TERRES AFFERMÉES ET EN MAIN
Ainsi, plus des deux tiers des propriétés paystuines sont exploitées par leurs propriétaires; mais dans 15 paroisses sur 38, les propriétés affermées sont plus nombreuses que celles qui sont tenues en main. Il apparaît clairement aussi qu'en moyenne les propriétés affermées ont une superficie plus considérable que celles qui sont en main. Sans doute, en bien des cas, les paysans donnent à ferme leurs propres terres et en prennent d'autres en location. La classe des fermiers et des métayers est donc beaucoup plus nombreuse qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord; et l'on voit aussi que Ton ne trouve pas seulement de grosses fermes, mais qu'il existe un grand nombre de closeries, dont la superficie ne dépasse pas quelques journaux.
Les aveux, les terriers, les déclarations des vingtièmes nous révèlent encore l'un des traits caractéristiques de la propriété paysanne en Bretagne. Les tenures, même les moins étendues, forment chacune un petit domaine complet, sur lequel les diverses catégories de terres se trouvent représentées. Chacune comprend une maison, un jardin où sont cultivés des légumes ou du chanvre, des terres labourables, des parcelles de pré ou de lande, voire même un petit bois, une châtaigneraie. Ce n'est pas ({ue la tenure soit toujours d'un seul tenant : elle se compose souvent de petites pièces isolées, séparées des champs voisins par des talus plantés d'arbres.
Cette constitution de la propriété paysanne, qui a eu une influence si considérable sur les procédés d'exploitation agricole, est elle-même en étroite corrélation avec le mode de groupement de la population rurale. Dans les campagnes bretonnes, les grosses agglomérations sont rares. Dans chaque paroisse, on distingue : 1° le honrq. généralement peu peuplé, qui se presse autour de l'église et où se sont réunis la plupart des marchands et des artisans; 2° un grand nombre de maisons, de fermes isolées ou de petits villages composés de quelques habitations d). On a parfois voulu voir dans ce mode
(1) Voy., par exemple, l'aveu de l'abbé de Redon, Jean Scoty. de 1580 : dans chaque frairie, il note l'e.Kislence de plusieurs villages, comprenant
de groupement de la population la trace de vieilles coutumes celtiques. Mais il existe dans des régions qui ont échappé complètement à l'influence celtique. N'est-il pas plus juste de dire qu'il a été déterminé par des conditions naturelles, par la constitution géologique du pays? Dans une région où partout l'eau se trouve à portée, les paysans n'ont pas été obligés de vivre agglomérés; partout, ils ont pu construire leur habitation, et, dans des pays de pâturage surtout, c'était pour eux un avantage de résider à proximité de leurs terres. Tels sont les principaux caractères de la propriété paysanne en Bretagne. On le voit clairement déjà : c'est le régime, c'est la constitution de la propriété, qui ont le plus fortement contribué à déterminer la condition économique et sociale des populations rurales. Si, parmi les paysans, il existe, non point, sans doute, des classes fortement tranchées, mais, tout au moins, des catégories, des groupes assez nettement marqués, c'est que tous les paysans ne sont pas au même degré propriétaires, c'est qu'entre eux le sol n'est pas réparti d'une façon uniforme. Leur condition réelle diffère profondément selon que leur propriété suffit à assurer leur existence ou que, ne possédant que quelques infimes parcelles de terre, ils sont obligés de vivre dans la dépendance économique des grands propriétaires.
généralement 5, 6, 7, 8 maisons, parfois une dizaine d'habitations {fonds de Redon, Arch. d'IIle-et-Vilaine, H 6bis). La paroisse de Carentoir est divisée en quinze frairies, comprenant ctiacune une dizaine de villages (Le Claire, L'ancienne paroisse de Carentoir, pp. 105 et sqq.).