‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 83 sur 219 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Grosses et menues dîmes. Le taux de la dîme. Les plaintes des paysans. — Comment la dîme est-elle perçue? — Le plus souvent, elle est affermée. — A qui profite la dîme ? Les gros décimateurs et la portion congrue. — Les droits paroissiau.x. — Les dîmes inféodées ou féodales.

Toutes ces redevances et tous ces droits qu'exige le seigneur direct ne sont pas les seuls qui pèsent sur les paysans. Comme au Moyen-Age, le seigneur ecclésiastique perçoit la dîme sur toutes les terres i^^turières sans exception. La dîme porte sur tous les produits du sol et de l'exploitation agricole, sur les grains, le vin, le bétail. On distingue toujours les grosses dunes, qui atteignent le froment, le seigle, l'avoine, le vin, et les menues dinies, qui frappent le lin, le chanvre, le mil, le blé noir, le bétail.

Rien de plus variable que le taux de la dîme. Parfois, il est très faible, à la 33^ d) ou à la 3& gerbe (^). Mais il est souvent plus élevé, par exemple au 20", au 18^ au 16' (3) ; n semble même qu'en Bretagne on perçoive fréquemment la dîme à la

(1) Voy., par exemple, le Cahier de Daoulas (sénéch. de Quimper, Arch. du Finistère) : « Que les dîmes des paroisses qui les paient à la 12" gerbe soient diminuées et ne soient plus qu'à la 36" comme dans la plupart des paroisses. » En Plouzané, l'abbé de Saint-Mathieu et le recteur perçoivent conjointement la dîme à la 36" gerbe sur 90 villages (P. Levot, Uabbaye de Saint-Mathieu de Fine-Terre, dans le Bulletin de la Société Académique de Brest, 1871-1872, t. VIII, pp. 355 et sqq.).

(2) Dans la paroisse d'Elven, par exemple, la dîme ecclésiastique se lève, en général, au 33' [Déclarations des Vingtièmes, paroisse d'Elven, Arch. du Morbihan).

(3) L'abbaye de Daoulas lève sur un grand nombre de paroisses des dîmes qu'on appelle « les 18"' » (Aveu de Daoulas, de 1677, Arch. du Finistère, H 4).

13® W OU à la 12® gerbe C-^), et les exemples abondent de dîmes qui prélèvent un 11® (3), un 10^ (^), voire môme un 8® de la récolte (s). Quel est le taux le plus ordinairement usité ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer.

Mais il apparaît clairement que, dans nombre de cas, la dîme enlève au cultivateur une part notable de son revenu. La plupart des cahiers de paroisses s'en plaignent. Maintes fois, au cours des XVIP et XVIIP siècles, les paysans ont protesté contre le taux de la dîme, se sont élevés contre la perception de dîmes insolites^ et ont engagé des procès avec le seigneur ecclésiastique. En 1658, entre le prieuré de Saint-

(1) Dans le pays nantais beaucoup de dîmes se perçoivent au 13 : voy., par exemple, le Cahier de Casson (Arch. de la Loire-Inférieure, C 567) et le Cahier de Saint-Julien-de-Conseil (ibid., C 575).

(2) Voy. le Cahier de Comblessac (sénéch. de Ploërmel) : « Nous souhaiterions que, dans notre paroisse déjà ruinée, une dixme au 12", attachée à une communauté fort riche qui n'en a pas besoin pour vivre, soit modérée, attendu que les paroisses circonvoisines ne la doivent qu'au cinquante et à la 36' gerbe où le terrain est beaucoup mieux. » Voy. aussi Cahier de Pospoder, art. 7 (sén. de Brest, Arch. du Finistère). Cf. P. Levot, op. cit.

(3) L'abbaye de Redon perçoit la dîme à la 11' gerbe sur le fief de la Villorion en Avessac (Arch. d'Ille-et-\'ilaine, H 73) et dans un grand nombre de paroisses {ihid., U 25). Le prieuré du Pelit-Locmarla possède des dîmes au 11" (Déclaration de ir>40. Fonds de Saint-Sulpice, Arch. d'IUe-et-Vilaine, H 94). Cf. le Cahier de Lothéa (sénéch. de Quimperlé, Arch. du Finistère) : « Sera encore solicité la réduction à la 33' gei'be de la dîme que perçoivent et lèvent actuellement à l'il" gerbe MM. les Bénédictins de Quimperlé sur les habitans de la trêve de Trivalaire en cette paroisse. » Dans la sénéchaussée de Ploërmel, les cahiers de paroisses déclarent, pour la plupart, que la dîme se lève à la 11' gerbe (Arch. du Morbihan).

(4) Voy., par exemple, fonds de Redon [krch. d'Ille-et-Vlaine, H 9, 25, 26). Sur tout ce qui précède, cf. abbé Luco, Les paroisses du diocèse de Vannes, dans le Bulletin de la: Société polymathique du Morbihan, an. 1875, t. XX, pp. 120-121). Dans la paroisse de Massérac, la dîme se perçoit au 10 sur toute espèce de grains (Cah. de Massérac, Arch. de la Loire-Inférieure,

(5) Le cahier de la Meilleraye afflrme même que les décimateurs de cette paroisse y dîment au quart et au cinq « en plus d'un tiers de son étendue. » Le cultivateur abandonne ses terres « par la raison que la dixme emporte tout l'avantage qu'il pourrait y avoir. En la mettant au treize comme partout ailleurs, ça soulagerait le malheureux, encouragerait le colon » (Arch. de la Loire-Inférieure, C 571). Les paroissiens de Plouhinec se plaignent d'être soumis à trois dîmes : à celle du recteur qui est au 30*, à celle de l'église paroissiale qui est au 10', à celle de l'évêque qui est au 20' [Cahier de Plouhinec, sénéch. de Quimper). — Sur tout ce qui précède, cf. E. Dupont, op. cit., pp. 124 et sqq.

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