LE GOUVERNEMENT ET LES SUBSISTANCES
aussi bien aux iaesoins des pauvres qui ne peuvent supporter le tiaut prix du pain; les détails que je reçois journellement à ce sujet font frémir l'humanité.
Dans cette même année 1770, la Société d'Agriculture a acheté des grains pour' 134.000 livres et en a vendu pour 143.000 (1). — En 1772, le gouvernement fait distribuer 75.000 livres de riz et une somme de 80.000 livres (2). En 1775, l'intendant, pour forcer les propriétaires à vendre leurs blés, fait venir de l'étranger des grains que l'on vend au-dessous du cours, et de grands approvisionnements sont concentrés dans plusieurs villes et notanmient à Nantes (s). En 1785, pour pallier les effets de la disette des fourrages, le roi accorde un secours de 200.000 livres W et permet de faire paître le bétail dans les forêts royales (5). En 1786, c'est une subvention de 380.000 livres que reçoit la Bretagne (6), et l'on atténue la disette en faisant venir de l'étranger une très grande quantité de grains c^). Cette même année et les années précédentes, des
(1) Voy. le « Compte général eu recette et en dépense des grains achetés par MM. les Commissaires de la Société d'agriculture pour prévenir la disette dont on était menacé dans l'évêché de Rennes et les environs et du produit de la vente qui en a été faite par leurs ordres » [ibid., C 1718).
(2) Ibid., C 1719, 1720, 1721. — La plupart des paroisses, en 1772, reçoivent à peine 50 livres en argent; il est rare que le secours dépasse 100 livres.
(3) Ibid., C 1711. — Dans une circulaire du 17 mai 1775, l'intendant écrit aux subdélégués que de grands approvisionnements ont été faits à Nantes, ce qui, ajoute-t-il, « doit engager les particuliers qui ont des magasins à ouvrir leurs greniers et à porter leurs grains au marché. »
(4) Ibid., C 1711, 1739 et 1740. On chargea le sieur Olive de faire venir du foin de Hollande (Arch. Nat., Hi 621).
(5) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1632.
(6) Sur ces 380.000 livres, 220.000 ont été mises à la disposition de l'intendant, 100.000 doivent être employées par la Commission intermédiaire à des travaux sur les grands chemins, et « 60.000 à établir des ateliers de charité sur les travaux de la navigation de la Vilaine » {ibid., C 1711).
(7) Dès le mois de septembre 1785, l'intendant, ayant appris l'insuffisance de la récolte, a écrit à des négociants de Nantes, de Saint-Malo et d'autres villes pour les inciter à s'occuper de l'approvisionnement de la province; en mars 1786, il fait venir des approvisionnements considérables de blé et ordonne que « ces grains soient vendus en détail à grenier ouvert audessous du prix courant du marché » [ibid., C 1711). En mars 1786, l'intendant blâme le subdélégué de Pont-l'Abbé d'avoir renoncé à faire venir des grains du dehors, et il ajoute : " Vous devriez sentir que le principal objet de ma lettre était de faire ouvrir les greniers du pays » {ibid., C 1711). Calonne se préoccupe de faire distribuer des secours en froment, seigle, riz et sarrasin, qui permettent aux habitants de subsister jusqu'à la récolte suivante (Lettre de Calonne à l'intendant, du 26 avril 1786, ibid., C 1711).
grains et de la graine de lin et de chanvre sont distribués aux paysans pour leur permettre d'ensemencer leurs champs d). Toutes ces mesures ont pu, jusqu'à un certain point, atténuer les ciises les plus redoutaJ3les, mais elles n'ont soulagé que bien faiblement encore la misère qui sévissait d'une façon si cruelle^ sur les campagnes bretonnes.
L'une des conséquences les plus directes de la misère, ce sont les épidémies si fréquentes el si meurtrières qui, depuis des siècles, sévissent sur les populations agricoles '2) et qui ne semblent pas s'être sensiblement atténuées au XVIIP siècle.
Même dans les périodes j'elativement pi'ospères, l'état sanitaire est des plus médiocres, ce qui s'explique aisément, si l'on songe aux déplorables conditions d'existence qui sont faites aux paysans : on a vu à quel point les habitations sont malsaines, combien l'alimentation est insuffisante, dans quelle malpropreté vivent les paysans. Et l'hygiène publique ne laisse pas moins à désirer que l'hygiène privée. Les chemins de traverse, les rues des villages sont de vrais bourbiers. Les cimetières sont situés dans les bourgs et beaucoup d'inhumations se font dans les églises mêmes ; c'est seulement en mai 1776 qu'une ordonnance prescrit de transporter les cimetières hors des endroits habités, mais, malgré les efforts de l'administration, elle est presque toujours éludée par les généiaux de paroisses (3). Faut-il s'étonner que la fièvre typhoïde
(1) Arch. d'Ille-et-Nilaine, C 1732 à C 1741. — A Belle-Ile, de 17G6 à 1771 el surtout en 1770 et 1771, on a distribué des grains aux cultivateurs pour leur permettre d'ensemencer leurs terres [Commission intermédiaire des Domaines^ Belle-Ile, Arch. d'Ille-et-Vilaine).
(2) Sur les épidémies, qui ont rava^^é la Bretagne au XV» siècle, cf. A. Dupuy, Histoire de la réunion de la Bretagne à la France, t. II, pp. 385-386. Dans la région de Quimper, il y a eu des épidémies terribles en 153'3, 1564, 1595, 1639 : voy. abbé Peyron, La peste de 1639 à Quimper, dans le. Bulletin de la Société Arcliéologique du Finistère, an. 1894, t. XXI, pp. 329 et sqq.). Cf. Moreau, op. cit., pp. 335 et sqq.
(3) A. Dupuy, Les Epidémies en Bretagne au XVHIo siècle {Annales de Bretagne, t. I, pp. 119 el sqq.). Cependant, en 1774, le général de la paroisse de Pire décide de transporter le cimetière hors du bourg, à la Croix Boissée; il a reconnu combien le voisinage du cimetière était malsain pour les habitants; ce voisinage causa une épidémie en 1741, et « une dissenterie longue et cruelle qui vient d'enlever grand nombre d'habitants donne lieu de craindre pour l'été prochain les mêmes accidents qui furent éprouvés en 1741 » (fo7ids Pire, Arch. d'Ille-et-'Vilaine, E 138).