DROITS PAROISSIAUX
être levées que sur les paroissiens, qui jouissaient de l'exemption de la dîme pour un journal de terre W ; en réalité, on y soumet aussi d'autres personnes. La prémice consiste essentiellement en une gerbe de blé et en une sorte de dîme sur les agneaux (2).
Le casuel pèse beaucoup plus lourdement sur les paroissiens, comme on en peut juger par les tarifs, qui fixent le prix de chaque cérémonie, des baptêmes, des mariages, des enterrements 0). Un règlement du 25 avril i788, applicable à toute la Bretagne, vient encore élever d'un cinquième le taux du casuel. Il arrive, d'ailleurs, que les prêtres prélèvent des sommes indues, comme ce recteur de Landujan, Yves Leberre, contre lequel les paroissiens engagent un long procès en 1700 : il prétendait se faire donner 72 sous pour chaque enterrement ; l'autorité ecclésiastique l'oblige à ne pas prendre plus de 20 ou 30 sous t^). — Les honoraires des prêtres viennent se surajouter au casuel f^). Quant aux obla-
(1) Voy. le Règlement sur le droit de prémice (ibid., pp. 38-39).
(2) Le recteur d'Etaples perçoit sur chaque ménage, pour le droit de prémice, une gerbe de froment ou 30 sols [ibid.). A Sarzeau, le droit de prémice comprend : 1 gerbe de blé par ménage; 1 agneau sur 10, ou bien, s'il y a moins de 10 agneau.x, 1 denier par agneau (Noël du Fait, Les plus solennels arrêts, 1. II, chap. cxvi et cxlii, t. I. pp. 487 et 506).
(3) Voici quelques articles du tarif du casuel de Carentoir, vers la fin du XVIII' siècle (Le Claire, Lancienne paroisse de Carentoir, pp. 111-112) :
Tenture mise au maître-autel, 4 1. 10 s. Chaque écusson, 1 s.
Drap mortuaire à domicile, par jour, 3 s. Pour chaque cierge, 2 s.
Par cierge devant les fiancés et mariés, 2 s. Location des chaises dans le chœur, 3 1. — aiUeurs, 30 sous,
etc., etc.
(4) Requête de François Botherel, seigneur du Plessix, au présidial de Rennes (22 et 25 mai 1700) {fonds du Plessix-Botherel, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 270).
(5) En 1732, l'évêque de Nantes fit une ordonnance pour fi.xer les honoraires du clergé; les prêtres doivent recevoir :
Pour les messes basses, 12 sous.
Pour les fiançailles, 10 s.
Pour la bénédiction nuptiale, avec la messe, 24 s.
Pour la publication des 3 bans pour les deu.x parties, 3 1. (A. Dupuy, Journal d'un curé de campagne, dans les Annales de Bretagne, t. V, p. 410). — Cf. Le Claire, op. cit, p. 112.
lions ou offrandes, elles sont obligatoires. A Saint-Julien-de- Vouvantes, elles rapportent autant que la dîme; les habitants, qui sont pour la plupart des journaliers ou des artisans, ont beaucoup de peine à s'en acquitter ; aussi, pendant la plus grande partie du XVIIP siècle, manifestent-ils une véritable hostilité contre les recteurs, qui se sont succédé dans la paroisse, et surtout contre le recteur Journaux, auquel on reproche sa cupidité d).
Les paysans considèrent que les droits paroissiaux font double emploi avec la dîme : ils en réclament la suppression ou tout au moins la réduction. Le cahier d'Ercé, par exemple, demande la gratuité des sacrements et des sépultures, « vu que les grosses dîmes sont plus que suffisantes pour la subsistance des curés s'il n'y avait pas d'autres décimateurs (2). »
Les paroissiens sont encoi'e obligés de loger le recteur, de subvenir, en grande partie, aux frais de réparation du presbytère (3), ce qui provoque de nombreux procès (^'. Parfois un compromis intervient; c'est ainsi qu'à Carentoir, en 1700, le recteur convient avec le généi'al qu'il n'aura plus à s'occuper des répai'ations : chaque année, il donnera 50 livi'es pour sa part des frais (5). Il faut noter qu'au XVIIP siècle, le Parlement s'efforce de rejeter sur les recteurs toute la charge des répa-
(1) Saint-Fort Rondelou, Messire Jean Laîné, dernier recteur de Saint- Julien-de-Vouvantes avant le Concordat, son Journal et ses notes {Revue Historique de VOuest, an. 1900, Mémoires, pp. 157 et sqq.). Cf. Le Gallic, Un curé breton sous l'Ancien Régime, dans le Correspondant du 2.t oct. 1888 (.Nouvelle série, t. CXVII, pp. 308 et sqq.).
(2) E. Dupont, op. cit., pp. 119-121.
(3) Cf. Belordeau, Observations (orenses, 1. III, part. V, art. vin, p. OOl, et Hévin-sur-Frain, n° IX, t. I, pp. 51 et sqq.
(i) E. Dupont, op. cit., p. 118. — Le recteur de Landujan, en 1700, se refuse à faire au presbytère les réparations auxquelles il est tenu, et il n'a même pas employé l'argent qui lui a été donné par le général à cet effet (Requête de François Botherel, Arch. dlUe-et-Vilaine, E 270). Dans le cours du XVIII" siècle, les réparations du presbytère de Landujan donnent lieu à plusieurs procès; voy. une requête du recteur en 1738 : « ... Le général sera condamné de fournir et faire avoir au sieur recleur un presbytère ou logement convenable, et jusqu'à l'avoir fait, il sera pareillement condamné, conformément à la sentence de ce siège du 20 février 1731, de lui payer la somme de 60 livres par chacun an pour son logement... » (E 270).
(5) Le Claire, op. cit., pp. 122-123.