‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 161 sur 219 · SYSTÈME DE LA JACHERE · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE LA JACHERE

que tous les 7 ou 8 ans, voire même tous les 20 ou tous les 30 ans d).

On apporte trop peu de soin à la culture : c'est là un effet de l'indolence, de l'esprit de routine et surtout du faible capital dont disposent les paysans. On ne laboure pas assez profondément la terre :• comme le dit M. de Nevet, un correspondant de la Société d'Agriculture, la terre n'est remuée qu'à iO pouces sur la crête du sillon, alors qu'il faudrait la défoncer à 15 ou 18 pouces de profondeur f'^). Beaucoup de cultivateurs, les petits tenanciers surtout, ne possèdent pas de charrue en propre ; ils ne peuvent s'en procurer qu'en location ; ils se contentent donc d'un seul labour, tandis que plusieurs seraient nécessaires (3). Les blés sont sarclés avec la même négligence, et souvent même ils ne le sont pas du tout, ce qui, comme le remarque encore M. de Nevet, nuit non seulement à la récolte actuelle, mais aux récoltes suivantes « par la multiplication des graines des mauvaises herbes ('*). » Souvent aussi les semailles se font trop tardivement : on devrait semer le seigle en octobre; il arrive que, faute de bras, on ne commence le travail que vers la mi-novembre (s). Les semences laissent preisque toujours à désii'cr : aux bons grains sont mêlées des

(1) Dans la déclaration de Brunet, sieur de la Gaudonnais, il est question « d'une jaunaye, se labourant quelquefois mais rarement » {D'ëclarations des Vingtièmes de la paroisse d'Eancé, Arch. d'IUe-et-Vilaine, G 4524). Une autre déclaration mentionne une tei're qui ne se laboure que de 30 en 30 ans {Déclarations de la Couyère, ibid., C 4522).

(2) « La quantité de terre remuée diminue insensiblement jusqu'à la raie qui ne présente qu'une terre sur laquelle le soc a glissé sans l'entamer » {Corps d'observations de la Société d Agriculture, 1757-1758, pp. 88 et sqq.).

(3) « Le petit tenancier, réduit à payer le louage de la charrue dont il se sert, se borne à donner un labour à ses guérets, tandis que trois ou quatre sufflroient à peine pour des terres qui sont lourdes, compactes, humides et froides » (Observations de M. Rallier, associé du bureau de Rennes, Coiys d'observations, 1757-1758, pp. 91-93). Ces observations sont relatives à la paroisse de Montautour et aux paroisses voisines, mais elles sont applicables à toute la Bretagne.

(4) Observations de M. de Nevet (Corps d'observations, loc. cit.].

(5) Etat des récoltes, Redon, 1775 (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1653). Les travaux se font lentement, écrit l'intendant à Lambert le 9 septembre 1789, car le paysan évite de se servir de journaliers et fait tout par lui-même iibid., C 1655).

g-raines étrangères, qui font lever de mauvaises herbes d). Dans les fossés, on laisse croupir les eaux de pluie qui pourrissent les blés (2). Ce qui nuit d'ailleurs à la culture des céréales, c'est le morcellement des champs, qui sont séparés les uns des autres par de grands arbres (3).

iVIais le vice capital de l'agriculture bretonne, c'est le défaut de bon fumier. Sur les côtes, il est vrai, les cultivateurs ont à leur disposition des plantes marines, le varech et le goémon, qui engraissent bien les terres W. Mais ailleurs, on emploie surtout des feuillages et des fougères qu'on laisse pourrir : le paysan, lit-on dans un mémoire de Kernilien Le Demour (5)^ (( est occupé le tiers de son tenq:)s à ramasser des feuillages, fougères et joncs picquants qu'il mêle avec le peu de fumier chaud que ses vaches mal nouiryes luy ont pu fournir ; » aussi les terres cultivées ne produisent-elles pas le tiers de ce qu'on pourrait en tirer. Sur des champs ainsi fumés, les mauvaises herbes abondent (6). Le vrai remède, ce serait d'avoir un abondant fumier animal ; mais le bétail est insuffisant.

(1) Observations sur la qualité du froment de Bretagne. 1767 [ibid., C 3913).

(2) « On laisse séjourner les eaux pluviales dans les fossés, au lieu de les en détourner. Ces eaux pénétrant la terre au niveau de leur surface font périr le bled et souvent même l'empêchent de lever » (Observations de M. de Nevet, loc. cit.].

(3) « Que les champs ont trop peu d'étendue; les arbres dont ils sont entourés, le grand nombre de pommiers qu'on y plante mettent obstacle à la maturité des grains, et cet obstacle s'étend de plus en plus chaque année » (ibid.j.

(4) Cf. Cahier d'Esquibien 'sénéch. de Quimper), art. 9 : » Que les habitants de la paroisse de Primelin, qui ne contribuent ix)int au payement des charges de cette paroisse ne puissent à l'avenir, sous quelque i)rétexte que ce soit, jouir ny proffiter d'une façon quelconque d'une palue qui joint le bord de la mer et un petit port appelé Tresgoarn, où il se jette par les flots du varech, gouesmon ou sar nécessaire aux riverains de cette paroisse pour l'engrais de leur terre et qui en sont privés par ces habitants de Primelin, qui ont des ports suffisants le long de leur paroisse, où se jette égallement du gouesmon... »

(5) Addition au projet d'agriculture de Kernilien le Demour, 1730 (Arch. Nat., Hi 262). Cf. Cambry, op. cit., p. 35.

(6) « La plupart des terres cultivées de Bretagne sont celles du royaume qui produisent le plus de mauvaises herbes : suite nécessaire du défaut presque universel d'engrais « [Corps d'observations. 1759-1760, pp. 28-29).

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