‹ Les classes rurales en Bretagne du XVIe siècle a La RévolutionChapitre 121 sur 169 · LES HABAS · texte numérisé non relu

LES HABAS

procès-verbaJ de visite <i). Pour améliorer ce personnel, le gouvernement, vers 1769, avait proposé que Ton ne prît plus à Tavenir comme inspecteurs qu-e des hommes ayant suivi TEcole vétérinaire de Lyon; les Etats repoussent la proposition, déclarant que rofjice dos inspecteurs est gratuit, qu'il est confié à des gentilshommes et qu' « aucun d'eux ne s'assujettira à faire un cours d'instruction à l'Ecole vétérinaire <»). »

Vers la fin du siècle, les intendants, à qi|i l'administration des haras a échappé presque complètement, montrent que l'élevage du cheval est toujours aussi défectueux, malgré les sommes que les Etats y ont consacrées. La province, déclare M. de la Bove en 1781 <3), nourrit une grande quantité de chevaux et en exporte annuellement environ 20.000, mais ces chevaux « n'ont et ne méritent aucune réputation. » Les étalons sont trop peu nombreux (^), les croisements sont mai faits. Sans doute, la race s'est un peu améliorée ; mais les chevaux sont mal nourris, mal saignés, les étables restent sales, mal aménagées. En 1782, les Etats se décident à établir des haïas permanents <5). Mais cette réforme tardive ne semble pas avoir eu grand effets.

Quant à l'apiculture, elle est loin d'être insignifiante en Bretagne; on la pratique surtout dans les environs de.Ploêrmel et de Malélroit. Mais les procédés que l'on emploie pour recueillir le miel et la cire détruisent inutilement un grand nombre d'essaims t^). Cependant, le miel de Bretagne est

(1) Voy. la réponse au mémoire des Etats, cité ci- dessous (ihid.).

(2) Mémoire remis par les Etats aux commissaires du roi, en 1769 (ibid.}

(3) Arch. Nat., FU 646.

(4) (( Les étalons manquent de toute part; il en faudrait plus de 100 au delà de ceux qui existent déjà, et il faudroit en même temps des jumens; les Etats n'en ont achetté qu'une seule fois, mais la distribution en fut très mal faite et ne produisit aucun avantage. »

(5) Ch. de la Lande de Calan, op. cit. M. de Calan affirme que cette mesure « n'avait nullement été imposée par l'administration »; mais il reconnaît lui-même que l'intendant de la Bove venait de la préconiser.

(6) Cf. la lettre de Tintendant de Bertrand au marquis de Polignac, directeur général des haras du royaume, 8 décembre 1784 (Arch. Nat., fil 646).

(7) Corps d'observations, 1757-1758, pp. 126 et sqq. Le plus souvent, on « fait péri^ les abeilles ou dans l'eau ou avec la vapeur de soufre, afin de leur enlever en entier la récolte qu'elles ont faite pour se nourrir pendant l'hiver »; chaque fois donc, c'est un essaim de perdu.

renommé, et le commerce de la cire, longtemps prospère, ne semble avoir fléchi, dans la province, que vers le milieu du XVIIP siècle d).

Pourquoi Tagriculture a-t-elle fait si peu de progrès depuis le Moyen-Age ? Pourquoi est-elle encore si languissante en Bretagne au XVIIP siècle ? C'est là une question qui se pose naturellement à Tesprit, et à laquelle on voudrait pouvoir répondre avec quelque précision.

Sans doute, la persistance du régime seigneurial, qui, dans cette province, s'est maintenu plus fortement qu'ailleurs, a pu contribuer à paralyser la force productive des paysans. Mais, comme le remarque Arthur Young, ce ne saurait être la seule cause, puisque souvent les exploitations des riches propriétaires, des gros fermiers, des seigneurs sont presque aussi mal conduites que celles des simples tenanciers («). Le régime de la propriété a eu encore une influence sur le faible développement économique des campagnes bretonnes ; nous savons à quel point la propriété paysanne est morcelée ; la plupart des paysans ne possèdent que des parcelles inflmes, qui ne peuvent sufftre à les faire vivre et qu'il est impossible de mettre en valeur d'une façon vraiment productive. Puis, il faut tenir compte de l'incurie des grands propriétaires, qui presque jamais ne s'occupent de l'administration de leurs domaines, qui ne consacrent à la culture qu'un capital insuffisant, tenir compte aussi de l'indolence des paysans, qui ne se préoccupent point d'améliorer la terre qu'ils cultivent, qui vivent tant bien que mal de leurs récoltes dans les bonnes

(1) « Ce commerce a tombé en Bretagne au moment même que la cire est devenue plus chère et que par conséquent les profits étoient plus grands; il serait très important de pousser cette branche » (Pinczon du Sel des Monts, op, cit., pp. 45-46). — Sur ce qui précède, cf. A. Dupuy, L agriculture et les classes agricoles de la Bretagne, loc, cit., pp. 11-12.

(2) A. Young, op. cit.^ t. H, p. 126 : « Il serait absurde de prétendre que le gouvernement et l'oppression féodale sont la seule cause de ce qui existe et que rien ne peut se faire tant qu'ils resteront debout. Les riches propriétaires et les fermiers puissants, dont le nombre est considérable, la noblesse elle-même ont leurs domaines dans le même état, ils sont cultivés de môme et infestés de mauvaises herbes. »

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