‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 158 sur 219 · CAUSES DE LA LENTEUR DES DÉFRICHEMENTS · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA LENTEUR DES DÉFRICHEMENTS

être mises en valeur (D. Les conlempoi'aiiis, et notamment l'intendant et ses subdélégués, se sont rendu compte des causes qui retardaient l'œuvre de défrichement. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter le mémoire de 1733 et l'enquête de 17(58 sur la question des clôtures (2). Le plus souvent, déclare-t-on, ce sont les habitants eux-mêmes qui ne se soucient pas de défricher les landes, car elles leur semblent plus utiles en cet état que si elles étaient converties en terres labourables : elles leur servent de pàLure pour leur bétail ou elles leur fournissent le principal engrais dont ils usent poui' fumer leurs champs (3). Les journaliers surtout, on le sait, sont hostiles aux afféagements, qui leur enlèvent l'usage des communs, et souvent ils démolissent les clôtures que les afféagistes ont établies''^'. Ou bien encore, ce sont les seigneurs qui se refusent à afféager leurs terres, ou (fui plutôt prétendent les afféager à un prix beaucoup trop élevé, vraiment onéreux pour les cultivateui-s (5). Enfin, il est des régions où la population est

(1) Voy. le mémoire, passim. Pinczon du Sel des Monts {op. cit., pp. 28-30) pense aussi que presque toutes les landes pourraient être cultivées : « il ne s'agit que de bien les préparer », et il cite son propre exemple.

(2) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1632.

(3) A tout moment, le mémoire de M. de la Tour remarque « que les hat)itants prétendent que les landes leur sont plus utiles dans Testât où elles sont que si elles esloient emblavées, les pastis et les communaux leur estans absolument nécessaires pour la nourriture de leurs bestiaux » : voy., par exemple, fol. 234. — Encore au commencement du XIX« siècle, la lande est considérée comme indispensable pour l'élevage : « La lande et les panais fournissent un excellent pâturage. Les chevaux surtout en sont très friands l'hiver. On concasse la lande dans des auges, on coupe les panais par tranches; ces deux nourritures donnent aux chevaux presque autant de vivacité que l'avoine dont elles tiennent lieu en partie {Annuaire statistique du département du Finistère, an XH, p. 143).

(4) Voy. le mémoire du subdélégué de Malétroit en 1768 ; si l'on défrichait les landes, « ce seroit ôter à plusieurs la faculté et l'aisance, particulièrement aux pauvres, qui, n'ayant point en propre des quantités assez considérables pour en subsister, vivent à l'abry de leurs bestiaux, qu'ils nourrissent suivant leur droit dans ces communs » (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1632). Beaucoup pensent, dit le subdélégué de Rennes, que les landes et les communs sont la ressource de bien des journaliers qui peuvent élever des vaches et avoir du lait; le long des landes, on remarque beaucoup de petites maisons libid.j. Cf. toute l'enquête de 1768. — Voy. plus haut, 3e Partie, chap. xv.

(5) Voy. le Mémoire de M. de la Tour, passim. Le subdélégué de Chcàteaubriant dit, en 1737, que l'une des raisons qui empêchent le défrichement, c'est que « les seigneurs propriettaires de ces cantons veullent faire ces afféagemens à un prix si e.xcessif que personne ou du moins très peu veullent en entreprendre » (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1631),

trop clairsemée, où Ton manque de bras pour transformer les terres vagues en cliamps cultivés (D.

En Basse-Bretagne, on attribue à une autre cause encore la lenteur des défrichements : on en rend responsables les usementiS du domaine congéable et l'usement de quevaise (2). Ces usements défendent, en effet, aux colons d'élever des clôtures qui grèveraient le fonds (3). Puis les propriétaires tiennent à la conservation des « terres froides, » sur lesquelles ils perçoivent un droit de champart d'une gerbe sur 5 ou même, comme en Cornouaille, de 2 gerbes sur 9. Un mémoire, postérieur à 17138 ('i', s'exprime à cet égard avec une grande netteté :

Les tenues à domaine congéable, pour peu qu'elles aient de consistance, comprennent au moins les deux tiers de terres froides, et presque toutes ces terres s"échaufferoient facilement et deviendroient susceptibles de toutes sortes de productions, si l'intérêt du seigneur foncier, résultant de la tyrannie des usemens, n'exigeoit pas que les terres fi'oides conservassent leur nature, pour qu'il pût percevoir son droit de clianipart.

Voilà pourquoi l'on trouve encore, dans la Basse-Bretagne, d'immenses étendues incultes; sur la montagne d'Arrée, nous dit te recteur de Commana en Léon, elles couvrent une superficie de plus de 20 lieues carrées 's) :

L'on y sème cependant quelquefois, ajoute-t-il, du seigle et du genest, mais si larement que les meilleurs terrains de la montagne

(1) Voy. le Mémoire de M. de la Tour, passim; le rapport du subdélégué de Montauban, de 1768 (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1632). Le subdélégué de Quimperlé écrit en 1737 que, pour défricher les landes de la région, il faudrait le double d'habitants; on devrait faire venir des colons étrangers, mais c( il faudrait pour cet effet que ce fussent gens qui pussent s'habituer à la nourriture de la campagne, qui ne vivent que de mauvais laitage, crêpes, gallettes et pain, de seigle et qui d'ailleurs mènent une vie dure el laborieuse d'un bout de l'an à l'autre » {Und., C 1631).

(2j Voy.. par exemple, les mémoires des subdélégués de I>anderneau, de Quimperlé, du Faou, de Châteaulin (1768).

(3) Mémoire du subdélégué de Guéméné (1768j.

(4) En effet, on y fait allusion à la Déclaration de 1768 (Arch. d'Ille-et- Vil.-iine, C 1629).

(5) Mémoire au Contrôleur général du recteur de Commana en Léon, de 1772 {ibid., C 1630),

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