moins son alliance avec lui, et elle eit scellée par des serments mutuels.
(1) Jephté en donna encore un lleheox exemple en sacrifiant sa
fille.
308 Les CITILISATIOIIS PIUIIITITCS.
OfttQlipoM^ poiirlt vftisemMftiiea htstorique, qanis'a^ id d'an «otM Ahiraéledi qvm eelal da temps d'Abriham, et qu'il y a eu eoafusion de réeît.
BmA époQ86 deox femmes HéUiites, et bien qu*a soit ton* joms reoonna par base comme rainé, Rébeoca parrient i loi sobslituer Jaoobqn'eHe préfère, et à qui elle fidt leœvoir la béaédieUon paternelle pendant Fabsenee d'Bsaû. Gelni-d, ém leloar, apprend ce qui s'était passéet jure d'en tirer Taigeanoe. Effrayée, Rébeoca Ini annonce renvoi de iacobanpràs d'un hèn à elle, Laban. Isaae, trompé sorte but de ce prompt départ, donne de noaveaa sa bénédiction à Jacob.
Armé chesson oncle Laban, Jacob se met à son serriee) tétant épris de Racbel, l'ane des filles de Laban, Il ollte à celui-d de le servir sept ans pour obtenir sa main $ mais l4iban a une sutre fille, l'aînée, Léa; au jour du mariage convenu, il la substitue à Rachel, et Jacob, au lieu des*irrfCer de cette tromperie, consent à servir sept autres années pour obte* nlr Racbd, tout en gardant Léa.
Léa met an jour quatre fils avant que Radiel ait été mère i son tour; celle-ci présente alors à Jacob, suivant rusage do pays, sa servante Bilba, qui met au monde deux fils. Léa^ de son c6té, n'ayant plus d'enhnts, présente à Jacob s» servante Zilpha, qui lui donne aussi deux fils. Puis Léa en a encore deux autres et une fille, et Rachel, i son tour, enfante Joseph.
lacob ayant considérablement augmenté sa famille , ses troupeaux et son patrimoine, Laban et ses fils en deviennent jaloux. Jacob, pour prévenir toute attaque, part secr^ement avec ses femmes, ses enfants, ses troupeaux et tous ses biens, et s'achemine vers Canaan. Rachel,. ayant enlevé etcadié lea idoles de Laban, celui-ci, irrité de ce vol, se met à la poursuite des fugitifs, ei les attdnt près de Oilead; mais il se contente de faim des reproches i Jacob et finit par se réconcilier avec lub
Arrif é à Mabnaim, Jacob envole des messagers à son frère Esaû, qui accourt avec qualre cents hommes. Jacob craignant
SYRIEKS Sd9
rnieamqiie^ lai envoie des pré8enli;inais Bsafi^ nns rtncime du ptBié, raecoeille i bras ûaverts, puis ils se séparent de nouveau et pour toujours.
Dans le pays de Canaan, le fils de Sichem, prince des Sicbemites, enldve à Jacob sa fille Dina» et après en avoir abusé, la demande en mariage. Mais les fils de Jacob» voulant se venger, consentent en apparence à ce mariage à la condition que tous les habitants mâles de la ville se feront drooncire. Les Sichémites se font docilement opérer ; et les enfants de Jacob profitant de Tétat de faiblesse où cette opération les avait réduits, se jettent sur eux et les égorgent tous, puis, ils pillent la ville, emmènent les femmes, les enfants et les troupeaux. Jacob reproche à ses fils cet horrible guet-à-pens (1), ce qui ne Tempèche pas de garder les captifs et le butin, et de dresser une pierre com^ mémorative de ce fait, à Béthel.
Sur ces entrefaites, Rachel meurt en mettant* au jour un nouveau fils. Benjamin ; puis Jacob se rend à Hébron, où il trouve encdre son père Isaac.
Joseph, le premier-né de Rachel, avait toutes les préférences de Jacob; ses frères jaloux conspirent sa perte, et profilent un jour du passage d'une caravane de marchands pour le leur vendre, puis ils font croire i Jacob qu*il avait été dévoré par une bète féroce.
Joseph, emmené en Egypte, est vendu àPutiphar, grand di« gnitaire de Pharaon, et parvient, après plusieurs aventures^ i obtenir la confiance du roi, et à présider même aux destinées de l'Egypte.
Cette élévation d*un étranger à la tète du gouvéhiement s'explique par la conformité d'originerentre les Hébreux et les Arabes qui avaient envahi une partie de l'Egypte un peu avant cette époque.
La famille de Joseph^ chassée de Canaan par la disette, vient le retrouver en Egypte, s'y établit et y forme en quatre stèdes
(t) Genèse, xxiv.
j|00 I.F.S CIVILISATIONS miMlTlVES.
«MiiorobraiBdtriba, qoi 8e distingua toujoara des Egyplims iadigènsB par les mœurs, les traditions et la langue. I^ si« lenoe qui règne sur leur existence pendant ce long exil, fait croin qn'ils n'ayaient point encore d'annales écrites, et qu'ils se transmettaient oralement, de père enBls, l'histoire de leurs aïeux. L'auteur de la Genèse l'a recueillie avec soin, et en faisant abstraction des détails légendaires, elle nous fait assister à la Tie réelle et primitive des Hébreux, des Cananéens eC des autres peuplades de la Syrie.
Ainsi, les Hébreux disparaissent de l'histoire à partir de leur entrée en Egypte, et à leur retour etf Syrie, dans la Pales Une, après quatre siècles d'émigration, ils ne sont plus Syriens que par les traditions et la langue» ils sont devenus Egyptiens par les institutions politiques et civiles; ils ont donc perdu le caractère autonomique qui constitue un peuple primitif.
Reprenons l'histoire des Phéniciens. Baléastartusou Baalbasteros succéda à Hiram, son père, et régna sept ans (946-9i0 avant Jésus-Christ), laissant quatre fils: AbdastarUis, Aslartus, Astarymus et Philès. Abdastartus lut succéda et périt dans une conspiration ourdie par les fils de sa nourrice, dont l'alné s'empara de la couronne et régna onze ans Cette conspiration parait avoir été provoquée par le mécontentement de la population esclave de Tyr qu'exploitaient et maltraitaient les riches industriels.
Ces esclaves égorgèrent leurs maîtres, s'emparèrent de la ville, des maisons, de l'état, se marièrent avec les filles des citoyens de Tyr et en eurent ainsi des enfants libres. Cependant Tun d'eux, touché du son de son maître et de son fils, les avait cachés. Sur ces entrefaites, les insurgés ayant résolu d'élire pour roi celui d'entre-eux qui le premier aurait ap^u les rayons du soleil levant, l'esclave on question en avertit Strate, son maître, le fit sortir de sa retraite, et tandis que les autres esclaves regardaient vers l'Orient pour saisir les premiers rayons du soleil, .Strato, conseillé par son esclave, en montra
SYHIENS. 401
la lumière naissante sur le faite des hautes maisons, et fut élu roi (1).
Cette résolution dura douze ans pendant lesquels les patriciens avaient émigré. S'étant ligués aveo les colonies, ils parvinrent à susciter une contre révolution & Tyr, à y reprendre leur ancienne autorité et à placer sur le trône Asiartus, fils de Baleastartus.
Après douze années de règne qui ne rétablirent pas la tranquillité intérieure, les fils de ce roi furent écartés du trône, et l'on y plaça son frère Astarymus. Astarymus fut tué au bout de neuf ans par son frère Phélès, qui le fut à son tour par Isthobaal, prêtre d'Astarté; ce dernier rétablit la royauté héréditaire dans sa famille.
Tsthobaal régna trente-deux ans; il fut le père de Jésabel» épouse d'Achab, et fonda plusieurs établissements en Pbénicîe et en Afrique, entre autres la ville de Botrys qui servît de forteresse contre les excursions des autres peuples Syriens.
Il eut pour successeur son fils Ralézor, qui régna huit ans (865-858) et auquel succéda son fils Mutton.
C'est à cette époque que fut fondée Carthage par les patriciens chassés de Phénicie à la suite de guerres intestines. D'a« près Justin (1) le roi Mutton ou Tyron étant mort en laissant pour ses héritiers Pygmalion son fils, et Elissa sa fille, Pygmalion malgré son extrême jeunesse monta sur le trône. Elissa épousa son oncle Acerbas, prêtre d'Hercule, que Pygmalion fit tuer pour s'emparer de ses trésors. Mais, Elissa s'en empara elle-même et s'enfuit avec les principaux citoyens, s'arrêta en passant dans l'Ile de Chypre, fit enlever des jeunes filles nubiles pour les hommes de sa suite, aborda en Afrique» s'attira l'amiiié des habitants par ses largesses, acheta une grande portion de terrain et y fonda Byrsa, depuis Carthage. La légende rapporte que pour se soustraire à la vengeance
(1) Justin, xvin, 3.
(«) xviii, 4.
4i)i LES CmUSÀTIONS PRIIIITITES.
d*un loi africain qti'die aYaii refoaé en mariage, et en i temps, pour sauver sa nouTelle vHIe, elle fit dresser un buchar, y monta et s'y frappa d'un coup de poignard, en disant au peuple qu'elle allait rejoindre son époux. Cest ce person* nage qui a inspiré à Virgile les aventures de Didon.
A partir du huiiiôme sièclOf la Phénicie commença à décheoir; Tyr fut efbcée par Garlhage, celle-ci à son tour, fonda des colonies florissantes.
Deleur cAté, les Grecs firent une redouuble coneunence au commerce de la Phénicie et le sopplantèreot peu à peu.
La Phénicie tomba bientôt et suooessitement sous \e joug des Assyriei|s, des Rgyptiens et des Pênes, comme le reste de la Syrie. La Bible seule fournit quelques renseîgnemenla sur cette époque.
Le roi juif Ahoz (en 7iO) ayant appelé à son secours contre les Egyptiens, le roi assyrien Tiglat^pilesar, odul-d profita de l'occasion pour s'emparer de la Syrie ; il força Âhai luwnème à lui payer tribut. Salmanassar, à son tour «avoya en eiU les douze tribus d'Israël (en Tâi) et soumit les principales cités de la Phénicie C'est à ce sujet qu'Isaie reproche aux Pharaons d'avoir abandonné leurs ail iés (1) .
Lors de l'invasion des Scythes, de 63» à 607 la Phénicie et la Palestine subirent un sort commun.
Itemmetichus roi d'Bgypte, vint en Syrie et arrêta on instant leurs courses. Les Scythes s'emparèrent d'Aiscalon, fil pillèrent le temple de Vénus Uranie. Ténos, pour s'en venger, dit-on, les frappa d'une sorte de blennorrhagie (t). Quoiqu'il en soit de cette tradition, toujours est-il que les Scythes dis«^ parurent et qu'il n'en fut plus question.
Après Psammetichtts, son fils Nécos envahit la Palestine éi battît le roi Josias (en 6D9) près de Magdole, s'empara de
{{) xxxvi, 6.
(t) Hérod., I. 105.
SYiift:NS. 40o
Kadylis (Gaaa) et c >nsacra Thabit dont il était vêtu pendant le connbat i Apollon, dans le lempte des Branchides.
Bérose présente la guerre du Pharaon Nécos comme le fait d'un satrape rebelle, qui avait été chargé du gouvernement de la Syrie» de la Phénicie et de TÉgypte» et la domination des Ghaldéens comme un simple changement du siège du gouvernement. Les rois des nations syriennes n'étaient à cette époque que des feudataires du roi d'Assyrie. Nabuchodonosor ayant appris cette révolte » alla avec son fils pour la réprimer ; il fit rentrer le pays dans l'obéissance et diriger sur la Babylonie les prisonniers juifs» phéniciens» syriens et égyptiens. Ces faits sont confirmés par la bible.
Les peuples soumis tentèrent de nouvelles révoltes. Les juifs commencèrent; leur roi Joachim fut vaincu et remplacé par Sédékias» créature de Nabuchodonosor. Bientôt la révolte devint générale : les chefs ou satrapes syriens se coalisèrent ; mais le roi chaldéen vint assiéger Jérusalem » la prit (en 587)» la détrvi^t et déporta ses habitants. Il soumit entuile toute la Phénicie, à Texceplion de Tyr qu'il assiégea vainement pendant treize mois; ce qui prouve la puissance de cette ville protégée â la fois par la mer» par ses fortifications et surtout par le patriotisme de ses habitants.
Nabuchodonosor fit combler enfin le détroit qui l'empèchait de s'approcher des remparts* Ce travail achevé, les Tyriens se retirèrent dans une seconde tle qui avoisinait Sor» la partie de la ville où ils étaient assiégés. Nabuchodonosor» furieux de trouver Sor presque déserte et vide des richesses qu'il convoitait» fit tuer tout ce qui restait d'habitants et raser la ville.
I..es Tyriens s'établirent désormais dans la nouvelle tle» tout en subissant le joug babylonien. Après ce siège, la Syrie entière fut englobée dans l'empire babylonien.
Les Babyloniens ayant fait des tentatives contre TÉgypta »
(1) Hérod., 11,169.— L Rois, x, «5.
4U4 1ES CIVILISATIONS PRIMITiVEf^
Apriès» roi de ce pays, marcha à la tête d*aiie nombreuse ar« roée et d'une flolle considérable contre l'ile de Chypre , se jeCa sur la Phénicie où il remporta plusieurs avantages» pois s'en retourna en Egypte, chargé de butin (1).
Les Tyriens profitèrent de cette circonstance pour reoouTrer leur indépendance et renverser le roi ou Satrape qu*on leur avait imposé; ils le remplacèrent par des suflfôtes ou juges : Eknibal en fut le premier (en 56i avant Jésus-Christ) , et eut pour successeur Chelbès qui gouverna dix mois; puis vînt un interrègne de trois mois causé par la division des partis, pen«danf lequel le grand prêtre Abbar gouverna. Enfin \m deux partis nommèrent chacun un suffète, Mytbon et GerastarC, pour six ans (561-566). Une nouvelle révolution éclata ensuite» et la royauté fut rétablie.
En 5S6, la Syrie tomba au pouvoir de Gambyse.
Lors de la conquête d*Alexandre, celui-ci» après avoir soumis presque toute la Syrie, dont les habitants raccueillîrent comme un libérateur, s'avança pour prendre possession de T^r. Mais les Tyriens refusèrent de lui ouvrir leurs portes, bien qu'il déclarât vouloir les protéger et offrir un sacrifice à Hercule le Tyrien comme preuve de son respect pour leurs coutumes et leurs croyances. Sur leur refus, il entreprit le si^ en règle de nie; il déblaya le terrain de l'ancienne Tyr, et avec les pierres tirées des décombres fit élever une large digue. Les l^riens, effrayés, expédièrent à Garthage un grand nombre d'enfants et de femmes, puis ils soutinrent le siège avec une courageuse énergie.
Après sept mois d'efforts inouïs, les Macédoniens pénétrênent dans la ville. Les Tyriens se barricadèrent encore dans les rues, et se firent presque tous massacrer. Alexandre, contraire* ment à sa réputation de magnanimité, se montra odieusement cruel ; il fit vendre les femmes et les enfants aux enchères, et
(i)Hérod , II, 182.
pendre ou mettre en croix deux ipille jeunes gens. Puis il alla ofifrir à Hercule de grands sacrifices, récompensa ses plus braves soldats» et institua roi de Tyr Ballonymus, qui avait de la parenté avec Tancienne famille royale (1).
Pour empêcher Tyr de reprendre jamais sa puissance poli- > tique, Alexandre anéantit son commerce maritime par la fondation d*Alexandriey où tous les navires vinrent depuis apporter leurs cargaisons.
Tyr conserva toutefois sa puissance industrielle par sa pourpre et ses verreries.
En 313 avant Jésus-Christ, elle put soutenir de nouveau un siège de treize mois contre Ântigone, ce qui prouve qu'elle avait encore à cette époque une certaine importance.
Ptolémée» à son tour, ayant convoité la Syrie, y envoya Nicanor. Celui-ci s'en empara, établit des garnisons dans les autres villes, et retourna en Egypte (2).
En 284, Séleucus fonda la dynastie des Séleucides, pendant laquelle l'histoire de Syrie n'offre plus d'intérêt.
En 176, Antiochus Épiphanc Gt de Tyr son séjour préféré.
En 143, un phénomène géologique bouleversa la côte de lu Phénicie, et réduisit les dimensions de Tlle tyrienne en submergeant le banc de rochers qui s'étendait vers l'ouest. On voit aujourd'hui des ruines antiques qui ont été envahies par la mer.
Vers la soixante-quatrième année avant Jésus-Christ, Pompée vint en Syrie et la soumit à l'empire romain. Tyr avait toujours conservé une sorte d'indépendance; les Romains la lui confirmèrent moyennant quelques redevances (3).
Josèphe dit'que Marc-Antoine avait donné à CléopÂtre toute la côte de la Phénicie, à l'exception de Sidon et de Tyr, aux-
(1) Diod., 1.3, p. 220, trad. par Hoefer.
(2) Ibid., p. 339.
(3 Slrabon, xvi.
406 LES CIYlLISÀTlOIfS PRIMITITCS.
quelles il laissa une sorte d'autonomie (!)• Toulafois, Aufiisie la leur enleva à cause des factfons qui s'y agitaient (9). Hirodeb gouverneur de la Syrie» fit élever dans Tyr des magasins pu* blicSy des marchés et des temples.
Enfin les Arabes s'emparèrent de Tyr et lui rendirent son ancien nom de Sour.
Ce qui distingue Thistoire des Phéniciens de l'histoire des autres peuples, ce n'est pas la grandeur des événements poli* tiques^ c'est le commerce, l'industrie, et principalement la colonisation, cette conquête pacifique au moyen de laquelle les Phéniciens ont eu la gloire de semer sur plusieurs points du monde ancien les germes d'une civilisation noavdlsb