LES ARTISANS
fondent avec les caqiiins, descendants de lépreux, qui, pendant des siècles, ont vécu comme des parias, relégués dans leurs caquiïieries (D. Dès le XVP siècle, il n'y a plus de lépreux; les préjugés contre les caquins et les cordiers n'en subsistent pas moins (2).
En un mot, c'est parmi les hommes dénués de toute propriété ou dotés d'une propriété insuffisante que se recrute la main-d'œuvre agricole. Sans doute, même à ne considérer que les propriétaires et les fermiers, les cultivateurs aisés sont partout peu nombreux. Mais, en Bretagne, comme dans ^^^ le reste de la France o), il n'est pas de paysans plus misérables que les journaliers, qui, en temps ordinaire, ont tant de peine à gagner leur vie, à nourrir leur famille W, et qui, aux époques de crise, tombent dans la misère la plus profonde.
(1) Jusqu'à la fin du XVII^ siècle, l'évêque de Saint-Malo et l'évêque de Saint-Brieuc lèvent encore des (ailles sur les caquineries.
(2) Et cependant le Parlement de Bretagne, en 1681, a déclaré que les caquins doivent être traités comme les autres paroissiens. — Sur la question des caquins, voy. Geslin de Bourgogne, Les races maudites en Bretagne {Mémoires de la Société d'Emulation des Côtes-du-Nord, an. 1873-1874, t. XI, pp. 207 et sqq.): Trévédy. La lèpre en Bretagne au XV^ siècle; caquins de Bretagne (Btdletin de la Société polymathiqne du Morbihan, an. 1903, pp. 192-255); Rosenzweig, Les cacous de Bretagne {ibid., an. 1871, t. XVI, pp. 140 et sqq.).
(3) Sur la condition des journaliers, qui est à peu près identique dans toutes les régions de la France, cf. Brutails, Notes sur l'économie rurale du Roussillon à la fin de l'Ancien Régime, 1889, loc. cit.. pp. 433 et sqq.; Ernest Menault, -Histoire agricole du Berry; monograpfiie agricole du Berry. 1890, t. I, pp. 122 et sqq.; Théron de Montaugé, L'ngricuUure et les classes rurales dans le pays toulousain depuis le milieu du XVIII^ siècle, 1869, pp. 63 et sqq.; A. de Galonné, La vie agricole en Artois et en Picardie, pp. 101 et sqq.; Hérelle, Documents inédits sur les Etats Généraux, tirés des archives de Vitry-le-François. Paris, 1879, pp. 179 et sqq., et 216-217; d'Avenel, op. cit., 1. III, chap. m. t. III, pp. 64 et sqq. Voy. aussi Arttiur Young, op. cit., t. II, pp. 259 et sqq., et 270 et sqq.
(4) Lavoisier (Richesse territoriale de la France, Paris, 1791) déclare que la classe des journaliers, la plus misérable de toutes, peut à peine disposer de 60 à 70 livres de revenu par personne : « J'ai conclu, après de longs calculs et d'après des renseignements qui m'ont été fournis par des curés de campagne, que. dans les familles les plus indigentes, ctiaque individu n'avait que de 60 à 70 livres à consommer par an...; que les familles, qui ne vivent que de pain et de laitage, qui sont propriétaires d'une vactie que les enfants mènent paître à la corde le long des chemins et des haies, dépensaient moins encore. » Or, il estime que la consommation d'une famille de trois enfants devrait être de 585 livres, que chaque individu devrait avoir en movenne qn revenu de 117 livres.