CAUSES DE LA HAUSSE
grès de la culture ont-ils rendu la terre plus proiluctive ? Les défrichements, qui se multiplient à ce moment, ont-ils accru la superficie des fermes ? Sans doute, il y a là des phénomènes qui ont pu contribuer à la hausse énorme des rentes, mais ils ne peuvent suffire à l'expliquer. Elle dérive, en grande partie, des efforts faits par les propriétaires pour augmenter leurs revenus, pour tirer tout le parti possible de leur domaine, au moment même oi!i ils s'appliquent à accroître le rendement de leurs droits seigneuriaux. Ils ont profité précisément de la hausse des prix, des progrès de la productivité du sol pour élever à l'excès les rentes de leurs fermes. Les paysans ne sont pas les seuls à déclarer que les fermiers sont vraiment incapables de supporter un accroissement à ce point exorbitant (D.
Aussi comprend-on qu'en Bretagne bien des cahiers de paroisses se plaignent de la situation précaire et souvent misérable des fermiers. Ils considèrent avec raison que leur gêne provient, tout à la fois, du taux trop élevé de la rente et de la durée trop courte des baux (2); sur les bénéfices ecclésias-
proportion. Il est même très notoire que, quand cela est arrivé, on a veu plus d'un tiers des métairies en friche et désertées après que les propriétaires avoient fait vendre tous les biens de leurs fermiers qui se trouvaient en fuite réduits à l'aumône. »
(1) Le subdélégué d'Hennebont écrit, le lei" septembre 1786 (Arch. d'IUe-et- Vilaine, C. 1600) : " Si le paisan estoit plus laborieux et plus industrieux, et si les seigneurs, en augmentant continuellement le prix de leurs fermes, n'ofoient pas au paisan son aizance, celui-ci pourroit avoir plus des bestiaux, pourroit défricher ses landes, et peu à peu ce canton deviendroit riche et florissant, mais on ne songe qu'à son plaisir et non au bien réel qu'on pourroit se procurer en changeant le sort du malheureux cultivateur et des pauvres journaliers. » — Le cahier de PWiérel (art. 51 demande » qu'il soit défendu aux nobles de dépouiller entièrement et de réduire à la mendicité leurs fermiers et rentiers en les rendant ainsi inutiles à l'Etat, tandis que surtout les premiers ne leur sont redevables que parce que profitant de leurs besoins les nobles leur ont affermé leurs terres bien au delà de leur valeur » (Dupont, op. cit., p. 167, noie 1).
(2) Em. Dupont, p. 161. — Le sieur Huard, dans un mémoire aux Etats, de 1760, déclare aussi que la durée des baux est trop courte et que les fermages sont trop élevés, ce qui ruine les fermiers. Qu'on rompe avec ces habitudes, et « la terre produira plus de fruits; il y aura moins de pauvres. Les fermiers, certains de vivre et de mourir sur les mêmes terres, qui les auront vu naître, les cultiveront mieux. On ne verra plus, ce qui fait saigner le cœur, les tristes saisies et ventes des meubles et des bestiaux de ces malheureux, quelquefois accablés, sans leur faute, ni tant de terres délabrées, par la négligence des mauvais fermiers » (Arch, d'IIle-et-Vilaine, C. 3913),
tiques, remarquent-ils encore, les fermiers sont encore moins sûrs du lendemain, car le bail peut être rompu à chaque chang-ement de titulaire W.
Dans certaines régions de la France, notamment en Beauce, dans rile-de-France, en Brie, dans la Flandre Maritime, dans le Perche, Thahitude s'introduit de réunir plusieurs fermes en une seule, de fonder de grandes exploitations, de telle sorte que beaucoup de fermiers se trouvent évincés et sont obligés de travailler à la journée (2). Mais il ne faut point s'exagérer la portée de cette tiansformation (3) ; on n'a guère créé de grosses fermes que dans les pays de riches cultures. En tout cas, en Bretagne, on n'en tiouve aucune trace. C'est à peine si l'on voit quelques gros fermiers, quelques entrepreneurs de culture, qui sous-atïerment des terres*''): mais ce ne sont que des cas tout à fait exceptionnels.
Il n'en est pas moins vrai que la condition des fermiers et des métayers bretons n'est que médiocrement prospère. Sans doute, elle paraît moins précaire vers la fm de l'Ancien Régime, puisque la durée des baux tend à s'accroître, mais, d'autre part, à ce moment même, la hausse excessive des rentes les accule plus souvent à la ruine que dans les siècles précédents.
(1) Voy. cahier de Saint-Divy (sénéch. de Lesneven, Arch. du Finistère), art. 6 : « Denianrlons que les fermiers des bénéficiers ne soyent point exposés à chaque changement de titulaire à renouveller leurs baux, à déloger du jour au lendemain, à mettre des augmentations ruineuses et pour éviter un pront délogement également ruineux, mais que les beaux, qui ne pourront être renouvelles que la troisième année avant leur expirement, tiennent jusqu'à l'échéance. »
(2) Voy. Cahiers du bailliage dAlençon, publiés par L. Duval, Alençon, 1887, pp. 36-37, 77 et sqq. QF. A. de Saint-Léger, La Flandre viaritime et Dunkevque sous la dominalion française, 1900, pp. 427-42S.
(3) Comme le fait M. d'Avenel. qui déclare {op. cit., t. I. pp. 285 et sqq.) que la création des gi'andes fermes au XVIIIe siècle « fut une révolution équivalente à celle de la grande indusirie et du grand commerce de nos jours. »
(4) Voy. le cahier de Trigenet lEm. Dupont, op. cit., pp. 42-43).