‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 115 sur 219 · HAUSSE DES RENTES · texte numérisé non relu

HAUSSE DES RENTES

de comparer les rentes d'un certain nombre de métairies en 1726 et en 1785 d) :

Métairie de Saint-Marc

— de Tréfélan

19) livres

400 livres

— de Buart

Consultons le Sommier de Fouesnel ; nous y lisons que, par le bail finissant en 1776, la métairie de la Frôlais est affermée 200 livres ; en 1778, elle est affermée 350 livres ; la closerie du Tertre, en 1776, est louée 130 livres; le bail en est résilié en 1779, et la ferme est portée à 200 livres ; les terres de la chapellenie de Fouesnel, affermées 114 livres avant 1778, sont affermées 303 livres dans les années qui suivent; la prairie de Domagné, par le bail finissant en 1774, est louée 120 livres; de 1774 à 1777, elle est tenue en main; en 1778, elle est affermée 260 livres; en 1784, 300 livres (2). — Le rentier du cliapitre de Saint-Brieuc nous révèle des faits analogues : en 1726, la ferme de François Hydrio rapporte au cbapitre 53 boisseaux ; en 1771, 57 boisseaux; en 1778, 60 ; la métairie de Pajoua, en 1759, doit 104 boisseaux de froment et 300 livres ; en 1778. 110 boisseaux et 432 livres W.

Les baux à moitié eux-mêmes n'échappent pas complètement à la hausse qui atteint les fermages. Grâce au détroit, qui a été décrit plus haut, le propriétaire parvient à accroître rapidement la rente qui semblerait devoir rester immuable ; et voilà sans doute pourquoi ce mode de location se développe

(V Fonds de Redon (Arch. d"Ille-et-Vilaiae, H 12).

(2) Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 62.

(3) Même accroissement sur la ferme de René Basset, qui doit :

En 1726 55 Beaux,

En 1765 60 —

En 1771 58 -

En 1778 65 —

En 1785 72

(Arcti. des Côtes-du-Nord).

à ce moment. Le procédé paraît si avantageux que parfois le bail à rente fixe est transformé en bail à détroit. La métairie du Brachet, par bail expirant en 1776, doit une rente de 280 livres ; en 1776, elle est donnée à moitié grains, avec un détroit de 150 livres; en 1781, le détroit est porté à 200 livres; le métayer pourra s'acquitter de la sorte ou donner une somme de 650 livj'es; il opte pour ce dernier mode de paiement. La métairie du Bois-Dhx, en 1772, est affermée 420 livres; en 1778, elle est louée moyennant la moitié des grains et 200 livres de détroit, lequel, en 1783, s'élève à 300 livres, et, en 1786, à 368 livres. De 1778 à 1786, sur la métairie de la Felleterie, le détroit est porté au double 'i). — Aussi les cahiers de paroisses ne peuvent être taxés d'exagération, lorsqu'ils aftlrment que les rentes des fermes ont doublé depuis trente ans (2). Cet accroissement des rentes n'est pas d'ailleurs particulier à la Bretagne ; on l'observe à la même époque dans toutes les régions de la France (3).

Mais comment l'expliquer ? A-t-il pour cause principale la hausse générale des prix, qui caractérise la dernière moitié du XMIF siècle ? Le prix des gi'ains s'est élevé de 40 ou 50 %; le prix de la viande a monté dans la même proportion. Mais la rente des feimages s'est élevée bien davantage (^). Les pro-

(1) Sommier de Fovesnel.

(2) Le cahier d'Yffiniac déclare que le prix des fermages a augmenté « de moitié depuis 30 ans »; le cahier de Plédran dit : « Un jeune homme de 30 ans a vu de sa connaissance une métairie de 300 livres poussée à 900 livres », (Em. Dupont, op. cit., pp. 42 et 192).

(3) Voy. Zulla, Les variations du revenu et du prix des terres en France aux XVII^ et XVIU^ siècles {.Innales de l'Ecole des Sciences Politiques, an. 1893, pp. 299 et sqq.). Cf. A. de Calonne, op. cit., p. 73; Berlrandy- Lacabane, Bréligny-sur-Orge, 2^ éd., 1885, t. I, pp. 57 et sqq.; A. -F. Denis, op. cit., p. 294; Marc de Haut, Monograpliie du domaine de Sigy, dans le Bulletin du Comité des travaux liistoriques. Sciences économiques et sociales, année 1885, pp. 28 et sqq.

(4) Et il suffit d'un fléchissement des prix pour mettre les fermiers à deux doigts de la ruine. Voy. une lettre du subdélégué de Brest à l'intendant, dU( ler janvier 1739 (Arch. d'IUe-et-Vilaine, C 1651] : « Si la récolte excède la consommation de moitié, les fermiers vendent l'excédent et entre autre tout leur froment pour payer la plus grande partie du prix de leurs fermes, leurs pailles et autres impositions, à quoy dit on ils seroient absolument hors d'état de satisfaire sur le pied que sont à présent les fermes, si le prix des bleds devenoit à moins de 1 sol la livre de froment et les autres grains à

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