‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 113 sur 219 · LE CHEPTEL · texte numérisé non relu

LE CHEPTEL

pour le bétail (i' ; le fermier de la Basse-Fou rrarye, en 1546, a touché 59 livres pour le mênie objet (2).

Des deux modes de location que représentent le fermage et le métayage, quel est le plus usité en Bretagne ? Il semble bien, comme l'affirme Arthur Young, que le fermage ne soit prédominant que dans la Picardie, dans l'Artois, dans une partie des Flandres, dans l'Ile-de-France, en Beauce et en Normandie (3). Mais n'y a-t-il pas quelque exagération à prétendre, comme il le fait, que dans les sept huitièmes de la France, on ne connaît guère que le métayage f'^) ? En Bretagne, l'on trouve concurremment les deux systèmes ^^K Dans une même seigneurie, certaines métairies doivent une rente fixe, d'autres sont à moitié gi'àins. Bien plus, la même ferme peut être soumise successivement ou alternativement à l'un et à l'autre régime. La terre de la Tousche, qui dépend de la seigneurie de Saint-Etienne, a été donnée en 1703 à moitié grains; en 1709, elle doit une rente fixe en argent ; mais, comme le fermier, Favard, a du mal à s'acquitter, le propriétaire, en 1713, rétablit la rente à moitié ^^l La métairie du Bourg-Roger, en 1521, est à moitié fruits; en 15il, elle doit une rente en argent de 110 livres tournois c^). Sur certains

(1) Le fermier rendra celte somme « par argent ou telles espèces de bestail que bon semblera » (Arch. d'IUe-et-Vllaine, E 366).

(2) Ibid. — Sur beaucoup de fermes, dès le XV» siècle, le propriétaire fournit la moitié du cheptel (X'ariétés historiques concernant l'agriculture hretontXie au XV« siècle, dans le Bulletin archéologique de VAssociation bretonne, an. 1803-1894, pp. 125 et sqq.).

(3) A. Young, op. cit., t. II, pp. 199 et sqq.

(4) A. Young considère le Limousin comme le pays par excellence du métayage. Or, d'après M. Loutchisl^y iLes possessio7is des paysans en France principalement dans le Limousinj, les métayers ne formeraient dans cette province que 2 % de la population paysanne. Mais il ne s'agit là que des métayers qui sont en même temps propriétaires; en réalité, la plupart des terres des privilégiés sont e.xploitées par des métayers : voy. Lafarge, L'agriculture en Limousin au XVIII^ siècle et l'intendance de Turgot, Paris, 1902, pp. 32 et sqq.

(5) Il en est de même dans le Roussillon (A. Brutails, op. cit., pp. 334 et sqq.).

(6) Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 382.

(7) En 1547 et en 1553, elle donne une rente fi.xe en nature; en 1561, une rente en argent de 150 1. t. Honds de Saint-Brice, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 366).

domaines, par exemple sur les terres de l'abbaye de Redon, le système du fermage est prédominant (i). Toutefois, dans l'ensemble, on a l'impression qu'en firetagne le métayage est plus répandu que le fermage. Il ne faut pas oublier, en effet, (lue la plupart des petites fermes, des closeries, qui sont fort nombreuses, sont baillées à lîioitié fruit (2).

Quelque supériorité que les fermiers puissent avoir sur les métayers, la situation des uns et des autres est également instable. Ni les uns, ni les autres ne sont sûrs du lendemain. Leur bail terminé, ils sont à la merci d'un caprice du propriétaire; ils peuvent être obligés de quitter la ferme au moment même oii elle commence à leur rapporter quelques bénéfices. En fait, quoique certaines familles se maintiennent longtemps sur la même ferme (3), nombreuses sont les métairies qui changent souvent de locataires.

C'est qu'en effet la condition économique des fermiers et des métayers nous appajaît comme médiocrement prospère. Si beaucoup d'entre eux paient régulièrement leur rente W, il en est d'au lies qui ont de la peine à s'acquitter. A la fin du XV'IP siècle, la plupart des fermiers de l'abbaye de Daoulas sont en retard (&). En 1787, le métayer de la Frotais doit 1.219 livres au seigneur de Fouesnel (s).

(1) Fonds de Redon, Arch. d'IUe-et-Vilciine, H 3.

(2) Déclarations des vingtièmes, passiin.

(3) Par exemple, la métairie de la Baice est affermée à la même famille, les Pelé, de 1503 à 1734 {fonds de la Chalopinaye,. Arch. d'Ille-et-Vilaine, E Ulj]

(4) On s'en rend compte par les rentiers; vuy., par exemple, le Rentier du chapitre de Saint-Rrienc, 1726-1739 (Arch. des Côtes-du-Nord).

(5) Guenollé Lebriz, fermier de Keranglien, doit 97 livres pour les arrérages de 1(591 et l()y2; le fermier du Crac doit 115 livres, etc. [Rentier du (ermier général, du Pont, de 1(392, Arch. du Finistère, H 5).

(6) Sommier de Fouesnel (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 62). En 1600, une sentence est rendue contre Pierre Husteau, métayer à la Paulière, « portant condamnation de payer 4 boisseaux de seigle par an deus sur ladite métairie » 'Jonds de Samt-Sttlpice, ibid., H 108). Voy., en 1769, un procès intenté à un fermier de la seigneurie de Boisbaudry qui n'a pas payé sa rente itonds de Roisbaiidryj. En 1737, l'abbaye de Redon réclame à Jean Balard, fermier de la métairie de la Chapelle, 928 livres, 17 s., 6 den. « pour reste de jouissances par lui faites de la métairie de la Chapelle, sans y comprendre raimée courante >■; la métairie était affermée 300 livres {(onds de Redon, Arch. d'Ille-el-Vilaine, H 163).

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