‹ Les civilisations primitives en OrientChapitre 8 sur 35 · U LES C1TITJSAT10NS PRIMITIVES · texte numérisé non relu

U LES C1TITJSAT10NS PRIMITIVES

eontcience pour raooomplissnmf^nt de ses devoirs. Un sujet» c*esl-à*dîre on fils, ne saurait Ty rappeler dans le cas où il s'en écarterait.

On a bien va des ministres et des lettrés, en de rares drconstances^ oser présenter des remontrances aux princes et signaler leurs injustices; mais c'était en s'agenouillanl, en offrant presque leur tête pour expier cette audace.

Laisser tous les avantages du côté du prince» savoir : la force année, la richesse et le pouvoir, n'était-ce pas lui permettre d*en abuser? Et en défendant au peuple de le renverser sous peine de crime de lèse-paternité, comment ce peuple n'eût-il pas toujours été à la merci du hasard de la naissance ou de l'usurpation, qui lui imposait un bon ou, le plus soutent, un mauvais roi?

§ 3. DOCTRINIB DE KHOUNG-F013-TSE13. — LES Ste^ChoU. OU LES QUATRE LIVRES CLASSIQUES (1).

Lesquatre livres classiques contiennent la doctrine de Khoungt$eu recueillie par ses disciples sous ces litres : !<> Le Ta-hio ou la grande élude, â"* Le Tchming'young ou l'invariable dans le milieu. 3« Le Lkm-j^ou entretiens philosophique. 4* Le Jfirn^t»eu.

Le ra-Ato ou la grande élude, est le premier livre et le plus important comme desiiné à Tinstruction des jeur.es gens qui se destinent à la vie politique.

(I) le me servirai de la traductioa donnée par M. Paathler dans ses Itvfif êmaréi de t Orient.

CHINOIS. ifô

«Le Ta-MOy dit an docteur Ghinoii, est an livre laisié par Khoaiig^ taen à son disciple Thseng-tseu, afin que ceux qui commencent à étadier les sciences morale et politique s*en serrent comme d'une porte pour entrer dans le sentier de la sagesse. >

On renseignait dans le collège impérial. Son étude, abao* donnée pendant quelque temps, fut reprise dans le xii* siècle de notre ère par le docteur Tchoû-hi.

Le philosophe commence par établir que l'homme une fois i r^e de raison doit apprendre les devoirs qui lui sont impo* ses dans les différentes conditions de la vie, développer ses facultés morales, et chercher son bonheur dans la sagesse.

La perfection morale, tel est le but final que se propose Khoung-tseu.

Le premier pas à faire pour y arriver, c'est de connaître son but, puis de méditer sur l'essenco des choses, sur les principes et les conséquences des actions.

11 donne en exemple les anciens princes Yao, Chnn et Yu, qui ayant coiiimonoé pir mettre le bon ordre dans leurs familles^ par se corriger eux«mêmes, par augmenter leurs connaissances, auraient finalement aiteinf celte perfection.

Il cite une des inscriptions giavéos sur la baignoire du roi Tching-thang, ainsi conçue : « Renouvelle-toi complètement chaque jour. » (le qui veut dire : examine-loi et améliore-loi sans cesse.

Noire philosophe blâme la solitude absolue et prolongée comme inspiratrice d'actions vicieuses : si la vertu se forme dans la conscience, sa manifestation doit être extérieure ; aussi appartient-il au sage de veiller attentivement sur ses pensées secrètes, afin qu'elles lui Inspirent des actions dfgnes d'être imitées. Suivant lui, quand l'ftme n'est pas maîtresse d'ellemême, on ref^arde et on ne voit pas, on écoute et on n'entend pas; c'est pourquoi il faut s'appliquer à rectifier son âme et à se corriger de toutes passions vicieuses.

Reconnaître les défauts des personnes qu'on aime et les

!)6 LES CIVILISATIONS PRIMIIIYES.

bonnes qualités de celles que l'on hait est chose fort rtre , l'homme étant natnrellement partial envers ceux qu'il aime» injuste enirers ceux qu'il hait, servile envers ceux qu'il respecte ou craint, miséricordieux enirers ceux qui lui Tont pitié.

Il^raite ensuite des devoirs imposés à ceux qui gouvernent.

On homme capable de gouverner et d'instruire les hommes doit tout d'abord être capable d'instruire sa propre famille. La piété filiale est sa première règle; c'est elle qui lui inspire delà déférence dans ses rapports avec les personnes plus ftgées que lui, et la bienveillance dans ses rapports avec la multitude.

L'influence de la vertu est telle» suivant lui» qu'une seule famille douée d'humanité et dé charité suffira pour rendre une nation humaine et charitable; de même un seul prince avare et cupide suffira pour amener le désordre dans une natiom Kn éBéif la conduite d'un prince étant publique» le peupler dans son ignorance, est disposé à imiter toutes ses actions» les jugeant bonnes, non en elles-mêmes» mais à cause dé la haute position de leur auteur.

« SI un prince ne possède pas et ne pratique pas lui-même toutes les vertus, dit-il» il ne saurait les exiger des autres. »

Et cependant, il les exige, car si les princes se mettent audessus des lois» ils veulent que les autres s'y soumettent.

Le livre des vers dit :

« Le prince dont la conduite est toujours pleine d*équité et de sagesse remplit ses devoirs de père, de fils, de frère atné et de frère cadet, et le peuple l'aime. >

Les devoirs réciproques des hommes entre eux sont fort bien déterminés dans ce livre. Il recommande de ne point faire à nos inférieurs ce que nous blâmerions dans nos supérieurs à notro égard. «Ce que vous réprouvez» dit-il» dans ceux qui sont A votre droite, ne le faites pas à votre gauche. »

i.e livre des vers porte :

« Le seul prince qui inspire de la Joie est celui qui est le père et la mère du peuple. >

Kboung-^seo retient sar le danj^r des mauvais exemples donnés par le prince : de même que le peuple imite les vertus du prince» il imite ses vices. Quand un prince cherche à amas* ser des richesses» le peuple s'abandonne à toutes les passions cupides. S'il est économef le peuple est ménager. Si le prince et les magistrats emploient des moyens violents et injustes» le peuple sera violent et injuste.

Le premier devoir do prince est d'élever en dignité l'homme de talent. S'il donne ses préférences à des hommes hais de tous» il fait ce qu*on appelle un outrage à la nature humaine. Des calamités redoutables fondront sur lui.

Enfin, les princes ne doivent point s'enrichir au moyen des revenus publics; la justice, voilà leur seule richesse. S'ils chercbékit à s'enrichir, ils attirent auprès d'eux des hommes cupides qui simulent la vertu pour les tromper. Le philosophe déclare enfin qu'une mauvaise administration fait tomber sur le gouvernement les châtiments du ciel et les vengeances du peuple.

Celle hardiesse de langage ne prouve point que les Chinois, au temps de Khoung-tseu» jouissaient d'une entière liberté de parler; son enseignement ne s'adressait qu'à un certain nombre de disciples et aux princes qui voulaient bien l'écouter; mais nous avons vu, dans les détails de sa vie, qu'il n'eût pas toujours impunément son franc«parler.

Un commentateur interprète, en la résumant, la doctrine de Khoung-tseu sur le gouvernement :

€ Le gouvernement d*an Empire consiste dans Tapplication des règles de droitare et d*équilé natorelle que nous avons en nous, à tons les actes d'administration publique, ainsi qu'au choix des hom* mes que Ton emploie, lef quels, par leur bonne ou mauvaise administration, conserTenl ou perdent l*Empire. U faut que, dans ce qu'ils aiment ou dans ce qu1ls réprouvent, Us se conforment toujours an senthnent du peuple. »

On ne peut renfermer plus de sens en moins de mots. Cette î T

9& LES cnriLisâTiom PRmiTiYES.

Ihéoria gOHtaniMieiitale n'a |as été dépasaée; nos réfohitions n'ont eu d'autre bot que de l'ériger en bit, et^ si simple qn^elle paraîsae» On est en<x>re à la recherche des moyens d'eiéouikMi.

§ 4. LE TCHOUNG-TOUlfG OU l'iNTARUBLI DAH8 LB

inuËc. (â* Livre claiiique.)

Le Tchùun§^ifùung contient les règles de conduite enseignées par Khottng-tseu et recueillies par Tseu-tsé, son petit*fila et disciple.

Khoong-tseu définit le milieu ce qui ne dévie d'aucun eôté^ et ViMvariable ce qui ne change pas ; le milieu est la voie droite» et YinvariaUlité est la raison fixe : c'est donc un traité snr h persévérance de la conduite dans la ligne droite.

Le sage écoutant les inspirations secrètes de sa conscience, pénètre les causes les plus subtiles des actîons ; il arrive ainsi i reconnaître que la vertu supérieure consiste à persévérer dans un invariable milieu. Hais combien peu d'hommes savent s'y tenir ! Khoung-tseu attribue la rareté des sages à l'ignorance qui empêche d'atteindre ce milieuy et à la science qui le dé- « passe; en eflet, beaucoup présumant trop de leur science, disent connaître le mobile des actions, et cet orgueil les fait tomber dans mille pièges.

Il cite à ce sujet, comme modèle, son disciple (hvori Hoeî, qu'il perdit si prématulfément et qui persévéra jusqu^au bout datts la voie droite.

Il regarde comme chose vaine et inutile la recherche du prihcipe des choses; il le croit inaccessible à notre intelligence. Sons ce rapport les Chinois, dont la grande majorité professe sa doctrine, n'ont point changé, ils pensent encore que l'homme iei»bas a bien asiei à se débattre avec le connu, pour ne point

cEinois. 90

perdre tes eoarts instantt de sa rie à là redierébe ou à Pexplication de rinconno* Voilà sans doute un bon moyen pour ne pas se tromper, mais, c'est aussi un moyen pour ne pas hifè de progrès, ce qui explique Tétat stationnaire et inrérieur de la science en Chine.

Khoung-tseu» conformément à ce système,, désapprouve les actes extraordinaires qui tendent à mériter Tadmiration et la reoommée. N'estK» pas détruire rémulation, et imposer des limites même à Tindustriet

tl recommande au sage de fuir le monde et de vivre ineonnu ; misanthropie renouvelée de Lao-tseu, mais sur laquelle toutefois il n'insiste pas.

11 reconnaît qu'il y a des règles de bonne conduite à la portée de tout le monde, cependant il ajoute qu'il n'est donné i personne* pas même à ceux qui sont parvenus au plus haut degré de sainteté, d'atteindre à la perfection de la science moraie.

Ainsi, il conçoit un idéal moral inaccessible aux efforts de rhomme, comme les théologiens conçoivent une personnalité divine, dont ils ne peuvent expliquer la naiure.

Malgré cette limite, la règle de conduite morale du sage t, suivant lui, son principe dans le cœur de tous les hommes, d'où elle s'élève à sa plus haute manifestation pour éclairer le ciel et la terre de ses rayons éclatants.

Notre philosophe développe ensuite cette éternelle et universelle maxime : Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qui te soit lait.

< Celui, dit-il, dont le cœur est droit et qui porte aux autrei la même sentiment qu'il a pour lui-même, ne s'écarte pas dé la loi morale ni des devoirs prescrits aux autres par leur iraison, et ne fuit pas aux autres ce qu'il désire qu'on ne lui fasse pas à lui-même. »

C'est là un principe de morale universelle auquel se rallient tous les moralistes, tous les philosophes, lorsqu'ils n'ont pas la conscience faussée par des préjugés traditionnels.

100 LES CIYILISATIOlfS PRIMITIVES.

Khoang-tseu recommande la circonspection dans les paroles» et leur conformité avec les œuvres.

11 établît qu'aucune condition de la vie sociale ne saurait être un obstacle à la vertu ; le sage qui s*est identifié avec la loi morale conserve toujours assoz d'empire sur lui-même pour accomplir les devoirs de son état dans quelque position qu'il se trouve. S'il est dans un rang supérieur, il ne tourmente pas ses inférieurs; s'il est dans un rang inférieur» il n'importune pas de ses sollicitations ceux qui occupent un rang supérieur. Il ne murmure pas contre le ciel et n'accuse pas les hommes de ses infortunes ; c'est pourquoi il conserve une &md toujours égale en attendant l'accomplissement de la destinée céleste. Car Khoung-tsea» sans avoir une doctrine religieuse bien définie» croyait néanmoins que la destinée humaine ne se bornait point à une courte évolution sur terre; elle devait sui* vant lui trouver dans le ciel» c'est-à-dire dans une vie future» une juste compensation à ses maux passagers d'ici-bas» doctrine d'autant plus consolante qu'il ne la faisait pas dépendre de croyances dogmatiques» locales et variables, mais de la conduite individuelle de tous les hommes sans exception.

Il trace ensuite les règles du gouvernement ; il attribue la bonne administration aux qualités des ministres ; tout dépend, en conséquence» du choix des hommes que le princo aura su faire ; le bien public doit en être le mobile. Or» pour avoir ce mobile toujours en vue» il faut se conformer à la grande loi des devoirs dont la base» le point de départ est l'amour des hommes» l'humanité. Cette humanité elle-même découle de l'amour filial; et l'application de ces deux sentiments est la justice, laquelle consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû.

Khoung-tseu compte ici» comme dans le Chou-Kiiig, cinq devoirs universels : les relations entre le prince et ses ministres» entre le père et ses enfants, entre le mari et la femme» entre le frère aîné et le frère cadet» et entre les amis.

11 reconnaît trois grandes facultés de l'âme : la conscience qui M la lumière de rintelligence pour distinguer le bien du

mal, l'hamanité qui est Téquité du cœur, et le oourage moral qui est la force d'&me.

Ces divisions et déûnitions ne sont pas toujours marquées au coin d'une rigoureuse logique, mais elles montrent les et* forts d'une intelligence supérieure pour approfondir la nature de Thomme.

Il représente celui qui aime Tétude, c'est-à-dire la recherche des lois et des devoirs, comme tout près de posséder la science morale; celui qui (ait ses efforts pour les pratiquer, comme prêt à se dévouer au bonheur des hommes, et celui qui sait rougir de sa faiblesse, comme doué de la force d'&me nécessaire à leur accomplissement.

Pour ceux qui gouvernent, les obligations sont plus nombreuses; Kboung-tseu leur indique neuf devoirsàremplir : Use régler soi-même; 2^ révérer les sages; 3^ aimer ses parenis; V honorer les premiers fonctionnaires de TEtat ; S<> être en parfait accord avec les magistrats ; 6* traiter et chérir le peuple comme un fils ; attirer à soi les savants et les artistes; 8^ bien accueillir les étrangers ; 9« traiter amicalement tous ses vassaux

Puis viennent des devoirs secondaires : se purifier de toute souillure ; avoir un extérieur propre et décent et des vêtements distingués ; ne se permettre aucune action contraire aux rites ; répudier les flatteurs; fuir les séductions de la beauté ; mépri* ser les richesses; estimer ceux qui pratiquent la vertu, honorer ses parents, augmenter leurs revenus, aimer et éviter ce qu'ils aiment et évitent. Tels sont les moyens à employer pour régler sa personne, pour encourager la sagesse et pour resserrer l'union entre parents. Or, tous ces devoirs sont comme remplis du moment qu'on est bien résolu de les remplir.

h, part l'observation des rites qui complique la morale de

devoirs factices et traditionnels, ces prescriptions indiquées

par Khoung-tseu s'adressent aux hommes de toutes les classes

et de tous les pays.

Tenant compte des efforts tentés, quoique infructueusement.

102 LES CITIUSATIOnS PRIMITITES.

pour acquérir la sagassa* il anoourage ceux qui étudiepi» mA» me sans en profiter, ceux qui interrogent les hommes instruits^ mèma sans pouvoir acquérir la science ; ceux qui méditentj même sans pouvoir s'éclairer sur le principe du bien.

Tout en recoojiaissant la difficulté» pour ne pas dira Tini* possibilité d'arriver à la perfection morale comme à la vérité absolue» Khoung-tseu croit qu'on peut y atteindre par U» lumières de rîfilelligeoce aidées de rinstructiou. i Ceux qui parviennent à l'acquérir arrivent i connaître leur propre namre» les lois qui régissent leur être et les devoirs q^i en dérivent,

Kboung-tseu élève si haut l'homme doué de la perfection morale» qu'il lui attribue nou-aeulement la connaissance de sa propre nature» des lots et des devoirs de son être» mais encore la l^cuUéde prévoir les choses à venir» et aussi de se révéler par des bienfaits sans se montrer» d'opérer le bien sans agir. U est vrai qu'il ne peut pas en citer d'exemple» mais il espère encourager davantage son semblable en lui faisant entrevoir une perspective que d'autres présentent conune un effe^ du non agir, suivant Lao-tseu.

Si un homme de condition ordinaire peut aspirer i ce sublime résultat» queaara-ce d'un prince? l-e prince, arrivé i oett^ haute sagesse» n'aura qn*à agir» et pendant des siècieiy ses actione seront les loi/i de l'empire ; il n'aura qu'à parler^ el pendant des siècles ses paroles seront les règles de l'empire. Ce prince est encore à naître» mais Khoung-tseu le àuppose pour avoir l'occasion d'exalter la souveraineté remise aux mains d'un homme sage; et» suivant lui» il n'y a que le sage qui^ par la faculté de connaître à fond et de comprendre parfaitement les lois primitives des êtres vivants, soit digne de posséder le pouvoir souverain ;qui ayant une &me grande» aflableel douce, soit capable de répandre des bienfaits avec profusion; qui par sa fermeté imperturbable, constante» soit capable de faire régner la justice; qui par sa simplicité» son honnêteté» sa gravité» sa droiture» soit capable de s'attirer le respect et la véaé*

ntîoa ( qui, éunt ravétu de tpus les charmes de l'esprit al da Uleni à la suiie d'une étude assidue et de lumières tirées ida Tiof estigaCion des choses les plus cachées» des principes les plus subtils» soit capable de discerner avec exactitude le vrai du faux» le bien du mal.

Si Khoung-tseu avait fait de la rénnion de ces diverses quat lités une condition nne quâ non de la souveraineté» il aurait été obligé de condamner celle-ci» puisqu'elle ne lui en offrait point d'exemples» et ceux tirés de Tantiquité n'étaient qu'un idéal traditionnel auquel il ajoutait sans doute beaucoup du sien» afin d'en proposer l'imitation aux princes de son temps. Enfin» il croit que le sage, fût-il arrivé à une certaine perfection» peut déchoir s'il ne se surveille pas incessamment» s'il ne juge pas les plus secrets mouvements de son propre cœur par /ceux qui sq réy/^leat idan^ |^s ^i^^^, (^t n'y irpuv^ rifo dont il ait à rougir.

A ce propos, il cite une maxin^e du livre des ver^ : f ^ren^ bien garde de ne rien fs|ire dans les lieux les plus secrets doi^t tu ppisses rougir. » C'est ainsi que le sage peut ^'attirer encoDt le respect» alors même qu'il ne se produit pas en pi^blici A| qu'il est vrai et sincère» alors même qu'il garde le silence.

Le même livre des vers dit encore : < J'aime et je chéris cet(# vertM brillante qui est f'accompliss^ement de la loi naturelle de l'homme et qui ne se révèle point par beaticoup d^ pofpp^ .et de bruit.

Après avoir exposé la doctrine de son maître sur les devoirs de l'homme dans tontes les conditions» Tsei^-tS(6 ei^igii^ à son tpur combien il fallait faire attention k nos actiofif et ^ nos pensées. « Il faut» dit-il, faire tous nos efforts pot^r a^teîiidre à ç^\e solide v^tu qui attire 1# respect et la véoi^ratjoff f)e tous les hommes et procure une abondance de paix et de tr^ quilité dans (ou^ l'empire. »

En résumé» l'invariabilité dans le milieu» c'est la perfection morale q^e Ki^oung^tseu présente comme le but auquel doivent tendre les hommes de toute condition. S'il f^ut une pf^r?-

104 LES anuunoifS primitites.

pétqélle sunreillance de soi-même, à laquelle peu de penonnei Toudront se soumeitre, au moins le philosophe, en s'adressant aux personnes de bonne volonté, ne leur propose point les deiroirs Tactioes de l'asoéiisme, mais les engage à cherdier dans leur conscience les lois de la morale universelle qui y soni inscrites, et leur indique des moyens pratiques pour les accomplir.

S $• LE Lûn^TÛ, ou EIlTRETIElfS PHILOSOPHIQUES. (fUvreelaislque.)

Toute la doctrine philosophique de Khoung-tseu est résumée dans le Lûn^YÛ.

Un commentateur de ce livre, Tching-tseu, dit que son but était de faire connaître la vertu de l'humanité au moyen de la doctrine de la raison dont les hommes doués de sainteté ont fait un objet d'étude persévérante.

Cette doctrine est simple, car elle est fondée sur la vraie nature de l'homme, et Khoung-tseu avait le droit de dire : c Ma doctrine est simple et facile à pénétrer, a C'est ce que démontrera l'analyse de cet ouvrage.

Ghàp. 1^. Khotmg-tseu parle de la grande satisfaction que fait éprouver l'étude persévérante du vrai et du bien ; puis il exalte la piété filiale et la déférence fraternelle comme bases de l'ordre et de l'obéissance dans l'empire, et comme les premiers devoirs à enseigner aux enfants ; c'est le moyen de les rendre attentifs dans leurs actions, sincères et vrais dans leurs paroles, et attachés aux peronnes vertueuses; une fois bien pénétrés de ces devoirs, ils peuvent alors chercher à acquérir des connaissances et des talenU.

Puis il énumère les règles prioeipales qui doivent diriger la conduite privée :

Ne contractez pas d*amitié avec des personnes inférienres à vous moralement et intellecluellement.

Qaand vous êtes à table ne cherches pas à assoavir votre appétit.

Fajex les Joaiisances de Toisiveté et de la mollesse.

Soyez vigilant dans vos paroles.

Fréquentez cenx qui ont des principes droits, afin de régler votre conduite sur eux.

Pauvre, sachez trouver du contentement dans la pauvreté) riche, plaisez-vous dans la pratique des vertus sociales.

Ne nous affligeons pas d*étre inconnus des autres, mais affligeonsnous de ne pas les connaître nous-mêmes.

Ces préceptes sont tellement simples et vrais qu'ils n'ont besoin. d'explication pour personne.

Ghap. 2.&houng-tseu ne veut pas que le gouvernement repose siir la crainte ; car en maintenant le peuple dans l'ordre par la crainte des supplices, il sera circonspect dans sa conduite» mais il ne rougira pas de ses mauvaises actions; tandis que si on le gouverne selon les principes de la vertu et par les seules lois de la politesse sociale, il aura ho ite d'une action coupable et il avancera dans le chemin de la sagesse. Par les lois de la politesse il entend, sans doute, celles d'one justice bienveillante qui s'exerce bien moins pour sévir que pour corriger.

Il insiste de nouveau sur les devoirs envers les parents, soit pendant leur vie, soit après leur mort. Pendant leur vie on doit les secourir; après leur mort« on doit porter leur deuil. La piété filiale s'applique à tous les actes d'affe<;tion et de bonté; il dit qu'elle s'étend même aux chiens et aux chevaux.

Il définit l'homme supérieur, celui qui met ses paroles en pratique, parle conformément à ses actions ; montre une bienveillanœ égale pour tous et est sans égolsme et sans partialité.

Il disait à son disciple Teou : c II faut savoir que l'on sait

106 LES GIYILISÀVlOlfS PRlMirTYSS.

ce qiDQ l'on Mît, et savoir qae Ton ae sait pas ee que Von ne sait pas. Il voyait autant de présomption à feindre tout ignorer qu'il feindre toul connaître.

Donnant des conseils à son disciple Tseu-tcbang, qui é(ur diail pour devenir gouverneur, il lui recommandait d'ôtfp toujours bien attentif' à ne rien dire de superflu, et à agir 4^ manière à ne point se repentir de ses actions.

Le prince de Lou lui ayant demandé par quels moyens on poavait sounietire le peuple, le philosophe lui répondit : < Elevez et honorez les hommes droits et intègres, abaisses et destituez les hommes corrompus et pervers. Si* vous faites Topposé, le peuple vous désobéira. Ayez de la piété filis^le et de la commisération, et alors le peuple sera fidèle; élevez aux charges publiques et aux honneurs les hommes vertueux, et donpez de riqsiractîcn k C0M qui ne peuvent se la procurer par eux-mêmes, alors le peuple sera excité à la vertu. GétêH là de fort bp9S conseils, et qui n*ont pas vieilli, mi^is l'histoire ne dit pas que le roi s'y soit conformé.

C9ÀP. 3« ILhoung-tsea s'élève contre l'éclat donné aux ponipes funèbres; il lui préfère une douleur silencîeu/iey comrne imArque de regret plus siqcère; cependant \^ c6f> rémooies consacrées ^ux ancêtres étaient accompagnée^ de poippes a^seç voisines d'un culte superstitieux, et notre p)|ir losopbe m impose la pratiquop

binemi de toute dispute, il n'admet de coptest^iion qu# dans les jeux où l'on tire à un but; et encore veut-il quelle vainqueur oMe U plsce à son antagoniste vaincu et entre 4ai9S la salle pour prei^dre une t/isse de th^ avec lui.

11 jBe rapproct^e ici de |Lao-tseu, qui réprouvait jusqu'à 1^ joie légitime du triomphe.

.C«AP* 4. Notre philosophe développe cette thèse que si )fi pensée est sincèrement dirigée vers les vertus de l'humanil^, on ne ooii^mettra point d'actions vicieuses; et par ces vertus^ il n'entend pss seulement l'attention ppur les autres, m^is aussi H fesRiçt 4^spt-w*wç. »« M P»uvrpi#, 4Hry, et mp W>-

4CHOIOI9. (07

sition buinble oq vi|6 font l'objet de la baine etdq mépjrisdes hommeSy ipais» $i l*on ne peut en sortir par des voies honnêtes et droites, il faut y rester. »

II recommande d*estimer par-dessqs tout les hommes doués d*|iumaQité; mais il ajouta que c'^t pratiquer encore rbunianité que de baîr et d'éviter ceu:^ qqi en sont dépourvus.

La baine est ici de trop, à moins qu'elle ne s'applique au Tice seulenient; si elle «devait atteindre rbpmme; ce serait manquer aux sentirueut3 charitable dont iQute la doclripe de Kboung*tseu est empreinte ; même eu détestant le vice, n^est-ce pas Tatra acte d'bumanilé que de vouloir ramener par la bienyeillauce l'homme vicieux à la vertu?

Il dépeint J'bomme supérieur jse monlinnH dans touf^èa 1^9 cireonstauces de la vie exempt de préjuflé^ et d'obstiui^liQUi et se ponfpriuant iau^ règles de la juatice.

Il désapprouve la recherche des emplois publics» et veut qa*ou ^it moins empressé de les obtenir ^ue d'acquérir Wa talents nécessaires pour a*en ;icqujtter : t Ve 9ojei^ pa^ p(|ligési dit-il, de ue pas être encore connue, maia cherchez à vous rendre dignes de j'étre. ji

Voici des paroles empreintes d'une véritable pl^.ilautbrojpia;

€ Je voudrais procurer aux vieillards un doux repos ; eonserver aux amis et à ceux avee lesquels on a des relations une fidélité eonslaaU; donaer «ux enCu^ta ei aux bibles des soins tout maters. •

Obum. •. Youanrase, up de ses diaciples» ajryiut iié Mmmfi gouxerneur d'une vÂUe* on Im offrit 900 mesuoes de riz pour appoiolaq^ent; il çmi devpir rtCufser; mm ao» malti^e lui djt ; € Ne l€ii celuse^ pas» et distrîbuept-les aui^ baJbjiants ?Qiiu)^ de votre demeure, p

Il donne pour exemple 46 aiuiplicité rigide son dier diaciple Hoeyi» qui se couteoiait d'un vase de bambou pp^r preudpe aa DOurrUnne» et |iabitaiit un humble réduit dans une rjoe étioiie et déserte» ce qui, a^oute-l-il, n'Otait rien à sa séri^Ml^*

108 LES CIVILISATIONS PiaMITIVES.

Tout en estimant ce genre de vie, Khoang-tseu ne le pratiqua pas lui-môme, et n'y encouragea passes disciples. Il avait trop de bon sens pour admettre que la sagesse pût gagner quelque chose aux morliGcations.

Un de ses disciples résume sa morale individuelle et sociale en quelques mots : Avoir la droiture du cœur et aimer son prochain comme soi-même.

Khoung-tseu, pour distinguer lliomme supérieur de Tbomme vulgaire, disait que Tun est inspiré par la justice et Tautre par l'amour du gain.

11 attache un grand prix à Tinfluence de l'exemple ; outre celui des anciens, il propose celui des sages contemporains : « La vue d'un sage, dit-il, doit nous faire réfléchir en nousmôme pour voir si nous possédons ses vertus, comme celle d'un pervers doit nous porter à scruter attentivement notre conduite.

Enfin, un des attributs de l'homme supérieur, c'est d'être lent dans ses paroles et rapide dans ses actions.

Ghap. 5. Khoung-tseu n'approuve pas l'art de parler avec adresse, il croit qu'il engendre la haine entre les hommes. Quant à lui, dans Ses relations avec les autres, il écoule leurs paroles, mais il examine surtout leurs actions.

Le positivisme de notre philosophe, réprouvant les actes inutiles, n'admet pas que le dévouement à ses semblables doife être poussé jusqu'à se sacrifier à coup sûr en venant à leur secours. Ainsi, un de ses disciples lui demandant si un homme qui voyait un autre tomber dans un puits devait s'y précipi ter lui-même en vertu des principes de l'humanité, Khoungtseu répondit :« Pourquoi agirait-il ainsi? L'homme supérieur doit s'éloigner, et ne doit point s'abuser sur l'étendue des devoirs qui ne l'obligent point de perdre la vie. »

D'après ce système on n'exposerait jamais son existence ponr les autres avant d'être bien assuré d'en sortir sain et sauf. Ge« pendant le mérite du dévoûment n'est-il pas dans les risques qu'il fait courir.* ^

Quoique ennemi de régoîsme, Khoung-tseu professe qu'on doit penser tout d*abord à soi-même, et qu'on faft suffisamment preuve d'humanité en pensant ensuite aux autres* Homme d'observation avant tout, il a vu que généralement on travaille pour soi avant de travailler pour son prochain, et il a érigé en principe le primd mihi si universellement pratiqué et qu'il aurait dû laisser dans le domaine des faits nécessaires: voici, au reste, comment il développe ce système :

€ L*homme qui a la vertu de l'humanité désire s'établir lai-mème, et, ensuite, établir les autres ; il désire conaattre les principes des choses, et, ensuite, les faire connaître aux autres ; avoir assez d'empire sur lui-même pour jager les autres par comparaison avec lui, et agir envers eux comme il voudrait qu'on agtt envers lui; c'est là, dit-il, ce qu'on peut appeler la doctrine «de l'humanité ; il n'y a rien au-delà. >

Certes, en faisant pour les autres ce que nous désirons qu'ils fassent pour nous, nous n'abdiquons pas notre personnalité, et, pourtant, nous ne sommes point égoïstes : nous obéissons à la loi de réciprocité que Khoung-tseu préconise comme le nec plus uUrà de la vertu sociale.

Chip. 7. Aucun moraliste n'a su mieux que lui faire la part de la faiblesse humaine ; et, bien qu'il se soit créé un type de sainteté offrant la réunion dans un seul homme de toutes les vertus pratiques, il ne se dissintule pas la difGculté d'en ren* contrer la réalisation : « Je ne puis parvenir à voir un homme véritablement vertueux, dit-il ; tout ce que je puis, c'est de voir un homme constant et ferme dans ses idées. »

Voilà pourquoi il n'exige que des sacrifices à la portée de tous. 9

Loin de ces théoriciens qui cherchent uniquement à propager une nouvelle doctrine, il s'eiTorçait de prêcher d'exemple, et cet effort môme pouvait contribuer à lui faire reconnaître •xpérimentalement tous les devoirs accessibles à Thomme. Or» dans cette limite même du possible» combien y a-t-il de sagest

110 LES aVILISÀTIONS PRIMIUVES.

Khoiltig-Cieu» Socfate, Jésus*Christ, ilarc*4urèle, foilà les plus (!élèbres, et encore les partisans de chacun d'eux vont-ils fouiller avec malice dans la vie des trois autres pour y trouver des tachés. JTai dû signaler dans la doctrine de Khoung-tseu lui-même, le sage pratique le plus complet de tous» des défauts 4ul la déparent*

Ses disciples en faisant son portrait dépeignent bien Thom* me dont l'attitude extérieure répond i l'état moral : O était» disent-ils» d'un abord aimable et prévenant; sa gravité sans raideur» et la dignité de son maintien» inspiraient du respect sans contrainte.

Khoung-tseu parlait peu des choses surnaturelles» de $éni$ê ou d'êipriu. Et la-dessus» son commentateur offlciel, Tdioii* hi» disait s < Le saint homme ne s'entretenait que de» ehosei parfaitement droites, conformes à la raison, et aecessiUéS i ses investigations. L'existence des etpriu et des génies se suppose d'après les événements heureux qui arrivent dans le mondé» quoiqu'on ne puisse s*en rendre compte selon le cours ordinaire des choses ; cependant» à moins d'atteindre aux dernières limites de la raison, il y a des faits qu'il n'est pas donné à Thomme d'éclaircir. C'est pourquoi on ne peat légôréAieftt s*en entretenir avec les hommes. «

Par cette prudente réserve, on n'arrive pas à résoudre fèl questions d^origine et de fin de l'homme et des choses; on û» dierche point à analyser la nature et les facultés de Time» I découvrir l'action d'une puissance supérieure surTunivers; mais aussi l'on ne se dispute peint sur des questions douteuses» on n'impose point ses opinions par le ferou le feu, et siCon meurt ignorant de ce qu'on devient après cette Vie, au moins ûa ne tombe point victime du fanatisme et de l'intolérance.

Châp. 8. Un disciple de Khoung-tseu étant malade disait s € Quand l'oiseau est près de mourir son chant devient triste; quand l^ommeest près de mourir» ses paroles portent Tetnprehute de U vertu. »

GHIIIOIS* 111

On trooTe rarement chjez les philosophes des peilséeé empreintes d'une aussi douce mélancolie.

Dans le môme chapitre, Khoung-tseu soutient que l'homme doué d'une foi inébranlable dans la mérité et aimant l'étude ayec passion, conserve jusqu'à la mort les principes de la Tertu qui en sont la conséquence.

Il conseille à ses disciples de visiter les pays gouvernés par les principes de la droiture et de la raison, et d'aller plutôt Tivre dans la retraite seuls et ignorés que de rester sous un gouvernement injuste: t Dans les premiers, dît-il, là pauvreté et la misère sont un sujet de honte; dans le deuxième, la richesse et les honneurs sont également des siyets de honte. »

Cette honte est-elle un motif surfisant pour que le sage se retire en lui-même et prive les autres de l'exemple de ses vertus? Son devoir n'est-il pas, au contraire, de protester par sa présence et ses paroles contre le crime impuni et triomphant? Hais ici se présente la question du dévouement à toute épreuve, et, il faut le répéter, ce dévouement fait défaut à la morale de SLhoung-tseu.

Chap. 10. Khoung-tseu ne recommandait pas seulement de rendre des services aux autres pendant leur vie, il voulait que la charité les suivit jusqu'après leur mort, et il en donna Texemple : lorsqu'un de ses amis mourait sans laisser de quoi suffire à ^es pompes funèbres, il revendiquait comme une faveur d'y présider et d'en payer les frais.

Ghap. 11. Il n'osait pas s'élever contre les superstitions des Chinois à l'égard des etpriti, de leur influence, et du culte qu'on leur rendait, mais nous venons de voir qu'il n'hésitait pas à placer les questions morales au-dessus des questions religieuses. Dans ce chapitre, quelqu'un lui demandant comment il fallait servir les esprits et les génies: c Quand on n'est pat encore en état die servir les hommes, répondit-il, comment pourrait-on servir les esprits et les géni€S ? Quand on ne sait pasencore ce que c'est que la vie, comment pourrait-on connaître la mort?»

11 disait encore :

« Goarerner son pays arec la Terta et la capacité néeessalres,e*eil ressembler à Tétoile polaire, qui demeure immobile à sa place« tan* dis que les autres étoiles circuleot autour d'elle eu la prenant pour guide. >

Il soutient ici que les grands ministres sont ceux qui peuvent servir leurs princes selon les règles de la droite raison, et qui se retirent, s'ils cessent de le pouvoir.

Des ministres aussi intègres se sont quelquefois rencontrés à l'honneur de Tespèce humaine, mais leur exemple n't point fait école.

Ch%p. 12, Khoung-tseu répète encore cette fameuse maxime ' qu'on ne saurait trop rappeler : « Ce que vous ne désires pas qui vous soit fait à vous-mêmes, ne le faites pas aux autres hommes. »

L'humanité étant chose difficile à pratiquer, il veut qu'on soit sur ce sujet sobre en paroles et zélé pour l'action.

Tseu-hia, un de ses plus dignes disciples, émet cettepensée : que*rhomme supérieur doit veiller avec une sérieuse attention sur lui-môme, porter dans le commerce des autres une cer* taine déférence, des manières distinguées et polies, et regarder tous les hommes comme ses propres frères. »

On yoit que le disciple avait bien profité des leçons du maître.

Khoung-tseu, interrogé sur ce que c'était que le gouvernement, répondit : « C'est ce qui est juste et droit. » La réponse était trop générale, car elle pouvait s'appliquer à toutes les circonstances de la vie, siiit privée, soit publique.

Chap. 13. Ce chapitre est spécialement consacré aux conditions d'un bon gouvernement. Les devoirs du roi, suivant Khoung-tseu, sont de donner, le premier, l'exemple delà tertu et du travail, d'avoir de bons fonctionnaires pour les diverses branches de l'administration, de pardonner les fautes légères, d'élever les hommes de vertu et de talent aux dignités publiques.

Celui qui gouverne avec droiture et équité n'a pas besoin d'ordonner le bien pour qu'on le pratique ; celui qui tient une conduite opposée» quand même il ordonnerait le bien» ne sertit pas obéi.

Il cite ce proverbe : c Agir en prince est chose difficile, agir en ministre n'est pas facile. • Et nul mieux que lui n'a su déterminer les obligations rigoureuses de ces hautes fondions. Il regarde comme le symptôme de la ruine prochaine d'un Etaty le silence du peuple sur les mauvaises actions de ceux qui le gouvernait, c Si j'étais roi , dit-il, il ne me faudrait pas plusd'u* ne génération pour fairerégner partout la vertu de l'humanité.» Ses efforts comme administrateur prouvent qu'il ne s'en tenait pas à de vaines paroles.

11 recommande une prudente lenteur dans l'expédition des affaires» et condamne la préoccupation des intérêts personnels* Il blâme les hommes qui ayant des projets hardis manquent de résolution pour les exécuter, tout en voulant suivre la voie droite tracée par ceux qui ont fait des actions d'éclat : il leur préfère ceux qui, fermes et persévérants, ne pratiquent oepen* dani que des actes à leur portée.

L'homme supérieur,dansnQe haute posilion,nemoiitre point de faste et d'orgueil; l'homme vulgaire en montre dans une infimo condition. La vertu de l'humanité éclate surtout dans l'homme ferme, patient, simple, naturel et sobre en paroles. j| conseille aux lettrés, particulièrement, de rechercher sincèrement le vrai, d'exposer les résultats de leurs recherches avec la même sincérité, et d'avoir toujours un air affable et prévenant.

Chip. 14. Khoung-tseu fait observer avec raison que l'homme doué de la vertu de l'humanité ne doit point l'être uniquement en théorie, mais qu'il doit y conformer sa conduite sociale, et, surtout, posséder le courage viril. Cependant, il peut arriver que Thomme doué de courage viril ne possède pas nécessairement la vertu de l'humanité.

Le proverbe : t Qui aime bien, chfttie bien, » se trouve 1 8

M 4 LES CIVILISATIONS mililTiyES,

dans 6es parères dii philosophe : « Si on time bien, li6 petit-on pâft aussi bien châtier f Si Ton a de la droiture et de la Ûàfiiiâf né pêut-oA pas faire des remontrances?

Il comprend que la pauvreté puisse inspirer la haihe; vMik iin'adtaet pas que la richesse puisse inspirer Torguefl.

Il attribue à la vertu de l'humanité le pouvoir de dissiper kà tristisses» k la science de dissiper les doutes de Teaprit, au courage viril dé dissiper les craintes ; et il avoue» avec trop de ibodestie» sans doute, nSvoir pas encore atteint œa vertua.

Qnèlqu'uii lui ayant demandé : «Que doilon penser de oèlài qui rend bienfait pour injure ti 11 répondit: t Avec qu«i paiera*t-on laa bienfaits eux- mêmes t II fhut payer par Téquité la haine et les injures, et les bienfaits par des bienfaits. >

Il trouvait donc le précepte mis en avant par Lao-tseu comme au-dessus delà morale humaine, et contraire i une rigouiretise Justice.

Il ttiét)risait profondément les hommes qui, arrivés à un cëirtain flgë, n'avaient rien fait que vivre dans l'oisiveté; car il n'admettait pas qu'aucun homme, riche ou pauvre, pût se dispenser des devoirs de la sociabilité. Un de ses anciens amis, Yottan>jung, plus âgé que lui, restait oisivement assis sur le chemin , lea jambes croisées. Khoung-tseu lui dit: c Étant entant» n'avoir pas eu de déférence fraternelle; dans l'âge mûr, n'avoir rien fait de louable; parvenu à la vieillesse, ne pas mourir ; c'est ne valoir rien. » Et il loi frappa une Jambe avec son hilton, en signe de mépris.

CAà». 15. Khoung-tseu représentel'homme supérieur comme plus fort que le besoin, et Thomme vulgaire dans le besoin comme tout prêt à défaillir.

It recommande à ses disciples de ne jamais dévier d'une conduite honorable et digne, en toute circonstance et partout, c Si vos paroles ne sont pas sincères et fidèles, dit-il, vos acHoBS constamment honorable» et dignes, que vous soyez dans une cité de 2,000'familles ou dans un hameau de 25, que prisera* t-on de votre conduitet i

cHinois* 115

Il n'ast point partisan des convenions forcées, et il déclare que c'est perdre inatilement ses paroles que de s'aduofftf à des faonunee peo disposés à recevoir sei inslructioos; CMiendant, il veut ici qu'on s'expose au besoin à la mort pour «9eomplir les vertus de rbumanité. Ce pBéceptf sur les actes de dévouement semble heureusement démentir ce que noua avons vu plue haut. La sévérité pour soi-même et rindulgence pour les autres est une de ses plus fréquentes recommandationa, et il la reproduit ici.

Gomme dans le chapitre précédent, il plaint Thomme dont la vie s'est deonlée sans laisser après elle des actions dignes d'éloge. Parlant de l'atUlude de l'homme supérieur en société^ il dit qu'il est ferme dans ses résoLpl^ns sans avoir 4^ 4i0ftluads avec personne» vit en paix avec la foule aana n'y ipaf^ ne s'inquiète pas de la pauvmlé, mais s'inquiète de u» |MS atteindre la voie droite.

Khoung-tseu préfère l'étude à la médhatiQu, et a^one qu'il avait passé des journées entières sans nourriture, et des miHs sans sommeil, pour se livrer à la méditation, et n'en avoir tiré aucune utilité réelle; il trouve, au contraire, un grand bon* heur dans le sein de Pétude. C'est une condamnation faidirecte de l'ascétisme contemplatif de Lao-tseu, ttinemi de la sdenoe*

Il dit que les principes de conduite étant diffiârents, les conseils en général ne suffisent pas ; il faut donc s'ellbreer d'avoir un enseignement pour tout le monde, sans distinction de dasse. C'est, en effet, la méthode qu'il a suivie aViec succès^ car sa philosophie est la seule qui se soit propagée dans les masses avant celle de Jésus-Christ*

Chap. 16. Ce chapitre est rempli de maximes qui n'ont aucun lien entre elles. Voici les plus remarquables :

« SI chacan obtient la part qui loi est due, il n'y a point de pauvres, s Si la eoDcerde règne, il n'j a pas de pénurie d'haMtants.

116 LES aVlUSATIONS PHlMlTiVES

» S'il y a paix et Iranqaillilé, il n'y a pas de cause de raine ou de rirolatlon.

» Il y a troif sortea d'amis qaf sont utiles et trois sortes qnl sont nuifibles : les amis droits et véridiqnes ; les amis fidèles et rertuenz; les amis qui ont éclairé lenr intelligence, roilà les amis utiles. Les amis qui affectent une gravité toute extérieure et sans droiture; les amis prodigues d'éloges et de basses flatteries ; las amis qui n*ont que la loquacité sans intelligence : roilà les amis nuisibles.

» Il y a trois sortes de Joies ou satisfactions utiles et trois sortes qui sont nul&ibles : celle de s'instruire dans les rites et la musique; celle d'instruire les hommes dans la pratique de la vertu ; celle de posséder l'amitié d'un grand nombre de sages sont les Joies ou satisflictions utiles. La satis&etion que donnent la vanité et l'orgueil ; celle de ToisiTeté et de la mollesse; celle de la bonne chère et des plaisirs sont les satisfactiooH nuisibles. »

KhouDg-tseu recommande à la jeunesse d'éviter les plaisirs sensuels , à la maturité» d'éviter les rixes et les querelles; aux vieillardSi d'amasser des richesses.

Il compte neuf sujets principaux de méditation : s'éclairer en observant, s'instruire en écoutant, conserver le calme et la sérénité dans ratiitude, la dignité dans la contenance, la sincérité dans la parole; dans les actions rechercher le respect^ dans le doute interroger les autres, dans la colère réprimer ses mouvements» dans le gain penser à la justice.

Où trouver une morale plus complète et plus claire?

Chàp, 17. Le philosophe proclame cette grande vérité» que les hommes sont semblables par la naturo, mais que l'éducation les rend divers et les éloigne. Il aurait dû ajouter qu'une bonne instruction» distribuée à tous» les rapprocherait de nouveau; car c'est l'inégale culture de l'esprit et de la conscience qui divise les hommes» au point de faire voir dans la même société» à côté de grandes intelligences» de véritables brutes.

Khoung-tseu revient sans cesse à la vertu de l'humanité, sa plus grande préoccupation ; il dit qu'elle consiste : 1* dans le

GBINOIS. 117

respect de soi-même et des autres; 2o dans la générosité; 30 dans la sincérité; 4* dans l'application au bien; 5o dans la bienTeillanoe pour les hommes.

Mais comme point de départ du perfectionnement des qualités humaines, Khoung-tseu désigne Tamour de Tétudet sans lequel Tamour de Thumanité aurait pour défaut Tignorance; l'amour de la science (qui me parait êlre un peu Tamour de Tétode) aurait pour défaut l'incertitude; Tamour de la sincérité et de la fidélité aurait pour défaut la duperie; Tamour de la droiture» une témérité inconsidérée; l'amour du courage viril y l'insubordination; l'amour de la fermeté et de la persévérance» l'attachement à une idée fixe.

C'est peut-être un peu trop généraliser les effets d'une disposition de l'esprit qui dépend moins de la nature de l'homme que d'une première éducation : l'amour de l'étude s'acquiert et n'influe pas tout d'abord sur les affections de l'àme.

11 fait ressortir le danger, pour un prince, do s'ontouror d'hommes vils et cupides qui » avant d'avoir obtenu dcb emplois, sont tourmentés de la crainte de ne pas pouvoir les ob* tenir, et qui» les ayant obtenus» sont tourmentes de la crainte de les perdre» ce qui les rend capables de tout oser.

Il remarque que l'ambition des anciens s'attachait aux grandes choses et dédaignait les petites; tandis que l'ambition des hommes de S4in temps était modérée sur les grandes choses» et très-ardente sur Ips petites.

Il est étrange que les moralistes de tous les siècles se*ren« contrent dans l'apologie des temps anciens et la critique de leur époque» ce qui prouve que» même pour les meilleurs esprits» l'inconnu et le lointain font illusion.

Chap. 18. Ce chapitre ne présente cien de saillant, si ce n'est celte observation d'un disciple de Khoung*tseu: • L'homme supérieur qui accepte un emploi public remplit son devoir. » Maxime déjà développée par le maître.

ChAr. 19. Dans ce chapitre, plusieurs autres disciples do

118 LES CITILI8ATI01V8 PRIMITITIS.

Khooiif-tsea prennent successiYement la parole et reproduis ient te maximes.

L'un dit que Thomme supérieur embrasse tous les hommes dans son affection » exalte hautement les hommes vertueux et a compassion de ceux qui ne le sont pas.

Un autre ireproduit cette pensée déjà émise, à savoir que les gouvernants doivent donner l'exemple de la Justice et des devoirs, s'ils veulent être imités par le peuple et obtenir sa souknlssion.

Un troisième soutient que l*homme supérieur, par un seul moi de sa bouche» peut être considéré comme très-éclairé sur les principes des choses, et par un seul mot aussi, comme ne sachant rien ; cela dépend de la circonspection qu'il met dans ses paroles.

Ghàp. iSO. Khoung-tseu trace ici la conduite de l'homme supérieur chargé de commander aux hommes : c U doit répandre des bienfaits sans être prodigue; exiger des services du peuple sens soulever ses haines; désirer des revenus suffisants sans se livrer i l'avarice et à la cupidité; avoir de la dignité et de la grandeur sans orgueilleuse ostentation, et de la majesté sans rudesse. » Il signale quatre mauvaises actions que les gouvernants doivent éviter :

1* "Ne pas instruire le peuple et le tuer. — Un commentateur dit que tuer veut dire ici tomber dans le mal. Cependant, à cette époque, on se jouait si facilement de la vie des hommes, que le mot peut bien être pris à'ia lettre, d'autant que Khoungtseu ajoute: cOn appelle cda cruauté ou tyrannie.»

2^ île pas donner des avertissements préalables'et exi^ ime conduite parfaite, il y a là violence et oppression.

>• Différer de donner des ordres et vouloir l'exécution immédiate, c'est une grave injustice.

&• Sans les rapports journaliers avec les hommes, montrer une sordide avarice, on appelle cela se comporter comme un collecteur d'impôts. —G*est une allusion à la rapacité avec laquelle on préle^it im tues.

Page 1