LES BOIS ET LES FORÊTS
OU onze ans, la. coupe des bois, et les adjudicataires prennent à leur charge toutes les dépenses de main-d'œuvre. Le 24 novembre 1789, le marquis de Pire vend à J.-P. Pabre une coupe entière des bois taillis de Bonnepart et de Tréduday, en la paroisse de Theix; l'adjudicataire s'engage à payer une somme de 2.400 livres que le marquis recevra à Rennes dans le courant de janvier 1790 (D. Dans la seigneurie du Treff, tous les onze ans, on vend la taille des bois; en 1777, l'adjudication rapporte 1.030 livres; en 1789, elle s'élève à 1.400 livres, et l'intendant du marquis de Pire estime qu'elle pourrait produire bien davantage (2). Parfois, c'est à des charbonniers que l'on concède l'exploitation des bois : en 1600, le seigneur de Saffré livre une partie de sa forêt à deux charbonniers qui s'engagent à lui donner 42 livres par journal 0).
La retenue, si étendue qu'elle soit, ne constitue pas la portion la plus lucrative du domaine proche. Les revenus les plus notables sont fournis par les métairies, d'une superficie souvent considérable. Ces métairies comprennent des terres de culture, des prés, des prairies, parfois aussi des morceaux de bois et de landes, elles se composent de pièces distinctes et qui ne sont pas toujours d'un seul tenant, mais qui forment tout un ensemble complet d'exploitation agricole. Les métairies ne sont jamais exploitées directement par le propriétaire; elles sont toujours affermées, soit à prix d'argent, soit à moitié grains. Mais qu'il s'agisse de fermage ou de métayage, la rente des fermes représente souvent une somme considé-
(1) Fonds de Pire (Arch. d'Ille-et-Vilaine. E 207).
(21 Henri F'ée, U administration de deux seigneuries de Basse-Bretagne, Toulgouet et le Treff {Annales de Bretagne. 1004, t. XIX, p. 289). En 1.576. le seigneur de la Chalopinaye vend la coupe de ses bois; à M' Vincent Pistoul, on adjuge 3 journaux, 2 sillons, à 13 livres le journal = 40 1. 12 s. 6 den.; à Julien et Jean Gallaye, 2 journaux = 26 1.; à Jehan Durant, 1 journal = 13 1., etc. Ces adjudications produisent une somme totale de 124 1. 5 s. t. (fonds de la Chalopinaye, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 96). En 1583, la coupe du seizième du bois de Buat est adjugée à Pistoul, Jean Gallaye et François Quevert, métayer de la Chalopinaye, et à deux autres personnes au prix de 21 écus monnaie {ibid.). Voy. aussi de nombreux documents relatifs à l'exploitation des forêts du prince de Condé en Bretagne au XVIII' siècle (Arch. Nat., 0^ 521).
(3) Dial de Saffré (Arch. de la Loire-Inférieure).
rabled'. — Le domaine proche comprend encore un ou plusieurs moulins, qui sont d'un bon rapport, car on les afferme, en bien des cas, plusieurs centaines de livres (2).
Retenue, métairies, moulins constituent le domaine proprement dit du seigneur, sa propriété véritable. Les mouvances, au contraire, appartiennent réellement aux tenanciers nobles ou roturiers qui les occupent; mais leur propriété est grevée de redevances et de devoirs qui marquent le droit supérieur du seigneur, et elle est soumise à sa juridiction, puisqu'on Bretagne fief et justice se confondent toujours (3).
Presque partout, les mouvances sont réparties en un certain nombre de circonscriptions seigneuriales qu'on appelle bailliages ou [iels. Les bailliages existaient déjà sans doute au Moyen-Age; en tout cas, leur organisation est très nettement fixée, dès le XV* siècle, comme on Ta vu plus haut. Les bailliages comprennent tout le territoire soumis à la juridiction seigneuriale, et qui parfois, suivant la remarque d'Hévin, se trouve détaché de tout domaine principal (^). Mais il faut voir en eux surtout des circonscriptions fiscales. C'est en effet par bailliage que se perçoivent les redevances des tenanciers ; pour chaque bailliage, on dresse un rôle rentier dont la perception est confiée chaque année, et à tour de rôle, à un tenancier qui remplit l'office de sergent bailUager. — Les bailliages forment des circonscriptions seigneuriales si définies qu'ils
(1) Voy., par exemple, YEtat et grand de la terre de la Villetehart, de 1764 (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 81), le Grand de la seigneurie du Gage {ibid.. E 63).
12) Dans les seigneuries de Toulgouet et du Treff, les moulins constituent le revenu le plus considérable du domaine proche: les trois moulins affermés de Toulgouet rapportent 829 livres, vers 1765 (Henri Sée, op. cit.. p. 288).
(3) Cf. André G'iffard, Les justices seigneuriales en Bretagne aux XVW et XVIII' siècles, pp. 18 et sqq.
(4) Hévin, Questions féodales, p. 143 : « Le bailliage est un territoire auquel est attachée une jurisdiction subsistante par soy-même, quoique sans aucun domaine, château, manoir, glèbe ou fonds dominant; ce terme bailliage signifie un fief avec justice sans équivoque ». Beaucoup de ces bailliages, ajoute-t-il, sont des « fiefs en l'air », détachés de tout domaine principal.