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LES T£E&SS INCULTES

cédés agricoles, de riinporlance relative des diverses cultures, de la productivité du sol.

La première question qu'il importe de résoudre, c'est celle de savoir quelle est la proportion de la surface cultivée et des terres encore incultes; proportion qui varie, comme il est naturel, d'un€ région de la France à l'autre (*). Dans la plupart des provinces, même au XVIIP siècle, les lan<les occupent encore une portion importante du sol. La Bretagne est dans ce cas, et même il semble qu'à cet égard il y ait peu de pays aussi arriérés.

Sans doute, dès les premiers temps du Moyen-Age, de nombreux et d'importants défrichements ont été entrepris dans la péninsule. Mais ce fut une œuvre vraiment pénible, plus lente qu'ailleurs, car il fallait mettre en valeur d'immenses espaces incultes et déserts, au sol souvent ingrat W. Il n'est donc pas étonnant qu'à l'époque moderne tant de terres échappent encore à toute exploitation agricole.

Tous les voyageui*s qui ont parcouru la Bretagne aux XVII* et XVIII* siècles, depuis Dubuisson-Aubenaîy (3) jusqu'à Arthur Young(*), ont eu l'impression que des landes immenses

(1) Dans le Roussillon, les terres cultivées occupent seulement 51.000 hectares sur une superilcie totale de 3^68.000 hectares (Brulails, op. cit., pp. 233 et sqq.). Au contraire, en Flandre, en Alsace, dans la généralité de Paris, les terres cultivées l'emportent de beaucoup sur les terres incultes : voy. A. de Saint-Léger, op. cit.; Mémoires de la généralité de Paris, publiés par A. de Boislisle. Dans l'élection de Glermont, en 1765, les terres en labour s'étendent sur 80.000 arpents, les marais, sur 3.565 arpents et les terres en friche, sur 0.657 {Mémoire sur Vélection de Clennont, publié par A. de Galonné, op. cit., pp. 261 et sqq.. Pièces justificatives, n» i).

(2) Cf. Henri Sée, Etude sur les classes rurales en Bretagne au Moyen- Age, pp. 43-44.

(3) Dubuisson-Aubenay, Itinéraire de Bretagne en 16S6, publié par Léon Maître et Paul de Berihou, 2 vol., Nantes, 1898 et 1902.

(4î Arthur Young, Voyages en France, trad. Lesage, t. I, pp. 152 et sqq. — L'auteur de ÏEcole d'Agriculture, Paris, 1759, p. 60, déclare : « J'ai traversé deux fois celte province dans toute sa longueur et par des routes différentes. C'est un spectarle effrayant que la quantité immense de terres incultes qu'on y rencontre... Les landes par leur étendue sont au moins comparables à celles de Gascogne » (cité par L. de Villers, Histoire de la Société d'agriculture y de commerce et des arts, établie par les Etats de Bretagne (1757), Saint-Brieuc, 1898, pp. 3-4).

l'enquête de 1737. 369

couvraient le pays ; mais ils ne sauraient nous fournir à cet égard aucune donnée très précise (*).

Heureusement, au XVIIP siècle, l'administration a fait faire sur oette question des enquêtes beaucoup plus instructives. L'une d'elles a été entreprise, en 1737, sur la demande du Contrôleur général Orry. L'intendant, dont le mémoire W ne fait qu6 condenser les renseignements fournis par les subdélégués, affirme que les deux tiers de la province sont incultes, et que, d'ailleurs, la plupart des landes sont des terres froides et ingrates, qui ne sauraient être défrichées; les terrains les moins mauvais eux-mêmes exigeraient trop de frais pour être mis en valeur O). La plupart des subdélégués tiennent le même langage; il en est même, comme celui d'Antrain, qui voient dans les atféagements de véritables spoliations, puisqu'ils ont privé les vassaux de droits d'usage qui leur appartenaient de temps immémorial W.

Un document beaucoup plus précis encore, c'est un mémoire, conservé à la Bibliothèque nationale W, et qui a été rédigé en 1733, sur l'ordre du Contrôleur général Orry, par l'intendant de Bretagne, M. de la Tour W. Nous avons là une

(1) A la fin du XVni« siècle, Arthur Young évalue les terres Incultes de la Bretagne aux 2/5 ou plutôt aux 3/5 de la superficie totale {op. cit., t. H, pp. 281 et sqq.).

ff) Du 3 juillet 1737 (Arch. d'Ille-etrVilaine, C 1631).

(3) « Il y a beaucoup de communs qui appartiennent aux seigneurs, et il est certain que, s'ils Irouvoient du profflt & les deffricher, ils ne manqueroient pas d'accroître par là leurs revenus... » Les essais qu'on a tentés, ajoute-t-il, n'ont pas donné de bons résultats.

(4) Ibid., C 1631.

(5) Fonds trançais, n» 8153.

(6) M. Ch. de Calan {La, Bretagne agricole^ industrielle et commerciale au début du XVIIh siècle, dans le BuXlelin de VAssociation Bretonne, session de 1895, Sainl^Brieuc, 1806, pp. 55 et sqq.) dit que le mémoire a été rédigé vers 1730. J'ai pu fixer d'une façon plus précise la. date du mémoire. M. de la Tour écrit, en effet, le 23 juin 1733, au Contrôleur général Orry : « J'ai fait mettre au messager qui partira dimanche prochain 28 du mois une caisse à votre adresse contenant un mémoire relié sur l'agriculture et le commerce de la province de Bretagne; je crois que vous y trouverez les éclaircissemens que vous avez souhaités sur les deux parties; je voudrais vous répondre également de l'exactitude, que je ne puis assurer autrement que sur la foi des mémoires qui m'ont été fournis par mes subdélégués; il

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