‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 97 sur 219 · RÉFECTION DES TERRIERS · texte numérisé non relu

RÉFECTION DES TERRIERS

de Fouesnel d), du Treff et de Toulgouet (2), qui donnent de ces seigneuries et de leurs droits des descriptions minutieusement complètes. Il apparaît très nettement aussi qu'à la même époque, on se préoccupe de la réformation des fiefs (3) et que surtout l'on s'efforce d'améliorer l'administration seigneuriale. Nous le savons déjà : dans nombre de seigneuries, vers la un du siècle, on abandonne le système de la ferme générale, on remplace les fermiers par des régisseurs ; on contrôle leur gestion d'une façon plus rigoureuse; on perfectionne la comptabilité. On s'applique aussi à faire rentrer plus exactement les redevances (^'.

Il semble que parfois on ait essayé de rétablir des droits anciens tombés en désuétude t^). Mais ce ne sont jamais que des cas isolés. Au contraire, l'on voit se multiplier en Bretagne, à la fm de r.A,ncien Régime, toutes les pratiques abusives que j'ai tenté de décrire dans le chapitre précédent. Extension des corvées, fraudes des meuniers, mode de perception gênant et vexatoire des redevances, chicanes aux-

(1) Sommier général des terres et seigneuries de Fouesnel et du Plessix- Rafjray, dressé en 1785 pour le comte de Pire par son homme d'affaires, La Saudre Labbé (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 62). Celui-ci indique les raisons pour lesquelles on a rédigé le sommier : il était nécessaire que le propriétaire pût se rendre compte de tous ses revenus, « savoir à quoi s'en tenir au loin conune auprès, soit avec son régisseur, soit avec son fermier général, au cas qu'il se détermine à passer Fouesnel en bail » {Sommier, p. 2). Du sommier, l'on fait deux copies, l'une en grand in-folio, avec cartes du domaine, qui doit rester aux mains du seigneur; l'autre en petit in-folio, que doit garder le receveur ou le fermier général de la seigneurie.

(2) Voy. Henri Sée, L'administration de deux seigneuries de Basse-Bretagn'e, le Toulgouet et le Tre^ (Amiales de Bretagne, 1904, t. XIX, pp. 285 et sqq.).

(3) Sornmier de Fouesnel, pp. 3-4.

(4) Henri Sée, op. cit.

(5) Déjà au XVII' siècle, on trouve des traces de tentatives analogues : en 1683, le seigneur d'Ardennes, prévôt féodé de la baronnie de Fougères, prétend exiger de chacun des halDitants de Saint-Georges-de-Reintembault, « faisant feu et labourant dans celte paroisse, » une gerbe à l'août et une poule à Noël; les commissaires pour la réformation du domaine ont admis ses prétentions; de cette sentence, les habitants ont fait appel. Hévin déclare que le seigneur n'a aucun droit à cette redevance : ce sont d'anciennes exactions, tombées en désuétude, auxquelles les prévôts féodés ont dû renoncer depuis les ordonnances des ducs; les réformations du XVP siècle n'en font aucune mention (Hévin, Questions féodales, pp. 272-273).

quelles donnent lieu les rentes en grains, tromperies sur les apprécis, fraudes sur les mesures, paiement de rentes accumulées, exactions que provoquent les redditions d'aveux : voilà des pratiques, qui sans doute ne sont pas nouvelles, mais dont on use maintenant beaucoup plus souvent et avec beaucoup moins de réserve encore. Il ne s'agit point d'innovations, à proprement parler, de droits créés de toutes pièces; mais il y a eu, en fait, extension abusive d'anciens droits, extension, qui parfois d'ailleurs a été consacrée par les aveux et les déclarations imposés aux tenanciers. Voilà le véritable sens de ce qu'on a pu appeler plus ou moins justement la réaction seigneuriale d'. En Bretagne, comme dans les autres régions de la France, la fm de l'Ancien Régime a été marquée par une aggravation de l'exploitation seigneuriale. Il est certain qu'à cette époque les propriétaires nobles se sont efforcés, par tous les procédés, d'accroître leurs revenus, de faire rendre au domaine et à la seigneurie tout ce qu'ils pouvaient leur rapporter. Voilà pourquoi, au moment même où ils élèvent d'une façon anoi'uiale les rentes des fermages, où ils essaient de mettre en valeur toutes les parties encore improductives de leur propriété, les seigneurs s'appliquent à tirer tout le parti possible de droits, dont beaucoup se sont atténués, mais qui, persistant cependant, peuvent recevoir une extension nouvelle. Et, de fait,' ils sont parvenus souvent en quelques années à augmenter, dans une très forte proportion, leurs revenus fonciers (2).

Les paysans bi'etons ont eu l'impression que des droits nouveaux étaient créés, que leurs rentes s'étaient accrues, et ils l'ont parfois déclai-é formellement (3). Quelque contestable

(1) Telles sont aussi les conclusions auxquelles aboulil M. Marion dans son Etat des classes rurales au XVHI' siècle dans la généralité de Bordeaux, pp. 74 et sqq.

(2) Dans les années qui onL précédé la Révolution, les revenus des seigneuries de Toulgouei et du Treff ont plus que doublé (Henri Sée, L'administration de deux seigneuries de Basse-Bretagne, loc. cit.).

(3) Les habitants de Guipel se plaignent de ce que les seigneurs « perçoivent leurs rentes à un tiers plus haut qu'anciennement, » surtout dans les bailliages de Quiraurais et de la Ménardière (Délibération de la paroisse

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