BITE DU CHOU-KING
Le fik de "Woa^vang, Tching-^l^ang, mi signalé par le chou» King pour sa sagesse précoce ; jeune encore, il n'osa se fier à son inexpérience et s'en rapporta à ses ministres, ei surtout à son oncle Tcheou-koung, qui fut régent pendant sa minorité.
Des instructions lui furent données sur les devoirs du prince enTersses sujets et sur les vertus nécessaires pour bien gouverner. On lui recommandait de punir sévèrement une faute légère volontairement commise t et de pardonner, au contraire, une faute importante commise sans dessein prémédité.
L'amour filial y est placé en têtede toutes les vertus ; l'amour fratem^ y est également préconisé, mais son exercice étant subordonné à l'ordre de primogéniture entre cadets et atnés^ il en résulte une position inégale entre eux. Le Gftou-Jirmy, tout en recommandant aux aînés de prot^èr leurs cadets^ n'en consacra pas moins un injuste privilège.
De plus sages maximes concernent raccord qui doit régner entra les princes, les grands et le peuple. C'est pour le peuple, est-il dit, qu'il y a un roi , des chefs et des princes vassaux ; ceux-ci ne doivent pas le maltraiter ni lui faire tort ; ils doivent protégé le pauvre, les orphelins, les veuves et les jeunes filles sans appui.
Voili de forts bons conseils, ils n'ont jamais manqué aux prinœs depuis l'auteur du dum^Ktng jusqu'à Fénélon; mais ils n'ont jamais eu de sanction obligatoire.
Tcheoû-koung disait ft son neveu .
« Jeone prince, vous aurez peut-être des vices et des passions qui voos empêcheront d*ètre juste ; prenez garde qu'ils ne soient comme le fea qui se communique. Dans le commencement, c'est peu de chose ; mais par degrés se forme une flanune qu'on ne peut plus étebidre.»
U rengageait aussi à ne point céder à Tamour du plaisir, et à se préoccuper du sort des trayailleurs; s'appuyant dans tous ses conseils de Texemple des anciens :
« rai appris, dit-il, que les anciens s'avertissaient mutaellement des fautes qu'il fallait éviter ; ils s'instruisaient, se communiquaient leurs pensées; si vous ne suivez pas mes conseils, vos vices seront imités; on changera les sages lois portées par les anciens rois contre les crimes ; tout sera dans la confusion ; le peuple mécontent commencera et finira par vous maudire et par invoquer les esprits contre vous. »
Ces paroles sont la meilleure critique du gouvernement patriarcal, où tout dépend des exemples que donne le chef*
Cependant il est fort douteux qu'un jeune prince, si débonnaire qu'il fût, ait écouté de pareils avertissements sans sourcill er
L'auteur du Chou-King a fait pour les anciens rois et ministres ce que plus tard a faitTite-Live, il a prêté 1 ses personnages historiques de magnifiques discours auxquels il n'aurait manqué que des sténographes pour les recueillir. Tite-Live a conformé les harangues qu'il rapporte au caractère et à l'esprit traditionnel de ses personnages ; mais l'auteur ou le coordon* tuteur du Chou-King a conformé les maximes qu'il a mises dans la bouche des souverains et des ministres de différentes époques à une morale traditionnelle dont on ne s'est jamais départi en Chine.
Bien que les Chinois aient su combattre avec courage, en maintes occasions, ils ont toujours été naturellement peu enclins à la guerre; le Chau-King rapporte plus d'une parole qui exprime ce caractère pacifique, comme celle du roi Tcbingwang:
« La manière de faire le bien n'est pas toiyours la même, dit-il, mais tout ce qui contribue à conserver la paix tend à la même fin ; la manière de foire le mal n'ent pas toujours la même, mais tout ce
qui tend à mettre le troable produit le même effet Suirez teu-
jours la droite raison qui réside dans un juste milieu en toutes choses. •
C'est le systèine du iiaiu que, en vertu duquel il vaut mieux 8*en tenir aux anciens usages que de s'exposer aux troubles qui , pourraient naître de leur changement; et ce même roi dit encore: < Sous prétexte que vous vous croyez plus expérimentés que lesandenSy ne changez pas les vieilles coutumes, ce serait du désordre* • Ces paroles expliquent pourquoi la civilisation chinoise est aujourd'hui, à peu de chose pràs, ce qu'elle était il y a 3,000 ans.
Ce mflmé roi disait aux fonctiomiaires publics: < Dans les grands postes Sôyes toujours sur vos gardes ; celui qui ne craint lien est surpris par le danger. »
L*iadidgenoe et la mansuétude sont le plus beau côté de ce système ; on ne saurait être bien sévère quand on est prudent }«M4Q'à1a posilltnimilé:
c Siqrefe indulgent , dit le même, mais fttites observer la loi ; saches temporiser à propos... N'ayez point d'aversion pour les esprits bornés, et n'exigez pas qu'un homme soit parlait en tout... Oa gagne à être patient, et savoir supporter les défauts des autres est une grande vertu, a
Tching*wang reconnaît aussi combien l'exemple des gouvernants peut influer sur la conduite des gouvernés : « Les peuples sont naturellement bons, dit-il, mais leur penciiant pour le plaisir, les fait changer ; alors ils violent les ordres de leurs supérieurs pour suivre leurs propres passions. Observez et publiez fidèlement les lois ; soyez fermes et constants dans la vertu ; vos inférieurs, touchés de vos instructions, se corrigeront et parviendront à une solide vertu. »
Tching-Wang, sentant sa fin prochaine, convoqua ses ministres et SCS vassaux, leur donna ses derniers avis, et les pria de veiller sur son filsTdiaOf qui devait lui succéder. < Qu'il traite
CHINOIS, 4i
bien ceux qui viennent Je loin, dit-il, qu'il instruise ceux qui sont auprès de lui et entretienne la paix dans tous les royaumes grands et petits. C'est par l'autorité et le bon exemple qu'il faut gouYemer les inférieurs ; vous ne sauriez être assez attentifs à faire en sorte que dès le commencement Tchao ne donne dans aucun vice. »
Il mourut en 1067. Après une régence de quelques années. Tchao prit les rênes du gouvernement sous le nom de Kangvvang. 11 rassembla les premiers vassaux et leur dit:
c Les rois mes prédéceisears pensaient plus à récompenser qu'à punir; leur libéralifé s'étendait partout; leur gouvernement était nns défliut et fondé sv la droiture... ¥otre eorps est éloigné de la eoar, mais votre cour doit j être ; partages avec moi le travail et les inquiétudes, rempUsses tous les devoirs de soyets vasMUx. »
11 disait à son premier ministre:
« Gelai qui gouverne doit s'attadier à ee qui dure >tonJoan. — Celui qui parle doit s'attacher à ne dire que ce qui est nécessaire et en peu de mois. »
Bien que nous n'en soyons encore qu'au onzième siècle avant notre ère^ l'antiquité est sans cesse invoquée comme seul modèle à suivre : « Si dans les instructions qu'on donne aux autres, dit le même, on ne cherche pas les exemples et les préceptes dans l'antiquité, que peut- on leur enseigner? »
Voici une autre pensée attribuée au môme roi, qu'on dirait tirée des livres de Khoung*tseu. « La vertu règne rarement parmi les gens rich<» et parmi ceux qui sont d'anciennes maisons; l'orgueil leur impose de la haine et du mépris pour les gens vertueux et ils les maltraitent : c'est détruire la loi du del que de ne pas se sou'^rer de garder les règles de la modération , de ne penser à vivre que dans le luxe et la mollesse. »
Son fils, Tchao-wang, lui succéda en 105); mais son amour pour la chasse le détourna de ses devoirs. Le peuple, dont ses meutes ravageaient les duunps^ murmura, et des oonspiratevrs
42 LBS CnriLISATIONS PRIMITIVES.
profitèrent d'un jour où il était dans une barque pour le faire chavirer et noyer avec quelques grands de sa suite.
Mou-vrang, son fils, lui succéda en 1001. Ce roi paraît avoir aimé les magnificences et le luxe ; cependant, le Chou-King le représente comme rempli de crainte sur lui-môme. Il aurait dit à un de ses officiers : « Je me trouve dans la môme inquiétude et dans le même danger que si mes pieds étaient posés sur la qoeue d'un tigre ou si je marchais sur la glace du printemps... Au milieu de la nuit je me lève et je pense à éviter de commettre des fautes... Mon caractère est porté au mai, mais ma ressource est dans les ministres qui sont auprès de moi, et doivent suppléer, par leur prudence et par leur expérience, à ce qui me manque ; c'est à eux de me redresser dans mes égarements, de corriger mon obstination, de changer ce que j'ai de mauvais ; par là, je pourrai me mettre en état de suivre les grands exemples de mes prédécesseurs..: Les vertus et les défauts des rois dépendent des grands et des fonctionnaires publics. »
"Cette observation n*est point toujours fondée en réalité ; les rois choisissant d'ordinaire leurs agents parmi ceux dont le caractère, le goût, les passions s'accordent le mieux avec leurs penchants, sont exposés à avoir autour d'eux plutôt des flat* teurs que des conseillers.
Mou-veang est un des rois qui régnèrent le plus longtemps; l'aménité de son caractère, la douceur de son gouvernement, non-seulement lui assurèrent la fidélité de ses agents, l'attachement du peuple, mais encore ôtèrent toute espérance de succès aux ambitieux.
A l'âge de cent ans il dictait encore de sages mesures et recommandait, entre autres, une équitable application des châtiments. S'appnyant sur l'antiquité, il disait : cOn gardai talors le juste milieu dans la punition ; les magistrats ne faisaient acception de personne... Un juge imite la vertu du ciel en exerçant le droit de vie et de mort... » S'adressant aux mngistrafs, il leur dit : « Vous qui êtes préposés pour faire exécuter les lois
pénales» n'ètes-vous pas i la place du ciel pour être les pasteurs du peuple T.. . Parmi les fautes qu'on commet il faut examiner celles qui sont faites de dessein prémédité et celles qui ne le sont pas. »
Puis Tiennent des catégories de supplices et de rachats qui ont été introduites dans la loi : « S'il y a quelques doutes sur l'application des supplices, dit-il, il faut avoir recours aux cinq sortes de rachats ; si l'on doute que l'accusé soit dans le cas de rachat» alors on juge selon le cas des cinq sortes de fautes ou inyolontaires ou presque inétitables. Ces cinq fautes sont: 1* parce qu'on craint un homme en place; i^ parce qu'on veut ou se venger ou reconnaître un bienfait; 3<> parce qu'on est pressé par des discours de femmes; 4o parce qu'on aime l'argent ; 5* parce qu'on a écouté de fortes recommandations. »
Il y a beaucoup d'indulgence a trouver ees fautes involontaires ou presque inévitables ; elles accusent des faiblesses aux-> quelles la volonté n'est pas étrangère* et qui peuvent entraîner de véritables délits.
L'auteur apprécie sagement la gravité des fautes selon les motib et les circonstances, distinction déjà signalée plus haut^ € 11 y a des cas sujets à de grandes punitions; mais si la cause ou les motifs rendent ces cas légers, il faut punir légèrement. Au contraire, il y a des cas sujets à des punitions légères, mais que la cause ou le motif rend graves : alors il faut employer de grandes punitions* Dans les discussions de deux parties, un juste et droit milieu pris à propos est le plus capable de terminer les différends. Dans les procès, n'ayez pas en vue votre intérêt particulier ; les richesses ainsi acquises ne sont point un trésor, mais elles causent des crimesquiattirentdes malheurs.»
A partir de Hou-wang, la Chine commence une ère de décadence qui se poursuivra jusi|irà Tépoque des philosophes.
Un de ses successeurs, Li-vrang (en 873 avant Jésus-Christ), contraste bien tristement avec lui , cruel, avide et prodigue, il défendait sous peine de mort qu'on se parl&t à l'oreille; il soupçonnait avec raison qu'<m pirbitt contre loi. Maia s'il pouvait
44 LES CinLISATIONS PRIMIIIVES.
interdire la parole à haute voix, il ne pouvait empêdier les Yen eattriques de circuler, et le ChûKmg, livre deBYers, 3* livre sa- Gré des Chinois, contient des Imprécations lyriquee contre Ii«wang, mêlées à d'autres chants nationaux recueillis deiMiislo dix-hvitième jusqu'au septième siècle avant notre ère. Dans une élégie de ce recueil, on lit des passages qui peuvent s'appliquer ft ce règne t « Un prince juste et bienveillant est Tespérance da peuple et attire à lui tous les vœux..: un prinee Injuste et cruel, ne se fiant qu'à ses vaines lomières, trouble le repos de TEtat et s'aliène le cœur du peqple^.. »
Faisant alknion au silence inspoeé à la plaintOi le poète dit s c Si nous ne parlons pas, nous ne pouvons remédier à rien ; mais il y a trop de danger i parler... Us predàment leur bonne foi et leur sincérité, et ils sont pleins de dol et de fourberie ; ils ne cessent de tendre dse pièges a« peuple, a Or, la tyrannie corrompt le peuple en l'abrutissant ; elle le ponne à Tnnique satisfaction de ses besoins physiques pour le distraire de la ser* vitude. « Le peuple, ajoute-t-îl, se livre à toutes sortes d'excès et son état empire chaque jour... On blâme mes paroles accnsatrioes et tu voudrais les étouffer; mais d'autres t'ont defà chanté et maudit (1). »
Malgré toutes les précautions de Li->vrang, et de ses sicatres, le peuple finit par se révolter, et ainsi qu'il arrive souvent, les innocents subirent le châtiment dû au conpable. Tous les mem^ bres de la £aimi1le royale, au nombre de trois esnts, furent mas« sacrés, tandis que Li-wang et un de ses fils parvinrent à s'échapr per ; le tyran mourut «n exil^ mais son fils fut rappelé (en 8t7).
Ce prince ne régna pas longtemps, et eut pour successeur Yeou-wang, homme adonné an plaisir, et qui augmenta les impôts pour satisfaire aux prodigalités d'une jeune fille dont il s'était épris.
Le Chi-King contient aussi des satires contre ce prince :
(i) M'ëmtt lso«Yê, th. h ooL 1^
« Ta l'emparei des diamp» d'aatnii, ô roi , to eharges de crimee les innoceiittf et ta les iettes dans les fers, tandis que ta reiiToies les criminels impunis.» •• Une femme babillarde cansera ta raine..... AAenn conseil, ancan écrit n'est pris en considération : aussi longtemps qae cette femme régnera^ les eanuqnes seront en fayear à la
Le dernier prince dont le Chau-King ait consenré le souTcnir et signalé la sagesse^ est un prince de Trin (septième siècle avant Jésus-Christ), auquel il prête ces maximes:
c II n'est pas dif^cHe de reprendre dans les autres ce qu'fis ont demaimda; mais foceroirlsiiis avis et leum réprimandes tuns les laisser couler comme l'eau, Toilà qui est difficile... Quoique ia fired et la Tiguenr manquent aux Tieillards, ils ont la sincérité et la prudence en partage, et )e veox m'en Mrwk. Les Jeunes gens, an contraire, sont vigoureux, brares, habiles à tirer la flèche et à condQlie un char ; mais Je ne m'en serrirai pas pour le conseil : ils sont portés à me flatter ; fls «atent feindre des discours étudiés et changent. le sens des paroles des sages... Un seul homme peut mettre le royaume dans un grand danger, et «n seul homme peut aussi faire r^er ia paix et la iraniHiiUité... •
Yelle est Tessence morale du Ùum^Kwg : les paroles senten--' cieuses placées dans la bouche des premiers empereurs offrent un cachet d'uniformité qui fait penser que Kboung4seu y a mis un peu du sien en coordomiaiu ce livre, et peut-être a44 attribué sa propre sagesse aux anciens pour donner plus d'autorité à ses enseignements .
§ 5. LES LIYRIg gAGRÉS.
Avant d'arriver à l'époque la plus importante de la civilisatîoii chinoise, à celle des philosophes!, il faut dire un mot des livres sacrés, dont la première rédaction est fort antérieure à œiiA époque iQAis dont la coofdmaiiou^défiaittve appartient è
46 LES CIVILISATIONS PRlMITIVfiS.
Khoang-tscu et à d'autres philosophes des sièdes postérieurs. Je viens de résumer la partie morale du CAotf-iTtfijf, SN livre sacré; il me reste à parler de rr-Jrtn^,du Chi-King et du Li-King.
VY'Kmg, ou livre des changemeots, U^ livra sacré, est at* trihué à l'empereur Fou-hi, 3,000 ans avant notre ère; c'est un traité de définitions fondées sur la comhinaison de 64 lignes appelées Koua, dont Tinvention est due à cet empereur. Les idées contenues dans ce livre le rapprochent du système de Lao-tseuf, à en juger du moins par les extraits suivants sur l'humilité, que Khoung-tseu commenta dans son sens particulier.
f L'humilité surmonte tout. Le sage arrive au bat. »
Le commentateur paraphrase cette maxime en disant que rbtmtiilité est une vertu que rien n'arrête, qui ne connaît point d'obstacle et conduit tout a une heureuse fin. Cest pourquoi le sage qui ne se reconnait pas les vertus dont il est doué, et parait ignorer ses belles actions, parvient par son humilité au but de la sagesse et à l'accomplissement de ses vœux. C'est l'idée que nous verrons développée dans le Tao-te^King.
c L'humilité est honorée et éclatsate; elle est abaissée et ne peut être surmontéoi elle est la fin des sages. •
Le sens donné A cette maxime, c'est qu'on doit détester ceux qui sont orgueilleux et pleins d'eux-mêmes, et aimer ceux qui sont humbles. L'homme véritablement ^unible ne perd rien de cette humilité s'il est élevé à un haut rang, et il en acquiert plus de considération.
c Humilité éclatante, sort juste et fortuné. »
Khoung-tseu développe ce texte en disant que l'humilité éclatante est justement fortunée parce qu'elle n'a pas recherché la gloire ; elle Ta acquise ë'aUe-méme par le fait de la vertu.
c Un honnête homme qui a renda humblement de grands ser?ieei eut approuTi de tons les peuples. »
En effet, selon le commentateur, cet homme étant aimé de ses supérieurs et de ses inférieurs, peut rendre de grands ser- TÎoes à rÉtat. Loin d'en devenir arrogant, il se retranchera dans son humilité contre lêS louanges. Khoung-tseo dit : c L'humilité est difficile à pratiquer pour tous les hommes; mais elle l'est davantage pour ceux qui, par une bonne administration, ont bien mérité de l'État. • L'enivrement du triomphe peut devenir l'écueil du sage.
c L'homme humble se servira utilement de la guerre ponr réduire les rebelles. »
A l'appui de ce texte, le commentateur suppose l'exemple d'un roi qui, s'attachant par son humilité le cœur du peuple, s'en fait utilement aider pour soutenir une guerre avec succès. Khrung-tseu ajoute : La guerre réussira ou contre les rebelles, ou contre d'autres ennemis, pourvu qu'on l'entreprenne parce qu'on ne peut faire autrement. •
Cette prudente réserve se retrouvera développée dans les paroles et écrits du philosopîiç.
f ^ Cki'King, 3* livre sacré, contient trois cents pièces de vers, extraites par Khoung-tseu de la grande collection de la bibliothèque impériale de Tcheou (1).
U est divisé en trois parties: la le», intitulée: Koii«-Fan(^ (mœurs du royaume) renferme des poésies et des chansons populaires que les empereurs faisaient recueillir en voyageant pour juger par elles de l'état des mœurs.
{i)Yo\rDrxhMe, Descript. de iaCMne, t. S. Amioi, Mémoires etmeemamles Chinois, t. i, p. 74, SSO. Brosset, Essai sur le CA<king, ISSS. l.acharme, traduction Utlne, édit. Mohl. 1S30.
La 9!«^^9 intctalée: Siao-ya^peUie droiture), et la 2^^, Ta^j/a (petite droiture) , renrerment des cantiques, des hymnes, des 6pîtalames> des satires, etc., réunis sans beaucoup d'ordre, ifui se chantaient en Chine dans les fêtes publiques et de famille.
Quelques-unes de ces odes expriment les regrets des femmes pendant l'absence de leurs maris engagés pour le service dij^ prince, et la joie qu'elles éprouvent a leur retour.
D'autres odes peignent le relâchement des moeurs, l'ivrognerie, la débauche, l'impudicité du temps.
Outre les cantiques et hymnes qu'on chantait dans les sacrifices et cérémonies consacrés aux Esprits et aux ancêtres, le cU-King renferme des sentences et des proverbes qui se sont éternisés dans la mémoire des Chinois. On cite particuliècemeiit ceux-ci t
€ La vertu est semblable à un oheveo» elle eil aussi flexible que loi.
» Le sage ne parle pas imprademment, car il y a 4es oreilles auprès des murs de la chambre.
» La femme doit se vêtir selon l'usage et suivant les conditions de son existence.
» Une douce volupté est permise quand elle est un!(B à la décence.
» L'homme probe et sage est toujours semblable à lai-même dans sa manière d'agir , il n'est pas aijjoard'bui dliférent de oe qu'il était hier.
• Les hommes détMiuehés ont un extérieur commun et grossier ; la débauche ne connaît ni loi ni règle.
» Le plus grand homme est celui qui peut être proposé comme exemple en toute chose.
• La vertu parfoite sobjugae les esprits des nations.
» Celui qui conçoit de grandes choses, ne prend pas conseil de son bien particulier, mais songe au bien public ; il enrisage Tavenir, avertit sagement les antres, se présente dans une attitude pleine de dignité et chacun se plait à le suivre et à Timiter J
» Ne Boyec ni léger, ni inconsidéré, ni irréfléchi en parlant ; les paroles ne doivent pas être prottrées témérairement. H n'est point
CHIK018. 49
de paroles «ans effet, comme il n'eti point de Yerto mds récompeoM. Si TOUS traitez bien toi amis, tous snbjogneres (comme prinee), par l'amour, le peuple et tos filsj TOtre postérité sera éter- Bdle et toutes les nations tous seront soumises.
s La bienreillanee et le respect pour les autres sont le tbndement des yerlus. On ne conseille pas Tainement le sage, il sait ce qui est bien, mais Tinsensée accuse les aris de fkussetés. Tels sont lea hommes, autant de tètes, autant d'opinions.
» Un roi bon et dément appelle les regards et l'espérance des peuples i attentif sur lui-même, il est empressé'de sni?re les bons conseils et sait choisir ses ministres. Un roi injuste ne se ûe qu*en lui-même et en sa vaine prudence, au risque, de troubler le repos de l'empire et de s'aliéner l'esprit des peuples.
» La gloire de l'homme ordinaire, c'est d'unir le talent à la prudence ; la gloire d'un roi, c'est d'unir la clémence à la majesté.
» Le plus grand éloge qu'on puisse fiire du prince, c'est qu'il es le père et la mère du peuple. •
Khoung-tseu ajoute : c Ce que le peuple aimei l'aioior ; oe que le peuple hait, le haïr. »
La sagesse des maximes du Cht-tOng est exaltée par tous les philosophes et moralistes de la Chine: les six vertus, dit Hantcbi, sont comme Tâme du Cht-Kmg; aucun siècle n'a flétri las fleurs brillantes dont elles sont couronnées, et aucun siècle n'm Terra éclore de si belles. »
Cependant ce livre consacre en quelque sorte la condition inférieure de la femme quand il établit une diOérence déplora, ble entre l'accueil fait à la naissance d'un fils et celui fait à la naissance d'une fille :
c n natt un fils : Il est posé sur un lit, et enveloppé d'étoffes brOlantes. On lui donne un demi-sceptre. On revêt d'étoffes rouges les parties inférieures de son corps. Le maître, le chef, le souverain es né, on lui doit r empire.
c n natt une fille : On la pose à terre, on l'enveloppe de lange eonununs ,* on met auprès d'elle une toile (emblèffle du tissage de la toile, principale occupation des femmes). U n'y a en elle ni bian I 4
oO LES CIVILISATIONS PRIMITIVES.
ni mal. Qa'elit «ppraine eomment se prépare la vin, ae cttiieot ka alimenta i vplUi ee qa*el)e doijt aavoir. Surtout il but qu'alla a'afltMpca de n'être pas à charge à.aea parente. »
Dani Té^t 4'>4olemenii«i d'aband^ où la^fammeétaii laiifi- 8<«u il Im ém^ tr^aKUtfipJade, trouver par le travail de 'ifaoL. auffi.^ à loua aes besoina; aussi Jea, parents se débtfeaaaieiiu. ila lephialAi poaaible de leurs fiUes-ep les mariant, c*eBl-à-dipe en les vendant.
Parmi lea éléglea contenues dans le CkimKing, il en est qui eipriment les lamentationatoudianteades femmes répudiées; en void deux eiemples :
c L*iQgnt me délaisse au pins fort de Torage ; la plus petite source flèrtfllse les plus belles campagnes ; elles s'empressent de lui ouTrir leur sein et moi Je suis rejetée arec mépris. 0 larmes, d regrets accablants ! ô ingrat, que tu me coûtes de soupirs... Qui pourrait ta ranmer vers moi t »
■t,dMa.unenuCie pieuse
«,3ipHl4IP à^^deu^iuagiw qui ae aont unia.au haut des Aira;ei que las. piiis violents ong» ne sauraient séparer» nous étions Uéa Tun à rautre par un étemel hymen, noua ae doTions plus fidre qu'un ernur ; la moindre colère ou le moindre dégoût eût M un crime, et toi, tel que celui qui arrache lea feuilles en laissant les racines, tu . mebannis de ta mateon comme si, infidèle à ma gloire et à ma Tertu, Jeil'étaia plna ton épouse et pouvais cesser de l'être (l).
Le4« limpS'aMrt eat le lÀ^King, dont noua avona un extrait 8nsJ»piéiéliMale(9).
LVwigina! ayant été perdu lors de la destruction dea livrée^
{iyHéwmiteM mr b$ aânaU» t. XIT, p. SS7. (!)• JifMoéria sur k$ CMiois, t. lY, p. tS.
CHINOIS. Ol
ÛMpê le lU^ siècle avant notre été, on a'w poiidde plus que dsi friffneatg.
Cesi de oe IWre que Kboung-tsea s'est le plus inspûré pour d6felopper ses belles théories de la pléié filiale^ et pour s^ppuyor de Tezemple des andeiis^ dont oe iivire ieésame'tes mohirs et les idées.
Le ii^King renferme des détails sur le gouvememetit, la religion, les mœuiv, les usages depuis les plus anciens temps, jusqu'au V« siècle avant J.-G.
Traitant de la. piété filiale, il dit qu'un bon fils doit veiller à oe que son père et sa mère soient vêtus chaudement éil hiver et fraîchement en éié; soir et matin il vient leur rendre hommage ets'enquiert s'ils ne manquent de rien. G'eét leur témaî* gner peu de respect que de parler en leur préselice de rieîUesse oud'Sgeavuucé. Un bon fils voit et entend son përéet sa mère sans être en leur présence, c'estè-dire qu'il doit deviner et pré* ▼enir leurs vœux. 11 n'a rien en propre, tout leur appartient ; il ne peut même disposer de as vie pour un ami.
Un fiisqui croit avoir de justes grieft contre ses parents» leur fait jusqu'à trois représentations ; s'il n'est point écouté, il gémit et pleure, mais il ne les quitte paSi
Loin de faire attention i leurs défauts, il les cache, et ne leur marque pas le chagrin qu'il éprouve de leurs maàvais traitements.
Uu fils vertueux ne se contente pas du deuil légal fixé k trois ans pour la perte de son père, son devoir est de le porter toute sa vie dans son cœur, et surtout de ne se permettre auemi platsir au jour anniversaire de sa mort.
Dans le royaume de Theon, un fils ayant tué son père, le roi, consterné d'un crime aussi extraordinaire s'écria: € C'est ma faute ! je ne sais pas régner. » 11 fil tuer le meurtrier, raser sa . maison, et le terrain sur lequel elle était située fut changé en égoût ; puis lui-même s'abstint de vin pendant ane lunefiettlièrê. Ce livre contient un préœpta qu'on retrouvera bien 8<i^Vênt dans la bouche des morali^^les, savoir que celui qui remplit Isa
54 LES CIVIMSATIOIfS PRIMITIVES.
sagesse et la rertu onTraient seules la porte des emplois ; le gonvernemenl n'était occupé qu'à entretenir les bonnes mœurs et la eoneovde. L'on ne se bornait pas à chérir tendrement ses enfonts et à aimer jas proches. Les Tieillards trouTaient dans la bienfaisance publiiine de quoi terminer paisiblement leur carrière. Les veuves, les oi;ptbQ)ins, les estropiés et les malades étaient entretenus avec charité. J^es hommes remplissaient leurs devoirs et lea femmoi n'étaient jamais sans appui. On craignait de laisser perdre las productions de la terre ou d*en faire un mauvais usage, et la bieyirfaiaance les partageait. La simplicité des mœurs générales en assurait Tinpocenoe. On mettait peu de cérémonial dans la société civile et domestique, mai9 1^ (^ii^<le)ir, Tiiviopence et la gin^sité des sentiments n'avaient p|M b^Ui 4e cérémonial popr inspirer des égards et des respects les uns pour les autres. Les cœurs parlaient aux cœurs et s'entendaient^ et ce qui nous blesserait aujourd'hui et alarmerait notre vanité n'était pas aperçu, puisque les procédés de la conduite étaient encore plus nalfii que les paroles et les .manières. Les démonstrations de dévouement et d*amitié étaient inutiles pour des hommes qui n^avaient rien à eux, et étaient plus prompts à aidf^r leurs concitoyens qu'on ne l'a été depuis à en témoigner le désir stérile. • (1)
Le it-iTtnf exalte les avantages du jeûne : a Le sage« dit-il« arrive par le jeûne i une grande force et à une grande pureté de vertu. »
Kliou^g-tçeu n'adopta point oelte doctrine, et il disautà son disciple Iloei-tseu^ qoî ae vantait de ne pas boire de vin et de ne manger que des légumes : < Tout cela n'est qu'un jeûne extérieur, mais il y a loin de là au jeûne du cœur ; ce jeûne consiste à écouter la raison plus que les sens, son coeur plus que la raisp.n« et sa conscience encore plus que son cœurj il faut que l'âme, vide des objets extérieurs, puisse se remplir des rayons de la sagesse et recevoir toutes les vertus (2). »
(1) Mémairef sur U$ CMmU, t. XV, p. SI. (t) Mémoirei sur les Chinois, t. XT, p. S3-6S
CBINOIS. 55
Ifoid platîears autres maximes remarquables tirées de ce litre:
c Que l'amitié ne tous aveagle pas sur les défauts' de tos amis, ni TOkre haine sur les débats de tos ennemis — S'enrichir, ériter la peine, l'emporter sor les anires et être le mieux partagé, senties premières pensées da vulgaire et les dernières des grandes âmea. — Quelque question que l'èH teÉs tfiÉie sur le gouTernement, ne parles que de l'ancien. Quand les enfants et les brus sont dans la chambre du père et de la mère, ils ne doivent répondre è leurs ordres qa*en disant : To'VAs. — 'itafiiténTr ftfs devoirs de la piété filiale, récompenser les services, confier l'administration publique aux sages, estes qu'il y a de capital dans le gouvernement.— Aimer les hommei parce que l'on est homme, c'est de l'humanité ; les aimer parce que la loi le commande, c'est s'aimer soi-même. »
CHAPiraB n.
^1. LÀO-TSIU BT 8À DOCTEIH.
Dépuis Mou-wang une longue succession de mauvais rois ouvrit la Chine a'ui TaHares, qui commencèrent leurs tentatives partielles d*envaht8sement et y introduisirent des usages nouveaux. Ainsi, à la mort de Mou-Koung prince de Tluin (en 6-i1 avant Jésus-C rist) eut lieu un fait étranger aux mœurs de la Chine. A son enterrement, 177 personnes se tuèrent, dont un fllsdu roi» et trois personnes de sa famille, des tigres encbsilnrs furent ensevelis avec lui. Le P. Gaubil pense que cette coutume venait des Tartaresocci<lentaux (t).
La Chine était donc à cette époque dans un état de dissolution politique et morale qui n'eut pas tardé à la livrer complètement aux Tartares, si une puissante réaction ne l'eut sauvée de sa ruine imminente.
Deux philosophes moralistes vinrent par leurs prédications exercer une influence réparatrice sur les esprits: Lao-tseu, e
(!) Hérodote mentionne un dit semblable à roccasioa des i railles des rois S^thes.
dierchant à détourner le peuple des inlérèCs et deB jouissances de ce inonde pour s'occuper de son perfectionnement moral ; Khoung-tseu, en aaseignant la modération^ le juste milieu dans la conduite, les deTOirs respectifs des gouTemants et des gouvernés, enfin toutes les régies importantes de la morale pra« tique. Le premier, par ses idées ascétiques, fonda une école poissante, autour de laquelle se groupèrent un grand nombre d'hommes éclairés; mais le second, par le caractère positif et homanitaire de sa doctrine, s'adressait à tous, aui petits com« me aux grands, aux pauvres comme aux riches, aux ignorants oonmie aux saTanis, et leur traçait les r^les les mieux appro- ^ées à leur condition ; en un mot, c'est à lui que la Chine dut véritablement sa régénération, et la morale son plus sublime apôtre.
Cependant Lao4seu peut revendiquer la gloire d'aroir le prenûer ouvert en Çbim un siècle unique dans Thistoire de Vhumanilé, un siècle illustré par des penseurs dont les doctrines renferment les meilleurs enseignements pour la conduite publique el privée.
Lao-tseu naquit en l'an 604 avant notre ère, 61 ans avant Kfaoung-tseu. Après de fortes et patientes étudf s, il fut nommé, jeune encore, historiographe et archiviste d'ut'ioi de la dynastie de Tchéou, qui lui confia ensuite un petit mandarinat.
Son œuvre capitale est le Taihte-Kmg, livre de la Raison suprême (i)t dont les formules brèves et concises se gravent facilement dans la mémoire. Le principe général de ce livre est de dégager l'âme des entraves du corps, d'arriver à l'anéantissement des possiras et même des simples déshrs, el finalement de s'absorber dans la contemplation eidusive du Use (esprit ou raison suprême).
Les Goaunentaifes qui accompagnent oe livre sont curieux.
(I) H. Stanislas Julien nous en a 4onné uus ezeellente tradoc*»
58 LES CIVIIJSATIOPIS PRIMITiVF.S
en ce qu'ils renchérissent sur la doctrine déjà fort sévère de Lao-tseu : il en a été ainsi de tous les systèmes; les disciples ont exagéré^ amplifié les idées de leurs maîtres en cherchant à les expliquer.
Le Ttuhie-King se compose de 81 chapitres, qui peuvent se réduire k un nombre bien moindre, si on élimine les répétitions. Je me bornerai à analyser sa partie morale (f).
Le CHAPiTRK l«r résume^ en quelque sorte toute la doctrine dans ces mots:
« Lorsqu'on est eoastamment exempt de passion, on Tdit l'essenee spftrltaeile du Tto ; lorsqu'on a eonstaniient des pustem, 'on le veitsous une forme bornée. »
Les chapitres suivants ne font que développer cette double pensée.
Chap. f. c Dans le monde, lorsque tous les hommes ont su apprécier la beauté (mofofe), alors la laideur {éhêirteéi a paru. »
Un commentateur cherche à confirmer cette opinion par une tradition dont il n'indique pas la source, suivant laquelle les hommes d'autrefois étaient bienveillants, sincères, honnêtes sans le savoir. Or, selon un autre commentateur, remarquer le bien, c'est reconnaître l'existence du mal ; en sorte que le bien se pratique réellement en n'y songeant pas»
Chip. 3. c Bn ne regardant pas des objets propres à exciter des désirs, on empèdie que le 'Cœur du peuple ne se trouble. »
amivmà le cesamentatenr, le coeur de rhomne, étant nsM» relleneat cakne, doit éviter la oonlact même des créatures afin de conserver sa placidité, et» appliquant oetle doctrine au gouvcenenient des honunes» il dît que le meilleur moyen de
(i) Yoir^ pour U partie jreligieuse, Mémoire mr Piurt0im H Ut pripagaHùH dm Too.par G. PaatUer, 1S3I.
leur procurer la tranquillité, c'est le non agir, et il leoreçommande aux rois.
Mais le roi qui se serait conformé à un pareil système eût été bientôt supplanté par ceux qui eussent voulu ^ir et prendre sa place ; aussi le commentateur dit-iJ plus loip : « T^aas les bcmmes aiment à s*élever, le saint homme.aiiQe às'bumi^ lier et à s'abaisser, à paraître mou et faible... il se metiuimème après les aiftres et Iqs place avant Ii^i. » La conçiigfio^oe de ce système c'est l'abdication ç)^ pouvoir en faveur d'^ii;pljg» œtreprenant que soi. L'abnégation portée à ce point conv ienémi à desipoioes» àdes bonies, mais non é des hommes diargés de^ouvermr les suites.
Gbap. s. c L'homme d'une vertu supérieure est coiqme i;e^ii, qui habile les lieux que déserte la foule, » e'est-à-dlre les lieux ^bas et SB pente.
Sur ce chapitre le commentateur recommande 9ia sage k charité pour tous les hommes, mais de l'affection particulière pour aucun. N'est^cepa^^eondamner implidlement ramitié, Tamour, les affections de famille? <)ue devient même la piété filiale, cette vartu si caractéristique des Chinois? Lao-tseu n*e{i parle point.
Ghap. 9. «lorsqu'on |tfait,de,Kr|uui^ 4iqpas»<it #liS|iu de to ri^ putation, il faut se retirer à Tècart. »
Vottli |in^ balte ïï^rinseiqulcoMcedit un pfni.les préoédeiMs, car 9f]p mWV^ J>^^ aCïUan .sAtéiieure 4oiit las «ésultats mt raient été utiles ou glorieux, et que la modf stie Tiendrait eoit^ ronner.
Ghap. iO. c L'âme spirituelle doit commander l'tae sensitive.— SirbuDitte se délivre des lumières de rintdUgence il pourra être exempt de toute inflmiité morale »
Suhrant le commentateur, le naturel (du saint homme étant calme et reposé, la partie spirituelle de son être est invariable-
60 LES CITIM5ATI0NS PRIMITIVES
ment ûxée, et n*est point entraînée ni penrerlie par les objets matériels. Cette quiétude est portée jusqu'à la paresse, car il ajoute : « Le saint homme doîi prendre la quiétude absolue pour base de sa conduite. Un roi, par exemple, fait en sorie que le sage et les hommes tx>rnés se montrent d'eux-mômes, que le vrai et le faux se manifestent spontanément, et» alors, il ne se fatigue pas à exercer sa prudence. •
Quelle amélioration peut-on attendre de cette inaction? Le bien se produit-il sans efforts?
Chap. 13. c Lorsqu'un homme redoute de gouverner lui-même l'Empire, on peut loi confier l'Empire; lorsqu'il a regret de gouverner l'Empire, on peut lui remettre le soin de l'Empire.
C'est l'excès opposé de l'ambition, mais il est douteux qu'il soit plus favorable à un bon gouvernement; entre le trop et le trop peu d'action il y a un milieu que Khoung-tseu saura faire reconiiaitre.
Chap. 16. c Savoir être constant s'appelle être éclairé ; celui qui ne sait pas être constant s'abandonne au désordre et s'attire des malheurs. Celui qui a une âme large est juste, celui qui est juste devient roij celui qui est roi s'associe au ciel ; celui qui s'associe au ciel imite le Tao. Celui qui imite le Tac subsiste longtemps ; jusqu'à la fin de sa vie 11 n'est exposé à aucun danger.
On ne saisit pas bien cette filiation à perte de vue. Le commentateur cherche à Téclaircir en disant que posséder le Tào, c'est avoir le rtpos complet sans vicissitude ni changement.
(k>mment cette insensibilité* ce vide oonduit-il à la justice ? Parce que, suivant le commentateur, on est exempt des afflictions particulières qui inspirent la partialité. Mais n'esHm pas également exempt de l'équité qui doit présider à rapplieation des peines?
; 'Cl'
Chap. 17. t Dans la haute antiquité, le peup)e savait qu'il avait des rois. •
Cette observation est proronde^ mais on n'a pas encore eu l'exemple d'un gouvernement assez abstrait pour ne point faire sentir son action. On pourrait toutefois l'appliquer à cette maiime moderne t < Le roi règne et ne gouverne pas. » Le commutateur prétend qu'autrefois les princes pratiquant le fwn agir ne laissaient voir aucune trace de letir administration* c A cette époque dmnocence et de simplicité, dtt.il, l'amour ni la baine n'avait pas encore germé au fond des cœurs. » Et il regarde comme une époque de décadence celle où les rois commencèrent à s'attacher les peuples par des bienfaits, à s'en faire aimer et louer. Cette invocation de l'antiquité à l'appui de pareilles idées méritait d'être corroborée par des exemples ; Lao-tseu eût été sans doute en peine d'en trouver.
Suivant le même, d'autres vinrent ensuite qui, pour conte, nir les peuples, firent les lois pénales; et lorsque l'humanité et la justice furent épuisées, ils se mirent à gouverner par la force et la prudence. Leurs su cesseurs ayant perdu la force et la prudence, furent regardés avec mépriâ. Voilà ce qu'on présente comme les conséquences de l'action.
Quelques autres réflexions pourtant sont empreintes de vérité comme celle-ci : « Lorsque le prince n'a pas confiance dans son peuple, le peuple, à son tour, n'a point confiance en lui et le trompe. >
Lao-tseu exclut môme la conscience de l'action mdividuelle et la reconnaissance des bienfaits; il les trouve opposées à la parfaite quiétude de l'âme: • î^e peuple, dit-il, se portait an bien, et sTéloignait du crime sans s'en apercevoir : les rois faisaient en sorte que la peuple reçût en secret leurs bienfaits et la peuple croyait obtenir de lui ees mêmes avantages. »
Cette abnégation d'une part, cette impassibilité de l'autre, ressemblent fort à l'ûisoucianee de l'égoîsme.
CHAf • iS. c Quand le Tao (ou la grande voie) eut dépéri, on vit pamiire rhamanilé et la jostice. Qaaod la prudence et la ptrsplcadli sa forent mtmtréss, oo vit ostlre une grande hypocrisie ; quand
G2 LES aVILISXTlO.NS PUIMITIVES.
l69 parent» earent celii de vivre en bonne iiarmonie on fit des actes de piété filiale et d*aflbction patiernelle ; quand les États forent tom* bés dans le déseidre on vit des sujets fidèles et dévoués. •
Donc, les plus grandes vertusy oelles qu'on a toujours régit* dées comme le fondraient de la famille et de la société bù^ malne sont, pour Lao-tseu» les effets delà dégénéresœn'^ et de la corruption des hommes.
Châf. m. c Je resseiiible à un nouvêau-né qui n'a pas eneore souri à sa mère, le suis détaché de tout ; on dirait que je ne sais où allef. Je suis vagde comme la mer, je flotte comme si Je ne savais où m'arrêter* »
C'est le portrait fidèle d'un homme qui renoues k tout; les plaisirs les plus iunooentSt les arts mêmes sont impitoyabiiH ment condanmésdans ce système. Un commentateur dit : c La musique» la volupté, la richesse et le luxe sont les choses qui usent notre vie et blessent le Tao. » Et il ne s'agit pas k» de l'ex* ces mais du simple usage.
Chip. ai. « Celui qui ne parie pas arrive au non agir, b
Ainsi le mutisme uni à l'inaction voilà ce que Lio-^tseu ptf« conise comme perfection morale.
CeElLP.'ti. c Celui qui s'approuve lui-même ne brille pas ; etii qui ss Tâflte n'a pas dé mérite. »
Cette osaiime très^sensée n'avait pas besôiA de commeritair cependant un oomoMotateur croit devoir la développer disant que oetui qui s'approuve lui-même avec nh& sorte persistance, s'imagine que tous les' bomtiM'TilDUt pas âb de capacité que lui ; or, comme il ne pMlfiie pàs'dè fèàr'i il ne peut arriver à briller lui-même.
Chaf. t7. f L'botiiM'vâlueui est le mstire'dtf èeMi qiî pas^ L'hemftne qui n'est pas verfuéui est le secours dé celui S! l'un n'estfmepas son mettre i si l'autre n'attéttélitte pas
est MU secours, qoa&d ou leur accorderait une grande prudeoce, ils sont plongés dans TaYeun^ment. »
Le commentateur parapbase cette pensée un peu obscure en disant que le saint liomme a le cœur eiempt de partialité, instruit les autres sans acception de personne, n'est pas vertueux pour lui seul» mais se trouve destiné à être le modèle des hommes. Par là il devient maître de ceux qui ne le sont pas, et c'est le devoir des hommes vulgaires d'écouter et de suivre ses instructions.
Ici, la doctrine du 2te s'écarte un peu de son principe ; en effet, pour enseigner et propager un système ennemi de l'action, il faut employer d^s moyens d'influence exigeant une certaine acIivHé.
Gh*p. m. « Celui qui eoanait sa force et garde la fofblesse est la vallée de l'Empire. » (CefM-Mre le eœur de rBmpire.)
Suivant le commenCateur, les honneurs et la gloire ne pouvaut se conserver^ les sages aiment à rester dans l'humiliation et rabaissement; Hais parce qu'ils se sont mis après Icb antres hommes, ceux-ei les placent avant eux ; parée qu'ils se sont abaissés, les hommes les' élèvent.
Jésus-Christ exprimera une pensée analogue, mais en vue de la vie future, dont Lao-iseu ne se préoccupe pas.
Ghap. 30. c Partout où séjournent les troupes on voit croître les épines et les ronces. A la suite des grandes guerres, il y a nécessairement des années de disette; L'homme vertueux flrappe un eotip léslsif et s'arrête, s
Ce dernier trait encore aurait eu besoin de développement pour s*acoorder avec la morale passive de Lao-tseu. Sur cette pensée le conunentateur dit qoalee armée sont des instruments de malheur, que, cependant, on doit s'en servir contre ceux qui oppriment r) peuple*
Cbap. Si. « Usâmes les plus exeelientes sont des instrumenu
f)4 LES CIVILISATIONS PRIMITIVES.
de malheur, le sage ne s'en sert que lorsqu'il ne peut s'en dispenser ; il met au premier rang le ealme et le repos. S'il triomphe il ne s'en réjouit pas ; s'en réjouir c'est aimer à tuer. >
Cette dernière pensée g*adreise à tous les conquérants; el là-dessus un coinmentafeur rapporte que dans rantiquité, lorsqu'un général avait remporté une victoire, il prenait le deuil, se mettait à la place de celui qui présidait aux rites funèbres, et couvert do vêlements noirs, pleurait et sanglotait. On aurait voulu quelque exemple à Tappui de cette assertion ; mais il est douteux qu*en Chine même il se soit trouvé im général capable de pleurer à la suite de son triomphe.
Ghap. 33. « Celui qui connatt les hommes est prudent, celui qui se connaît lui-même est éclairé. Celui qui dompta les hommes est puissant, celui qui se dompte lui-même est fort. Celui qui se suffit est asses riehe, celui qui accomplit des œuvres difficiles et méritoires laisse un souvenir durable dans la mémoire des hommes. »
Les stoïciens ne diront pas mieux.
Le ocMumentateur a mêlé du mysticisme à cette pensée: « celui-liseul est capable de se comialtre lui-même, dit-il, qui concentre en lui son ouïe pour entendre ce qui n'a pas de son, et sa vue pour voir œ qui n'a pas de corps. (Le Tao.) »
Chap. 34. « Jusqu'à la fin de sa vie le saint homme ne 8*esilnie pas grand, c'est pourquoi il peut accomplir de grandes choses. »
La modestie est, en effet, le plus puissant auxiliaire du talent pour réussir. Le commentateur pmise que le coeur du saint homme ressemble au Tao. Quoique sa vertu soit extrêmement grande, jamais il ne se regarde comme grand ; or, c'est par là qu'il est grand.
Chap. 37. « L'absoieedu désir prowe la quiétude. »
Le commentateur pousse la conséquence de cette doctrine jusqu'à dire qu'on ne doit pas désirer le Tkù, parce que le
cœur doit se rectifier de lui-môme sans aucune espèce de désir.
Ceap. as-, c Les hommes d'une vertu s - érieure ignorent leur tertu, c'est pourquoi ils ont de la vertu; ils la pratiquent sans y songer ; les hommes d'une vertu inférieure la pratiquent avec intention. »
C'est le développement des idées précédentes.
Le commentateur ajoute que la justice exigeant l'examen préalable de ce qui est bien ou mal n'est pas la vertu, puis* qu'on ne peut la pratiquer sans agir, sans y penser, sans intention.
Chap. 39. c Si les princes et les rois s'enorgueillissaient de leur noblesse et de leur élévation, ils cesseraient d'être des modèles et seraient renversés. C'est pourquoi les hommes élevés regardent la bassesse de la condition comme leur origine; de là vient que les princes et les rois s'appellent eux-mêmes orphelins, hommes de peu de mérite, dénués de vertu. »
Dès les plus anciens temps les empereurs et les grands de la Chine ont ajouté à leurs noms, soit dans leurs édifs, soit dans leurs discours, ces appellations humiliantes.
Le commentateur soutient ici que dans Tordre de la nature les vassaux et les rois sont de la même nature que rhunaJl>le artisan : c'est quand le peuple se soumet à eux, dit-il, que de simples particuliers ils deviennent princes et rois; et si le peuple les abandonne, de princes et de rois qu'ils étaient ils descendent dans la classe des simples particuliers.
Ces théories égalitaires répandues dans le peuple auraient pu le disposer à fonder un gouvernement démocratique, mais le mysticisme, qui enveloppait l'ensemble de la doctrine de Lao-tseu, l'éloignait de la portée des masses; puis, Kboung« tseu Tenant immédiatement après enseigner, sous le nom de piété filiale» l'obéissance absolue à l'autorité, fût-elle tyrannique, les Empereurs continuèrent d'être respectés et obéis 1 6
66 LES C1YIU8ATI0N8 PRIMITIVES.
coauùb pircê et mère$ du peuple, suivant l'antique traditioB. Un autre commentateur exprime sur le même sujet une pensée naïve de justesse: « c'est la réunion et l'ensemble du peuple» d!t-il, qui forme un prince et' un roi. Si vous ÔVsi le peuple il n'y aura plus ni prince ni roi. »
Chaf. 4S. « Ce que les hommes détestent c'est d'être orpheDnIs; imparfaits, dénués de Tertu, et cependant les rois s'appellent ainsi eux-mêmes. >
Suivant le commentateur, ceux qui ont créé ces dénomina* lions les ont empruntées aux conditions que les hommes méprisent généralement afin que les rois n'oublient jamais la ooià« dition infime d'où ils sont sortis ; et à l'appui de cette idée, im^ aittre ôomttientatrar dit: « Quiconque se diminM les . liomities raugmentem* » C'est la même réflexion que neitts avdltt v«M pliâ haut
Vàii ém formides d^ftotmilité, employées à tout propos danâ té liîl^ga^e, ont fini par perdre leur caractère primitif; les bons et les mauvais Empereurs s'en servirent également sans croire s'abaisser. Il en a été ainsi des formules de politesse usitées dans la conversation, à force de les prodiguer on en a amoindri l'effet et détruit la valeur.
Ciul^.. 45. « Lé saint homme est grandement droit et pi seittble Ditttiiitièlr de ftcfitade ; il est grandement ingénieux et il pantt stn* pidèf ; il est c^ràndèment disert et U paraft bègue. <
C'est toiqours la même idée exprimée déjà en d'autres termes.
CiÎAP. 4S. • n n'y a pas de plus grand malheur que de ne pu iâtoir Se suffire, il n'y a pas de plus grande calamité qne le d^ir d'acquérir. Celui qui se suffit est tottjotrs content de son sort. •
Ces maximes parlent à toutes les consciences; aussi les trouve-t-on exprimées dans les mêmes termes ches les penseuis de divenes époques.
Céjlb. 49. « Le uge arriTe sans nugrcher, nomiae les, objets sans lesTOir, et» sans agir, accomplit dé grandes choses, a
Le sage, par înactioD n'aurait pas plus de mérite que le saye par prédestiptUon. Quels dangers aurait*il oourus et suci- Biontés, quelle lutte aurait^il soutenue et quel trioniphe aurait-il remportée
Cbap. 4k9i. « Le saint homme rivant dans le mondp reste calmiB et tranqjoUl^ et çonserre les mtoies sentiments pour tpwi. •
Le oommentaire ajoute qu'il ne se réjouit point à la vue des bons et ne témo^e pas de déplaisir A la vue ^es muants; en sorte que les uns ne s'enorgueillissent point et les au^ri^ np 8'irrilent point. Alors, suivant lui, tous se cçnTertii^^ et Ip inonde commença & goûter la paix.
Si lai convers^oa des méchants pouvait s'opérer par la mutisme impassible du sage, le moyen serait facile y ^ais V^J^^ riepce démontre au contraire que le silence ençoûni^e le irice: il peut être interprété comme une approbatioQ.
Gbaf. S3. 0 Si les palais sont tris-brillants, 1^ ch^mRS saa^b;^incoltes et les grenieni très-vides. Le prince s'haûlle 4a ti^M, ^* fes et porte un glaive tranchant; il se rassasia ^ me(fl exqnjf) et regorge de richesses. c*est ce qu'on appelle se glorifier du voi. Ce n^ point pratiquer le Tao. »
La hardiesse de ces observations prouTO que lâ^ Ch&|i(>i9 jouissaient alors d'une certaine lib^té de lan^ge w^Mis du pouvoir» et le commentateur renchérit encore sur Lao-tseu en disant : c Pour que le] prince puisse porter des vêtements de soie de différentes couleurs et se nourrir de mets exquis» il faut qu'il accable le peuple d'impôts. »
Et un autre : « Pour que le prince ait du superflu, il faut que le peuple soit privé du nécessaire. ».
On voit que ces opinions n'étaient pas isolées: elles se pro* pageaient et passaient des philosophes à leurs difl|Ciples» et cet
esprit de hardiesse et d'indépendance a toujours caractérisé la classe des lettrés et des mandarins ; ils se sont, à diverses épo* ques permis des conseils et des blâmes qui ont quelquefois mal sonné aux oreilles de certains rois et amené des persécutions; mais l'importance de cette classe s'en accrut d'avantage» ce qui fait qu'elle s'est maintenue jusqu'à nos jours.
Ghap 55. « Celui qui possède une Terta solide ressemble à un nouTeau-né qui ne craint ni la piqûre des animaux venimeux ni la griflé des bêtes féroces, ni les serres des oiseaux de proie. »
Si la véritable vertu n'appartient qu'à cet âge» il faut convenir qu'elle est bien négative. La vertu du Tuo est» en effet, la Bullité qrstématique» et un commentateur dit sur ce chapitre : « Ceux qui sont mous et faibles comme le Tao subsistent long* temps» et jusqu'à la fin de leur vie ils ne sont exposés à aucun danger. » On le comprend aisément; mais cette inaction absolue jointe à la plus grande indifférence est bien celle du nouveau-né ou de la brute.
Ghap. 56. < Celui qui connatt le Tao est inaccessible à la faveur comme à la dlsgr&ce» au profit comme au détriment, aux honneurs comme à rtgnominie.»
Il n'y a donc pour lui ni élévation, ni abaissement, ni profil» ni perte, ni faveur» ni gloire» ni honneur, ni avilissement. Voilà ce que les disciples de Lao-tseu appellent la vertu parfaite» ce que d'autres moralistes appelleraient inertie.
Ghap. 5S. a Le bonheur natt du malheur, le malheur est caché au sein du bonheur. -* Si le prinee n'est pas droit les hommes droits deviendront trompeurs et les hommes vertueux pervers. »
La première âentence a souvent été exprimée par les moralistes et par les poètes. Quant à la deuxième» le Chou-Idng nous a signalé en effet des princes corrompant les ministres et le peuple par Texerople de leurs vices.
Ghap. 5d. c Pour gonvemer les hommes et servir le ciel, rien n'est comparable à la modération. »
Le commentateur ajoute que régler ses dépenses avec modération» ne pas prodiguer ses richesses, ne pas faire de tort au peuple, e'est là l'économie qui sert à gouverner les hommes*
Ghap. 63. « Le sage venge les injures par des bienûiits. »
Maxime dont la sublimité passe la puissance morale de Thomme. Jésus-Ghristla proclamera également; mais, sauf de tris-rares exemples, elle en est encore à l'état de théorie. Il y a magnanimité à mépriser la diffamation, mais récompenser le diffamateur serait-ce justice? Le commentateur l'interprète conmie un effet d'inaction plutôt que de générosité, en ce sens que le sage ne connaissant ni bienfait, ni injure, n'a ni vengeance ni reconnaissance à exercer; il ne songe qu'à la vertu, et fait du bien à ceux-mèmes qui lui ont fait du mal. Cette sagesse-là ressemble beaucoup à de l'apathie.
Le chapitre suivant roule encore sur la nécessité de ne pas agir et de ne pas aimer pour posséder la vertu suprême.
Ghap. 65. « Celui qui se sert de Itf prudence pour gouverner le ' royaume est le fléau du royaume : celui qui ne se sert pas de la prudence fait le bonheur du royaume. »
Le commentateur appliquant ce principe au peuple luimême, dit que s'il acquiert beaucoup de prudence» sa pureté et sa simplicité s'évanouissent pour faire place à la ruse et à l'hypocrisie :c C'est pour cela, ajoute-Ml,queles sages de l'antiquité s'étudiaient à le rendre simple et ignorant au lieu de lui donner des lumières. Or , si le prince emploie |la prudence pour gouverner, le peuple, influencé par son exemple, cher» obéra à devenir prudent, c'est-à-dire faux et fourbe.» Le disciple aggrave ici la pensée du maître et préconise un système à l'usage du despotisme dont Lao-tseu se montre pourtant l'adversaire.
70 LIS CIYIUSATlblf s PRIMITIVES.
67.2* }*iy de raiïection» c'ekt pourquoi je [puis être èawfàgéttt. Tai de Féconomie, c'est pourquoi je ^vAb faire de grandes dépenses. Je n*08e être le premier de l'Empire, c'est pourquoi je puis derênirle cbef !ie tous les hommes. »
Lao-tséu semble déroger ici encore à son système d'inaction absolue; car l'affection, l'économie, la modestie Impliquent l'idée d'iihe certaihe activité de cœur et d'esprit/sinon de co^. Le commentateur igoute : « Dans l'Empire, personne ne me résiste, c'est pourquoi je semble doué de courage. Celui qui économise a du superflu.*. Celui qui est doué d'affection ne fait de mal à personne; le peuple le chérit tx)mme un père et une mère. »
' Chap.''€^S. < dèlui qui excelle \ Taincre ne lutte pas. Celui qui exéelle k employer les hommes se met au-dessous d'eux. »
IMbôinméntâteur appli(|ûe imprudemment cette maidme à la guerre : « Ceux» dlt^il, qui lèvent des troupes, qui mettent le j)èaple enînoùtement, qui déploient, en combattant, toutes les ressources de leur prudence, sont des guerriers du dernier ordre. • Ut cependant, que devra faire un général en cas de défensive ou d'offensive légitime? S'il n'emploie tous ses efforts pour vaincre, il sera vaincu.
6hàp. 69. < Voici ce que disait une ancien guerrier : c Je n'ose « donner le signal; j'aime mieux le recevoir. Je n'ose avancer d'un a pouce; j'àime mieux reculer d'un pas. a
Les Chinois pàraiinent avoir souvent appliqué ce précepte;
il n'a fallu qùHme poignée de tattares pour conquérir leur
vaste territoire; aujourd'hui encore 360 millions d'homndes
iBônt tenus en échec par une inilice dont le chef est Tenipe-
réur.
Lé commentateur développe la même pensée de manière à enlever tout doute sur ce système de pusillanimité : c II ne provoque point l'ennemii dit-il, seulement il répond à sonatta-
mniioift, 71
que» mais il ne désire point en Tenir aux mains avec lui : il aime mieux fuir au loin pour évit^ l'ennemi que de lécherdier pour lutter corps à corps« Aimer à combattre, c'est se fdaire à tuer les ^hommes; par là nous perdons presque le sentiment d'humanité que nous devrions conserver comme un tfésor.»
Ainsi, dans les cas de légitime défense, où Ton est forcé de tuer pour ne pas être tué^ que devra faire le ^Heomue ? Se livrer pieds et poings liés à l'ennemi ; c'est la conséquence forcée de ce système.
Chap. 70. a JLe saint se rev(t d*^abits'groialers.et cai;^e fies pierres précieuses dans son cœur.»
D'après le commentateur, le sage possède întérieçren^t une beauté sublime, mais par sa figure et son extérieur il parait commun et stupide. Il le compare à l'huitre qui cache une perle sous son enveloppe grossière ou une pierre informe qui recèle un diamant précieux; de là vient que le vulgaire ne peut .•voir sa beauté inténeure ni ses vertus cachées.
Une vartn minai discrète peutpelle bien servir de modèlet
CiUP. 71. • Savoir et {erùire qtftm) ne sait paà, CSHi le dm»».*^ du mérite. Ne pas savoir et [croire 9u*on) sait, c'est une maladie.
On trouvera cette maxime chez les philosophes grecs et lalins; mais chez Lao-tseu, elle est moins l'apologie de la modestie que de l'ignorance, car, suivant le commei^ateur, sî^elui qui connaît le Tao peut revenir au non-savoir, c'est-à-dire sans doute à désapprendre ce qu'iU.appitt^jc'est la.macque d'un mérite éminent.
Chap..7«. • Gardez-vous de ypus trouvera V*teof t» f»ps yptre demeure; gardez-YOUs de vous dégoûter de votre. sortv»
' , Cescop8eysde.madérî4ian.n'ayv^» pa^bwîn de corww"-
taire, cependant ils ont été paraphrasés comme les autres. Un commentateur dit sur ce sujet : « Celui qui ne se dégoûte point de son sort, qui sait se suffire et ne désire rien, reste jusqu'à la fin de sa vie à l'abri du danger et du malheur..; Il n'y a que le saint qui connaît lui-même sa condition et accepte avec humilité la destinée que lui envoie le ciel. Le système de prédestination au bien ou au mal qui se fait jour ici, s'accorde avec la résignation passive commandée par Lao-tseu ; mais il ne . faut pas en conclure nécessairement que celui-ci l'ait enseignée; le disciple a été plus loin que le maître.
Ghap. «Gelai qui met son courage à oser trouve la mort; celai qui met sen courage à ne pas oser trouver la vie. >
Cette sentence prise à la lettre exclurait tont effort de dévouement, où l'on risque sa vie pour son semblable ; et, en généraly la doctrine de Lao-tseu aboutit fatalement à cette conséquence.
Ghap. 74. '• Lorsqae le peuple ne craint pas la mort, comment l'effrayer par la menace de la mort? •
T^ ^— — •- • •^^ ^^^ ^^^ raison que sous un gouvernement tyrannique. le peuple ayant perdu toute énergie ne craint pas la mort, tandis qu'il la craint sous la tutelle d'un bon gouvernement qui lui fait aimer la vie.
Ghap. 75. • Le peuple a faim parce que le prince dévore une quantité d'impôts ; le peuple est diflcile à gouverner parce que le prinee aime à agir. »
En effet, selon le commentateur, sous un gouvernement ty. rannique le peuple est obligé d'employer la ruse et la fraude pour éluder les lois injustes et rigoureuses, ce qui le corrompt et le rend plus difficile à gouverner. Le mot ajir, dans ce sens, signifie faire le mal.
Ghap. 76. c Le ciel Ate à ceux qui ont du superflu pour aider
ceux qui n'ont pas assez; il n*en est pas ainsi de rhomme, il ôte à ceux qui n*ont pas assez pour donner à ceux qui ont du superflu. •
Ce passage fait allusion aux impôts qui, chez les Chinois comme chez tous les peuples, ont pesé sur les masses pour être distribués en gros émoluments à un petit nombre de privilégiés, ou gaspillés en folles dépenses. Or, soit par le travail, soit par l'impôt, c'est le pauvre qui fait le riche» et quand celuici rend à celui-là une partie de son bien sous forme de salaires, en retour de pénibles services, c'est uniquement un prêté rendu dans une moindre proportion.
MÈn CMÂP. » • Quel est celui qui est capable de donner son superflu à ceux qui éprouvent des besoins dans le monde? Celui-là seul qui possède en lui le Tao ou la raison suprême. >
11 semble ici que Lao-tseu n'exige pas un grand effort de la part de l'homme pour obtenir le Tao, s'il se contente de lui demander le sacrifice du superflu. Sans doute, il juge que la rareté de l'action en fait le mérite; mais plus rare encore est l'action des hommes qui ont pris sur leur nécessaire pour sou-* lager les autres; à eux seuls appartient réellement la perfection morale. Toutefois, il faut savoir gré aux riches qui emploient leur superflu à faire du bien plutôt qu'à le dissiper en frivolités.
Ghap. 79. a Celui qui a delà vertu songe à donner, celui [qjaà est sans vertu songe à demander, v
Le commentateur s'appuie sur ce texte pour recommander d'oublier également le bien que nous avons fait et le mal qu'on nous a fait, c'est on rappel de l'oubli des injures que Lao-tseu emàgne plus haut.
Chap. S9. « Si un autre royaume se trouvait en ùice du mien et que les cris des coqs et des chiens s'entendissent de Tun à l'autre,
et d'une doctrine qui aurait dû rester dans la sphère des conceptions philosophiques, ils ont fait une religion compliquée de bizarres observances.
Lao-tseu avait déjà propagé sa doctrine parmi un bon nombre de disciples fervents, lorsque Khoung<*lseu (Gonfucius) commençait à produire la sienne. Ces deux philosophes se mirent en rapport. Lao-tseu, comme doyen d'âge, ne manqua pas de faire des remontrances au jeune néophyte ; il lui reprocha de trop fréquenter le monde : « Le sage, lui disait-il, aime l'obscurité; loin d'ambitionner les emplois, il les fuit; il étudie les temps et les circonstances ; si les temps sont bons, il parle; s'ils sont mauvais, il se tait. Celui qui est véritablement vertueux ne fait pas parade de sa vertu et n'annonce pas à tout le monde qu'il est sage. •
Entre faire parade de sa vertu et en faire mystère, il est un juste milieu, que Khoung-tseu saura observer ; cacher sa vertu comme on cache un trésor, c'est imiter l'avare , et ne pas vouloir que les autres en profitent.
Conséquent avec ses principes, Lao-tseu vécut dans une profonde retraite pour se livrer à une étude exclusive de la voie et de la vertu. Ayant demandé à Khoung-tseu pourquoi il étudiait VY-King, celui-ci répondit que ce livre résumait l'humanité et la justice. Lao-tseu répliqua': « La justice et l'humanité d'aujourd'hui ne sont plus qu'un vain mot; elles ne servent qu'à masquer la cruauté et à troubler le cœur des hommes. Si vous cultivez le Tao (la raison suprême) et vous élevez à lui de toute votre âme, vous y arriverez de vousmême. »
Ce mysticisme misanthropique a pu faire des Tao-ssé d'excellents moines, voués comme les ascètes indiens ou ceux du moyen-âge en Europe, aux contemplations solitaires, mais non de bons pères de famille, ni de bons citoyens, et sous ce rapport, la doctrine de Khoung-tseu a heureusement prévalu sur elle.