LA FISCALITE ROYALE ET LES PAYSANS
être plus marqués que partout ailleurs ^D. Nulle paii, les privilèges financiers de la noblesse ne semblent plus inébranlables. C'est qu'en effet les Etat- veillent jalousement au maintien du régime ancien. Aux Etats, comme le remai'que très justement Gohier, toute l'autorité appartient aux privilégiés. Comment' les 42 délégués du Tiers pourraient-ils leur résister (2) ? Et cpiant aux paysans, ils ne sauraient faire entendre leurs doléances, car ils n'ont jamais eu de représentants, et leurs intérêts n'ont jamais été défendus par les députés des villes (3).
(1) Dans toules les pruvinces, d'ailleurs, c'est sur les paysans que retombe presque toute la charge des impôts; voy., par exemple, Bernler, Essai sur le Tiers Etat rural en Basse-Normandie, pp. 53 et, sqq.; A. de Saint-Léger, La Flandre maritime et Dunkerque sous la domination Irançaise, 1900, pp. 345 et sqq.; Marion, Etat des classes rurales dans la généralité de Bordeaux au XVIU^ siècle, pp. 17 et sqq.; Fayard, Les cahiers des paysans beauiolais, dans la Revue d'histoire de Lyon, année 1904. Cf. aussi Karéiew, Les paysans et la question, paysanne dans le dernier quart du Xl7//« siècle, pp. 168 et sqq.; il montre justement que si la royauté, tout en détruisant les pouvoirs politiques de la noblesse, a conservé intacts ses privilèges sociaux, c'est que ses intérêts étaient liés en un sens à ceu.x de l'aristocratie.
(2) Gohier, Mémoire pour le Tiers Etat de Bretagne, Discours préliminaire, pp. xiv-xv : « Tandis que les deux autres ordres jouissent de tous les avantages de notre constitution, le Tiers Etat seul entend parler de franchises, de libertés, sans se voir, en quelque sorte, ni libre, ni franc. Ce n'est pas que le sentiment profond de l'injustice n'ait souvent e.xcité de sérieuses réclamations; plus d'une fois surtout il s'est plaint de l'inégale répartition des impôts; mais que pouvaient contre la masse énorme des Privilégiés qui assistent aux Etats les foibles efforts de quarante-deux Députés, à qui seuls les intéiêts de deux millions d'hommes étoient confiés ? »
(3) Cf. Gohier, op. cit., pp. 58-59 : « Du moins si les habitans des campagnes avùient eu, comme on le demande aujourd'hui dans l'Assemblée Nationale, des représentants et des défenseurs; si, assistant aux Etats et y faisant valoir eux-mêmes leurs droits, ils avoient pu, ne fût-ce que par la coiiimisération qu'ils auroienl inspirée, balancer une influence qui leur a été si funeste; alors, n'en doutons pas, ils auroient fait entendre leurs justes réclamations, et jamais ils n'eussent éprouvé les traitemens dont ils se plaignent. Mais nous ne pouvons le dissimuler, "notre devoir même est de le dire, l'ordre du Tiers Etat n'a jamais été que très imparfaitement représenté aux Etats de Bretagne: et le petit nombre de ceu.x qui stipulent en son nom, étant députés des villes, se sont constitués, avec les autres membres de l'Assemblée, les emprunteurs des contribuables au.x fouages; d'où il résulte que ceux-ci n'ont jamais été défendus et qu'ils n'ont pu l'être. »