LENTEXTE DES PROGRÈS AGRICOLES. SES CAUSES
années, et qui, dans les mauvaises, se résignent à la misère et à la mendicité (i).
Assurément, ces conditions défavorables, on les retrouve presque partout en France à la môme époque; et tout ce que Ton peut dire, c'est qu'ici, semble-t-il, elles se manifestent avec plus d'intensité. Mais en Bretagne, et surtout en Basse-Bretagne, les conditions naturelles ont contribué encore à retarder les progrès de la culture. L'architecture du sol prédestinait la Bretagne, non seulement à vivre isolée du reste de la France, mais à se subdiviser en compartiments séparés, à former des groupes isolés, entre lesquels les relations devaient forcément être malaisées. Cet éparpillement est encore accentué par le mode de groupement des populations : les paysans bretons, nous le savons, vivent le plus souvent à l'écart les uns des autres, dans des fermes isolées. Les inconvénients de cet « atomisme économique et social, » suivant l'heureuse expression de M. Vallaux, se faisaient sentir plus vivement encore qu'aujourd'hui à une époque où le travail humain n'était pas parvenu à corriger les imperfections naturelles du sol. Ainsi, plus encore que de nos jours, les populations rurales de l'ancienne Bretagne formaient une masse difficilement pénétrable aux influences et aux idées de l'extérieur. Et, en même temps, le relief du sol rendait singulièrement difficiles les relations commerciales de la Bretagne avec les autres provinces et surtout, dans l'intérieur môme de la péninsule, des diverses régions les une<^ avec les autres t^).
Sans doute, au XVIP et surtout au XVIIP siècle, il y eut un développement remarquable des grandes routes, dont le
(1) Voy. Pinczon du Sel des Monts, op. cit., p. 31 : « Us cultivent tant bien que mal le champ que leur père leur a laissé. Us laissent ce champ à leur tour à quatre ou cinq enfants... Si la récolte suffit pour les nourrir, ils s'en contentent; si elle ne suffit pas, ils vont mendier; il serait donc nécessaire d*animer le travail des colons habitans, et d'attirer même des colons étrangers. »
(2) Cf. Camille Vallaux, L'évolution rurale de la Basse-Bretagne {Annales de Géographie, 1906, t. XFV, pp. 36 et sqq.; Vidal de la Blache, Tableau de la géographie de la France, pp. 328 et sqq.; E. Robert, Densité Ue la population en Bretagne, Reiines, 1905, pp. 1 et sqq. (extrait du Bulletin de la Société scientifique et médicale de VOuest, t. XIV),
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réseau fut presque achevé vers 1760. Mais les chemins de traverse, qui importent bien davantage encore à la vie rurale, sont en nombre insuffisant et tenus d'une façon déplorable ; en hiver surtout, ce sont des bourbiers impraticables <i). Leur entretien est laissé aux soins des riverains et des paroisses, qui remplissent fort mal leur office. JjCS prescriptions de l'autorité restent lettre morte. En vain le Parlement multiplie-t-il ses arrêts, sommant les riverains d'accomplir les réparations nécessaires ts), de rétablir la largeur réglementaire, qui doit être de 14 pieds sur les chemins de bourg à bourg, et de 8 pieds sur les chemins de village à village <3) ; il lui est pratiquement impossible de se faire obéir. Les propriétaires nobles montrent souvent la plus grande négligence ; il leur arrive, par exemple, de ne pas réparer les ponts qui tombent en ruine (*). Bien plus, parfois ce sont eux-mêmes qui, en opérant des clôtures, ferment des chemins absolument indispensables aux paysans : en 1674, le sieur du Boschet a fait clore un chemin qui dépendait du bourg de Pleugueneuc, de telle sorte que les tenanciers ne peuvent plus desservir les terres qu'ils possèdent au delà du bourg (5).
(1) Cf. A. Dupuy, Les épidémies en Bretagne au XVIII^ siècle {Annales de Bretagne, t. I, pp. 115 et sqq.).
(2) Un arrêt du Parlement, de 1735, ne laisse aux délinquants qu'un délai de 15 jours pour accomplir les réparations; passé ce délai, ils seront condamnés h 50 livres d'amende (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 2261). Une ordonnance du 5 octobre 1739 permet aux charretiers, lorsque les chemins ne sont pas réparés, de passer sur les champs en bordure (iMd., C 2262). Le 13 septembre 1751, & la requête du prieur de Saint-Nicolas de JÔsselin, on ordonne à tous les riverains du chemin de Saint-Jean-des-Prés à Josselin de le réparer {Journal du Parlement, t. IV, ch. lxxviii, p. 327).
(3) Voy. un règlement du 7 décembre 1752 {ibid., p. 329). Cf. A. du Chatellier, op. cit., pp. 174-175.
(4) Voy. un arrêt du Parlement, du 3 juin 1651, ordonnant qu'il sera fait par un de ses conseillers procès-verbal de l'état du pont de Pire et qu'il sera passé bail des réparations à y faire {{onds Pire, Arch-d'Ule-et-Vilaine, E 140).
(5) Fonds du Gage (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 70). Le sieur du Gage et le sieur de la Bougonnière déclarent aux juges du siège royal de Dinan que « la closture dudit chemin est encore notablement préjudiciable aux vassaux du sieur du Gage et parlicuUièremenl aux habitantz du hault du bourg de Pleugueneuc du coslé de la maison du Gage, à ceux des villages de la VillehQe et dç la VUle Morheu, tous estagers de la seigneurye du Gage,