CHAPITRE IV
Le logement des troupes de passage. — Les charrois militaires; abus et mauvaise répartition. — La corvée royale. Elle ne pèse que sur les paysans. Elle est mal répartie, et son service est très dur. Pourquoi se maintient-elle jusqu'à la Révolution ? — La milice. Son organisation. Très nombreuses exemptions; les faveurs et les fraudes. Les réfractaires.
— L'équipement des miliciens incombe aux paroisses. — Les milices gardes-côtes. — Malgré la réforme de 1773, impopularité de la milice.
— La fiscalité royale et les paysans.
Les charges royales ne se bornent pas aux impôts. A ceux-ci viennent s'ajouter encore des prestations, qui, elles aussi, ne pèsent guère que sur les populations rurales, et qui, connue les impôts, deviennent de plus en plus pénibles. Et voici que des créations nouvelles, la corvée et la milice, contribuent à accroître les souffrances des paysans.
Les troupes de passage sont logées chez les habitants des paroisses qu'elles traversent : ce sont chaque fois de grosses dépenses et des vexations de toutes sortes, que doivent subir, comme le dit Gohiei\ « les citoyens les plus indigents, » qui déjà sont les seuls à supporter les LiOO.OOO livres perçues pour le casernement (1). Trop souvent, les soldats commettent des violences et môme des crimes. A Saint-Julien-de-Vouvantes, lisons-nous dans une délibéi^ation du général, de 1751, « il ne passe presque pas de régiments ou de grosses recrues
(1) Gohier, Mémoire pour le Tiers Etat de Bretagne, pp. 124 et sqq. — « Une foule de malheureux, dit-il encore, sont arraches de leur unique asile. Des gens destitués de toute ressource se voient tout à coup, à l'arrivée d'un régiment, enlever l'habitation dont la jouissance leur était garantie sous le sceau de la foi publique. On jetle leurs meubles sur le pavé, on les expose dans les rues à être brisés par les voitures des privilégiés; on expulse, en un mot, ceux à qui ils apparliennenl... »