LES BAILLIAGES OU FIEFS
sont objets de transactions : on les vend, on les échange. C'est ainsi qu'en 1598, NP^ de la Gordonnaye et de Saint-Gondran vend, au prix de 123 écus, à Guillaume Guigené, sieur de la Chapelle, le fief et bailliage de la Hersaudaye, qui s'étend en la paroisse de la Chapelle-Chaussée W. Nous voyons aussi des échanges qui portent sur un bailliage ou même sur la moitié ou le quart d'un bailliage (2).
Dans une même seigneurie on trouve des bailliages de •toutes dimensions; il en est qui s'étendent sur une centaine de journaux; d'autres, très restreints, se composent seulement de quelques journaux. Un aveu de 1676 nous donne la liste des fiefs ou bailliages de la seigneurie de Boisbaudry O); en la paroisse de Rimoux, on remarque :
Le grand fief de Boisbaudry Le fief de la Hunaudière. . . .
Le fief de la Saudraye
Le fief de Pierre Mouton . . .
Le fief du Bois Hideaux. . . .
Superficie.
95 journaux.
184 journaux.
100 journaux.
3 journ., 32 cordes
24 journaux.
Rente.
G livres, iô sous.
8 — 4!ien,
Dans la seigneurie de la Chatière, le fief de la Daye contient 60 journaux 60 cordes, tandis que le fief de la Touche-MarqueL ne s'étend que sur 5 journaux 27 cordes, et le fief de la Chevillonnaye, sur 3 journaux 22 cordes ^^l — Le nombre des tenanciers varie aussi d'un bailliage à l'autre (s).
La directe seigneuriale, c'est-à-dire l'ensemble des mou-
(1) Fonds de la Chapelle-Chaussée (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 98). En 1680, le duc de la Trémoille vend à Christophe de Rosnyvinen le fief de Saudecourt, en Chaumeré et Pire, au prix de 22.000 1. t. {{onds de Pire, ibid., E 145). En 1682, le seigneur du Gage vend un petit bailliage à Renée Prioul, veuve d'écuyer Pierre Sevizé (ibid., E 70).
(2) Voy., par exemple, (onds de Pire, E 135.
(3) Fonds de Boisbaudry (Arch. d'Ille-et-Vilaine).
(4) Aveu général de la seigneurie de la Chatlière, de 1685 (Arch. d'Ille-et Vilaine, E 365).
(5) Cf., par exemple, l'Aveu de Bois-de-Miniac, de 1744.
vances, ne forme que rarement un territoire continu. Elle se compose, dans la plupart des cas, de bailliages disséminés, s'étendant souvent en plusieurs paroisses W. Chaque bailliage aussi se compose maintes fois de parties éparses, entremêlées dans d'autres fiefs ou même dans d'autres seigneuries, ce qui complique singulièrement la perception des rentes. En 1773, le marquis de Pire achète au prince de Gondé le petit fief de Rougé qui dépend de la chàtellenie du Teil et avoisine le château de Pire : ce fief, écrit le marquis, u ne forme point un ensemble, ce sont des parties éparses et séparées les unes des autres par mes liefs dans lesquels il se trouve meslé, ce qui occasionne des méprises dans la perception des droits, égallement que pour la chasse (2). »
En Basse-Bretagne, oi!i prédomine le régime du domaine congéable, on trouve à peu près la même organisation de la propriété seigneuriale que dans la Haute-Bretagne; là aussi, on distingue le domaine proche et les mouvances. Seulement, le domaine proche, outre la retenue et les fermes, comprend encore les domaines congéables, les convenants^ qui forment souvent la portion la plus importante de la seigneurie. Le domanier, bien que propriétaire des « édifices » et des « superfices, » est bien réellement un fermier (3). En bien des cas, d'ailleurs, le manoir, la retenue, lorsqu'ils ne sont pas occupés par le seigneur foncier, sont donnés à domaine congéable (^'; et il arrive aussi que des pièces détachées de la retenue, sur-
(1) C'est ainsi que la seigneurie du Loroux a des fiefs dans les paroisses de NouvoiLou, Veneffles, Noyal-sur-Vilaine, Servon Arch. d'Ille-et-Vilaine. E 130). Cf. Guillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne, passim.
[2] Fonds de Pire (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 242).
(3) Henri Sée, L'administration de deux seigneuries de Basse-Bretagne, toc. cit., pp. 287 et sqq. Cf. Aveu de la baronnie de Pont, de 1732, fol. 155 et sqq. (Arch. du Finistère, E 728).
(4) Le baron de Pont a affermé les manoirs de Kerdegasse et de Triulit, le premier au prix de 180 1.. l'autre au prix de 360 t.; il a donné à domaines congéables les manoirs de Pennanpont, de Klogodou, de Kerivoual et aussi le moulin du manoir de Kerordan {Aveu, de 1732, fol. 343 et sqq.).