DANS LES CAMPAGNES
Caractère des paysans bretons. — L'instruction. Insuftisance de l'enseignement primaire. — Ordinairement passifs, les paysans ont des moments de révolte : leur attitude pendant les guerres de la Ligue ; la révolte du papier timbré. — L'administration des paroisses rurales. — Les revendications des paysans en 1789.
Il est certainement plus malaise de se représenter la condition morale des paysans que leur vie matérielle. Comment déterminer le caractère collectif d'une classe aussi nombreuse, et dont la condition économique est loin d'être uniforme ? Il n'est pas étonnant que l'on ne puisse recueillir à ce sujet que des données vagues, imprécises, superficielles.
Il apparaît clairement cependant que ces hommes, si peu indépendants, dont l'existence est souvent si misérable, qui sont mal nourris et dénués de tout bien-être, manquent pour la plupart de courage au travail, d'énergie, d'initiative. Telle est l'impression générale des administrateurs et des voyageurs qui ont parcouru la Bretagne au XMIP siècle. Nointel déclare que (( les Bretons ne sont ni industrieux, ni laljorieux; c'est ce qui fait que les habitants du milieu de cette province sont assez pauvres et adonnez à l'yM'ognerie d). » L'inlendant de la Tour, en 1733, tente d'apprécier le caractère des habitants de chaque subdélégation. A l'entendre, il est un assez grand nombre de régions dont la population est industrieuse, ou tout au moins laborieuse ; mais ailleurs, et notamment dans les cantons les plus pauvres, les habitants sont « fainéants, » gros-
(1) Mémoire de Nointel, fol. 196.