‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 55 sur 219 · TRANSFORMATION DES CORVÉES · texte numérisé non relu

TRANSFORMATION DES CORVÉES

qui sont acquittées, tantôt en nature, tantôt en argent W. Dans le bailliage de la Chatière, en 1601, chaque tenancier doit une corvée chéante et levante « pour aider avec les autres hommes de ladite seigneurie à fanner les foings de la prée, labourer ou seier aux seigles de la métairie de la court, ...ou bien laprécy desdites corvées apréciées de tout temps immémorial à 5 s. t. poiables audit terme d'aoustt^). » Dans la seigneurie de Saint-Mars-la-Jaille, les corvées peuvent parfois prendre l'une ou l'autre forme, à la volonté du seigneur et des tenanciers 0).

Le plus souvent donc, les corvées sont appréciées suivant le tarif de la journée d'ouvrier, et elles ne représentent, en bien des cas, qu'une charge assez légère, car fréquemment on a conservé le taux de l'époque où la transformation s'est opérée; c'est ainsi qu'en 1781, dans la seigneurie de Saint- Brice, la corvée est évaluée à 2 sous 6 deniers (^).

En Bretagne, à l'époque moderne, on ne trouve plus trace de corvées arbitraires. Le nombre des journées est toujours fixé, et il est ordinairement très peu élevé; la plupart des tenanciers ne doivent plus que deux ou trois jours de corvée par an, quelquefois moins encore i^'. Il est rare que la

(1) Comptes du receveur de Saint-Brice, 1425 (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 389) : 32 corvées furent faites « à la mecterie de la Cheverie pour haster l'aoust pour la guerre; » 6 autres ont été faites ailleurs : « auxi ne demeure que deux corvées de XL, qui valent XVIII den., pour ce III sous. » Cf. aussi les Comptes, de 1424 {ibid.).

(2) Terrier du /ie/ et bailliage de la Chatière appartenant à la comtesse de Maure [londs de Saint-Brice, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 382).

(3) Rélormation de la cfiâtellenie de Saint-Mars-la-Jaille , 1745 {{onds de la baronnie d'Ancenis, Arch. de la Loire-Inférieure, E 260).

(4) Voy. le « Compte et minu des poulies et corvées dues au fief de la Chaigne et Bouchardière pour l'année 178L la poulie à 10 sous 8 den., et la corvée à 2 s. 6 den., recueillis par M' Jean Dauguet » {{onds de Saint- Brice, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 409). Cf. ibid., E 406.

(5) Dans un grand nombre d'aveux rendus à la .seigneurie de Châteaugiron au XVP siècle, on voit que les tenanciers doivent 3 corvées par an {{onds de Cliûteaugiron, Arch. d'IUe-el-Vilaine, E 23). En 1720, le fief et bailliage du bourg de Landujan doit 56 s. 6 den. mon., 2 boisseaux 9 godets de froment rouge et une demi-journée de corvée d'août (Arch. d'Ille-et- Vilaine, E 269). Dès le XV° siècle, un grand nombre de tenanciers de la seigneurie de Bois-de-Miniac ne doivent que deux journées de corvée par an {{onds de Bois-de-Miniac, ibid., E 4).

corvée prenne aux paysans une part notable de leur temps W.

Au Moyen-Age, on distinguait les corvées personnelles, et les corvées réelles, qui n'étaient dues qu'en raison de la tenure occupée par le paysan. A l'époque moderne, on trouve encore des corvées personnelles : ce sont les corvées dites chéantes et levantes, que doit chacun des sujets de la seigneurie. C'est ainsi que, dans la seigneurie de Saint-Etienne, vers la fin du XVIIP siècle, le nombre des corvées dues par chaque famille semble proportionnel au nombre des enfants (2). A la même époque, sur le fief de la Gharpenterie en Pleurigné, chaque sujet doit une corvée appréciée à 2 sous monnaie (3). Mais ce sont des cas exceptionnels. La plupart des corvées pèsent uniquement sur la tenure et peuvent être entièrement assimilées aux renies seigneuriales (*), à tel point que les gentilshommes, qui possèdent une terre roturière, doivent fournir un homme qui s"ac(iuitte de ce service à leur place (&).

Dans certaines tenures, la corvée constitue le principal devoir seigneurial : tel est le cas des fiels bienniers de Saint-Marsla-Jaille, qui doivent chacun 20 corvées de bœuf ou 40 corvées de bras et de charrois ; depuis longtemps d'ailleurs, ces corvées, en vertu d'une simple convention verbale, ont été transformées en taxes pécuniaires à raison de 3 sous par corvée;

(1) Cependant, dans la vicomte de Carheil, un grand nombre de fiefs doivent une corvée cliaque samedi, du 1" janvier au dimanclie de Pâques. Le chiffre de ces corvées reste identique depuis le début du XVP siècle jusqu'à la fin du XVIir : cf. des comptes de 1529, 1541 (Arch. de la Loire- Inférieure, E 313), des comptes de 1655 et de 1786-1789 [ibid., E 315), ainsi qu'une réformation de 1785 (E 313).

(2i Voy. le Compte et minu du (ief de la Chaigne (Arch. d'Ille-et-Vilainc, E 409) : « Jeanne Bossard, veuve de François Martin, et ses sept enfants, 8 poules, 8 corvées; les sept enfants de feu Michel Lemonnier, 7 poules, 7 corvées; les six enfants de feu Jean Gautier, 6 poules, 6 corvées; les cinq enfants de Jean Benoisl, 5 corvées; les six enfants de feu Michel Sourdin, 6 corvées... »

(3) Fonds de Saint-Brice (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 406).

(4) Cf. l'aveu de Pierre Caradeu au seigneur de Chàteaugiron, en 1.566 : sa tenure doit une rente de 2 boisseaux 2/3 d'avoine et 2 s. 8 den. t. pour les corvées (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 23).

(5) Voy. la Coutume de Bretagne, titre II, art. xci : « Noble homme n'est tenu de faire à .son seigneur viles corvées en personne... Et s'il possède des terres roturières, dont soient dues viles corvées, il sera tenu bailler hommes pour les faire, »

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