‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 25 sur 219 · LA RETENUE SOUVENT AFFERMEE · texte numérisé non relu

LA RETENUE SOUVENT AFFERMEE

Au Moyen-Age, les corvées permettaient au seigneur de cultiver facilement sa réserve, lui fournissant une maind'œuvre gratuite. Mais maintenant, elles sont réduites presque à rien ou transformées en redevances pécuniaires. Il faut recourir au travail salarié, payer les journées des ouvriers agricoles (1). Souvent donc, il peut paraître avantageux au propriétaire noble de renoncer à l'exploitation directe, de louer les diverses pièces de sa retenue. C'est ainsi qu'on afferme des terres de culture. Consultons le Prisage des terres des seigneuries de la Chapelle-Chaussée et de la Burie, de 1702(2) : après avoir énuméré les métairies et les pièces de la retenue, qui sont en main, il constate qu'il y a des « terres hors métairies affermées, » et il en donne la liste; ce sont :

Le clos de Galard, en labeur, tenu à ferme par François Duval, tisserand (1 journal, 20 cordes); 18 livres de rente;

Un autre clos (1 journal, 66 cordes), affermé 22 livres;

Le courtil de Trédieu (1 journal, 8 cordes), affermé 14 livres;

La pièce des Grandes Epinettes (1 journal, 44 cordes), affermée 13 livres;

La pièce des Petites Epinettes (74 cordes), affermée 8 livres;

Le bois taillis des Bédouaudières, affermé 9 livres.

Le seigneur de Châteaugiron a loué aussi à un grand nombre de particuliers des pièces isolées de sa retenue '3).

(1) Voy. « Mémoire des frais pour aouster les bledz de la Haye », en 1660 iionds de la seigneurie de Mé/usseaume, Arch. d'Ille-et-Vilaine) : « Le samedy 14, 10 personnes à seier l'avoine et le reste du seigle, à 8 sous pour chacun, font 4 livres... ». Le total des frais se monte à 59 livres 3 sous " et en outre ce qu'il a coûté pour fauctier et ramasser les blés ». Cf. Dial de Saffré (Arch. de la Loire-Inférieure) : « Ce 2° avril 1605, jay paie 28 journaliers qui ont travaillé à la prée Guynel et 31 pour le clos Voy, le tout ensemble cest monté 14 livres 1 sou ». En 1514, le receveur de la prévôté d'Ancenis a dû payer 16 1. 12 s. 9 den. pour « journées d'ouvriers, vendangeurs ou occupés aux pressoirs » [fonds de la baronnie d'Ancenis, Arch. de la Loire-Inférieure. E 265).

(2) Fonds de la Chapelle-Chaussée (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 97).

(3) Voy. l'Inventaire des revenus du seigneur de Châteaugiron. de 17()5 (fonds de Châteaugiron. Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 22) : la pièce de la G'uimbertière, près la lande de la Dauferie, a élé affermée, par bail du 3 avril 1757. à Pierre Ravet, au pri.x de 35 hvres par an; plu'îieurs pièces de terre ont élé affermées à Julien Martin, au prix de 85 1., plusieurs autres, à Julien Crocq, moyennant 72 1.; les Champs-Faillis sont loués à Pierre Guinguené 18 livres, etc.. etc.

Sur le domaine de Tfans, la métairie de la Porte, en 1702, avait été affermée au prix de 300 livres ; en 1741, la rente s'élève à 800 livres; c'est qu'à la métairie on a joint des jardins, des avenues boisées, des pièces de culture, qui autrefois faisaient partie de la retenue (i).

On afferme aussi des bois (2), des marais (3), et surtout des prés et des prairies ('^). Les prairies restent-elles en main : on s'efforce souvent de vendre l'herbage sur pied afm de n'avoir pas à payer de journées de faucheurs (5).

Les bois, dont le revenu est assez considérable, ne demandent pas de grands frais d'entretien. Il est rare cependant que le propriétaire procède lui-même à la taille et à la vente de ses arbres (6). Le plus souvent, il vend aux enchères, tous les dix

(1) Etat des Mens dépendant de François de Boisba^idry. 1744 ("Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 81).

(2) Ainsi, en 1670, le seigneur du Gage afferme pour 6 ans une châtaigneraie moyennant 4 livres et 2 boisseaux de châtaignes, mesure de Dinan (fonds du Gage, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 64).

(3) En 1567, les marais d'Atillé sont affermés au prix de 40 1. t. de rente [fonds de Pire. Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 1421.

(4) En 1723, l'abbaye de Redon afferme pour 6 ans, au prix de 40 1., le pré de .Saint-Benoît, contenant 7 à 8 hommées, h Denis Mabil, Pierre Fontaine, Jean Josseau et Jean Vinouse « gens de labeur demeurants séparément au village de l'Aumosnerie, paroisse de Bains ». En 1728, elle afferme pour 6 ans à plusieurs laboureurs, au prix de 45 1., le pré aux Oyes, contenant 0 hommées. Beaucoup de prés sont ainsi affermés par l'abbaye {fonds de Redon, Arch. d'IUe-et-Vilaine, H 2.5). En 1567, Guillaume, seigneur de la Fontaine, afferme la Grand'Prée-Digne à Jan Galoppin. marchand et bourgeois de Fougères, pour 4 ans, au prix de .50 1. t. ifonds de la Fontaine, ibid.. E 366). Cf. le Dial de Saffré. de 1.509 à 1609 (Arch. de la Loire- Inférieure), le Rentier de la seigneurie de la Roche-Suhart, de 1694 (Arch. des Côtes-du-Nord, E 1370).

(5) En 1515. dans la baronnie d'.A.ncenis, on vend aux enchères l'herbage de différents prés aux prix de 15, 19, 8, 11, 7, 6 livres {Comptes du receveur de la prévôté. Arch. de la Loire-Inférieure, E 265). En 1629, l'intendant du seigneur de la Villemaupetit vend par lots l'herbe de la prée de Launay- Madeuc, mais il a dû faire faucher à ses frais une parlie de la prée et en vendre le foin. Le revenu total a été de 393 1. 13 sous, « sur quoy. dit l'intendant, je demande descliarge de 12 journées d'homme que j'ai payé de 5 s. 5 d. par jour » (fonds de la Villenumpetit, Arch. d'Ille-et- Vilaine).

(6) Le seigneur de Saint-Brice exploite lui-même ses bois de Gatines. Voy. les Comptes de Thirion, receveur de la baronnie de Saint-Brice (.'^rch. d'Illeet-Vilaine, E 40.5) : en novembre 1782. la vente du bois a rapporté 60 1. 15 s.: — du 1" janvier au 1" avril 1783, la vente des cordes de bois, bourrée et litière s'élève à 160 1. 13 s., les frais ont été de 90 1. 5 s., donc gain de 741. 8 s.: — du 1" juin au 1" juillet, la vente a produit 179 1. 14 s., les frais ont été de 24 1. 1 s., donc gain de 1.55 1. 13 s.; — en août, produit de la vente : 269 1. 4 s.; frais 63 1. 16 s., donc gain de 205 1. 8 s.

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