MOUTONS ET CHEVAUX
belle (1). Au début du XVIIP siècle, l'élevage y est vraiment prospère : à Lesneven, il est des chevaux qui se vendent de 60 à 80 écus, de beaux coureurs coûtent ordinairement 40 ou 45 écus ; aux foires du Folgoôt, des poulains se vendent jusqu'à 90 livres; aux foires de Morlaix, certains chevaux atteignent le prix de 200 ou 300 livres W. D'autres régions encore élèvent une quantité assez considérable de chevaux, mais qui ne sont que médiocrement estimés; tels, l'évôché de Quim.per W, le pays de Josselin, où les prix s'échelonnent de 100 sous à 25 écus <*), le pays de remballe ^^\ le pays de Quimperlé, où les chevaux les plus chers ne valent que 15 ou 20 écus W. La plupart de ces animaux ne peuvent servir qu'au labourage et aux charrois; souvent, on les élève jusqu'à l'âge de trois ans, puis on les revend à des marchands normands. Dans la première moitié du XVIIP siècle, on constate une décadence de l'élevage du cheval :
Dans les dernières guerres, dit le Mémoire de 1733 (t), on comptait, dans les deux éveschés de Tréguier et de Léon, plus de 20.000 bonnes cavalles, et il sortoit annuellement 11 à 12.000 bons chevaux suivant
(1) Mémoire de Nointel, fol. 148 et sqq. Cf. ibid., fol. 138 et sqq. : dans révôché de Léon, on compte plus de 20.000 cavales, et pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, on a exporté de 11 à 12.000 chevaux.
(2) Lettre du sénéchal de Lesneven, du 14 juin 1700 (Arch. dllle-et- Vilaine, C 2579).
(3) Mémoire de Nointel, fol. 132 et sqq. Souvent, déclare Noinlel, les paysans achètent des chevaux à l'âge de 6 mois, les élèvent jusqu'à 3 ans et les revendent à des marchands normands.
(4) Lettre du sénéchal de Josselin, du 16 juin 1700 (Arch. d'Ule-et- Vilaine, C 2579).
(5) Aux foires de Lamballe, les chevaux se vendent tout au plus 25 & 30 écus {ibid., C 2579).
(6) « Ce sont ceux que les paysans des paroisses voisines des cottes de la mer vont chercher aux foires qui se tiennent k Pontrieux, qui sont des poullains qu'ils achètent depuis l'&ge de 6 mois jusqu'à 18 mois et les gardent jusqu'à l'âge de 3 ans, passé lequel temps, après les avoir fait travailler pour leur usage, ils les revendent à des Normands... » (ibld., C 2579). — Sur ce qui précède, cf. aussi VEtat des manutactures et commerce de la Bretagne, de 1740 {ibid., C 1533).
(7) Français 8153, fol. 241. Le mémoire attribue cette décadence au petit nombre d'étalons par rapport aux juments, et au peu de soin que Ton prend des accouplements. — Voy. aussi Pinczon du Sel des Monts, op. cit., pp. 37-38.
les certifficats des commis des bureaux des douanes... Aujourd'hui, il n'y a plus que de mauvais petits chevaux entiers du prix de 15 jusqu'à 40 livres, uniquement employés à Tusage des louages ou des voitures; il est rare d'en trouver de 120 à 150 livres.
Et cependant le gouvernement et les Etats avaient paru s'intéresser à Télevage breton. En 1687, le gouvernement avait obtenu des Etats le vote de 30.000 livres, qui devaient être vei-sées à la caisse générale des haras du royaume. Mais, de 1690 à 1716, l'argent fut distrait pour d'autres usages. En 1716, les Etats demandent que les fonds soient versés à la caisse de leur trésorier, que les étalons soient achetés par des commissaii'es-inspecteurs, dont ils aient la nomination. Le règlement du 22 février 1717 leur donne satisfaction. Mais, pendant une dizaine d'années, les Etats se désintéressèrent de la question. C'est alore qu'interviennent les règlements de 1729 et de 1734, qui créent des garde-étalons, dont un inspecteur des Etats aura la surveillance (i)..
Dans la seconde moitié du XVIIP siècle, l'élevage du cheval semble se ranimer. Le chiffre des exportations se relève : v^rs 1768, il est de 20.000 à 28.000 tôtes. Cependant le nombre des étalons ne s'accroît guère, comme le prouve un dénombrement de 1770 à 1776, fort incomplet, d'ailleurs (2). La pju- I>art des inspecteurs des haras ne remplissent que très mollement leurs fonctions, s'abstiennent de faire eux-mêmes les « visites » auxquelles ils devraient être tenus, n'envoient aucun
(1) Voy. Ch. de la Lande de Calan, Les haras de Bretagne au XVIIh siècle^ dans les Mémoires de la Société d'Emulation des Côtes-du-Sord, an. 1894, t. XXXII, pp. 173 et sqq.
(2) Une note de 1768 indique que la plupart des inspecteurs des haras ont négligé d'envoyer le dénombrement des juments de leur département. — Dans le département de Quimper, en 1776, on compte 10 étalons, 153 juments saillies, 102 poulains; dans le déparlement de Lamballe, à la même date, 19 étalons, 280 juments saillies, 410 poulains; dans le département de Guingamp, en 1773, 60 étalons, et, en 1774, 65; dans le département de Quimper, en 1774, 70 étalons; dans le déparlement de Tregunc, Riec, Quiniperlé, Rosporden, Scaër, 6 étalons, 143 juments saillies, 51 poulains; dans le Bas-Léon, 90 étalons, 749 juments saillies, 698 poulains; dans le département de Sainl-Brieuc, en 1773, 20 étalons, en 1774, 23 étalons, 490 juments saillies, 212 poulains (Arch. Nat., H* 646).