CHAPITRE PREMIER
§ 1. fiPOQUE aute-historique.
La longue et solitaire existence de Tempire chinois esl un fait unique dans l'histoire générale de rbumanité. Les peuples de Tantiquité ne l'ont connu que pour ses productions industrielles, mais ils n'ont rien dit et peut-être rien su de sa civilisation intérieure. Les voyageurs qui. au moyen-âge, pu« reot le visiter, le firent d'une manière rapide ou superficielle, et n'en rapportèrent que des renseignements fort incomplets.
Les missionnaires jésuites ayant pu, les* premiers, faire un long séjour dans sa capitale, ont eu le temps de recueillir tous les documents relatifs à l'histoire de la civilisation chinoise, et d'enrichir l'Europe de monuments littéraires capables de rivaliser avec ceux des autres peuples, sinon en mérite, au moins en nombre.
C'est le seul peuple de l'antiquité qui ait eu des annales officielles, aussi peul-il à bon droit revtodiquer l'honneur d'avoir eu, le premier, une histoire authentique.
Grâce à 8a position topographiqoe qui la séparait des autres nations de l'Asie par des barrières infranchissables, la Chine s'est développée sans le secours d'aucune influence étrangère. A l'époque de l'introdoction du Bouddhisme, elle était parvenue à un haut degré de civilisation ; mais dès lors elle Qsssa d'en agrandir le cercle, comme si» désormais, il lui eût été impossible d'avancer plus loin. Est-ce la pression étrangère qui paralysa ses progrès, ou bien avait^lle épuisé son génie inventif? Les deux, causes peuvent avoir agi concurremment.
Les annales les plus authentiques font remonter à près de 3,000 ans avant notre ère ses commencements historiques ; et bien que la légende ou tradition fabuleuse y tienne encore une certaine place, elle ne prédomine pas, comme dans l'histoire primitive des autres nations , au point d'obscurcir les faits naturels, parce que l'esprit positif des Chinois se dessinant de bonne heure, s'est attaché benuooup à la réalité et fort peu à la fiction.
. Mais ce qm caractteise la civilisation chinoise, c'est la morale; c'est par ce côté qu'elle se distingue des autres civilisations, et qu'il importe surtout de l'étudier.
Chez aucun autre peuple, en eflet, on ne trouve aussi complètement formulées les étemelles lois du bien, du vrai et du juste, inscrites dans la conscience de l'homme ; on les retrouve à chaque page de son histoire, invoquées par ses hommes oélèbres, ses empereurs, ses ministres, ses philosophes, ses lettrés. Cela tient encore à ce que les idées mystiques n'ont jamais prédominé chez ce peuple toujours attaché au fond plus qu'à la forme.
Toutefois, nous devons signaler dès ce moment le point défectueux ou incomplet de cette morale, ce qui l'a rendue impuissante à fonder des institutions durables. Elle préconise les devoirs privés et publics; elle laisse dans l'ombre le droit ou la liberté individuelle et la justice sociale. Elle proclame bien haut les obligations réciproques des hommes entre eux,
mfiis elle ne les sanctionne pas; elle blâme les abus du pouvoir, mais elle n'a point la force de les empêcher; elle déclare chacun responsable de ses œuvres, et laisse subsister la solidarité criminelle de père en fils; elle prêche Thumanité^ et conserve l'esclavage; elle exalte la piété filiale, et laisse la mère, l'épouse et la fille dans une condition servile et dégradante. Faute d'institutions basées sur le droit, nous verrons le sort de la Chine dépendre entièrement du hasard, qui placera à la tète de son gouvernement des hommes plus ou moins bien intentionnés, plus ou moins fidèles aux lois de la morale.
Ceux qui s'efforceront d'y conformer leurs actes auront la satisfaction intime, désintéressée, de voir les mœurs s'améliorer, la paix fleurir sous l'influence de leurs vertus. Mais uniquement attachés aux devoirs dictés par une conscience honnête et aux bons exemples laissés par leurs prédécesseurs, ilg croiront n'avoir aucune sanction à y ajouter. Ils se contenteront de proclamer des principes éternels, que nul ne conteste, et ne songeront pas à fonder des institutions capables d'en assurer à jamais la pratique et d'en prévenir la violation. lis laisseront à leurs successeurs des conseils plutôt que des loiSt et quand ceux-ci mettront leurs passions au-dessus de lents devoirs, comme ils auront la puissance et la richesse pour y satisfaire, ils ne seront arrêtés par aucun obstacle religieux ou légal, et entraîneront tout l'empire dans leurs désordres. Tel est le spectacle que présente l'histoire chinoise pendant plus de 1,060 ans. C'est celui d'une société fondée sur la puissance paternelle, dont les membres profitent ou souffrent tous également de cettQ puissance, selon que le pèrie ou l'empereur est bon ou méchant.
Les traditions anté-historiques de la Chine ne le cèdent pas à celles des autres peuples pour l'exagération des temps : c'est par millions d'années que comptent les annalistes; ils procèdent d'une manière qu'on pourrait appeler scientifique, en divisant la période primitive en trois règnes : le régné du ciel, le règne de la terre et le règne de l'homme. Arrivés à Ttaonime,
loin de le représenter comme créé tout d'une pièce avec les plus hautes facultés du corps et de rîntelligence» puis déchu à 1.1 suite de quelque rébellion contre le ciel, ils le montrent sous des formes moitié d'homme» moitié d'animaux, errant dans les forêts , habitant des cavernes» grimpant sur les arbres à la manière des singes et vivant ou luttant avec ces derniers. On rapporte même qu'alors étant sans cesse au milieu àek animaux» il ne cherchait point à leur faire du mal; peut-être ne se nourrissait-il pas encore de leur chair.
Cependant ses aptitudes particulières se développant, l'éloigpèrent peu à peu de la vie de nature : l'habileté de ses mains, l'agilité de son corpsy aidées de son esprit inventif» lui tirent trouver de nombreuses ressources et favorisèrent la propagation de son espèce. La population humaine venant à s'accroître» les animaux» ajoute la tradition» furent obligés de lui disputer le terrain qu'elle envahissait chaque jour davantage. Pour se soustraire à ces attaques» l'homme se bâtit des cabanes, se tailla des armes et se forma en groupes ou tribus. Telle fut l'origine de la société chinoise. On voit que cette tradition diflère peu en quelques points des conjectures des savants modernes sur les commencements de la société humaine.
A une époque qu'on ne saurait déterminer» une tribu originaire du nord- ouest vint s'établir en Chine; les hommes qui i.i composaient sont désignés par le nom. de peuple aux eAevrux noirSf en opposition à la couleur de la race indigène» et aussi par le nom de cent familles (1).
On rapporte que Teou-tsao-chi» chef de tribu à cette époque» lit le premier rompre des branches d'arbre et enseigna la manière de s'en servir pour construire des huttes. Soui-gin-chi» qui lui succéda, trouva la manière de brûler du bois et de cuire la chnir des animaux. Il enseigna le changement des
(4) ChaU'kîng, part, u, ch. 1, od. 6, part, m» od. 3 et 4. —Meng- Isen, 1. !K»ch. 3.
saisonSy et Imagina de petites cordelettes auxquelles il faisait différents nœuds placés à certaines distances pour rappeler des événements.
Mais il faut arriver à Fou-hi (en 3468 avant notre ère (!)• pour trouver les premières traces de la constitution définitive de cette société. La légende dit que Fou-hi était fils du Ciel, parce que sa mère l'avait enfanté par l'opération du Ciel ; de là le titre de Fils du Ciel que prirent ses successeurs.
On ajoute que cet empereur opéra de grandes réformes, et qu'entre autres il créa des ministres, dont l'un fut spécialement chargé de prévenir ou de soulager la misère. Un ministère des pauvres ! C'était une institution à conserver. 11 divisa le peuple en cent familles, et à chacune d'elles il assigna un nom particulier, puis il voulut qu'on choisit celle dans laquelle on voulait vivre.
Il fonda le mariage qui n'existait pas encore et ordonna un costume différent pour les deux sexes. « Avant cette époque, dit un historien, les hommes connaissaient leur mère, mais ils ne connaissaient pas leur père. > L'histoire chinoise, intitulée Wai^ki, rapporte qu'auparavant on ne séparait point les hommes des femmes.
Une fois le mariage établi, on commença d'offrir des peaux pour présent de noces, et dès ce moment, ajoute l'histoire, les hommes cessèrent de vivre dans la débauche.
On attribue également à Fou-hi une défense qui s'est con» servée, celle d'épouser une femme dont le père portait le même nom que la famille du futur ; cette défense s'explique par la nécessité où Ton était alors de distinguer les familles par des appellations diverses, afin d'éviter les confusions.
On dit de sa fille qu'elle obtint d'être vierge et épouse tout ensemble. Je note cette tradition, car elle montre que les
(1) rai adopté la chronologie de M. Pàutuieb, le dernier bîitorien de la China.
6 LES CiyiLISATIONS PRIMITIVES.
Chinois, comme les autres peuples andens, ayaient une grande vénération pour la yîrginité.
Fou-hi enseigna l'usage du fer pour les ustensiles, pour des armes de chasse et de pèche.
Il inventa les huit Kotàa, composés de lignes simples ou brisées, et en porta le nombre jusqu'à soixante-quatre ; ce système graphique, destiné à remplacer les cordelettes, ne fut pas d'un usage pins facile et devint plus tard un objet d'interprétation symbolique. Fou-hi donna des règles pour compter le temps par le moyen des nombres iO et 12, appelés Chô'kan et Gha- Ih'tchi^ fondements delà règle des heures, des jours, des mois et des années, observée encore en Chine.
Il fut le premier qui offrit des sacrifices au Tien^ le souverain du del, et il désigna un certain jour de l'année pour immoler un animal choisi parmi ses troupeaux. Enfin, il inventa plusieurs instruments de musique, voulant, dit-on, que les hommes se réunissent pour en jouer ensemble et se procura ainsi une noble distraction.
Après lui, Chin-nonng (en 3S18), inventa la charrue, enseigna la culture du blé, du riz et d'autres graines nourrissantes, trouva des plantes curatives, apprit à distinguer les bonnes des vénéneuses, composa des hymnes sur la campagne él fit des instruments de musique pour adoucir U$ mœur^^ dit Thistorien, résultat fort problématique, si Ton en juge par l'éUt d'imperfection où fut toujours la musique chinoise. On dit de cet empereur qu'il ne détruisait aucune chose pour s'agrandir, n'abaissait personne pour s'élever, était le même dans la bonne et dans la mauvaise fortune; que son peuple n'était composé que de gens vertueux, vivant dans la concorde, ce qui rendait lessupplices inutiles. Chacun s'estimait assez riche, parce qu'il se contentait de ce qu'il avait. La tradition ajoute que Chinnoung savait le blanc et conservait le noir^ c'est-à-dire qu'il réunissait en lui deux natures.
Hoang-ti (en 2698), avec qui commencent les temps à peu près historiques, apporta aussi de grandes réformes dans le
gouvernement : il divisa le peuple en différentes rliflfloo i eh cune desquelles il assigna une couleur particulière de vili ment. Cette division ne parait pas s'être longtemps maintenu Mais quant à la couleur jaune attribuée spécialement à la fi mille impériale» elle est encore portée de nos jours, ce qi n'accuse pas beaucoup d'esprit novateur chte les Chinois € matière de mode.
On lui doit aussi l'établissement du tribunal d'hisloive qi a contribué à doter la Chine des annales les plus authentiqua que jamais nation ait possédées, et enfin des écoles d'hntru< tion pour la jeunesse, pépinière de lettrés où l'on recruta l fonctionnaires publics» sans distinction de naissance, mi suivant les grades littéraires obtenus dans les concours.
Se conformant aux règles données par Fou-hi» Thsanft^ki le président du tribunal, forma cinq cent quarante cartcfèn graphiques; l'empereur lui ordonna de s'en servir pour mett par écrit le résultat des connaissances déjà acquises sur 4S0h rentes maladies. La fabrication et l'emploi des briques data de cet empereur : on s'en servit pour élever le premier tenp au Chan^-ti» et un palais impérial. Des villages et des Till commencèrent à se fonder.
Cet empereur divisa l'empire en provinces, et des offldc furent désignés pour veiller sur la conduite du peuple. C officiers étant subordonnés les uns aux autres, se contrMaie mutuellement et faisaient leur rapport à l'empereur seul.
11 provoqua des observations astronomiques, et, dès cet époque, on reconnut, par la grande différence des mouv ments de la lune et du soleil, que douze mois lunaires n'équ valaient pas à une année solaire. A cet effet, on consiroisit m machine qui reproduisait ces mouvements.
La femme de cet empereur, Si-ling-chi, examina le trava du ver à soie et reconnut l'usage qu'on pouvait tirer de s( fil en le dévidant et en le tissant, pour faire des étoflhs et d broderies.
Enfin, on attribue au même empereur les premiers cblirioi
8 LES cnnusATioiis pruitites.
les premières barques, les premiers ponts, Tare et les flèches, les piques, les étendards, les poids et les mesures, un instrument de musique composé de douze tuyaux de bambou et un autre formé de douze cloches. 11 ordonna un costume uniforme pour les jours ordinaires et un costume officiel pour les jours de cérémonie*
Des mines de cuivre ayant été trouvées, il fit faire avec ce métal des vases de différentes formes dont on croit avoir quelques exemplaires au musée impérial de Pé-king.
Tout individu» à part les esclaves, pouvait s'adonner libre* ment à la profession de son choix et aspirer même aux fonctions publiques, suivant son degré de talent jugé par des examinateurs spéciaux.
Hoang-ti réunissait le pouvoir religieux au pouvoir civil. U culte se bornant à offrir des sacrifices au souverain suprême (OhM9«fî)t dont l'empereur était le représentant sur terre, sous le titre deSammraki jaune [Boanf4i (1) et de Fils du Ciel (7i>n* 9ée)^ il n'était pas nécessaire d'avoir des prêtres et des sacrificateurs, et l'absence d'une caste sacerdotale en Chine a pu contribuer à la longue durée de cet empire, en y maintenant la concentration du pouvoir dans les mains temporelles.
On loi attribue un livre de morale appelé Nei^kmg, sorte d'encyclopédie où l'on pouvait apprendre les règles de conduite intérieure et extérieure.
Cependant, contrairement à sa réputation d'austérité, il eut quatre épouses et plusieurs concubines. Il consacra ainsi la polygamie.
A la mort de Hoang-ti, en 2597, les Chinois, pleins de reconnaissance pour ses immenses services, dérogèrent à l'ancienne coutume consistant à choisir le souverain entre les plus sages
(1) Parce que la terre de son temps était jaune. Voir la vie de HamitU, par le père Amiot, Mémovru iwr k$ ChinoU, t. XDI, p. i25. ^HitL de la Chine, par Grosier, 1. 1, P. 20.
de rempire, eC jetèrent les yeux sur son fll9 Hîuen-hia, surnommé Ghao-hao, parce qu'il s'était efforcé d'imiter le grand Fou*hi, appelé aussi Hao ; mais devenu empereur il n'ajouta rien aux institutions de son père et se contenta d'en maintenir robsenrance. Il changea seulement le costume des fonctionnaires publics, pour en distinguer les classes» au moyen de figures particulières peintes ou brodées sur la poitrine et sur le dos.
n poussa Tamour de la paix jusqu'à la faiblesse^ et laissa se former des sectes superstitieuses qui se livraient à la magie et à l'idolâtrie. Un historien du IX* siècle de notre ère dit : c Ce mal si détestable introduit sous ce règne s'augmenta de siècle en siècle» et fut poussé au point où nous le voyons par la tromperie et la séduction des Tao-ise et des ïïo^chang^ qui entraînent le peuple dans Terreur. »
A sa mort, les grands et le peuple réunis désignèrent Tchuenbîo, petît-fils de Hoang-ti» que sa qualité et ses talents avaient
fait entrer de bonne heure dans la haute administration, où il
déploya beaucoup de sagesse.
Ce prince, une fois sur le trène (en 2514 avant J. C.) chercha
i détruire les pratiques superstitieuses qui s'étaient introduites sons le règne précédent, décréta qu'à l'avenir on ne sacrifierait plus qu'en l'honneur de Chang^ii^ et que l'empereur seul serait le grand sacrificateur. Il composa, à cet effet, une musique particulière appelée ehin-^yun pour le prochain sacrifice.
Les limites de l'empire s'étendant de plus en plus, il le di' visa en neuf provinces gouvernées par des officiers relevant d'un gouverneur général.
Il ordonna de grands travaux astronomiques (1), et décréta qu'à l'avenir l'année commencerait à la lune la plus proche, le premier jour du printemps vers le premier degré du Yer"
(i) Voir l'Histoire générale de la Chine, t. Xm, p. t50 et suiv.; Mémoires concernant les Chinois^ t. XIII, p. 2&0 et suiv.
A sa mort, en 2437, on désigna pour lui suooéder Ti«ko^ petitfils de Ghao'hao» pour lequel Tempereur défunt avait marqué une estime particulière, et qui déployait une grande habileté dans le maniement des aflbires.
Ti-ko donna une certaine extension à l'enseignement de la morale, et, à cet effet, institua des docteurs pour instruiie la jeunesse.
c Ti-ko, rapporte-t-on, savait employer chaque chose i son usage propre, et en tirer le meilleur parti possible. Il n'était pas attaché à sa personnalité... 11 était équitable à l'égard de tout le monde... 11 se gouvernait lui»méme comme il gouvernait les autres... On peut dire qu'il brillait par l'édat de sa ^ure^ mais les vertus dont il était orné brillaient encore da-* vanUge. .« Il gardait en toutes choses un juste milieu qui fait la perfection. »
Un autre historien, Po*kîé (1), dit que ce prince avait l'espril vif et pénétrant. Attentif sur lui-même, il ne laissait échapper ni parole, ni geste qui ne fussent dignes de son rang. Libéral, bienfaisant, il ne cherchait en tout que l'avantage de son peuple dont il était autant le pore que le souverain.
La pratique de la polygamie dépare un peu ces éloges. Ti-ko eut quatre femmes légitimes, sans compter les concubines.
Le fUs aîné de Ti-ko, Ti-tchi, appelé à lui succéder (en 2366), à raison de l'estime qu'on portait à son père, fut indigne d'un pareil choix. Il était d'un naturel pervers, oisif, débauché et incapable. Avec ces mauvaises qualités, les affaires publiques ne tardèrent pas à péricliter, et pour prévenir de plus grands désastres, les principaux officiers conspirèrent son renversement au profit du jeune Yao, son frère, qui avait montré déjà les meilleures aptitudes.
Ti-tchi fut déposé officiellement, en vertu du droit que les grands et le peuple avaient encore à cette époque d'élire un empereur, de choisir le meilleur entre les plus dignes, et
0) Méinoires concetnant les ChinoiSf t. lU, p. i^.
d'aasoiier un poavoir durable dans la pononod de l'éla; c'était là une double i^raniieireslime générale d'iio c6Cé« ia vraie I^ilimité de Tautie.
Avec le règne de Yao commenee le livre sacré des aBoales, le Ckou-'king.
§ % ËPOQUJE HISTORIQUE^
Le GheifpJctnf , livre sacré, est le précis de Thistoire politique el morale de la Chine depuis rempereur Yao (i367 ans avant notre ère) josqa'i l'époque des philosophes. Kboung-tseu (Copifiiaitt), en le coordonnant» lui imprima un cachet qui le distingue entre les autres livres; il présente le tableau du double développpement moral et politique de la Chine pendant une longue période.
Yaoestiepremiwet le plus célèbre des empereurs dont parieJeâtotf-iîn^y'ony esalte son honnêtetéi sa prudence, son attention à feire le bonheur du peuple; selon l'auteur, la vue de ses vertus mit la paix dans sa famille, le bon ordre parmi ses officiers, l'union dans tout le pays ; ceux qui jusquelà avaient tenu une mauvaise conduite, se corrigèrent par son exemple*
Il visitait souvent les provinces de l'empire et s*informait des besoins de tous ; quand la situation générale ne répondait pas à sa bonne volonté, il s'en prenait à lui-même, à son in* carie, à son impuissance, et redoublait de zèle pour remédier au mal.
On raconte que dans un de ses voyages un homme se présenta devant lui et s'écria : — « Prince vertueux, puissiez-vous vivre encore un grand nombre d'années. Que vos richesses aillent toujours en augmentant, que votre postérité soit des
12 lES GIVIUSATTONS PIJtflTIVËS.
plus nombreuses ! — > Qoe me souhaitez- vous là? répondit Yao : me souhaiter beaucoup d'enfants^ c'est me souhaiter beaucoup d'inquiétudes et de soucis; vouloir que mes richesses augmentent, c'est vouloir augmenter mes soins; désirer que je vive longtemps, c'est désirer que j'aie benucoup de fautes à me reprocher. ^ Non, répliqua le même. Le ciel, en créant un peuple nombreux, veut qu'il y ait des maîtres pour le gouverner; si vous avez beaucoup d'enfants vous confierez à ehacun d'eux une portion de votre autorité ; ils vous soulageront dans le gouvernement de l'empire. Quel chagrin peut-il vous en revenir? Formés par vos sages leçons, ils imiteront votre conduite. Si vos richesses augmentent, vous les distribuerez, vous ferez des heureux : qu'y a-t-il en cela qui exige de si grands soins? je n'y vois pour vous qu'une satisfaction de plus, celle de pouvoir suivre le doux penchant qui vous engage à faire du bien. Je sais que l'homme le plus parfait n'est pas exempt de défauts; mais comme le nombre des vertus l'emporte chez vous sur celui des vices, et que vous faites chaque jour de nouveaux efforts pour diminuer celui-ci, en augmentant celuilà, vous souhaiter une longue vie, c'est faire des vœux pour votre perfection. Ainsi, prince, puissiez- vous, après avoir vécu 10,000 ans, devenu esprit, monté sur un nuage blanc, vous élever jusqu'au séjour du T^ (1). »
L'authenticité de ces paroles est fort contestable, mais elles caractérisent l'esprit moral de l'historien qui les rapporte.
Yao aima son peuple comme un père aime ses enfants; il fut à son égard, disent les Chinois, comme le soleil et la lune (2). Il commença par rétablir l'étude de l'astronomiequ'on avait négligée sous les règnes précédents.
S'étant mis en quête d'un bon auxiliaire, tant pour l'aider dans le gouvernement que pour remédier aux désastres causés alors par de grandes inondations, on lui proposa plusieurs
(1) Mémoires concernant kg Chinois, t. XÏII, 377 et suîv. (i) Histoire généreUedela Chine, t. I, p. 50 ei suiv.
personnes, mais à ses yeux l'une, son propre fils, était incapable de bien gouyerner, manquait de droiture, et aimait la dispute; un autre était plein d'orgueil et de présomption: et ainsi des autres. Enfin, on découvrit un certain Yu-Chun homme d'un rang obscur, fils d'un père aveugle., Tourmenté par une marâtre et un beau- frère envieux et méchant, il avait été contraint de quitter la maison paternelle, et s'était livré à l'agriculture et à la pèche. 11 édifia tout le monde par sa sagesse. Son mérite et ses vertus étant venus à la connaissance de l'empereur, celui-ci en fit son ministre, et après quelques années d'épreuves, lui accorda ses deux filles en mariage. A cette époque, un empereur ne croyait pas déroger en préférant pour ses filles, le plus homme de bien de son empire à un étranger n'ayant d'autre titre de recommandation que celui de sa naissance.
Il s'associa aussi Chun au gouvernement et le chargea de faire observer les cinq règles traditionnelles de conduite, savoir : les devoirs des pères et des enfants, des rois et des sujets, des époux, des jeunes gens et des amis.
Il finit par se reposer entièrement sur lui des soins de TadministralioD. On rapporte qu'alors Chun fit un usage louchant de son autorité à l'égard de son père el pratiqua envers lui la doctrine du bien pour le mal. Meng-iseu dit : c C'est par sa conduite à Tégard de son père que Chun mérite le nom de grand. A force de respect et de bons procédés en échange de ses mauvais traitements, il adoucit son cœur, et, devenu empereur, il lui fit partager les honneurs qu'il recevait luimême (1), »
Chun aidé par Vu, un descendant de Hoang-li, travailla à rendre les rivières navigables et à conduire les eaux dans la mer. 11 examina les qualités différentes des terres et les fruits (u'elles portaient, afin de les frapper d'impôts proportionnels.
{\) Mémoires sur lei Chinois, t. Î'T, p. Ï94.
14 LES CIYILISATIONS PRIMITIVES,
Ces Impôts consistèrent en or, en argent, en cuivre, en pierres prédeoses, en bambous, en dents d'éléphant, en peaux d'animtux, en plumages d'oiseaux, en bois de construction. Les soies et les vernis devinrent une branche considérable d'industrie et de commerce. Enfin Gbun se rendit célèbre, dit le Choukmgf par ses instructions et par les changements qu'il opéra dans les mœurs.
Yao, dignement secondé par Chun, entreprit de grandes réformes dans l'administration. Il adoucit les châtiments infligés jusqu'alors aux coupables, et substitua la canguCi la bastonnade et l'exil à la marque d'un fer rouge sur le visage, à la castration, à la mutilation du ner ou des pieds. On put racheter certaines fautes par du métal, qui équivalait sans doute alors à une monnaie par sa valeur propre.
Cette faculté de rachat a été depuis réglementée par le code chinois, et a contribué à adoucir la peine corporelle du bambou, Infligée pour le moindre délit (1). Mais le Gode a repris les mutilations abolies par Yao.
Il faisait punir (on ne dit pas comment) ceux qui abusaient deleur force et de leur autorité, et appliquant cette maxime : c Qui n'est que juste est dur, » il recommandait l'indulgence aux juges.
Sa mort fut l'occasion d'un deuil général pendant trois ans : « Le peuple, dit le Chou^Ung, le pleura comme les enfants pleurent leurs père et mère. » Des qualités aussi onnnentes» des services aussi éclatants, le rendaient bien digne de cet hommage spontané. On compte les rois et les empereurs qui ont obtenu et surtout mérité de pareils regrets.
On à résumé l'éloge d'Yao en ces termes : c Lé bonnet impérial sur la tête, monté dans son char rouge tiré par un cheval blanc, vêtu d'un costume de cérémonie, il ne dédaignait pas
(i) Voir le Ta'tsing-leu'léej code pénal de la Chine, traduit par M. de Sainte-Croix, t vol. tn-8o.
cniNois. lË
de visiter les maisons couTerles de chaume et de se familiariseï avec les paavres de son peuple... Sa table était simple, et on n'y servait aucun mets recherché... 11 fat cependant rennemi de la musique, dont, à ses yeux, l'effet est plutôt d'amollir le cœur que de porter à la vertu (i). » Ce dernier trait n'appartient qu'à cet empereur ; les autres, et même les plus sages, ont au contraire recommandé la musique comme un moyen d'à. doucir les mœurs.
Bien qu'il eût plusieurs enfants, il n'hésita pas à leur préférer son associé Chun, qui avait rendu de grands services pendant les inondations.
A cette occasion, il réunit les grands de sa cour, et s'adressant à Chun^ il parla ainsi : « Chun, depuis trois ans, j'ai examiné avec attention vos actions et vos paroles et j*ai eu la consolation de voir que vous faisiez exécuter mes ordres avec sagesse, que vos conseils étaient pleins de prudence, que vous aviez su gagner non-seulement le cœur du peuple, mais même celui des grands, et qu'en moins de trois ans mon empire a changé de face. Je veux aujourd'hui récompenser votre vertu ; venez vous placer sur mon trône. »
Chun pria l'empereur d'en choisir un autre, mais Yao insistant, Chun accepta sans vouloir toutefois porter le titre de roi du vivant de Yao.
Chun divisa les grands en cinq classes ayant chacune sa marque distinctive. Il établit des fêtes en l'honneur de Changti et des Esprits-Célestes, savoir : les cérémonies de la joie, celles de la tristesse, de la guerre, de la civilité, de la paix et de la tranquillité. Il désigna douze gouverneurs pour les provinces et leur dit en les instituant : « Souvenez-vous qu'être gouverneur de province, c'est être père d'une nombreuse famille. Le premier objet de vos soins est de lui procurer abondamment les moyens de vivre et de faire des provisions poui
(i) Ménwires concernant les Chinois , XIII, P. Î94.
16 LES CIVILISATIONS PRIMITIVKS.
les temps de disette. Lorsque le peuple est assuré de sa su) tance» il est aisé d'obtenir qu'il remplisse ses devoirs. »
Outre les membres du tribunal des affaires célestes, ch^ d'observer le mouvement des astres, de régler le calendri^ d'enseigner la connaissance des temps, il y eut encore q^ grands préfets ou gouverneurs généraux des quatre parti ^ Tempire, chargés de surveiller les douze gouverneurs des db provinces.
Ghun désigna neuf ministres dans Tordre suivant :
V Le président des ministres;
S^ Le ministre de l'agrioulture;
3® Le ministre de l'instruction publique ;
4® Le ministre de la justice ;
5® Le ministre des travaux publics concernant principi ment la terre et l'eau -,
6^ Le ministre des travaux concernant les forêts, les étai les lacs, etc.;
7* Le ministre des cérémonies et des rites ;
8® Le ministre de la musique, chargé aussi de composer hymnes ;
d<^ Le ministre de la censure (ymyan^ rapporteur de paroi sorte de police pour connaître l'opinion publique.
Yao étant mort, Ghun monta sur le trône en 2255 ; il c voqua les gouverneurs de province pour leur donner des < seils d'une bonne administration, les engagea surtout à est! et à faire valoir les hommes de talent, à se conâer aux , vertueux et bienfaisants, à fuir les gens vicieux, etc.
11 eut pour premier ministre Yu, qui, dans la suite^ de empereur; Yu l'avait aidé à réparer les désastres causés les inondations, et le Chou^King le signale pour ses belles tions et ses sages discours.
Yu disait à Ghun : c Quand le prince et le ministre sa surmonter les difficultés de leur état, l'empire est bien vemé; les peuples se trouvent en peu de temps dans le cbc de la vertu. > Ghun lui répondit : t Mettre l'union et la
cniifotè. it
dans iom les pays, porter son atteotion sur ioiis les pe«plesr sacriier ses lumièrea ei mb Yoee à celles des auftea^ m- pas naltfàller m rebuter ceux qui sont hors d'étal de se plaindue* M pas abandonner les malheureux, foilà ks Ydrlus q«e rem« pereur Yao pratiqua. » —^ Celui qui observe la loi, reprit ¥u» en heureux ; celui qui la liole esi malheureux t c'est la nêÉM chose que l'ombro et l'écim. »
Ghun disait à son conseiller Long : «Je déteste ceux qui ont une. mauvaise langues leufs discours sôment la discorde «C nuisent aux gens de bien. Vous» Loâg, je tous nommaiKi*F(M (censeur) ; soit que vous Cransmetticfe mes ordres et mes féacH lulioiis» soit que vous wm fassiez des rapports sur ce qu*0B dit depuis le matin jusqu'au soir, u'apes eu vue que la dioilMS et la vérité.»
On voit que si Chun instlluait une sorte d'espionnagS!» ce n'était point dans la but de vensr ses aaiels^ mais afin de les TOUMner au bien et de leur leudre justice. Toutes cea maximes nous semblent des lieux communs pàx leur iaomitesâaUtt vé» rilé; cependant, pour un peuple sortant de la bai^barie eliueevant cas préeepies de la bouche dé l'empereur et jde ssèmh •istiesv c'était uu fait nouveatH aspable d*exercer uipefmnde influence sur sa moraKté.
Comment n'eftt^il pas accueilli avec reconnaissance dea> pa« rôles comme celles du sage ministre Yu : « Ne vous opposée pas anx'choess preseritJBSfiar la raison pour moharohar les louanges el les sufiragsa du peuple; mais ne voi^s oppoaexpaa aux dé^^ sifB du peuple pour •auîvre vos psopies penchants» •
El œlle^ nneore e .«.La vertu est la.base d'an bon goonn^ nement et ce gouvernement consiste dUiord à proeorertan peuple les choses néosssaires àaaanbsisUnee et ijaronssr vation.»
H disait à Kaîo-Yaos minisiieide laâusiiee: « S'il se trouva daa
voleurs, des menrtriara, des gens destiauvaises.mcsurs, te las
vous prescrit les châtiments dont vous deves user ; serve^ivonsn
en rigoureusement envers ceux qui se rendent indignes de pa»»
18 LES C1YILI8ÀTI01IS PIIIMITITES.
don, 6( toyes tlleotif à proportionner la répression m crime. Songai toujours que yous ne punissai que pour eorriger le tiœ; faites en sorte que le peuple reconnaisse votre droiture dans l'application des peines. »
Le nom de ce magistrat mérite d*élre à jamais eonserté, car le langage qu'il tenait est marqué d^un libéralisme qu*on croirait né d'hier. Voici ce qu*it disait k Tempereur : cGrftce à tous, ta honte du crime ne s'étend point aui descendants, les fite et les pelits^llls piarticipent aux bienteits de leurs ancêtres. Voos ne punisses pas les fautes involontaires; vous penches tonjows vers la démence lorsque le crime est douteux. »
Ces maximes sembleraient des additions postérieurement faites au CAon^JTtNf . Malbèaieusement, ches aucun peuple, pas même en dhine, elles n'ont reçu leur application; il faut àe»^ cendre Jusqu'à la révolution de ITSt» plus de quatre mille ans après, pour les voir inscrites dans la loi. Ainsi, de tout temps, les maximes dictées par une conscience droite et libre de pv^* gés ont fait contraste avec les mesure et institutions en vigueur.
Chun établit un surintendant de la musique, en lui reoMumandant qu'elle fût simple et naturelle, et qu'il rejetât celle qui n'inspirait que la mollesse et l'orgueil i « la mtisiquet i^^up tait-il, est l'expression des sentiments de l'Ame, et si l'Ame est élevée et généreuse, la musique qu'elle compceem ne respirera que la vertu. »
Yu, son digne ministfe^ proclamait que lé meilleur g6uver*> nementest celui qui procure au peuple tout ce qui peut le rendre heureux. Il y s six choses qu'tm lion prince doit distri* buer de manière que chacun en ait suffisamment pour ses be« soins: l'eau, le feu, lesmétaux,lebois, la ierreetlesgrains.Tsois autres dièses sont nécessaires pour rendre les hommes ver* tueux : la première, et la principale, est d'instruire les hommes dans la pratique de la vertu et l'observance des cinq devoirs de la vie dvile ; la deuxième est de les engager à s'appliquer aux arts et au commerce ; enfin la troirième est^de leur procurer des magistmts éclairés et intègres qui les gouvernent en pères^ et
tiennent la main à ce qu'il ne leur manque aucune de ces neuf choses.
Yu, qui avait coutribué à réformer les mœurs et les lois de l'empire, devenu empereur lui-même en 2205, se montra aussi grand prince qu'il avait été bon ministre. Il parcourait sottvent les provinces pour voir lui-même si elles étaient bien gouvernées. Chemin faisant^ s'il rencontrait un criminel qu'on conduisait en prison, il descendait de son char, s'approchait de Tescorte, s'informait de la gravité du crime, adressait une douce réprimande au coupable et le faisait mettre en liberté.
Ce genre de miséricorde» qu'on a souvent relevé avec éloge est loin d'être équitable, puisqu'il dépend du hasard d'une ren* contre; il ne vaut pas mieux, au point de vue de la justice, que la grâce qu'on demande aux rois et qui est accordée en retour d'une flatterie, c'est-à-dire d'une bassesse.
Quand Yu disait: c Soyez pur, soyez simple, et tenez toujours un juste milieu, » on reconnaît la touche de Khoung-tseu, car tout en respectant le texte qu'il avait sous les yeux, on peut admettre, sans faire tort à son impartialité, que, pour l'édifioition du lecteur, il ait développé les réflexions morales qu'il rencontrait sous sa main.
« Que de précautions, disait-il encore, n'a pas à garder celui qui occupe le trône ! 11 faut avoir soin de conserver l'amour de la vertu et de s'améliorer soi-même* »
Les subtilités se produisent déjà dans l'énumération des vertus et des devoirs, c'est le côté faibledes moralistes ; ils ont sou* vent voulu déterminer le nombre ou arrêter la définition des vertus et des vices sans se préoccuper des nuances. Ainsi^ la CkourKing fait dire à Kao-yao : « Dans les actions il y a neuf vertus; celui-là est homme de bien qui sait unir la retenue avec l'indulgence, la fermeté avec l'honnêteté, la gravité avec la franchise, la déférence avec de grands talents, la constance avec la complaisance, la modération avec le discernement, l'esprit avec la docilité, et le pouvoir avec l'équité. Celui-là est à juste titre appelésK:c;<j qui pratique constamment ces neuf veA
^20 LES CIYIUSATIONS PHIMITIVëS.
lus. » Nous avons déjà vu et nous verrons encore plus loin que le nombre neuf était sacramentel en Chine.
Yo comprenait fort bien aussi la part de res^^onsabilité de ses minisires et agents dans l'action gouvernementale et dans sa propre conduite, car il disait à ses ministres : c Si je fais des fautes, vous devez m'en avertir; vous seriez blâmables si vous m'applaudissiez en fuce, et me blâmiez en arrière. Et sur ce sujet il composa une chanson où se trouvait cette sentence: • Quand les ministres remplissent leurs devoirs, le souverain s'élève à un haut degré de splendeur ; tous les fonctionnaires contribuent avec joie au bien général. »
Il fonda des écoles dont les élèves devaient sabir un examen ; mais il recommandait aux examinateurs d'avoir plus d'égard à la vertu qu'à la science.
Il établit deux différentes sortes d'hôpitaux où les vieillards infirmes pussent passer leurs derniers jours : l'un pour ceux qui avaient servi Tétat, l'autre pour les artisans vieillis dans le travail. Gbun aimait à visiter ces vieillards, à les interroger sur les choses passées, à les consulter sur le présent.
Pendant unede ses tournées danslesprovincesonlui présenta une boisson nouvelle tirée du riz ; Yu en but et la trouva bonne, mais s'a percevant qu'elle enivrait,-il fit exiler son inventeur.
Yu s'associa Pé-y, l'homme en qui il avait le plus de confiance, et le désigna pour son successeur, mais cet homme intègre abandonna la couronne en faveur deTi-Ki, fils de Yu ; la grande vénération des chinois pour Yu leur fit oublier le mode salutaire de l'élection, et dès lors l'empire devint héréditaire. Telle fut l'origine de la première dynastie, celle de Hia, nom de la principauté dont Yu avait confié le gouvernement à son fils. L'inconvénient du nouveau système ne tarda pas à se produire. Le fils de Ti-ki , Ta!-kang, qui lui succéda en 2,188, fut indigne de ses prédécesseurs , et le thau-King le représente comme un mannequin assis sur le trône, à qui l'amour des plaisirs fit abandonner le chemin de la vertu.
te peuple, habitué depuis longtemps à être bien gouverné,
s'impatienta bientôt de ce joug honteux et profita d*un jour où ce prince était allé à la chasse et tardait à revenir, pour se soulever, lui fermer les portes et couronner son frère Tchoung Kang, en 2159 avant notre ère. Les chinois nous donneront plus d'un exemple de leurs moyens expédilifs pour s'a ffranchir d'un mauvais gouvernement.
On attribue aux autres frères de cet empereur une élégie où l'on remarque ces réflexions , qui semblent à la fois des reproches et des conseils à l'adresse de Tchoung-kang :
€ Ayez delà tendresse pour le peaple, ne le méprisez pas; Il est le fondement de l*Ëtat. Si ce fondement 'est ferme, l'empfre est paisible. Si un homme tombe souvent dans des fiiutes, attendra-t-il que les plaintes soient publiques pour se corriger? Avant tout il iknt être sur ses gardes. Quand je suis chargé du peuple, je crains autant que si je voyais des rênes pourries employées pour diriger six chevaux fougueux. Celui qui commande aux autres ne doit-il pas toujours craindre? — Uamour excessif des femmes et des grandes chasses, la trop forte passion pour les boissons fermentées, pour la musique déshonnêle, pour les palais élevés et pour les mu» railtès ornées de peintures sont six défauts dont un seul nous perd. »
Sous Tchoung-kang parut une éclipse do soleil au sujet de hiquelle ce prince fit mourir les astronomes Hi et Ho, qui au lieu d'observer le cours des 'astres pour annoncer cette éclipse, s'étaient livrés à l'ivrognerie. Or, les éclipses de soleil ont toujrnirs été regardées en Chine comme de mauvais présages et mmme des avis donnés à l'empereur pour examiner ses fau* tPA. Cette éclipse n'ayant pas été prévue, causa de grands désordres dans les cérémonies consacrées à cette occasion ; Hi et Ho furent condamnés à mort autant pour cette négligence que pour leur ivro^erie, et aussi, ajoute-t-on, pour des tentatives de soulèvements qu'ils avaient provoqués comme princes vassaux.
A partir de la première dynastie, commencenf des luttes en-
22 LES CITILI8ATI0NS PRIMITIVES.
tre les grands vassaux, princes qui se partageaient le gouvernement du territoire; et la fin de cette dynastie est signalée par les règnes de rois débauchés. Les philosophes disent, à ce sujet, que le destin donne Tompire à certaines races pour le bonheur des peuples et les fait ensuite descendre du trône, dès qu'elles ne peuvent plus l'occuper dignement, ou cersent de concourir à l'exécution des desseins providentiels (1). Et, en effet, les chinois ont toujours pensé, d'après cet enseignement, que les empereurs remplissant une mission du ciel, ils devaient être détrônés le jour où ils y manquaient.
Ainsi la conduite dépravée de l'empereur Li-koué, ayant soulevé la population, un prince feudataire , Tching^thang, se ligua avee d'autres, afin de le renverser. Pour appuyer son entreprise, il disait h ses troupes: « Le dernier roi de la dynastie de Ma a épuisé les sueurs du peuple et ruiné sa ville: necraU gnes pas de mettre votre confiance en- moi ; je ne mangerai pas ma parole (c'est-à-dire j^y serai fidèle). » Et il ajouta malheureusement : « Si vous ne suivez pas mes ordres, je vous ferai mourir vous et vos enfantt. > Toilà une mauvaise conclusion pour un SI bel exorde. ^
Tching-thang, devenu empereur (en 1766 avant notre cro), commença une nouvelle dynastie, celle de Chang ; il se montra digne des anciens empereurs. Khoucg-tseu en parle avec éloge. Ce prince fit graver sur tous ses vases les plus belles maximes de la morale, usage qui s'est perpétué; les Chinois ont multiplié ces inscriptions partout et surtout, mais y ont peu mod^ leur conduite. Entre autres maximes, on lisait sur la baignr de ee prince: € Pour te perfectionner, renouvelle-toi chac jour. » C'est la doctrine du progrès individuel.
Sa réptitation de sagesse s'étendit si loin, d it-on, que les q' raniê royownet avaient pour lui la plus grande vénérali Cette tradition prouve qu'alors la Chine était morcelée en p rante petites souverainetés féodales.
(t) Mémoires concemasU les CMtwiSf t. Il, p. 14.
GHUfOIS. 25
Une sécheresse et ane famine étant sarvenues, Tching-thaiig s'en déclara devant le ciel le seul coupable et méritant d'en èlie seul la victime. Il coupa ses cheveux et ses ongles (les Chi« nois ont toujours tenu beaucoup à leurs ongles)» se couvrit de plomesd'oiseaux et de poils de quadrupèdes en signe d'humilité, monta sur son char» se fit conduire au pied d'une montagne» se prosterna la face contre terre et s'accusa publiquement 'd'avoir négligé l'instruction du peuple^ d'avoir fait bâtir des palab superbes et inutiles, d'avoir en trop d'amour pour les femmes, d'avoir été gourmand et enclin à écouter les flatteurs.
La tradition rapporte qu'après cette confession publique» le ciel se couvrit et une pluie abondante vint rendre à la terre sa fertilité (1). Elle devait nécessairement ajouter cette circonstance afin de corroborer le fait, et le 'donner en exemple aux onperetirs foturs.
Cet empereur aimait à recevoir des conseils et en demandait souvent à son ministre Tchong-Hoe! ; mais celui-ci lui répondait par des éloges: « Roi, vous n'aimez ni les femmes ni la musique déshonnéte, vous n'enlevé? pas le bien d'autrui , vous placez ceux qui ont de la vertu dans les premières charges; vous récompensez ceux qui ont rendu de grands services ; vous traitez les autres comme vous-même. Si vous commettez des feu^ tes, vous savez vous en corriger, vous êtes indulgent, misérî. cofdieux et pldn de bonne foi... » Si ce prince faisait tout cela, il devait plutôt donner des conseils qu'en recevoir.
Le grand principe de la morale chinoise, le juste-milieu, se produit ici, et le même ministre disait au prince: « Soyez pour le peuple un modèle de juste milieu» et traitez les affaires selon lajustfce. » Il ajoutait: c Qui sait se trouver un maître est di goe de régner ; qui ne le sait pas ne peut réussir. »
Son petit-fils et successeur Ta!-kia (1753), avait un sage ministre, Y-Yn, qui eut beaucoup de peine à ramener son jeune prince dans le bon chemin. Yoyant que ses paroles étaient im-
(I) Mémoir$$€Ofie$rnmUleê Chinois, t. Xm,p. U.
24 LES GIYILISATIONS PRIMITITU.
puissantes» il composa un lÎTre rempli de sages et douces remontrances. Le roiy touché enfin de tant de zèle, lui dit : « Jusqu'ici je n'ai fait aucun cas de vos instructions» aussi ai -je mal commencé, mais je veux bien finir. » Y-Tn prit sa tête dans ses mains et s'inclina jusqu'à terre : « Un prince intelligent, dit-il» travaille à se perfectionner soi-même, et son vrai talent est de savoir s'accommoder à l'esprit et aux inclinations de ceux qui lui sont soumis; le roi précédent traitait les pauvres et les malheureux comme ses propres enfants, aussi le peuple lui obéissait-il avec joie... La paix règne où règne la ?ertu; sans la vertu, tout est dans le trouble et la confusion... Le bonheur ou le malheur ne scmt point attachés à la personne des hommes; mais le bien ou le mal que le ciel envoie dépendent de leui^ vertus ou de leurs vices. • •
Ainsi ce ministre, ou plutôt l'auteur du Chou-^King, n'admet point la fatalité d'une prédestination au bien ou au mal ; la ré* compense ou le châtiment dépend de la libre conduite de l'homme, quoique, selon lui, l'une et Taûtre descendent du ciel. Cette sage doctrine ne prévalut pas toujours, comme nous le verronSf parmi les philosophes chinois.
Ta!-wou, en 1637 avant J.-Ch., suivant les tableaux chronologiques chinois, se conforma au régime administratif des anciens rois et assura la subsisunce des vieillards ; mais aucun fait xemarquable, aucune maxime n'est citée depuis ce prince jusqu'à l'avènement de la dynastie de Yu. Pendant 300 ans , te pouvoir devient un but de convoitise pour tous les membres plus ou moins éloignés de la famille Impériale ; des guerres se succèdent et ruinent le pays;
Pan-keng (en 1405) donne à la dynastie Chang le nom de m. Il se distingue par une sagesse et une habileté qui justifient la confiance du peuple. On cite de lui de bonnes paroles adressées à ses ministres : < C'est par le choix et après un examan attentif que je vous indique ce que vous devez faire; pensez soigneusement à mes peuples. Je ne me servirai jamais de ceux qui cherchent à s'enrichir... Au lieu de vous occuper à rassembler des
richesses et des choses rares, ne pensez qu*à acquérir le mérite (le procurer au peuple un repos et une tranquillité durables. Faites-lui connaître le chemin de la vertu et joignez à une gran« deexactitude la droiture et la simplicité de cœur. »
Mais la dynastie des Yn n'offrait généralement que des princes Yîcieuxy débauchés et cruels, à Texception de son fondateur et de Wou-tiog (en 1324). Celui-ci ne trouvant pas dans sa cour un seul homme digne de seconder ses bonnes intentions, fil choix d'un pauvre artisan, Fou-yue, renommé pour sa sagesse et se l'attacha comme conseiller et ministre. Il est à croire que ce paysan avait l'esprit assez cultivé pour être apte aux affaires publiques, car le bon sens ne suffit pas pour gouverner et il fallait bien que l'Empereur lui reconnût cette supériorité puisqu'il lui disait: • RegarJe-moi comme un miroir peu poli que tu dois façonner, ou comme un homme faible et chancelantsur le bord d'un précipice que tu dois guider, ou comme une terre sèche que tu dois cultiver. Ne me flatte point, ne m'é* pargne point sur mes défauts, »
Vue, en effet, n'épargna pas les bons avis :
« Pensez au bien avant d*agir, lui disait-il, mais sacbez choisir le temps pour le faire. Croire qu'on a assez de vertu, c'est perdre sa propre vertu, et se vanter de ses bonnes actions, c'est en perdre le mérite... Il a*est pas difficile de connatire le bien, mais il Test de le pratiquer... si tous apportez une attention perpétuelle à vos actions, vous Tiendrez à bout de vous perfectionner, et si vous le voulez sincèrement, vous posséderez Tart de gooferner. Instruire les autres est la moitié de la doctrine. Celui qui donne des préceptes aux autres s'instmit lui-même sans s'en aperceyoir. »
On croirait f^n tendreun stoïcien ; c'est que pour les idées morale la communication entre les philosophes des différents pajrs et des différents siècles n'est point nécessaire; tous les hommes é^lnirés qui méditent sur le bien et le maj se rencontrent même dans l'expression.
Les princes suivants ne se ressemblèrent que par leurs vices, et le Chou-Mmg les signale seulement pour flétrir leur mémoire*
26 LES CIVILISATIONS PAUHTiVfiS.
L'an d'eux, Lia-sin (en 1825), piéférant la débauche aux soins du gouYernement abandonna eeux-ci aux ministres a%ec défense expresse de lui en parler. Le dernier roi de la dynastie de Chang ou Yn, Gheou-sin, se livra également aux plus grands excès. II se laissa dominer par une jeune fille, Ta^ki, la phis belle el aussi >a plus méchante fennne de t'empire ; elle fit ié« gner la terreur et inventa un nouveau supplice. Un desminisK très de ce roi avait offert à cehii-d sa propre fille, aussi sagB que belle; mais cette jeune fille opposa une vertueuse résistance aux brutalités du roi qui, dans sa fureur, la tua lui-même et ayant coupé son corps en morceaux , la fie servir à la table de son père. Un autre mtnistve, indigné de cette barbarie, ayant essayé quelques reproches 9 fut massacré à son tous. Voilà des scènes de cannibales comme maltieuceusement l'hisioiffe de l'Orient nous en présente quelques exemples.
Ta-Ki fit construire une tour en marbre appelée Lou-Tai (tour des cerfs) , qui coûta dix ans de travail et fut enrichie d'ornements et de choses précieuses. Elle s'y enferma avec des jeunes gens de l'un et l'autre -sexe et s'y livra à toutes sortes de débauches. Le désordre étant devenu général), Wou-wang (le roi guerrier) , prince de Tchêou , leva une armée pour dé* trôner Cheou-sin. Ayant réuni une grande assemblée de princes voisins, il leur dit: t Le ciel et la terre sentie père et la mère de toutes choses. L'homme est le seul être inteUîgent, mais un roi doit l'emporter par sa droiture et son [discernement pour être le père et la mère du peuple. Aujourd'hui , le roi de la dynastie de Chang n'a aucun respect pour le ciel : il opprime et vexe le peuple. Il est livré au vice et à la débauche, et se platt à exercer des cruautés inouïes; lorsqu'il punit, la punition s'étend sur toute la famille; a'il donne des dignités, il les rend héréditaires. »
Ces deux injustices, la punition et la récompense héréditaires, ont été signalées et flétries, comme on le voit, depuis des siè clés, et cependant elles n'ont pas encore disparu des sociétés humaines. Mais de tout temps, en Chine, les fonctions admi*
cHinois. 37
Distratives ayant été dévolues au mérite par les grades obtenus dans les concours» ont exclu le privilège. Aussi Chéou est-il bl&mé particulièrement à cause de la violation de cette règle fondamentale.
11 reproche encore à Chéou-sin les dépendes excessives en maisons, en tours» en pavillons, en lacs, au moyen d'impôts sans nombre. Sa cruauté passait toutes les bornes. Il faisait» dit^il, mettre en broche, rôtir les gens de bien, et ouvrir le ventre des femmes enceintes.
Comprenant que de pareils souverains sont peu faits pour inspirer au peuple le respect et l'obéissance, Wou^wang cherche à lui persuader que la royauté est un auxiliaire du ciel. € Le ciel, dit-il, pour aider et assister les peuples, leur a donné des instituteurs ou chefs habiles; ce sont les milû^tres de l'Etre suprême {Chang'ti)^ chargés de gouverner TEmpire avec douceur, de punir les coupables^ et de récompenser les bons. »
Les princes et les ministres qui ont rempli celte mission furent très- rares ; aussi le sort des peuples a til toujours été livré au hasard des bons ou des mauvais; or, le nombre des mauvais l'ayant emporté de beaucoup, on s'explique pourquoi le^ peuples en sont encore à la recherche d'institutions véritablement protectrices de leurs droits.
Voici, dans la bouche de Wou-¥rang, une sentence marquée au coin de la plus haute équité : • lorsque] les forces sont égales, il faut avoir égard au talent; lorsque les talents sont égaux, il faut avoir égard à la droiture du cœur. »
Mais Wou-wang comprenant bien que pour renverser la tyrannie, les beaux discours ne suffisent pas, se mit à la tête des révoltés.
Après une grande et décisive bataille, Chéou-sin vaincu se retira dans la Tour des Cerfs, s'y enferma avec toutes ses richesses, y fil mettre le feu et moarut comme Sardanapale. Ttki eut la tôte tranchée par ordre du vainqueur, mort très-douce pour une femme qui avait raffiné les supplices.
Wou-viang, après avoir battu Chéou-sin, ne voulut pas entrer
28 LSS CITIL15ATI0NS PRIMITITIS.
dans la Tille abandonnée avant que les habitants n'y fussent rentrés eux-mêmes; il entra enfin précédé d'une escorte. Son frère s'avança le premier, et le peuple demandait : n'est-ce pas là le nouveau roi?— *Non. dit un ancien ministre, il a l'air trop fier; le sagea unsrir modeste et paraît cra'>dre dans toutcequ'il entreprend. » Le premier ministre de ^ouwang se présente: Est-ce lui ? dit le peuple effrayé de son air superbe. — • Non, répond le même, il se laisse trop emporter par son caractère bouillant , le sage sait s'avancer et se retirer à propos, i» Wou* Wang parait avec une attitude modeste, grave et affable au milieu de ses officiers, c Le voici sans doute, s'écria le peuple. » — « Oui, quand le sage veut faire la guerre au vice et rétablir la vertu , il est tellement maître de ses passions, que jamais il ne manifeste aucun mouvement de colère contre le vice ni de joie à la vue de la vertu. »
Wou-wang monta sur le trône en 1122 et fonda une nouvelle dynastie. Ki-tseu fut son conseiller intime, et le Chou* King lui prête plusieurs discours empreints d'ane grande sagesse. Il disait, par exemple, que le peuple imitantles princes et leurs agents, ceux-ci étaient responsables de sa conduite, et que si les fonctionnaires n'étaient pas équitables, le peuple se livrerait au désordre. Puis, s'exprimant d'une manière symbolique, il ajoutait :
<r Voici les bonnes apparences : quand la vertu règne, la plpie vient à propos, quand on goarerne bien, le temps paraît serein. Une chaleur qui vient en son temps désigne la prudence. Quand on rend an jugement équitable, le froid vient à propos ; la perfection, c'est le vent qui souffle selon la saison. Voici les mauvaises apparences : quand le vice règne, il pleut sans cesse. Si on se comporte légèrement et en étourdi, le temps est trop sec. La chaleur est continuelle, si Ton est négligent et paresseux ; de même le froid ne cesse point si on est trop prompt, et les vents soufQent toujours si Ton s'aveugle sur soi-même.»
Ces rapprochements ne sont pas tous fort judicieux, mais ils démontrent la tendance des esprits orienUiux, en général, à
CUIMOIS. 29
chercher ilans les [phénomènes de la nature des objeis de comparaison avec les mouvements de l'âme.
Puis viennent .des divisions subtiles comme nous en avons vues plus haut. Ainsi, la catégorie des cinq bonheurs comprend: loune longue vie, 2® la richesse,3ola tranquillité d'esprit9 4*ramour de la vertu, So une mort heureuse après avoir accompli sa destinée. La catégorie des six malheurs comprend, l» une vie courte et vicieuse, i"" la maladie, 3* l'affliction, 4* la pauvreté, 5^ la cruauté, 6<» la faiblesse et l'oppression.
11 énumère encore les cinq occupations, les huit principes de gouvernement, les trois vertus^ savoir : i® la droiture; 2^ l'exactitude et la sévérité; Z^ l'indulgence et la douceur, elc.
Wou-wang eut l'imprudence do rétablir des souverainetés vassales qui bientôt voulurent se rendre indépendantes, causes perpétuelles de guerres dont l'empire fut troublé.
Des envoyés du pays de Lou lui ayant apporté un grand chien en présent, son premier mifiistre lui-dit:
« Préférer ce qui est utile à ce qui ne l'est pas est méritoire. Le peuple trouve ce qui lui est nécessaire quand on ne recherche pas les choses rares, et quand on ue «néprise pas les choses utiles : un chien, un cheval soot des animaux étrangers à votre pays (1), il n'en faut pas nourrir ; de même n'élevez pas chez vous de beaux oiseaux, ni des animaux extraordinaires. »
Wou-wang mouruten 1146 après un règne dignement rem pli.