CHARGES DES PAROISSES
il coûta bientôt beaucoup plus (i'. Le règlement de i73'i déclara que le petit équipement devait comprendre un chapeau, une veste, une paire de souliers et de guêlres, deux cliemises, un havresac <2).
D'ailleurs, l'habillement fourni par les paroisses laisse fort à désirer ; souvent on ne donne aux miliciens que de vieux habits qu'on regarde encore comme suffisants. L'intendant de Bretagne, en 1755, constate que « la plupart n'ont pour culotte et pour veste que de mauvais haillons, tout usés et percés en différents endroits (3). » Aussi des frais de réparations sont-ils imposés aux paroisses; en 1750. ils s'élèvent à 30.000 Mvves ; en 1754, à 20.188 livres. La paroisse doit encore donner, par milicien, 5 livres pour les frais de recrutement et 5 livres pour la masse du soldat (^).
En un autre sens encore, les miliciens sont à la charge des habitants, car beaucoup d'entre eux mendient des secours, et il en est même qui vont jusqu'à frapper les personnes qui leur refusent l'aumône 'S). L'ordonnance de 1775 essaya de mettre ordre à ces abus; nous voyons cependant qu'on 1770 les nouveaux miliciens des paroisses de Luitré, de la Chapelle-Janson et du Loroiix « exigent dans ces villages et paroisses des contributions et cotisations (6). » .Jusqu'à la Révolution, les
(1) Déjà, en 1689, la paroisse de Ploudaniel dépense pniir les vêlements et les armes de .5 miliciens la somme de 240 livres, qui se décompose ainsi : 10 chemises. 15 livres; 5 ceinturons, 5 livres; 5 épées, 20 livres; 5 chapeaux, 5 livres 10 sous; 10 cravates et 10 mouchoirs, 12 livres; 5 fusils, 87 hvres (Antoine Favé, La vie dans une gentilhommière de Basse-Bretagne au XVIf^ siècle d'après des comptes de tutelle, dans le Bulletin de la Société Arctiéologique du •Finistère, t. XXIX, pp. 68-70).
(2) Sur tout ce qui précède, cf. A. Dupuy, Etudes sur V administration municipale de la Bretagne au XVIII^ siècle, pp. 245 et sqq.
(3) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 11 il.
(4) Cf. A. Dupuy, op. cit., loc. cit.
(5) Voy. la -Supplique de .lean Cusson, de la paroisse de Montreuil-sur- Ille, vers 1726. Il se plaint des violences qu'il a eu à subir de la part de Renault Tuffier, milicien. Celui-ci, depuis qu'il est milicien, « prétend sans raison, sous l'apuy de son confrère, tirer contribution sur les habitants de la même paroisse de Montreuil. » Un jour, il s'est emparé d'un bassin d'airain; lorsque Jacques Cusson le lui a réclamé : « donne moy 40 sous, a-t-11 répondu, puis 50; au surplus, ton bassin est au bout de mon bâton; le voilà, goûte ses effets », et il l'a maltraité (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1140).
(6) Voy. une lettre du subdélégué de Fougères, du 13 avril 1776, et une lettre de l'intendant, du 14 avril {ibid,, G 1137),
miliciens continuent à faire des quêtes dans les paroisses (^K Outre la milice provinciale, il existe en Bretagne des milices gardes-côtes, qui, créées dès le XVP siècle, ont été réorganisées -aux XVIP et XVIIP siècles. Y sont soumises les 450 paroisses qui sont situées ù 2 lieues de la côte, et qui forment 31 compagnies franches. On distingue : 1° les compagnies du guet de la mer, qui se composent de tous les habitants, de 18 à 60 ans, et qui sont astreintes au service d'observation à la côte, mais seulement en temps de guerre ; 2° les compagnies détachées, composées de volontaires désignés par le sort pour servir pendant 5 ans ; en 1735, elles ont été assimilées aux troupes régulières (2). — Le service des milices gardes-côtes est moins redouté que celui de la milice provinciale, et c'est pourquoi les paroisses maritimes semblent favorisées; cependant on a tenté, en 1726, de les soumettre à la milice dont elles étaient exemptes (3).
Le pouvoir royal, il faut le reconnaître, a essayé, à plusieurs reprises, d'atténuer les vices de la milice et d'en alléger le poids. La lentative la plus sérieuse de réforme est marquée par l'oidonnance du 19 oclobre 1773, qui est applicable à tout le royaume. Non seulement elle veut transformer une « réunion de paysans armés, » sans cohésion et sans discipline, en un véritable corps militaii-e '^), mais elle se propose de répartir
(1; C'est ainsi que le cahier de Ploëuc arl. 141 dit que les quêtes des miliciens « ont lieu directement ou indirectement dans toutes les paroisses, malgré la rigueur des ordonnances qui défendent toutes levées et contributions à cet égard » (Em. Dupont, np. cil., p. 143).
(2) Voy. Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélémy. Anciens évêchés de Bretagne, t. I, pp. 143 et sqq. Cf. Ch. de la Lande de Calan. Lxi défense des côtes de la Bretagne aux XVI^ et XVII^ siècles {Revue de Bretagne, de Vendée et d'Aniou, an. 1892, t. \'III, pp. 97-109, 198-208, 377-397), et Les milices gardes-côtes de Bretagne en /766 (ihid., an. 1891, t. VI, pp. 459 et sqq.). Voy. aussi A. Dupuy, op. cit., pp. 253-255.
(3) Voy. les réclamations de paroisses des évêchés de -Saint-Malo, Léon, Quimper (Arch. d'Ille-et-Vilainc, C 1140).
(4) Voy. l'Instruction de M. de Monteynard à l'intendant, du 24 décembre 1773 : « ... Ce corps depuis 1726 n'avoit point une constitution régulière; c'étoit la réunion de paysans armés, conduits par des officiers qui leur étoient étrangers ou inconnus; leur vêlement, leur équipement, leur armement, leur solde, leur traitement, leurs assemblées n'annonçoient point un corps militaire... » (.A.rch. d'IUe-et-Vilaine. C 1136).