GÊNE DES FERMIERS ET MÉTAYERS
Il en est de si obérés qu'ils sont obligés de renoncer à leur ferme et de vendre leurs meubles. En 1721, Guillaume Gendron a pris pour 6 ans la métairie de Chaumeré ; dès 172 1, il demande au marquis de Pire de résilier le bail, car « il n'est plus en état de jouir de ladite métairie » ; pour s'acquitter de ses dettes, il vend ses meubles, ce qui lui produit une somme de 381 livres (i). — D'autres fois, le propriétaire expulse son fermier, qui ne parvient pas à s'acquitter de sa rente. En 1752, un fermier de Quilimadec, Le Ghevateur, se trouve dans l'iuipossibilité de payer les arrérages à son propriétaire, le marquis de Lescoët. Celui-ci se dispose à l'évincer. Déjà le prédécesseur de Le Clievateur s'était trouvé obéré, et le propriétaire avait fait saisir ses effets, dont la vente d'ailleurs n'a pas suffi à rembourser les « restaux. » Aussi la ferme est-elle bien négligée depuis longtemps. Heureusement, le marquis de Lescoët trouve un nouveau locataire, tout à fait solvable, et qui prend la ferme à de bonnes Conditions (2). Les fermiers ainsi congédiés, dépouillés de leurs meubles et de toute avance, sont forcément réduits à la mendicité.
Mais ce sont surtout les locataires de petites fermes qui ont de la peine à vivre. A Mellé, en 1785, sur 221 fermiers, 40 sont véritablement pauvres. Vers la fm du X\'IIP siècle, à la Chapelle-Erbrée, où il n'y a que de très petites fermes, les laboureurs (( vivent petitement quand l'année est passable ; en vient-il une mauvaise, c'en est assez pour les affamer » ; ils sont alors obligés de congédier leurs domestiques (3).
Il semble que la condition des métayers et surtout des fer-
(1) Fonds de Pire, ibid., E 145. — En 1744, la veuve de Marc Busnel, fermier du moulin de la Lande, doit pour le fermage 194 1.. 10 s. On ordonne la vente des meubles, qui rapporte 84 livres. En 1749, la veuve doit encore 117 livres Honds de la MaiiinUre, ibid., E 119).
(2) Lettres de M. de Lescoët fils à M. de Kerhor, du 2 juillet et du 7 juillet 1752 [fonds de Lescoët, Correspondance, Arch. du Finistère).
(3) Réponse du général d'Availles, du 14 septembre 1785 (Arch. dllleet-Vilaine, C 3912). Il ajoute : » Quand le propriétaire n'a pas le moyen ou l'humanité d'allendre..., il fait vendre les effets de son malheureux colon qui sera réduit à la mendicité. »
miers soit plus pénible au XVIIP siècle, el notamment vers la Un de l'Ancien Régime, que clans les siècles précédents. Cette époque est, en effet, caractérisée par une hausse excessive et vraiment anormale des rentes des fermages.
Sans doute, depuis le X\T siècle, à ne considérer que l'ensemble, il y a eu en Bretagne, connue dans les autres provinces, une ascension progressive de ces rentes, que vient ralentir seulement la baisse momentanée des époques de crise. La hausse des rentes est fortement marquée au XVP siècle, dans la période qui précède les troubles de la Ligue : de 1545 à 1570, les revenus de certaines fermes s'accroissent du double (1). A la fm du XVP siècle et au début du XXIV siècle, les rentes baissent ou restent stationnaires (2). A partir de 1650, nouvelle période de hausse; en 1051, une terre, appartenant aux Carmes du Bondon, est louée 19 livres ; en 1664, elle est louée 33 li^res^3); la métairie de la Chalopinaye, qui, en 1571, était affermée 155 livres, donne, en 1680, une rente de 300 livres et 30 livi-es de beurre '•^K La dernière partie du règne de Louis XIV, fertile en désastres de toutes sortes, est marquée de nouveau par une baisse des renies ; en 1688 et en 1703, le loyer de la métairie de Boisbaudry est de 400 livres; il n'est plus que de 350 livres en 1720(5).
Mais, à partir de 1740, et surtout de 1774, il y a de nouveau hausse des fermages et dans une proportion vraiment étonnante, comme l'attestent de très nombreux documents. Les Comptes du célerier de l'abbaye de Redon nous permettent
(1) Voici, par exemple, les renies de la métairie de la Basse-Fourrarye :
En 1546 63 livres.
En 1559 70 —
En 1567 140 —
La métairie du Bourg-Roger doit :
En 1545 110 1. t.
En 1561 150 I. t.
(2) C'est ainsi que, de 1575 à 1650, la rente de la métairie de Promps reste à peu près immuable [fonds du Gage, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 64).
(.3) Rentier des Carmes du Bondon (Arch. du Morbitiani. (4) Arch. d'IUe-etA'ilaine, E 96.
(51 Fonds de noisbaudry. — La métairie de la Chalopinaye, en 1729, doit 300 livres de rente comme en 1680.