‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 159 sur 219 · REMÈDES PROPOSÉS · texte numérisé non relu

REMÈDES PROPOSÉS

sont à peine cultivés une fois les 30 ou 40 ans. Les clôtures que l'on fait pour cette culture passagère ne durent que 3 ans, après quoi, elles sont rasées, et le terrein devient commun et abandonné comme auparavant.

Si la plupart des exploitations agricoles, dans toute la province, comprennent, une quantité notable de terres incultes, c'est, nous dit-on encore, que presque toutes les métairies sont composées de pièces détachées, quelquefois très éloignées du centre de l'exploitation; elles restent en friche, parce que leur culture serait trop onéreuse ; et les lods et ventes empêchent l'échange des parcelles d).

Ainsi des causes multiples s'opposent à la disparition rapide des landes. Si l'on s'est appliqué à les discerner, l'on s'ingénie aussi à trouver les moyens d'en atténuer les effets. Pour que l'œuvre de défrichement devînt plus active, il importerait,' déclare-t-on, de déterminer les seigneurs à afféager les communs au taux modéré de 5 sous par journal et moyennant un droit d'entrée qui ne pourrait dépasser iOO sous par journal (2). Qu'on oblige même les seigneurs à afféager les landes ; et s'ils s'y refusent, que l'administration procède d'autorité aux afféagements (3). D'autres fois, l'on demande qu'il soit donné satisfaction aux riverains des terres vagues en leur permettant d'afféager ces terres de préférence à tous, « sans avoir besoin de l'exprès consentement des vassaux, » ou encore

(11 Voy. le mémoire postérieur h 1768 (ibid.. C 1628^ : « Prosque toutes les fermes et mét-airies de la province sont composées de pièces de terre détachées et dont quelques-unes sont quelquefois si éloignées du logement du maître ou du fermier ou du corps principal de la métairie que, pour les cultiver, il en coûte le double au moins de ce que pourroit coûter la culture des (erres qui sont à proximité... » — Sur tout ce qui précède, cf. aussi le mémoire de l'intendant sur l'enquête de 1768 (10 avril 1769, ibid., C 1632).

(2) Voy. tous les mémoires cités ci-dessus et le Mémoire de 1733, passim.

(3) Voy. le mémoire du recteur de Commana. Cf. le Mémoire de 1733, fol. 22 : « pour mettre en valeur les landes, il semble qu'il conviendroit d'ordonner aux seigneurs propriétaires de les faire défricher dans un certain temps, à faute de quoy en permettre le défrichement, et pour dédoraager ceux qui l'entreprendroient, les décharger pendant quelque temps du payement des droits féodaux; on pourroit mesme en régler les devoirs, les exempter aussy pendant un certain temps de drxmes. »

378 LES TEREES INCULTES.

que l'on partage entre les paysans les communs, où ils ont le droit de « communer (D. » Enfin, Ton réclame la transformation des domaines congéables en tenues féagères ou censives (2).

Nous verrons plus loin les efforts tentés par le gouvernement pour hâter les défrichements, et nous constaterons aussi les sérieux progrès qui sont accomplis à cet égaM dans la seconde moitié du WIIP siècle. Il importait de marquer, dès maintenant, à quel point la surface inculte était encore considérable en Bretagne dans le courant du siècle (3). n apparaît clairement que peu de provinces contenaient une aussi forte proportion de landes et de terres vagues.

(1) Voy. le mémoire postérieur à 1768 (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1629).

(2) Voy. tous les mémoires cités plus haut.

(3) Voy. encore un Etat des landes, vagues et marais du domaine du roi, en 1755 (Arch. Nat., F^° 325). Le domaine royal possède un grand nombre de landes et marais dans la subdélégalion de Sainl-Aubin-du-Cormier (3.160 journaux), et surtout dans l'évèché de Nantes (43.608 journau-x). Beaucoup de ces landes, déclare l'Etat, pourraient être cultivées.

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