LES DOMESTIQUES
tate l'existence de plusieurs domestiques; c'est ainsi que, dans la paroisse de Broons, Félix Paraige a comme domestiques un valet de harnois, un autre valet, un petit valet, une servante, un tisserand W. u arrive souvent, en effet, dans les pays où l'on fabrique beaucoup de toile, qu'un domestique soit em- \/ ployé spécialement au tissage. Que l'on parcoure les rôles de la capitation, et l'on constatera que le nombre des domestiques varie d'une paroisse à l'autre, suivant que les'- exploitations sont plus ou moins considérables.
Sans aucun doute, les gages des domestiques n'ont cessé de s'élever du XVP siècle à la Révolution. Dans la seigneurie de Saffré, par exemple, au début du XVP siècle, ils sont au plus de 30 ou 40 livres par an (2), tandis qu'à la fin du XVIIP siècle, ils atteignent 60 ou 80 livres (3). Mais l'on a quelque peine à se rendre compte de leur véritable valeur, car ils sont nourris par le maître, qui parfois même leur fournit vêtements et souliers (^).
En un sens, les domestiques semblent plus favorisés que les journaliers; ils ont moins à craindre le chômage. Cependant, aux époques de crise, les maîtres renvoient leurs domestiques; en juin 1709, l'évêque de Tréguier écrit au Contrôleur général que « les riches paysans de son diocèse renvoient, à cause de la cherté du pain et du fil, la plus grande partie de leurs domestiques, et particulièrement les filandières; ce qui fait autant de mendiants ^^l « Pendant tout le XVIIP siècle, chaque fois qu'une mauvaise récolte a produit la disette, une foule de domestiques se trouvent sans emploi.
Il est encore une autre catégorie d'habitants de la campagne qui vivent du travail de leurs bras : ce sont les arti-
(1) Rôle de la capitation de Broons. de 1782 (ibid., C 4052).
(2) Dial de Saffré. an. 1605.
(3) Livre de receltes et dépenses du régisseur Picot pour 1782, 1783, 1784 (fonds de Saffréj. M. d'Avenel {op. cit., t. III, pp. 91 et sqq.) croit pouvoir établir qu'en France, de 1776 à 1800, le salaire moyen des domestiques était de 80 francs par an.
(4) Tel le seigneur de Saffré : voy. Dial de Saffré. passim.
(5) A. de Boislisle, Correspondance des Contrôleurs généraux, t. HT, n° 436, p. 163.
312 LA main-d'œuvre agricole.
sans, dont les métiers sont indispensables à toute agglomération humaine : cordonniers, menuisiers, charpentiers, maçons, couvreure, tailleurs, tisserands. Leur nombre varie d'une paroisse à l'autre. C'est ainsi qu'à Chevaigné, sur 167 contribuables à la oapitation, on compte 14 artisans, soit près de 12 %; à Evran, sur 462 capitables, 74 artisans, soit 1/6^; à Rannée-La Guerche, sur 659 capitables, 19 artisans, soit 1/33''; à Brusilly, sur 47 contribuables, 10 artisans, soit plus de l/5^(i).
La plupart de ces artisans ont des cotes de capitation assez faibles, presque toujours inférieures à 3 livres, et qui souvent ne dépassent pas 2 livres, 1 livre 10 sous, une livre. D'ailleurs, dans le même métier, il est des artisans qui semblent jouir d'une certaine aisance, tandis que d'autres ne gagnent que péniblement leur vie<2). Ces derniers sont certainement les plus nombreux. Cependant, les salaires des artisans sont sensiblement plus élevés que ceux des ouvriers agricoles. Dans le dernier tiers du XVIIP siècle, ils sont rarement inférieurs à 10 ou 12 sous par jour ; des Comptes de la seigneurie de Pire nous montrent, en 1781, un charpentier qui est payé, une fois, 16 sous, une autre fois, 20 sous ; un couvreur, qui gagne 1.5 sous par jourW. — On peut donc affirmer que la condition économique des artisans est supérieure à celle des journaliers.
Mais il est certains métiers particulièrement misérables et méprisés. C'est ainsi que les charbonniers et les sabotiers, qui passent leur vie dans les forêts, sont considérés conmie des vagabonds redoutables f-^). Les oordiers, au contraire, jouissent souvent d'une certaine aisance, mais il existe contre eux des préjugés invincibles. C'est qu'en effet ils se con-
fl) Rôles de la capitation fArch. d'Ille-et-Vilaine, C 'i052 et 4073).
(2) C'est ainsi que, dans la paroisse d'Eancé (ibid., C 4053), on voit un maçon coté 5 livres, tandis qu'un autre maçon n'est coté que 2 livres, 5 sous.
(3) Fond.^ Pire fArch. d'Ille-etA'ilaine. E 199 bis). Vers 1762. dans la même seigneurie, la plupart des artisans ne sont payés que 8 sous, quelquefois 10 sous par jour; à partir de 1770, on remarque un accroissement sensible des salaires {Livre de marque de la seigneurie de Pire. i758-i77f!, ibid., E 199).
f4) Voy. Geslin de Bourgogne et An. de Barthélémy, Anciens Evêchés de Bretagne^ t. III, Prolégomènes, pp. cxx.x-cxxxi).