‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 180 sur 219 · FABRICATION RURALE · texte numérisé non relu

FABRICATION RURALE

pouvant vivre uniquement du produit de leur terre, s'em- ^ ploient au tissage.

Dans certaines régions, la fiibrication de la toile est à ce ..-■point inséparable de la culture tjue beaucoup de fermiers ont au moins une servante employée exclusivement à tiler le lin ou le chanvre, et un domestique maie, dont le tissage est l'unique fonction (D. A tout mstant, les rôles de la capitation, notamment ceux de l'évêché de Pvcnnes, énumèrent, pai'uii les domestiques de propriétaires ou de fermiers, des Qleuses et des tisserands (2) ; c'est ainsi que, dans la partie rurale de 1/ la paroisse de Saint-Aubin de Prennes, nous voyons des exploitations agricoles où l'on compte 2, 3, 4 et uièine 5 fileuses (3).

Souvent aussi, les journaliers agricoles emploient les moments de chômage, les mois d'hiver surtout, à tisser la toile. Dans la région de Quintin, Uzel, Loudéac, par exemple, la plupart des tisserands sont des journaliers ou des ouvriers, qui sont obligés d'acheter la matière première, et dont la condition paraît particulièrement misérable f'^). « 11 n'y a point, déclare l'intendant du commerce, M. de Montai-an, en 1781, il n'y a point de fabricans plus pauvres que ceux qui font ces sortes de toiles; ils sont surtout à la mendicité depuis la guerre; à peine peuvent-ils gagner 3 ou 4 sous par jour. » Ils ne savent, ajoute-t-il, ni lire, ni écrii'e; ils suivent toujours leur ancienne

colons, ils sèment le chanvre, le récoltent, le préparent, le font filer et font fabriquer les toiles ou chez eux par des tisserands domestiques ou par leurs voisins dans les moments que leur laisse la culture des terres; la fabrication et le commerce de ces toiles est une des principales ressources des habitans d'environ 20 ou 30 paroisses de ces cantons, et de plusieurs négocians de la ville. » Cf. Co7-p.s d'observations, 1757-1758, pp. 247 et sqq.

(1) Voy. Corps d'observations, pp. 140 et sqq. « Les toiles à voiles de l'évêché de Rennes sont fabriquées par les fermiers mêmes qui sèment et préparent te chanvre. Lorsque la vente des toiles est suspendue, ils perdent les produits de la culture, des préparations, de la filature que font leurs femmes, leurs lilles, leurs domestiques et enfin ceux de leur fabrication. »

(2) Voy., par exemple, les rôles de la capitation de l'évêché de Rennes (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 4052).

(3) Ibid., C 3912.

(4) Lemarchand, inspecteur à Saint-Malo, écrit, le 2 décembre 1769, qu'il n'a pas sévi contre les ouvriers de Loudéac qui ont contrevenu au règlement, contre « une nmltitude de malheureux réfractaires qui attendent le prix de leur toile pour acheter du fil et subvenir aux besoins de première nécessité » (ibid., G 1532).

452 LES INDUSTKIES RURALES.

routine, « qui lieureusenient est très bonne ; » on ne saurait les obliger à appliquer aucune espèce de règlement d'.

Et, de fait, en aucune partie de la Bretagne, l'administration, malgré d'incessants efforts (2)^ n'est parvenue à soumettre l'industrie de la toile aux nombj'eux règlements qu'elle édictait. Les tisserands de la campagne ne pouvaient se plier à l'étroite réglementation qu'on prétendait leur imposer, et dont, d'ailleurs, la rigueur se relàcba à partir de 1750(3). Hs repoussaient aussi toute innovation. La Société d'Agriculture attribue à cet esprit de routine les succès que remportent Anglais et Hollandais aux dépens de l'industrie bretonne ; le rouissage, notamment, est défectueux W :

Malgré l'habitude où sont les cultivateurs faJbriquans de donner toutes les préparations à leurs chanvres, il s'en faut de beaucoup ' qu'ils ne les portent au degré de perfection dont ils sont susceptibles. Leur ignorance nuit considérablement au commerce des toiles à voiles que les Hollandais leur arrachent en détail.

Picot, négociant de Rennes, dans un mémoire de ITTO, s'applique à montrer combien la fabrication des toiles à voiles laisse à désirer; il propose, en consé(]uence, d'envoyer à tous

(1) Lettre du 17 novembre 1781 [ibid., C 1535).

(2) Voy., par exemple, l'arrêt du Conseil d'Etat, du 13 mars 1742, portant règlement pour les toiles à voiles « qui se fabriquent à Lokornan, Poulan, Plonevez, Porzay, Mahalon, Melard, Plomodiern, Ploueven, Saint-Nic, Cast, Quemeneven, Plogonnec, Guengat et autres lieux des environs pour la fabrication desquelles les fabriquans ne suivent aucuns reglemens »{ibid., G 1531).

(3) Corps d'observations, 1759-1760, pp. 377-379: « L'inspection d'abord rigoureuse a, été forcée d'abandonner la loi qui la dirigeoit, parce que cette loi détruisait ce qu'elle paraissait devoir conserver et même améliorer. Elle eût enfin anéanti l'objet sur lequel s'exercent les inspecteurs. Des paysans, des journaliers se sont vus assujettis à exécuter des reglemens de plus de 50 articles qu'ils n'étaient pas en état de lire... Aussi y a-t-il beaucoup d'articles qui ne s'exécutent plus; mais ils existent encore. » Le Contrôleur général adoucit aussi l'application des règlements en 1769, et les lettrespatentes du 28 juin et du 12 décembre 1780 marquent un acheminement vers la libre fabrication (Gautier de Kermoal, Les Etals de Bretagne et l'industrie des toiles, dans la Revue de Bretagne et de Vendée, an. 1866, 2^ série, t. X, pp. 314 et sqq.).

(4) Corps d'observations, 1757-1758, pp. 141 et sqq.

Page 1