ABUS DU DROIT DE CHASSE
gibier pris ou tué jusqu'en la paroisse de Champeaux d). Dans la forêt de Paimpont, les sujets de la baronnie de Gaël sont tenus « d'aider à faire la hue tant aux loups qu'autres bestes quand ils en sont requis, à peine d'amende (2). » Parfois encore, le droit de chasse sert de prétexte à lever une dîme qu'on appelle la dîme de chiens 0).
Le droit de chasse donne lieu aussi aux abus les plus graves, que le pouvoir royal tenta vainement de réprimer. L'ordonnance sur les eaux et forêts, d'août 1669, défend aux gentilshommes, sous des peines très sévères, de chasser sur les terres ensemencées, et dans les vignes jusqu'à l'époque de la vendange, leur défend aussi d'établir des garennes sans titres légitimes ('*'. Les seigneurs continuent cependant à chasser en toute saison sur les terres de leurs paysans, sans que ceux-ci puissent les en empêcher: « Si, déclarent les habitants de Plélan, nous les trouvons dans nos champs, pour les opposer d'y chasser, encore ils nous disent : Si tu veux mourir, dis une parole (s). » On nous les dépeint abattant les haies, foulant aux pieds les grains ensemencés (6). Beaucoup d'entre eux
(1) Guillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Haiite-Brefagne, 1" série, pp. 172-173.
(2) Ihid.. 2' série, pp. 203 et sqq. — Dans le bois de la Pervanchère en Issé, les vassaux de la chtitellenie de Nozay sont tenus de faire la hue, chaque fois que le seigneur y chasse (ibid., 3' série, pp. 241 et sqq.).
(3) La requête de la municipalité de Guern à l'As.semblée Nationale, du 28 juin 1790, déclare que la dinie de chiens existe dans la paroisse et dans les envii'ons : « les seigneurs la prélèvent pour nourrir leurs chiens pour la chasse des loups et des bêtes fauves, et cette dixme .se lève à l'onze et est assise sur certains champs et non sur toutes les terres de la même tenue, et même sur des vassaux d'autres seigneurs... » Or, il y a plus de 200 ans, ajoutent les habitants, que les seigneurs ne font plus la chasse aux loups {Papiers du Comité (éodal, Morbihan, Arch. Nat., D XIV, 7).
(4) Titre XXX, art. xvni (Isanibert, I. XVllI, pp. 297-298).
(5) Cahier de Plélan (sénéchaussée de Rennes).
(6) « N'est-ce pas un grand abus qu'un seigneur, en vertu de son droit prétendu ou usurpé, interdise un homme qu'il verra se promener sur sa propre terre, armé d'un fusil, dont il se saisira, tandis que lui-même, accompagné de cinq ou six personnes et de nombre de chiens, pour ne pas se donner la peine de passer par les routes ordinaires, se permettra d'abattre les hayes qui entourent les champs, laissera en proie au.x bestiaux qui passent par les routes les grains ensemencés, les foulera aux pieds, permettra de chasser à des voisins... » {Cahier de Saint-Mars-du-Dézert , Arch. de la Loire-Inférieure, G 576). Gf. Correspondance adininishative. \"mfittrois lettres adressées par l'intendant général de la maison de la Trémoille à Vadvocat fiscal dé la baronnie de Vitré liS^G-iTQOj^ Vitré, 1887 ; «J'ay
n'ont d'autre occupation que la chasse, et ils en abusent au grand détriment des paysans W. Ceux-ci, dans leurs cahiers, protestent énergiquement contre le dioit de chasse, réclament le droit d'avoir des fusils pour pouvoir se défendre contre les loups et protéger leurs champs des ravages du gibier (2).
Le monopole seigneurial s'étend aussi à la pêche dans les étangs et les rivières. Le droit de pêche, réservé au propriétaire noble, lui rapporte souvent un sérieux revenu. L'étang de Dieu-Legard, dans la baronnie de Sens, est péché tous les quatre ou cinq ans; la vente du poisson rapporte : en 1766, 676 livres; en 1771, 954 livres; en 1779, 1.274 livres; en 1783, 1.538 livres; en 1786, 1.129 livres. El, à chaque pêche, l'étang est repeuplé de oarpes o-. Le principal revenu de la sei-
appris que M. de la Sagerie et le .Sénéchal de Saint-Jean chassaient ordinairement dans les bleds avec quatre ou cinq bassets et autres chiens... » (lettre du 19 mai l(396j.
(1) Les habitants de Pipriac déclarent que quantité de gentilshommes, peu fortunés et ne voulant rien faire, « font de la chasse leur occupation journalière, sans égards, sans ménagemens pour les intérêts des cultivateurs » (Délibération de Pipriac, du 1" février ITS'J, sénéch. de Ploërmel, Arch. du Morbihan).
(2) Cf. E. Dupont, op. cit., pp. 85 et sqq. — Les habitants de Pléneuf, dans leur Délibération du 2 février 1789, se plaignent de l'ordonnance du duc de Duras qui, « sous prétexte de les empêcher de chasser, » les met à la merci des bêles sauvages et des chiens enragés (Cartons des araires de Bretagne, liasse H, Arch. Mun. de Rennes). Même réclamation des paroissiens de Plévenon et de Plurien; ces derniers ajoutent : « Les valets de MM. les gentilshommes ont-ils le droit de port d'armes, dont ils ne laissent pas de faire mauvais usage hors de la présence de leurs maîtres, d'aller seuls à la cha.sse et de tirer les chiens chez les particuliers même à leurs pieds ? » (ibid.).
(3) Livret concernant les pêches (fonds de la baronnie de Sens, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 413) : l'étang a été pêche le 1.5 février 1705; il s'y trouva 311 carpes et 111 brochets; le tout fut vendu, à la réserve des trois plus belles carpes, la somme de 676 livres 16 sous. Le 25 février, l'étang a été repeuplé de 1.650 cai-pes de l'élang de Gatinne et de 967 de l'étang de la Denizais. — La pêche du 19 février 1771 a donné 1.-400 carpes, 25 brochets et 60 tanches; on n'a vendu que 877 carpes, 24 brochets, 38 tanches pour 954 livres. L'étang a été repeuplé, le 13 mars, de 2.635 carpes. Il a été péché, le 28 février 1775, ce qui donna 2.200 carpes, 75 brochets, 30 tanches, mais on ne vendit que les brochets, les tanches et 131 carpes, au prix de 85 livres. Il est repeuplé, le 9 mars, de 5.869 carpes, mais, comme il s'est mis à couler, on l'a péché le 5 mars 1776, et on a vendu 312 carpes au prix de 163 livres, etc., etc. — Les autres étangs de la seigneurie (de la Cherre. de la Denizais, de Gatinne) servent à élever des carpes, qu'on verse ensuite dans l'étang de Dieu-Legard, où elles achèvent de se développer,